El Hajeb
1er séjour
Carte US
El Hajeb le douar
El Hajeb : vue générale du camp dominant le douar
1 et 2 - Une partie du camp militaire, occupé par les Sénégalais, les Tirailleurs marocains, les Artilleurs etc...
3 et 4 : Les deux piscines du camp. Celle de gauche avait été abandonnée lors de la réalisation de la nouvelle. Mais elle demeurait un lieu d'entraînement pour les sports militaires. On y avait tendu un pont de singes, très peu apprécié par les novices chutant dans la fange qui avait remplacé l'eau. Celle de droite : La nouvelle, aux eaux glacées, dominait un plateau vertigineux balayé par les vents. On y redoutait la pratique de la natation. A droite de la piscine, un dépôt à munitions était gardé par le peloton des élèves gradés.
Au peloton d'élèves caporaux
Les futurs caporaux du 6e RTM avec leurs cadres.
Août 1955 : Les futurs caporaux au peloton divisionnaire organisé par le 1er RTM de Meknès et El Hajeb.
Tente modèle 1946 servant de poste de police à proximité du dépôt à munitions dont nous avons la garde. Un mirador avec projecteur, dominait le dépôt et la dépression rocheuse près de la piscine. Les préposés au tour de garde gardaient un souvenir désagréable tant un vent violent n'avait de cesse de souffler.
La piscine moderne était installée sur un plateau venteux et dominait une vaste dépression aux nombreux éboulis. Dans le talweg tranché d'un ru qui pouvait se transformer en torrent lors des orages violents, vivait une famille marocaine qui cultivait peu, tellement la terre était aride, mais récoltait abondamment des fruits succulents comme oranges, grenades et figues. Le tout sans ordonnancement, un fouillis d'arbres entremêlés.
Des patrouilles étaient fréquemment organisées dans ce défilé dominé par d'impressionnants coupe-gorges. Les escalader demandait du temps et de la peine et nous n'avions pas le matériel approprié pour jouer les alpinistes.
A gauche de la piscine se trouvait un dépôt de munitions bardé de rangées de fils barbelés et dominé d'un majestueux mirador en bois doté d'un puissant projecteur.
C'était aussi l'une de nos missions sa protection intérieure et extérieure, de jour comme de nuit. Une seule fois, nous avons été sollicités en renfort pour intervenir lors d'une manifestation sanglante à Meknès.
Jusqu'à présent, lors de mes précédents séjours dans les diverses formations, la séance d'éducation physique obligatoire pour tous s'effectuait par l'inévitable footing de 8 km avant même le petit déjeuner.
Il était pratiqué dans la périphérie du camp ou du quartier, que l'on l'appelait communément le décrassage. Nous étions alors chaussés d'espadrilles à semelle de corde que l'on nouait, après plusieurs tours autour de la cheville, avec un lacet plat terminé par un nœud réglementaire. Cela s'apparentait à des ballerines ou bien à des spartiates portées par les légionnaires romains. La rigidité de la semelle nous imposait de marcher en canard.
À chaque départ d'épreuve, la multitude de pingouins se dandinaient gauchement et tapotaient le sol bruyamment de leurs pieds plats. Quand enfin le nuage de poussière soulevée s'était dissipé, on pouvait encore apercevoir au loin, des colonnes d'hommes s'étirant selon la forme physique de chacun. Le jour de pluie, la corde ayant trop absorbé d'eau se faisait peu coopérative et alourdissait le pas. Il arrivait aussi, à force de sollicitudes, que celle-ci se scinde en 2 parties laissant au coup de pied la toile, et au mollet les lacets ! La culotte de sport que l'on appelait tutu ou flottant avait eu la largesse d'un intendant qui n'a pas regardé à la dépense en surface de tissu. Elle était mal proportionnée au regard de la corpulence des individus mal nourris. Les maillots, en coton, que la fréquence des lavages avaient distendu, donnaient au propriétaire un aspect encore plus famélique. L'allure n'avait rien gagné en prestance. À force de chercher plus grand que soi pour l'échange, on avait fini par négliger les petits maigrichons qui littéralement flottaient dans des tenues trop vastes. Les Marocains, plus frileux, acceptaient de prendre les larges tenues afin de les enfiler par dessus leur caleçon long. Et rien n'y fit : ils s'étaient arrogé ce droit et le commandement avait fini par céder en leur octroyant cette dérogation. Mon Dieu ! Qu’elle prestance avait cette troupe qui défilait au retour de la séance de décrassage dans le quartier en beuglant son éternel couplet : Les arabes c'est comme la mouche, ça mange la merde avec la bouche, les français c'est plus malin, ça mange la merde avec les mains...
Depuis peu, les tennis avaient remplacé les antiques espadrilles, nous y avons gagné en performance et en confort, encore que... ce n'était pas le pied. Certains sportifs obtenaient des résultats surprenants. Un capitaine, petit de taille, du 1er RTM (Régiment de Tirailleurs Marocains), ancien de la Légion, coureur de fond émérite, égalait le record de ZATOPEC, la locomotive tchèque mondialement connue. Tous les matins, il accomplissait son 10.000 m sur piste avec une régularité de métronome, son allure rehaussée d'élégance surprenait toujours le peloton de passage qui admirait sa ténacité et son incomparable exploit. Les chants cessaient pour un temps laissant place à l'admiration.
Après chaque décrassage, quel que soit le temps, ballerines ôtées, une traversée de la piscine en plein air terminait l’épreuve et permettait d'éviter les douches. La campagne du RIF nous avait exemptés momentanément de ces bienfaits virilisant l'apparente apathie.
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