Inauguration du monument aux morts
le 04 septembre 1921
Photo: J.L. Moutarde« A midi, à l’hôtel Roques, 50 anciens combattants se retrouvaient pour le banquet délicieusement servi, qui ne rappelait en rien le menu de la roulante, mais où régnait, comme au front, la plus cordiale camaraderie.»
« Nos soldats ont souffert beaucoup pendant cette guerre. Quelques-uns se sont aigris, d’autres s’y sont gâtés l’esprit et le corps ; en général l’esprit de nos paroisses de campagnes y a perdu ».
« […] Arrivé à 3 ou 4 kilomètres de Lunéville se trouve une grande plaine et à l’opposé se trouve l’ennemi. C’est à 11 heures que nous rentrons dans la ligne de feu et nous nous sommes déployés en tirailleurs derrière un mamelon, mais arrivés à la crête, les balles commencent à siffler à nos oreilles, mais rien ne nous arrête et nous sommes maintenant au milieu de la plaine, mais nous avons déjà des manquants. Voilà maintenant que le canon se met de la partie et les obus éclatent au dessus de nos têtes pour blesser ou tuer la moitié des hommes de ma section. Nous avons une ligne de tirailleurs qui se trouve devant nous et que nous repousserons de quelques 100 mètres. Nous ne restons plus que quelques hommes sur 45 de ma section. L’adjudant Lafranqui est blessé à la main. N’ayant plus de chef dans la section, nous restons couchés dans un champ d’avoine et les obus qui n’ont pas cessé un instant de tomber tout autour de nous, nous couvrent parfois de terre. Nous tentons de refaire un bond en avant, deux camarades de combat tombent blessés et les autres se portent en avant pendant que moi je ramasse les cartouches que j’avais tombées car le ceinturon s’était dégrafé. Lorsque je vais pour rejoindre mes camarades, la mitrailleuse est braquée sur nous, alors je me jette dans un fossé où je me couche à plein ventre. Ceux qui ont le malheur de se lever tombent morts ou blessés. La fusillade a cessé, je regarde ce qui se passe autour de moi et je ne vois plus de soldats Français, que derrière moi qui se replient. Alors, je me replie aussi. Bond par bond, je gagne du terrain, mais dans ma course affolée de temps en temps quelques balles rentrent dans la terre à mes pieds et il en est de même des éclats d’obus qui sifflent à mes oreilles. Mais le plus triste, c’est de voir tous ces pauvres soldats morts ou blessés qui gémissent ou qui crient. C’est une vision frappante un peu plus loin, je trouve un blessé qui me supplie de l’amener, service que je lui rends. Je le porte jusqu’au poste de secours à la rentrée de Lunéville. Un peu plus loin, dans une rue de Lunéville, je retrouve un autre blessé qui se sert de son fusil comme béquille. Je lui porte secours jusqu’à l’hôpital et dans les rues, on ne voit que du sang de ces pauvres blessés ou les pauvres gens qui tout affolés déménagent les choses les plus précieuses et abandonnent leurs maisons. Les femmes pleurent et les enfants crient et suivent les soldats.[…] nous arriverons à minuit exténués de fatigue. Nous n’avons rien mangé depuis le matin, nous allons coucher. […] »
« […] Le 23 septembre, journée de malheur pour la 96ème car après le petit jour, il nous faut se porter à la lisière du bois, et nous ignorons si elle est occupée. A notre droite, se trouve une ligne de chemin de fer avec un pont que les Allemands ont fait sauter à la dynamite. Cette voie communique de Toul à … et traverse le bois de la Hazelle. Nous nous déployons en tirailleurs et nous arrivons à la lisière sans encombre car le bois n’est pas occupé sur le front qui est devant nous. Le capitaine fait placer des sentinelles sur la voie ferrée. Les sentinelles rendent compte qu’elles ont vu au loin des Boches qui traversaient la ligne. Le commandant prend connaissance de ce que les sentinelles ont aperçu. Il donne l’ordre de marcher sur la ligne qui forme comme un renfoncement à cause du talus qui se trouve sur la droite et sur la gauche.
Toute la Compagnie avance lentement sur la ligne. Lorsque le capitaine donne l’ordre de grimper après le talus et de faire des feux de salves à travers les arbres. Nous marchons toujours et nous sommes à 500 mètres dans le bois et nous avons encore 300 mètres de ligne droite et la voie oblique après à droite. Après avoir fait, de temps à autre, quelques feux de salves, on entend sur notre droite dans les arbres une voix qui crie en français mais avec l’accent allemand ; « Quelle est cette Cie qui tire sur les français ? » Nous avons eu un moment d’hésitation. Après le tournant de la voie, se trouve une tranchée allemande occupée. Ils ont un champ de tir d’un kilomètre en ligne directe. Après nous avoir laissé avancer assez près, ils ouvrent le feu sur nous et c’est une pluie de balles qui tombent autour de nous. Nombreux sont ceux qui tombent mortellement. Impossible de pouvoir avancer, nous ne voyons personne. Il faut se replier. Tout en faisant marche arrière, il tombe toujours des hommes. Quant à moi et d’autres, nous avons la présence d’esprit de grimper le talus à droite et de rentrer dans le bois, mais impossible de marcher car le bois est trop touffu. De crainte d’être fait prisonnier et pour me sauver plus vite, je redescends sur la voie en regardant dans la direction de l’ennemi. Mais les Allemands se sont mis en tirailleurs en travers de la ligne. Enfin, après avoir marché côte à côte avec un soldat de ma compagnie, le voilà qui tombe à mes pieds, frappé mortellement et moi-même, j’ai le fond de ma capote percée d’une balle. Alors, je remonte dans le bois pour regagner ainsi la lisière du bois tandis que les camarades qui ont eu la veine de s’en tirer sain et sauf, se portent à droite et travaillent à faire des tranchées, pour un peu plus tard, se replier au pont, point fortifié pour nous.
Après avoir fait l’appel des hommes, nous avons 84 manquants de la Cie, mais la Cie n’a pas été la seule à avoir des pertes, car la 11ème Cie a été comme la notre beaucoup éprouvée. Le Lieutenant Colilieux est blessé. Le reste de la journée se passe par des fusillades au pont de chemin de fer. Lorsque la nuit vient, nous nous couchons sur notre emplacement. […]»
« […] Le 4 novembre, au matin, on reforme les sections, puis on nettoie nos armes. La journée se passe sans pouvoir sortir de la maison à cause des obus. Nous craignons que, d’un moment à l’autre, un obus vienne tomber sur la maison et nous ensevelisse sous les décombres.
Le soir venu, il nous faut aller en deuxième ligne pour renforcer les premières qui se trouvent à peine à 250 mètres. Nous traversons le village et on s’engage sur la route qui va à Cotemark. Tout en marchant dans le fossé de la route, nous arrivons à un chemin de traverse. Une fois, là, le Lieutenant qui était arrivé au dépôt le jour même, nous fait déployer en tirailleurs en bordure du chemin.
L’ordre est de rester là, baïonnettes aux canons sans faire de tranchées. Mais il est impossible de rester dans cette position sans faire de tranchées, alors le Lieutenant en donne l’ordre et l’on se met au travail sous une pluie battante, couchés dans la boue. Nous terminons nos tranchées à 11 heures et nous voilà maintenant à l’abri des balles, mais on est mouillé, d’abord par la pluie, puis par la transpiration et nous passons ainsi la nuit froide. Dans la nuit, fusillade sur tout le front. Au petit jour, je remonte ma pelle qui a servi à 5 ou 6 à faire la tranchée, puis on nettoie nos armes qui étaient remplies de terre, mais au même moment nous voyons sur notre droite, des soldats qui se replient. Nous croyons une relève, mais au même instant, une sonnerie Allemande retentit et nous voyons alors sur notre droite des soldats Allemands qui s’avancent, mais impossible de tirer car devant nous, se trouvent des soldats français déjà aux mains des Allemands. Ceux qui étaient sur notre droite nous encerclent et ceux de devant arrivent sur notre tranchée en tirant à bout de portée. Nous voilà aux mains de nos ennemis. Quel serrement de cœur, j’ai ressenti quand il a fallu abattre nos armes. Nous ne voulions pas être fusillés jusqu’au dernier. C’est avec un tremblement dans tout mon être et une larme dans les yeux que nous avons suivi ces féroces soldats. J’oublie de dire que si nous avons été prisonniers, c’est à cause d’une compagnie qui a flanché, mais il ne faut pas lui imputer la faute de s’être mal conduite, ils étaient peu nombreux dans cette Cie et ont eu à repousser plusieurs attaques dans la nuit et ont eux-mêmes perdus des hommes.
Quand l’ennemi, revenant en plus grand nombre à l’assaut, a réussi cette fois à s’emparer des tranchées.
Voilà pourquoi, je suis fait prisonnier.»
Les cartes postales célèbrent la grande guerre par une photo du monument aux morts et deux photos du banquet de Frèjeroques donné en l'honneur des anciens combattants
« Une formation allemande spécialiste des expéditions contre les maquis dans le secteur : la Division Das Reich. Sa mission est de nettoyer le Lot et le Nord de l’Aveyron, Capdenac, Villefranche, Décazeville, c’est-à-dire le secteur de nos maquis. Aussitôt toutes les dispositions sont prises pour accepter le combat.
Nous prenons contact avec nos amis du Lot qui, tendront des embuscades sur les routes de Figeac, Cahors au pont de la Madeleine.[…] Le 24 juillet, la colonne allemande, forte de deux milles hommes avec blindés, est signalée dans le Lot se dirigeant vers l’Aveyron. […]
Les premiers éléments de la colonne arrivent au pont de la Madeleine. Ils sont attaqués par le maquis du Lot qui leur cause quelques pertes. Le pont qui comme convenu devait sauter n’est qu’endommagé et l’ennemi peut faire passer son infanterie avant le combat. Pour les blindés, il est obligé de faire quelques réparations. Les allemands ne tardent pas à arriver au croisement de la route Gelles-Foissac que coupe la route nationale Paris-Toulouse, où nous avons posté une embuscade de cinquante à soixante hommes armés d’une mitrailleuse, d’un F.M., de mitraillettes, de fusils, de grenades. Sa mission est d’attaquer la colonne par un feu nourri d’une à deux minutes, de décrocher ensuite. […]
L’ennemi tire avec les armes lourdes des blindés et même des pièces lourdes d’artillerie sont mises en batterie. […] Quelques uns de nos amis trouveront une mort glorieuse. […] Le lendemain midi, une seconde rencontre se produit au même endroit. Dix autres camarades périront à leur tour dans le combat.
La barbarie nazie ne connaît plus de bornes. Devant nos attaques répétées sur toutes les routes, les nazis sont fous de rage, ils s'acharnent sur nos blessés. Trois sont hissés sur les voitures que les boches ont réussi à nous prendre, arrosés d'essence et transformés en torche vivante. D'autres sont lâchement assassinés : criblent leur corps de balles, les rendent méconnaissables. […]
[1] F.T.P. : Francs Tireurs et Partisans.