L’économie française n’a jamais été aussi “ouverte”… et vulnérable aux convulsions d’un monde en polycrise


Le taux d’”ouverture” des économies nationales peut être calculé en rapportant le montant des exportations au PIB (ou des importations).


Depuis les années 1950, l'économie française n’a cessé de s’ouvrir, passant d’un taux d’ouverture de 5 % à l’époque à plus de 30 % aujourd'hui. Ce taux a atteint 15 % au milieu des années 1970 continuant à croître jusqu'à 25 % au début des années 2000 avant de connaître un plateau et de repartir à la hausse depuis 2010 pour atteindre la valeur de 32,3 % en 2024. Ni la “crise” des années 1970, ni la crise financière de 2008 ou celle du COVID en 2020 n’ont interrompu cette ouverture croissante.


Ce processus d’ouverture a été favorisé par :

- les politiques de libre-échange engagées au sein et par l’Union européenne à partir du Kennedy Round (avant cela, le gouvernement français négociait directement dans le cadre du GATT)

- la massification du transport international de biens matériels et de données ;

- la division mondiale du travail, l’affirmation des firmes transnationales et la libéralisation des flux de capitaux.


Depuis les années 2010, la montée en puissance du “national-capitalisme” a plongé le monde dans une polycrise qui met fin à l’ordre libéral international. Le changement de stratégie géopolitique opéré par les Etats-Unis depuis 2017 place leurs anciens alliés de l’OCDE dans une situation de danger inédit face aux tentations impérialistes qu’un monde désordonné pourra faire naître chez les dirigeants des grandes puissances. Elle place également ces États sous la menace de voir certains d’entre eux privilégier l’inféodation individuelle à l’une ou l’autre des grandes puissances plutôt que de constituer une coalition auto-protectrice (ce qu’échoue, pour l’instant, à devenir l’UE).


Dans un monde désormais mû par des logiques impérialistes, le commerce international risque fort d’être utilisé comme instrument géoéconomique pour imposer des relations de domination aux pays les plus dépendants. L’ouverture économique de la France, que les gouvernements successifs ont soutenu pendant des décennies en adhérant à la rationalité néolibérale, se transforme brutalement en facteur de vulnérabilité structurelle.

Actuellement, la dépendance commerciale de la France concerne principalement les hydrocarbures, l’automobile, l’électronique (ordinateurs, téléphones) et les produits textiles. Aucune solution n’est susceptible de réduire cette dépendance à brève échéance, plaçant notre pays face au risque de devoir accepter sans condition les termes de l’échange qu’imposeront les nouveaux États-Unis. A moyen terme, la politique économique extérieure (friendshoring, decouplage, diversification) ne pourra être efficace que si de profondes transformations intérieures sont engagées en parallèle (réindustrialisation stratégique, réaménagement du territoire, déconsommation sélective, etc.).