Entre 2000 et 2022, la valeur ajoutée dans le secteur de la fabrication de biens a augmenté deux fois moins vite en France que dans le reste de la zone euro


Selon les données de l’OCDE, la valeur ajoutée dans le secteur de la fabrication de biens est passée de 201,5 millions d’€ en 2000 à 229 millions en 2022 (en euros constants de l’année de référence 2020), soit une augmentation de 12,3 %. Cette croissance est nettement inférieure à celle de la zone euro (+25,7 %) et, plus largement, à celle de l’Union européenne (+29,8 %). Seuls les pays du Sud de l’Europe (Espagne, Italie, Portugal) et la Finlande sont moins dynamiques que la France. Largement dépassée par les pays d’Europe centrale (Hongrie, Pologne, R. Tchèque, Slovaquie), la France l’est également, au sein de l'OCDE, par le Japon (+ 21,5 %), le Royaume-Uni (+22,5 %), l’Allemagne (+27,9 %), la Suède (+31,9 %), les Pays-Bas (+36 %), l’Autriche (+40 %) et la Suisse (+ 49 %).

Cette croissance ralentie se combine à une réduction du nombre d’emplois dans la fabrication sous l'effet de l'automatisation. Ce nombre est passé de 3,5 millions en 2000 à 2,7 millions en 2022, ce qui représente une diminution de 21,5 %. Hormis l’Espagne, le Portugal, la Suède, le Danemark et le Royaume-Uni, tous les autres pays de l’échantillon sont parvenus à enrayer la baisse du nombre d’emplois industriels avec plus de réussite. C’est notamment le cas du Japon (-15,3 %), des Pays-Bas (-11,6%), de  l’Allemagne (-4,4 %), de la Suisse (-0,3 %) et de l'Autriche (+5,7 %), le recul de la zone euro s’établissant en moyenne à -13,5 %.

Cette double dynamique, de faible croissance de la production et de baisse importante du nombre d'emplois, témoigne de la fragilisation de l'industrie française, y compris par rapport à ses plus proches voisins. Les raisons de cette dégradation sont plurielles : les coûts du travail et de l'énergie, une exposition naïve à la concurrence extérieure, l'insuffisance des politiques industrielles et de soutiens à l'innovation en France et dans l'UE, etc. Les désaccords concernant les explications d'un tel déclassement alimentent des controverses récurrentes depuis plusieurs années, témoignant de l'essoufflement politique et idéologique du concurrentialisme néolibéral, sans qu'une alternative n'ait pour l'instant émergé, laissant l'économie française dans une situation de vulnérabilité lourde de menaces.