Dans la douce naïveté qui m'a toujours caractérisé (à moins qu'il ne s'agisse de parano ?), j'espérais des médias qu'ils s'intéresseraient à mes théories, les critiqueraient de manière constructive, les feraient connaître dans la mesure où elles pouvaient être utiles à notre société... J'ai été d'autant plus surpris par le lynchage systématique qui dure maintenant depuis une vingtaine d'années pour l'instinctothérapie, et depuis treize ans pour la métapsychanalyse.
Bien sûr que ce lynchage ne pouvait pas être purement gratuit. Cela aurait fait mauvaise façon, dans un pays qui se donne pour un modèle de liberté d'expression et de respect des droits de l'homme. Il fallait trouver des arguments. Et comme on ne les trouve pas dans mes théories elles-mêmes, il a fallu les fabriquer. Certains journalistes se sont montrés maîtres en la matière et ont lancé sur les ondes et les rotatives des amalgames mortels : il y aurait eu des morts à cause de l'instinctothérapie, et la métapsychanalyse serait une apologie de la pédophilie.
Manger 100% cru ne peut que conduire à un amaigrissement progressif, à un affaiblissement général, et si l'on insiste : à la mort. VSD si je ne me trompe, parlait de morts dans les placards, reprenant les astucieuses rumeurs lancées par Anne-Marie Casteret et l'avalanche de copier-coller dans toute la presse nationale qui s'en est suivie. Aucune feuille de chou n'a en revanche mentionné que ma condamnation pour exercice illégal de la médecine, moyennant non-lieu pour les chefs de publicité mensongère et d'escroquerie, démontrait que ces rumeurs avaient été totalement infondées. Il y aurait eu des morts, ce ne sont pas trois mois avec sursis qui auraient clos cette affaire, mais une condamnation pour homicide avec une peine autrement conséquente.
Il fallait donc une autre arme pour exterminer le dangereux gourou du cru : le requalifier en gourou de la pédophilie. C'est ce qu'a fait Anne-Marie Casteret huit ans plus tard, en lançant ce nouveau titre dans un journal à grand tirage, immédiatement répercuté par tous les journaux concurrents qui n'ont pu qu'en rajouter pour gagner des parts de marché. L'argument massue : la métapsychanalyse ne serait qu'une justification de la pédophilie et une incitation aux relations enfant/adulte.
Seulement voilà : quand on parcourt mes écrits, on ne trouve aucune justification ni aucune incitation de ce type. On y trouve seulement des questions posées en fonction de ce que je crois être la grande découverte de la métapsychanalyse : l'existence d'une finalité métapsychique innée appartenant à la partie non reproductionnelle de la sexualité humaine. Ce que j'ai appelé le "postulat métasexuel".
Difficile d'interdire à quelqu'un, ou de lui reprocher, de se poser des questions. Il fallait donc construire un contexte pour que ces questions paraissent être des justifications. C'est ce qu'ont fait les médias, Anne-Marie Casteret et quelques uns de mes détracteurs en tête : convaincre l'opinion publique que ma théorie était l'œuvre d'un pédophile, fabriquer des témoignages qui concordaient plus ou moins dans ce sens, convaincre directement les autorités judiciaires par une campagne de presse ou par des téléphones en direct, les uns anonymes, les autres plus engagés. L'amalgame ne tarda pas à prendre corps, sans doute parce qu'il répond à des conflits inconscients. Il allait traverser toute l'action judiciaire qui ne manqua pas de se mettre en route, et me poursuit encore aujourd'hui.
Une fois pour toutes, précisons les choses : la métapsychanalyse n'est pas une justification de la pédophilie. D'abord, l'essentiel de la thèse concerne la vie sexuelle adulte. La question de la sexualité infantile n'y est traitée que dans la mesure où le postulat de base y contraint par voie de pure logique. Il est bien clair que la connaissance d'une finalité occultée jusqu'ici oblige tout esprit bien-pensant à s'interroger sur l'ensemble de la sexualité humaine. Il se trouve que celle-ci se divise en deux parties : une partie dont le but manifeste est la reproduction, caractérisée par les pulsions génitales qui apparaissent avec la maturité ; une autre partie dont l'utilité en termes de procréation est contredite par les pulsions qui lui appartiennent, que Freud a qualifées de polymorphes - en fait tous les comportements sexuels qui, dans le langage des Anciens, gaspillent la précieuse semence censée faire croître et multiplier l'espèce. Les Romains avaient un dieu pour représenter ces déviations, Onan, puni pour avoir dispersé ses spermatozoïdes dans les rochers.
Freud a eu la très mauvaise idée de nommer ce versant de l'Eros "sexualité infantile". Elle est infantile en ce sens qu'elle apparaît dès la naissance, mais elle reste partie intégrante de la sexualité humaine tout au long de l'existence. Pas très astucieux non plus de parler de "pulsions polymorphes", notion qui souscrit à celle de "sexualité normative" professée par la psychiatrie (tout sauf le coït "normal" étant a priori pathologique et pathogène). Ce qui amenait le père de la psychanalyse à considérer l'enfant comme un "pervers polymorphe". Je préfère quant à moi parler objectivement de pulsions non reproductionnelles, ou de programme instinctif métasexuel afin d'évoquer la pérennité de ces pulsions que l'on retrouve à l'importe quel âge - par exemple les pulsions homosexuelles, les caresses, la masturbation, la fellation, etc.
C'est peut-être dans ce terme de "sexualité infantile" que l'amalgame prend racine. Les personnes qui ne connaissent pas la psychanalyse y voient un appel à l'initiation sexuelle des enfants par les adultes, alors qu'il s'agit simplement de rendre compte de l'existence de ces pulsions et de s'interroger sur leur fonction. Chez la plupart des mammifères, on ne voit apparaître les comportements sexuels qu'à la maturité. La masturbation ne s'observe que chez les primates supérieurs, quitte à disparaître chez les primates judéo-chrétiens. De même pour l'homosexualité, déclarée passible de la peine de mort déjà par Moïse.
Je ne fais quant à moi que m'interroger, et justifier les interrogations sur la fonction des pulsions non reproductionnelles, et examiner les conséquences du postulat métasexuel. Si la sexualité non reproductionnelle vise à la structuration métapsychique, sachant l'importance que les facultés extrasensorielles pourraient avoir dans le destin de l'individu et de l'humanité en général, il faut bien sûr se demander si la manière dont on traite le problème des pulsions précoces dans notre société respecte ou non les potentialités de l'être humain. Il apparaît immédiatement, bien malgré moi, que le refoulement de ces pulsions, sous l'égide de l'oedipe, pourrait expliquer l'atrophie des facultés extrasensorielles qui caractérise notre monde moderne.
Ces questions découlent de la simple logique. Le postulat métasexuel découle quant à lui des observations que chacun peut faire sur le fonctionnement de la sexualité dans un contexte alimentaire naturel. L'absence de facteurs excitants laisse en effet apparaître les mêmes pulsions sous une forme infiniment moins urgente ou oppressante, ce qui permet d'observer des liens subtils entre amour et phénomènes métapsychiques, notamment une augmentation flagrante de l'inspiration, de l'intuition, de la créativité, et bien souvent l'apparition de facultés de voyance dont il est plus facile, lorsque les phénomènes sont plus fréquents, de vérifier l'authenticité.
Parallèlement, le fait même que des pulsions dont apparaît ainsi l'importance potentielle soient refoulées permet d'expliquer des troubles dans le fonctionnement sexuel adulte, notamment les tendances pédophiles. Une pulsion qui n'a pas pu s'exprimer peut émerger plus tard sous forme d'une confusion avec d'autres pulsions, ou de confusion d'objet, le pédophile confondant par exemple l'image de l'enfant avec celle de la femme. Je tente d'approfondir cette analyse dans l'opuscule "Essai sur la métapsychanalyse au regard de Freud, Jung, Reich et Lacan", dans le chapitre consacré à la pédophilie (pages 95 à 101). Les mécanismes de confusions pulsionnelles sont exposés dans les pages consacrées à "Métapsychanalyse et analyse transpulsionnelle" (pages 73 à 84).
Une théorie nouvelle conduit inévitablement à toutes sortes de malentendus. Lorsqu'elle concerne un sujet aussi brûlant que celui de l'amour et de la sexualité, ces malentendus se muent bien souvent en réactions viscérales. Et c'est sur ces malentendus et ces réactions viscérales qu'on pu surfer les médias, entraînant dans leur sillage le montage du système d'accusation et l'action judiciaire dont j'ai été l'objet. Encore aujourd'hui, tout magistrat qui aborde mon dossier commence par se convaincre que la métapsychanalyse prône la pédophilie, que je l'utilise pour justifier des tendances perverses, et rien ne sert de prouver le contraire.
On peut donc dire que les médias ont réussi à exterminer la théorie qui dérangeait et son dangereux auteur. Cette situation me paraît grave, du fait de l'enjeu que pourrait avoir la reconnaissance d'une finalité métapsychique à l'Eros, divinité bien malmenée dans un monde où tout prédomine, sauf la transcendance de l'être...