SténEAUpé - Claude Cogny - Christophe Frot - Marie-Noelle Leroy - Erick Mengual.

Au-delà du jeu de mots qui relie la pratique photographique au sujet abordé - l’eau vue à travers le petit trou du sténopé -, l’exposition que propose le Centre culturel André Malraux du Bourget constitue une synthèse des interrogations et inquiétudes très prégnantes pour l’ensemble de la planète. Sténopistes convaincus et confirmés, ces quatre photographes le sont assurément. Leur pratique de cette antique Camera Obscura ne révèle cependant pas une vision passéiste ; bien au contraire. Elle constitue simplement un trait d’union entre quatre regards, quatre styles, quatre conceptions photographiques radicalement différentes. De la vision intimiste d’une flaque en forêt à la déstructuration du patrimoine hydraulique d’un village, du surréalisme d’un seau rempli d’eau se baladant dans les champs à la représentation cubiste de bouteilles d’eau minérale, il n’y a en effet a priori rien de commun. Rien, sauf la trop brûlante question du devenir de l’eau douce - question obligatoire pour tout photographe conscient de sa surconsommation. Véritable ode aux diverses vertus aquatiques, SténEAUpé montre le luxe actuel et laisse entrevoir un futur dans lequel l’eau n’existera plus que sur plaque sensible.

Claude Cogny

Source de vie, l’eau est tellement présente dans notre quotidien qu’elle passe inaperçue. Quoi de plus naturel qu’un lac paisible, une cascade ou le calme d’ une rivière. Elle est essentielle à la survie et au développement de la terre entière, pourtant, exploitée sans mesure ni prudence, l’ eau interroge et inquiète. J’utilise le sténopé, le moyen le plus simple à la réalisation de photographies. C’est un monde à part : la douceur naturelle des images qu’il génère, sa simplicité, ses imperfections en font un moyen de créativité et de recherche photographique étonnant. Il faut aimer surprendre et être surpris, admettre l’éventuel décalage entre ce que l’on voit et l’image que va nous offrir la Caméra Obscura. Les procédés cyanotypes et Van Dyck, s’inscrivent dans le processus photographique ancien et établissent une relation avec l’eau, richesse par excellence, puisque l’eau sert ici de révélateur et nous offre les images. J’ai choisi de photographier l’eau dans sa plus calme apparence , tantôt inerte tantôt vivante, mais à chaque fois avec cette sensation de vie et d’apaisement. Claude Cogny

Christophe Frot

Viarmes, entre Seine et Oise ou comment je déconstruis un patrimoine hydraulique !

Marie-Noëlle Leroy - Aqua Lutetiæ


Il semble couler de source que l’eau a une origine naturelle... Pourtant le devenir de cette source de vie par excellence reste de moins en moins confié à la nature. Certes, les petits ruisseaux continuent à former les grandes rivières et il existe encore quelques vertes prairies fleuries parcourues par un petit gave bondissant. Mais au-delà de cet aspect bucolique, enchanteur, voire paradisiaque, l’homme a dû éduquer l’eau pour satisfaire ses besoins grandissants. Il l’a contrainte à passer par des tuyaux, pour alimenter nos villages et nos villes où elle arrive dans des vasques par des robinets ou directement dans des bouteilles. L’eau-nature est devenue Eau-culture... Cette même mutation est appliquée à la réalisation de ces images. D’appareil simplissime, le sténopé devient boîte multi-trous, les mises en scène s’élaborent, et l’éclairage de studio intervient comme s’il s’agissait d’une prise de vue publicitaire... Ainsi, entre superpositions et anamorphoses, l’eau-culture que l’on trouve à Paris présente sa nouvelle collection.

Erick Mengual

Quatre séries d’images pour illustrer le thème de l’eau autour du sténopé. - La force et le mouvement de l’eau, lorsque la Loire trimbale ces troncs d’arbres qui s’entremêlent sur les berges. - L’immobilisme, lorsque le froid la fige emprisonnant brindilles et feuilles - Le reflet restitué par l’eau dans mon seau. - Le quotidien. D’après une enquête auprès d’internautes, l’eau évoque pour la majorité le quotidien et la pureté. La série des différentes « eau » en témoigne Le sténopé grand angle est un formidable appareil qui permet de réaliser des images dans un espace très réduit. Il est possible de déplacer l’appareil de quelques centimètres pour obtenir une nouvelle image. J’ai voulu jouer sur cette possibilité et photographier dans un petit espace aussi bien les reflets de l’eau dans mon seau, que la mare gelée ou la série de l’eau au quotidien. Le mouvement est inexistant car les temps de poses sont très longs mais on le devine par le flou laissé sur la pellicule