Le Cinéma américain à l’assaut du monde

"S’il est vrai que l’art commercial risque toujours de finir prostituée, il n’est pas moins vrai que l’art non commercial risque toujours de finir vieille fille" (Erwin Panofsky)

Article de Zachary Louis, "http://www.iletaitunefoislecinema.com/memoire/2196/le-cinema-americain-a-lassaut-du-monde"

Le cinéma est devenu au XXème siècle la forme d’art la plus répandue, supplantant largement la peinture et la lecture, le théâtre et l’opéra. Chaque année, des milliards de spectateurs se pressent dans les salles obscures pour passer un moment de rêve et s’extraire de l’ordinaire. Toutes les classes sociales sont présentes, tous les âges, toutes les nationalités. Cadre de références communes, lieu d’échanges et d’apprentissage, ouverture aux autres cultures, le cinéma représente bien plus qu’un simple divertissement.

En effet, et il est aussi une industrie. Une industrie du spectacle qui nécessite des moyens colossaux pour qu’une œuvre soit largement diffusée. Des millions de personnes de par le monde travaillent pour le cinéma. Production, distribution, exploitation, tels sont les trois piliers d’une filière très gourmande en capitaux. Une industrie où la concurrence est présente, et où la course au meilleur film pour toucher le plus large public a fondé l’essor d’un secteur économique où art et technique se conjuguent pour offrir un spectacle sans cesse renouvelé.

Le cinéma américain, que nous identifierons dans cette étude au cinéma hollywoodien, a eu dès ses débuts cette logique commerciale inscrite comme contrainte et objectif. Mieux que tout autre pays, les Etats-Unis ont su faire des films des objets de rêve et de fascination, et l’industrie cinématographique est partie à la conquête de son public, sur le territoire américain d’abord, puis sans qu’aucune frontière ne vienne plus limiter ses ambitions. La Motion Picture Association of America règne sur le monde cinématographique comme le symbole d’un pays dont la culture façonne le monde depuis des décennies. Hollywood offre du spectacle au monde comme Rome offrait du pain et des jeux à ses citoyens.

Cependant cette hégémonie, comme toutes les hégémonies, est sujette à la méfiance et à l’envie. Le cinéma américain jouit d’un succès mondial qui n’a d’égal que la critique dont il fait l’objet. Fascination et répulsion se mêlent dans la plupart des individus. Le public mondial est friand de ses blockbusters, mais les critique et aspire à un cinéma plus diversifié et proche de sa culture. Toutefois, le cinéma est une industrie qui en plus comporte une forte part d’aléatoire sur les perspectives de succès de ses produits. Les conditions d’une offre diversifiée répondant à des besoins difficilement cernables sont un frein à une alternative cinématographique. C’est pourquoi le cinéma américain, en dépit de ses défauts, possède au moins la force que lui confère un public extrêmement vaste et qui sait à quoi s’en tenir lorsqu’il entre dans une salle.

Dans sa concurrence avec l’Amérique, l’Europe souhaiterait avoir le formidable atout que constitue une industrie culturelle surpuissante et qui sert infiniment la diffusion du modèle de civilisation de son pays d’origine. Mais l’Europe demeure plurielle, le cinéma européen peine à éclore autant que l’identité européenne, et les frontières cinématographiques existent bel et bien dans ce continent.

En son sein, la France fait figure à part. Seul pays à vouloir vraiment tenir tête à l’hégémonie mondiale du cinéma américain, elle est aussi, dans une certaine mesure, le seul pays du continent qui y arrive. Des politiques volontaristes ont su préserver une industrie du cinéma qui a disparu ailleurs. Mais si, à l’instar de l’automobile, la France a été un pays précurseur dans le cinéma et trônait devant les Etats-Unis au début du XXème siècle, force est de constater que l’Oncle Sam l’a depuis longtemps largement dépassée, et le combat s’avère inégal contre une industrie bien rôdée et sûre d’elle.

L’enjeu est, au fond, de savoir ce que représente le cinéma. Au-delà de l’art, au-delà de l’industrie, c’est le mode de vie et la culture des peuples du monde qui se trouvent influencés par le cinéma dominant. L’identité culturelle de chaque pays doit-elle être protégée de l’influence de cette culture globale, bien que cela paraisse aller contre la marche du temps ?