Les cat' contents
Avec 3 h de route, on atteint là les limites opérationnelles du NPSFQQA. Au-delà, c'est plus du déplacement, c'est un voyage ! D'autant qu'une ballade dans ce coin de Suisse centrale avec une immat. françouze, vous font comprendre ce que c'est qu'être noir. J'vous l'assure : Y'a des familles d'Uri, Schwytz ou de Nidwald, qui m'ont doublé, le nez au carreau, l'air ahuri et apeuré comme si elles venaient de voir Belphegor « in personam ».
Aucun doute, le lac est beau. Mais côté mise à l'eau, c'est pas le Pérou. L'estranger, celui qui dérange, qu'est pas d'ici quoi, n'est pas le bienvenu. Sauf, sans doute, dans les hôtels de vieillards et de japonais qui pullulent sur les hauteurs. Faut dire que les mètres carrés utiles ne sont pas légion sur ces berges escarpées. En haute saison, il doit y avoir une de ces tensions, j'vous dit pas. Bref, c'est partout Schtrict Verbotten ! Ceci dit, j'ai déjà repéré deux, trois petits coins propices à une prochaine opération commando, lorsque mon collègue habituel - « l'intestin frêle » - aura de nouveau les burettes en forme. Y se plaint que c'est trop loin, J'vois pas pourquoi. Il dort tout le temps dans la bagnôle !
Bref, c'est l'heure de retrouver ma délégation d'Alsachiens, Jano en tête. Une petite visite à la chapelle du mythique Guillaume Tell, une assiette de Röschti bien gras et on se pose déjà à Schiferenegg , un des rares recoins qui permet de parquer le long de la route.
J'ai prévu de remorquer le pré-retraité, au scoot, jusqu'au mur prometteur de Nord Sisikon. « Prends un tuba », lui ai-je suggéré (pour pas qu'il s'étouffe avec la vitesse démoniaque). Ben là, je dois dire qu'il nous a trouvé un truc jamais vu. C'est une sorte de mix entre un snorkel d'U-Boat par ses dimensions, de sex-toy par sa forme et de sucette à la menthe pour sa couleur. Incroyab ! Ca s'achète un machin pareil ?
Passons aux choses sérieuses. Un petit bout est assuré pour la descente. Mais le Jano se rétame quand même dans la baille. Clic, clac, Kodak. C'est dans la boîte. Une fois qu'il a pigé qu'il ne faut PAS se passer la ficelle de remorquage autour du coup, on peut se mettre en route. Le site est assez rapidement rejoint.
Je ne suis pas géologue, mais j'ai l'impression que nous sommes en présence d'un joli synclinal. Ce qu'on voit en surface se prolonge à l'identique sous l'eau. Faite de plaques assemblées les unes contre les autres, la falaise est verticalissîme et plombe jusque je ne sais où. Y'a du gazzzzz. Tiens v'là deux poissons du genre.. « poisson ». Pas des lottes. Pas des ombles. D'autres machins oblongs, argentés et fugitifs. La visi est assez bonne et je m'amuse à faire des allers-retours autour du yoyo de Sélestat. A -113 m, aucun signe de replat. Pas envie de me cogner des heures de déco. Il est temps de remonter. Sur le haut, le mur est plus varié, sympa avec des tas de petits pains de sucre et des pans de roches. Bilan du site : cool. Au classement, on est derrière le Beat ou le Fenalet. Dans la même catégorie qu'Abyss et les falaises du Bourget. Mais vaut-il la peine de se taper 6h de route AR depuis Genf ? Promis, on va confirmer l'intérêt esthétique des lieux dans les mois qui viennent sur d'autres sites qui, d'après la carte, ont l'air de bien déménager.
The Clayfish
Vendredi, pré-départ pour le 4WSS (4 Cantons pour les initiés ... ). Prévu une petite à Chindli avec mes potes, donc fabriqué un p'tit normox pour une ballade tranquille à 80 m .
Donc, vendredi soir, j'affûte tranquillement mes cliques (et mes claques), lorsque soudain l'irritante zique de l'honni portable retentit à mes tympans...
Kikêce ????
Je zieute le numéro qui s'affiche ... Un Suisse ...Diable !
Dubitatif, je décroche : "salut Janot , c'est Bernie....etc ...etc...Tu vas aux 4 Cantons, t'as pas envie de visiter un truc sympa aux 4 Cantons...etc...etc..."
Bernie, je connais bien l'oiseau (ou plutôt le crustacé ): en-dessous de 120m, c'est pas d'la plongée, c'est du pédiluve ...
Bref ...
-"Bien sûr, j'ai envie, mais tu sais, j'ai déjà préparé un normox , etc...etc..."
-"Ben si tu veux , j'ai encore du truc et du machin dans un bi, faut le vider, j'te l'amène, etc...etc ...Au fait, ramène un tuba ."
Un tuba ...Pourquoi diable faire J'accepte sans discuter, et après avoir prudemment décliné l'offre du bi, je réponds oui pour l'explo, et que je vais me démerder pour avoir le gaz idoine .
OK, c'est parti .
Me penche sur mon tableur fabrication "maison" dont la formule de calcul est connue de moi seul , et rentre dans les champs variables d'Excel les valeurs existantes, à obtenir et "souhaitées".
La moulinette expurge aussitôt son verdict : avec les restes qui traînent dans différents tampons, j'obtiendrais au mieux un 14/50, une fois remixé .
Bon, pas de quoi sauter de joie mais ça suffira pour une 100 .
Un poil riche, mais qu'à cela ne tienne !
Hop, je gonfle. Mesure O2 : 14 et kkchose.
VPlanner n'est pas trop content pour 105m, mais bon ...ça ira .
Hop, samedi matin départ pour la CH.
Le matin, mes zigotos visitent donc Chindli pendant que je fais les cent pas sur la (jolie !!!) berge du lac.
Visi pas au top du top, mais le site est pas mal .
A midi, voici venir Bernie . Le temps de d'engloutir quelques Röstis bien gras, et c'est parti pour Schiferenegg près de Sisikon . On a reluqué la carte, ça doit plomber à 180 m.
Le site est à environ 400 m de la presqu'ile .
Mais Bernie a emporté son Faralon . D'abord, jai cru à un obus récupéré sur le Bismarck, ça en a le poids et l'aspect. Mais de près on distingue une hélice et de sommaires poignées ... Il s'agit bien d'un scoot .
"Je vais te remorquer jusqu'à "là-bas" .
Fort bien ...
On s'équipe, lui avec son Meg, moi avec mon 2x12 kipèse-lepoids-d'un-âne-mort et c'est parti.
Déjà c'est pas gagné: le sentier pour la mizalo est un peu ...escarpé .
Y a une corde pour se retenir, mais c'est avec la grâce d'un pachyderme boîteux que je titube prudemment jusqu'au lac .
En bas, les rochers, ça glisse .Et Patacrac, ce qui devait arriver arrive, je me retrouve sur le dos, dans l'exercice bien connu de la tortue qui tente de se retourner .
Comme le bi est plus lourd que moi, ça donne l'occaze aux rigoleurs de rigoler, et aux photographes d'immortaliser l'instant ...
Je harnache péniblement mes décos entre les rochers glissants, Bernie me passe une corde et se met en devoir de me prendre en remorque.
Et c'est là que je redécouvre les valeurs du tuba !!! Le scoot nous tire gentiment, je respire sur le machin jaune fluo qui fend l'onde d'un V triomphant, et c'est parti .
Au bout d'un petit quart d'heure de "navigation", on arrive sur LE Site .
Hop, Bernie range la ficelle, saisit les poignées, et gaaazzz.
Beurkk... On voit rien du tout . La touille. Manquait plus que ça .
Ma lampe troue péniblement les particules, et je distingue sur les 20 m ...une langue de vase blanchâtre. Mais soudain, au détour d'un caillou, une obscurité de bon aloi se laisse entrevoir: ça plombe !! Au fur et à mesure que les mètres s'égrènent, la visi s'améliore .
Là, c'est un mur . Le vrai !! Very-tical de chez Vertical ! ça descend sec . 70, 80, 90....
Je jette un coup d'oeil distrait à mon profondi : 99,9m, qu'y dit . Bizarre ...
Pourtant, je descends toujours ... La narcose ?? Soudain, une illumination ! Bon sang, mais c'est bien sûr !!! Cette brêle ne va pas plus bas !!
Je zyeute le redondant, qui lui ne s'arrête qu'à 330 m ...
103 m ..Temps de tirer les aqua-freins, le RT s'arrêtant à 105 m.
Je regarde en bas, direction les bruits d'hélice : Bernie doit être 10 m plus bas, je vois le faisceau de sa (puissante !!) lampe qui éclaire .... le vide .
Allez, un pt'tit tour, et c'est reparti en sens inverse . La muraille est absolument fabuleuse, la visi est devenue excellente, et la falaise nous domine de toute son immense masse.
On se sent tout petit ici dans cet univers minéral . Pas un poil de vie ...On est sur la planète Mars .
Seules mes bulles et le bruit du "sous-marin" viennent mettre un peu de gaîté dans cet univers un peu cauchemardant .
Le froid est pénétrant, et comme j'ai transpiré pour m'équiper, il y a de la condense dans ma combi et ça me glace un tantinet .
Je remonte tranquillous, et j'entends mon sous-marin qui tire des bordées le long de la falaise .
Les recycleux, ça fait pas de bulles, mais les Dzîîîîîîîîî-doppler-vrrrrrrr....ça occupe bien les tympans...
Je prends tout mon temps pour regarder autour de moi, tant que c'est encore possible, car vers 70, la touille va réapparaître...
C'est tout simplement beau ... Ambiance d'immense cathédrale. Les petites bulles d'hélium caressent la paroi, et détachent parfois de petits flocons de sédiment, qui chutent vers le bas comme de la neige .
Un halo verdâtre apparaît bientôt... 80 m, puis 70 .
Les paliers s'égrènent . Le rocher s'incurve soudain en forte pente.
Une heure plus tard, je tourne en rond sur un joli plateau de vase blanche, avec un bel herbier bien sain, inhabituel, et parsemé de jolis troncs d'arbre aux formes bizarres.
Dzîîîîî.... Le sous marin arrive . Je lui indique que j'en suis à la fin de mon palier oxy, et je lui fais un signe interrogateur.
Réponse de l'Ecrevisse : 15 mn, encore !!
Je me tiens la tête à 2 mains et lui "dis" que je me pèle le jonc, L'hommel me montre alors derechef son HSExplorer qui indique 115 m . Ceci expliquant cela ...
On se montre la sortie, et c'est parti pour un capelé direction "la playa" , avé mon tuba jaune .
Une belle plongée et content d'être venu !!
Je vous passe les détails du déséquipement sur les rochers glissants à la nuit tombante, et la remontée par le sentier avec tout ce barda qui pèse des tonnes . Pas d'efforts, qu'y disaient
Une bonne journée !!
Jano, Tubaman (toutes façons, des fotos vont circuler sur le net .....