Improvisation surnaturelle

Avertissement - Ce texte a été produit lors d’un atelier au début des années 90, suite à une séance d’écriture automatique, et n’a pas été retouché depuis; il a seulement été tapé tel qu’il a été écrit.

En 60 minutes d’atelier, on n’a pas le temps d’approfondir l’histoire, les personnages, le rythme ou la psychologie, ni de corriger les temps de verbe et la syntaxe, mais ça donne quand même une histoire efficace… Une histoire improvisée, où il est question de surnaturel. D’où le titre.

Improvisation surnaturelle

Elles regardaient l’enfant devant elles, lorsqu’un homme d’une soixantaine d’années à l’allure pittoresque les aborda :

« Pourquoi me regardez-vous ainsi? » dit-il.

« Nous ne vous regardions pas » dit l’une des deux femmes, « nous regardions cet enfant, là ».

« C’est bien ce que j’ai dit : pourquoi me regardez-vous? Car je suis cet enfant. »

Les femmes ne comprenaient pas. « Qui est cet original? » pensèrent-elles.

« Je sens un brin de scepticisme chez vous, chères dames. Je me nomme Peter Brighton » et il leur tendit la main.

Les femmes ont déduit, à son nom, à son allure et à son accent « arrondi », qu’il était d’origine étrangère mais probablement établi ici depuis longtemps. Ce devait être un « british ».

Elles lui serrèrent la main qu’il leur avait tendue. Une main chaude, exempte d’humidité, rassurant et mettant mal à l’aise à la fois. Peut-être à cause de la pression incertaine qu’il avait exercée.

« Pourquoi dites-vous que vous êtes cet enfant? Il vous rappelle votre jeunesse? »

« Je suis réellement ce petit bonhomme. Il a mon nom et mes caractéristiques; regardez-le bien. »

Effectivement, on pouvait voir une certaine ressemblance, mais cet homme pouvait bien être son père ou son grand-père, après tout.

Une des femmes voulut poser cette objection, mais l’anglais fut plus rapide et dit, comme s’il avait lu dans leurs pensées, qu’il n’était pas son père.

« Je vais vous le prouver » dit-il. « Puisque je suis cet enfant, je puis me parler. Je viens juste de me dire de venir par ici ».

Effectivement, l’enfant se dirigeait vers eux. Il s’arrêta à côté de l’homme.

« Vous êtes un bon magicien… »

Peter Brighton dirigea son regard vers la dame qui venait de lancer cette remarque, ne semblant pas apprécier celle-ci.

« Je n’ai pas encore terminé ma preuve ».

Il se tourna vers l’enfant qui fit de même vers lui. Ils avancèrent l’un vers l’autre et, les femmes en perdant tout ce qu’elles avaient appris dans leur vie, virent les deux êtres s’incorporer l’un à l’autre.

Un jeune homme d’environ 35-36 ans se tenait devant elles. Dans un sens, c’était logique, puisqu’un homme de 60 ans s’était incorporé à un jeune d’environ 12 ans, alors… « S’était incorporé ». Ça c’était moins logique.

« Me croyez vous, maintenant? »

Les femmes sortirent de leur torpeur en entendant cette créature qui venait d’apparaitre à deux pas d’elles.

Les femmes n’avaient plus de cordes vocales; seulement quelques petites membranes atrophiées.

« Je puis vous apparaitre en 36 ans, mais aussi à la fois en 60 et en 12, ou en 25 et en 47. Toutes les combinaisons qui, additionnées puis divisées par 2 donnent 36, car c’est mon âge réel. Mais lorsque je me montre à cet âge je ne me dédouble pas, comme vous le voyez. Mais à l’autre extrême… Regardez bien cette expérience… »

Les femmes n’oublièrent jamais le jour où elles eurent la vision d’un homme de 72 ans tenant dans ses bras un fœtus qui lui était relié par un cordon ombilical.