Entretien de parcours professionnel (EPP)
L'entretien de parcours professionnel (EPP)
Anciennement « entretien professionnel » — ce qui change pour le salarié depuis la réforme du 24 octobre 2025
L'essentiel en 1 minute
• Depuis la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, l'ancien « entretien professionnel » s'appelle l'« entretien de parcours professionnel » (EPP). Le nouveau régime s'applique à toutes les entreprises depuis le 1er octobre 2026 (dès le 26 octobre 2025 pour les entreprises sans accord collectif).
• Il concerne tous les salariés, quels que soient le contrat (CDI, CDD, apprentissage, professionnalisation) et le temps de travail (temps plein ou partiel), à l'exception des intérimaires et des salariés mis à disposition.
• Rythme : un 1er entretien dans l'année suivant l'embauche, puis un entretien tous les 4 ans (contre 2 ans auparavant), et un bilan récapitulatif complet tous les 8 ans (contre 6 ans auparavant).
• Un entretien doit aussi être proposé au retour de certains congés (maternité, parental, sabbatique, longue maladie, etc.) si aucun entretien n'a eu lieu dans les 12 mois précédant le retour.
• L'EPP porte sur l'évolution professionnelle et les besoins de formation : il ne sert jamais à évaluer le travail du salarié. Cette évaluation relève de l'entretien annuel, qui est un dispositif distinct.
• Si l'employeur ne respecte pas ses obligations, le salarié peut y gagner concrètement : dans les entreprises de 50 salariés et plus, un abondement automatique de 3 000 € sur le CPF du salarié.
• Le salarié a intérêt à préparer cet entretien, à en garder une trace écrite, et à faire le point régulièrement sur ses droits — y compris avec l'aide gratuite d'un conseiller en évolution professionnelle (CEP).
Qu'est-ce que l'entretien de parcours professionnel ?
L'entretien de parcours professionnel (EPP) est un rendez-vous obligatoire entre le salarié et l'employeur, consacré à ses perspectives d'évolution professionnelle et à ses besoins de formation. Il a été créé par la loi du 5 mars 2014 sous le nom d'« entretien professionnel », puis profondément réformé par la loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025, qui l'a rebaptisé « entretien de parcours professionnel » et en a revu la périodicité et le contenu.
Ce dispositif est obligatoire pour toutes les entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur d'activité. Aucune entreprise, même la plus petite, n'en est dispensée.
Depuis quand ce nouveau régime s'applique-t-il ?
• Pour les entreprises couvertes par un accord collectif antérieur à la réforme : application différée, au plus tard au 1er octobre 2026.
• Pour les entreprises sans accord collectif sur le sujet : le nouveau régime s'applique depuis le 26 octobre 2025.
En pratique, à la date de cette fiche, le nouveau régime de l'EPP (entretien tous les 4 ans, bilan tous les 8 ans) est applicable dans l'ensemble des entreprises. Un accord d'entreprise ou de branche peut prévoir des règles différentes, mais toujours plus favorables au salarié (périodicité plus courte, critères d'abondement plus avantageux).
Qui est concerné par l'EPP ?
• Tous les salariés, quelle que soit la nature de leur contrat : CDI, CDD, contrat d'apprentissage ou de professionnalisation.
• Tous les salariés, quel que soit leur temps de travail : temps plein ou temps partiel.
• Sont exclus : les salariés intérimaires, les salariés mis à disposition d'une entreprise d'accueil, et les salariés intervenant dans le cadre d'une sous-traitance.
Le salarié doit être informé de l'existence de ce droit dès son embauche.
À quel rythme l'entretien doit-il avoir lieu ?
Trois échéances structurent le dispositif :
• 1er entretien : au cours de la 1ère année suivant l'entrée dans l'entreprise.
• Entretiens suivants : tous les 4 ans, tant que le salarié reste dans l'entreprise (contre 2 ans sous l'ancien régime). Un accord d'entreprise ou de branche peut prévoir une périodicité plus courte, mais jamais supérieure à 4 ans.
• Bilan récapitulatif : tous les 8 ans (contre 6 ans auparavant), voir ci-dessous.
Deux rendez-vous sont en outre imposés à des moments clés de carrière :
• Dans les 2 mois suivant la visite médicale de mi-carrière (vers 45 ans) : l'entretien a lieu à cette date fixée par la loi, même si un entretien a eu lieu la veille.
• Dans les 2 années qui précèdent les 60 ans du salarié : entretien consacré au maintien dans l'emploi et aux aménagements de fin de carrière (temps partiel, retraite progressive).
L'entretien au retour de certains congés
Un EPP doit être proposé au salarié lors de sa reprise d'activité après une interruption due à l'une des situations suivantes, mais seulement si le salarié n'a bénéficié d'aucun EPP au cours des 12 mois précédant son retour :
• Congé de maternité, congé supplémentaire de naissance, congé d'adoption
• Congé parental d'éducation, à temps plein ou partiel
• Congé de proche aidant
• Congé sabbatique
• Période de mobilité volontaire sécurisée
• Période d'activité à temps partiel après un congé de maternité ou d'adoption
• Mandat syndical
• Arrêt maladie de plus de 6 mois
Le salarié peut aussi demander que cet entretien ait lieu avant sa reprise de poste, à son initiative.
Que doit aborder l'entretien ?
Dans le cas général, l'EPP porte sur :
• Les compétences et qualifications du salarié dans son emploi actuel, et leur évolution possible
• Sa situation et son parcours professionnel
• Ses besoins de formation, liés à son activité, à l'évolution de son emploi ou à un projet personnel
• Ses souhaits d'évolution professionnelle : reconversion interne ou externe, projet de transition professionnelle, bilan de compétences, validation des acquis de l'expérience (VAE)
• Son compte personnel de formation (CPF) : activation, abondement éventuel par l'employeur
• Le conseil en évolution professionnelle (CEP)
Point essentiel : l'EPP ne porte jamais sur l'évaluation du travail du salarié. Cette évaluation relève de l'entretien annuel, qui est un dispositif distinct. Un employeur ne peut pas se servir de cet entretien pour juger la performance du salarié.
Comment l'entretien se déroule-t-il ?
• C'est l'employeur qui organise l'EPP.
• Il est mené par le supérieur hiérarchique du salarié ou par un représentant de la direction.
• Il doit se dérouler pendant le temps de travail ; ce temps est assimilé à du temps de travail effectif.
• Pour les entretiens liés à la visite médicale de mi-carrière, l'employeur n'a pas accès aux données de santé du salarié.
Conseil pratique : demandez, avant l'entretien, à recevoir un support ou une trame écrite, et conservez une copie du compte rendu qui vous est remis à l'issue de chaque entretien. Ces documents constituent votre meilleure preuve en cas de litige ultérieur.
Le bilan récapitulatif tous les 8 ans
Tous les 8 ans, l'EPP donne lieu à un état des lieux récapitulatif complet du parcours professionnel du salarié dans l'entreprise (pour le 1er bilan, il peut être réalisé 7 ans après le 1er EPP). Ce bilan permet de vérifier que le salarié a, sur cette période :
• Bénéficié de tous les entretiens prévus
• Suivi au moins une action de formation
• Acquis des éléments de certification par la formation ou par la VAE
• Bénéficié d'une progression salariale ou professionnelle
Ce bilan fait l'objet d'un compte rendu écrit, dont une copie doit vous être remise. Conservez-la précieusement : elle sert de base au calcul d'un éventuel abondement (voir ci-dessous).
Les sanctions si l'employeur ne respecte pas ses obligations
Les conséquences diffèrent selon l'effectif de l'entreprise.
• Entreprises de 50 salariés et plus : si, au moment du bilan des 8 ans, le salarié n'a bénéficié ni de tous les entretiens prévus, ni d'au moins une action de formation non obligatoire, l'employeur doit abonder automatiquement le CPF du salarié de 3 000 €. Cet abondement doit être versé au plus tard le dernier jour du trimestre civil suivant la date du bilan récapitulatif. Un accord d'entreprise ou de branche peut prévoir des critères d'abondement plus favorables au salarié, jamais moins favorables.
• Entreprises de moins de 50 salariés : l'employeur reste tenu d'une obligation générale d'adaptation du salarié à son poste de travail et de maintien de son employabilité. En cas de manquement avéré, le salarié peut obtenir des dommages et intérêts devant le conseil de prud'hommes.
Réflexe utile : si vous constatez qu'aucun entretien ou bilan ne vous a été proposé aux échéances prévues, signalez-le par écrit à votre employeur (mail ou courrier) afin de dater officiellement votre demande et de conserver une preuve en cas de contentieux.
Qui peut vous aider à préparer cet entretien ?
• Dans les entreprises de moins de 300 salariés, le salarié peut faire appel gratuitement à un conseiller en évolution professionnelle (CEP) pour préparer son EPP.
• Le CEP est un dispositif entièrement gratuit et confidentiel, indépendant de l'employeur.
Pensez à solliciter ce conseil avant l'entretien, en particulier si vous envisagez une évolution, une reconversion ou une formation : cela vous permet d'arriver à l'entretien avec un projet déjà structuré.
Ce que le salarié peut faire concrètement
• Noter la date de votre embauche et celle de votre dernier entretien professionnel, pour anticiper les échéances des 4 ans et des 8 ans.
• Préparer en amont vos souhaits d'évolution, vos besoins de formation et, le cas échéant, un projet de reconversion ou de VAE.
• Demander, par écrit si besoin, la tenue de l'entretien si l'employeur ne l'a pas proposé à l'échéance prévue.
• Exiger et conserver une copie du compte rendu ou de la synthèse signée à l'issue de chaque entretien.
• Vérifier, au bilan des 8 ans, que les conditions de l'abondement CPF sont bien réunies si vous êtes dans une entreprise de 50 salariés et plus.
• En cas de doute ou de litige, se faire accompagner par un conseiller en évolution professionnelle, les représentants du personnel, ou un conseiller du salarié.
Exemple concret (cas fictif)
Madame D. est embauchée en CDI le 2 janvier 2020. Elle bénéficie d'un premier entretien professionnel en 2020, conformément à l'ancien régime (tous les 2 ans), puis d'un entretien en 2022 et en 2024. Avec l'entrée en vigueur de la réforme, son entretien suivant, initialement attendu en 2026, est désormais régi par la nouvelle périodicité de 4 ans : il devra avoir lieu au plus tard en 2028, sauf accord d'entreprise plus favorable. Son employeur comptant 120 salariés, si au terme de ses 8 premières années elle n'a bénéficié ni de tous les entretiens requis ni d'une action de formation non obligatoire, son CPF devra être abondé de 3 000 € par son employeur.
Textes de référence
• Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 relative à l'emploi des salariés expérimentés et aux transitions professionnelles (article 3)
• Code du travail, article L. 6315-1 : droit à l'entretien de parcours professionnel
• Code du travail, articles L. 6323-10 à L. 6323-15 : abondement du compte personnel de formation en cas de défaut d'entretien (article L. 6323-13)
• Code du travail, articles R. 6323-1 à D. 6323-3-4 : modalités d'alimentation du compte
• Code du travail, article L. 6332-1 : missions des opérateurs de compétences (OPCO)
• Cour de cassation, décision du 5 juillet 2023 : possibilité de tenir à la même date l'entretien d'évaluation et l'entretien professionnel, à condition de ne pas les confondre
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