ACTUELLEMENT
IMAGO/ Expérience photosensible
présenté par
Tomás Amorim, Emilio Chiofalo, Julie Laporte, Benoît Lefeuvre, Julie Rochereau du collectif EEZO et Sarkis Torossian, Philippe Bréson et Laure Winants
présenté par
Tomás Amorim, Emilio Chiofalo, Julie Laporte, Benoît Lefeuvre, Julie Rochereau du collectif EEZO et Sarkis Torossian, Philippe Bréson et Laure Winants
Cette résidence expérimentale a été réalisée dans le cadre du dispositif «Capsule» mise en place par le Ministère de la Culture, avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France.
En 2026, la photographie souffle ses deux cents bougies. Pour célébrer cet anniversaire, La Capsule propose une exposition qui ne se contente pas de regarder en arrière : elle interroge ce que ce médium peut devenir aujourd'hui en essayant de tenir compte des impacts écologiques de la création.
IMAGO, expérience photosensible invite à redécouvrir la photographie non pas comme une simple image figée, mais comme une matière vivante — sensible à la lumière, au temps, à l'érosion, au recyclage et à la transformation. Les artistes réunis ici font le pari de l'instabilité, du hasard et de la collaboration avec des forces qui les dépassent — le vivant, et le temps qui passe.
Chaque pièce de l'exposition est le fruit d'une véritable exploration des procédés photographiques qui empruntent autant à l'histoire du médium qu'aux nouvelles technologies. Ce qui devait disparaître se métamorphose ; ce qui semblait fini redevient un commencement. La photographie, ici, ne fige plus le réel — elle l'accompagne dans son cycle de transformation, entre érosion et prolifération, disparition et renaissance.
Cette démarche est portée par le collectif EEZO — Tomás Amorim, Emilio Chiofalo, Julie Laporte, Benoît Lefeuvre et Julie Rochereau — réuni en résidence à La Capsule pour expérimenter, tester, recommencer, dans un esprit de laboratoire ouvert où l'erreur et l'imprévu font pleinement partie du processus créatif. Leur travail renoue avec l'esprit pionnier des débuts de la photographie, quand chaque image relevait encore de la découverte et de l'expérimentation.
Le parcours s'enrichit du regard de trois artistes invités — Sarkis Torossian, Philippe Bréson et Laure Winwants — dont les œuvres entrent en résonance avec cette généalogie technique et sensible du médium, entre mémoire, matière et lumière.
En choisissant de faire avec le vivant plutôt que de le figer, ces artistes proposent une autre manière d'habiter le monde et de créer des images : une photographie qui accepte de perdre le contrôle, de se laisser altérer, contaminer, transformer pour retrouve une forme de liberté et de vitalité inédite.
Conçue comme un véritable laboratoire à ciel ouvert, IMAGO se veut un prototype durable, à la croisée de la recherche plastique de l'expérimentation et de la transmission. Une invitation à observer combien la photographie, deux siècles après son invention, n'a jamais cessé de se réinventer — et continue, patiemment, à explorer ce qu'elle peut encore devenir.
Qu’est-ce que c’est la photographie expérimentale pour le collectif EeZ0 ?
Pour le collectif EeZ0, les pratiques expérimentales de la photographie sont une manière d’explorer un paradoxe fondamental de ce médium qui est le rapport entre lumière et matière. Étant liée à la lumière, donc à une entité inconsistante et pratiquement immatérielle, la photographie se montre comme un médium précaire, fragile. Mais c’est justement sa précarité qui lui confère une immense plasticité, une capacité à changer de forme au contact de toute matière, et donc une force inépuisable.
Expérimenter les liens entre lumière et matière, c'est déplacer le regard et envisager la photographie au-delà de sa capacité à représenter le monde de manière réaliste ou fidèle. Pour nous, c'est une manière d'explorer sa capacité de transformation et d’ouverture vers des formes inattendues et donc un moyen de libérer les gestes dans nos démarches et approches artistiques.
Chacun et chacune le fait à sa propre manière. Nous avons beaucoup de styles et de techniques très différents : les procédés anciens comme la gomme bichromatée ou les anthotypes, ou encore des procédés argentiques ; des approches qui s’ouvrent à la sculpture et à l’installation; le réemploi et le recyclage, dans une démarche liée à des questionnements environnementaux ; les relations aux technologies, à l'intelligence artificielle et aux machines ; enfin, la question du vivant et des collaborations avec le monde non-humain.
Collectif EeZ0
Emilio Chiofalo, Sans titre, 2025, intelligence artificielle et gravure laser sur papier argentique couleur.
En quoi la notion de photographie expérimentale résonne avec celle de collectif ?
La notion de photographie expérimentale fait écho à celle de collectif. Expérimenter revient à essayer, faire des tests, rectifier les résultats, ou encore bifurquer sur d’autres manières de faire. C’est ce qu’on fait en collectif, le collectif étant lui-même une sorte de médium avec lequel on expérimente au jour le jour.
Nous sommes né.e.s comme collectif par un hasard heureux lors d’une exposition et nous avons défini une manière de travailler assez organique et… expérimentale… C’est quelque chose qui change au fur et à mesure que l’on continue de travailler ensemble, et cela nous encourage à poursuivre de cette manière, car le groupe rassure et stimule la réflexion et l’expérimentation.
Quand on est artiste, on est souvent confronté à la solitude de l'atelier, et lorsque l'on expérimente, on manque parfois de retours sur ce qu'on produit. Le fait d'être en collectif et de pouvoir travailler ensemble de temps en temps (comme c'est le cas ici pendant la résidence à La Capsule), donne la possibilité de se confronter, de tester des idées, d'obtenir des avis et de s'inspirer des échanges et des conseils des un.e.s et des autres.
Collectif EeZ0
Tomás Amorim. Les formes de l'ordinaire. Tirage argentique et ciment blanc ( 30 x 32 cm) 2026.
Comment le partage des compétences entre artistes à La Capsule transforme-t-il les étapes de production et nourrit-il les démarches expérimentales ?
Au tout début des années 90, je commence à mener des recherches sur les procédés photographiques historiques après avoir vu pour la première fois les tirages originaux des photographes de la Sécession viennoise.
J'essaie de développer une écriture photographique attachée aux fondamentaux du médium : le temps, la lumière, les substances photosensibles, la matérialité et la diversité des supports mais aussi le rapport au réel, les problématiques du régime de vérité et de la représentation. A cela, plus récemment, s'impose aussi la question de l'impact écologique des pratiques photographiques.
J'expose pour la première fois à La Capsule en 2009. Ce sera pour moi un lieu d'accueil, de soutien, de transmission d'échange et de production auquel je participe depuis 17 ans. En 2018, pour ma nouvelle exposition, Arnaud Lévénès et moi décidons de produire intégralement en interne les tirages, contre-collages, encadrements, et les livrets pédagogiques pour les médiations.
La prise de conscience qu'il faut arriver à produire en interne le maximum de choses s'est imposée à nous. Plutôt que de faire appel à des prestataires extérieurs, nous préférons favoriser l'apprentissage, l'acquisition et le transfert des compétences qui existent chez les artistes en résidence. Cette démarche ne produit pas à terme qu'une simple économie financière, elle apporte aussi un confort de travail, une liberté et une singularité dans la création qui sont parfaitement en phase dans les démarches expérimentales que La Capsule défend avec les artistes associés.
Philippe Bréson
Philippe Bréson, Carrière de granite de Lanildut, Finistère. Tiirage à la poudre de granite.
La Capsule, Centre culturel André Malraux, 10, avenue Francis de Pressensé, , Le Bourget 93, à 100m de la gare RER (ligne B) / 01 48 38 50 14
Galerie ouverte du lundi au vendredi de 9h à 12h00 et de 13h30 à 18h, le samedi sur Rendez-vous / Entrée libre