Page 4 de L'Echo de MégaMaths
RETRAITES : de 37,5 à 42 ans,
mais vous pourrez rachetez vos années d'études... la bonne blague !
Samedi 31 mai 2003 : Le célèbre diction "Toutes les bonnes choses ont une fin" peut servir d'entrée en matière pour parler des retraites. En matière sociale, peut-on distinguer les avancées de régressions ? Vais-je ou ne vais-je vous dire un petit mot rapide ?
S'il y a défilé mardi prochain, venez nombreux pour que l'on nous compte en conséquence : il faut du peuple, c'est le moment, après ce sera trop tard ou il y en aura pour 15 ans "d'avancées sociales", c'est long. Les retraites, c'est un peu beaucoup l'affaire de tous. Au passage, et sans vouloir faire du prosélytisme, vous retrouverez l'excellent tableau énumérant les avancées sociales du projet Fillon sur le site du SNES.
Et il est vrai qu'on a tellement "concerté" depuis "tellement de mois", qu'il vaut mieux tout de même se recentrer sur les quelques mesures principales. Celles-ci ont été franchement travaillées de façon à pouvoir répondre à n'importe qu'elle question venant du grand public tout en économisant de d'argent partout et sur tous. Un exemple seulement : si les professeurs protestent en disant qu'ils ne pourront jamais cotiser pendant 42 ans en obtenant le CAPES à 21 ans dans le meilleur des cas (déjà un bel exploit !), et bien, l'autorité suprême pourra répondre qu'il y a des mesures qui permettent aux enseignant de ré-acheter leurs années d'étude. Comme quoi : ces intellectuels, quelle joyeuse bande de veinards ! Tout le monde est heureux !
Juste quelques petits problèmes mineurs à soulever (de mémoire) :
a) pas plus de 3 années d'étude (si vous avez passé un doctorat, et bien il y a eu erreur d'orientation sans doute !),
b) il faut que ces études aient mené à un diplôme permettant de passer le concours obtenu ...
c) ... et que le délai entre l'obtention du diplôme et la réussite au concours soit inférieure à un an (hum, cela devient franchement très limitateur : pensez au pourcentage d'étudiants qui mettent deux, trois ou quatre ans pour obtenir l'admission ... combien sont-ils à réussir en un an ? 1 sur 5 ou 20 ?, mais ne soyez pas inquiets, même ceux qui ont réussi le CAPES en quatre ans après le bac ne vont pas rigoler en lisant le point suivant... c'est ce qu'on appelle "être équitable" : vous perdez à tous les coups !)
d) et pour clore le tout il faut payer la part salariée et la part patronale (grosso modo : l'étudiant s'est auto-formé à ses frais en se recrutant lui-même pour préparer son concours... ne se transforme-t-il pas en employeur maintenant ! c'est un côté "vachement libéral ça !", on est tous des patrons et on peut même payer la part patronale),
e) alors maintenant, vous ne serez plus du tout effrayés devant les sommes à débourser : environ 5000 euros par année rachetée, si l'étudiant reçu s'empresse de payer ses droits en entrant dans le métier (petit veinard !) ou... 15000 euros ou bien plus s'il attend la retraite. A 60 ans, rachetez donc 3 ans d'études si vous faites partie des élus, payez tout de suite 45000 euros, puis "clapsez" deux mois après d'une bonne maladie. Là, c'est vraiment de la solidarité... (faudrait une médaille ?)
Bon, j'arrête, je freine des quatre fers, puisque ce n'est pas le but de cette page et que vous êtes sans doute venus ici pour d'autres préoccupations... mais... il arrive parfois que je me mette à penser (mais si, mais si, un peu ! je vous assure :)) Bonne journée à tous, super week end, bons téléchargements et visitez le site du SNES, et bie entendu : cooool ;)
FAUT-IL SUPPRIMER TOUS LES FONCTIONNAIRES ?
(14 juin 2003)
Je viens encore de recevoir un pamphlet qui raconte que tous les salariés du public sont des nantis qui ne veulent que conserver leurs privilèges. Il y a beaucoup de propagande de ce style sur le net ces temps-ci, et il serait bon de reprendre consciencieusement ce pamphlet point par point pour y relever les nombreuses tricheries, et en particuler les chiffres approximatifs voire faux lancés rapidement dans la discussion.
Je me bornerai à rappeler quelques éléments de réflexion... Il semble bien (d'accord, ceci est à vérifier tranquillement en utilisant des statistiques provenant de sources fiables, ce que vous pourrez tenter de faire par vous même...) que ce soit dans le privé que l'on se "débarrasse" plus rapidement du salarié après 50 ans, ce qui permet à l'employeur :
a) de ne plus payer un salaire trop élévé,
b) d'engager une jeune recrue fraîchement formée (gratuitement par l'éducation nationale) et la payer avec un salaire de débutant,
c) de préférer sans cesse la stratégie du "salarié-kleenex" que l'on jette dès qu'il ne rapporte pas suffisamment.
Je pense en particulier au scandale des ingénieurs informaticiens très prisés du temps de l'assembleur et des débuts de l'informatique. Ils étaient à l'origine des grands programmes qui faisaient tourner des tas de machines dans les banques et de nombreuses sociétés... c'était des as de l'assembleur, qui se sont retrouvés rapidement au chomage avec l'évolution des langages et des moyens informatiques. Les sociétés ne les ont en fait ré-employées "temporairement" qu'au moment du grand bug du passage à l'an 2000, au moment où ces chomeurs étaient à nouveau et brièvement indispensable pour contrôler et changer les programmes défaillants. Faire de l'argent c'est avoir l'ingénieur le plus performant (ici, cela signifie qui "rapporte à court terme") et au plus bas prix, et le plus simple n'est-il pas de changer ses informaticiens tous les dix ans pour avoir des personnes rompues aux nouvelles techniques et aux salaires de débutants ?
Le libéralisme pur et dur, c'est faire de l'argent pour les actionnaires, et jeter le salarié dès qu'il rapporte moins que ce que pourrait rapporter un nouveau venu (sous-payé, en contrats adaptés et précaires,...). Le travail n'est plus une donnée sociale, un état d'esprit, une philosophie, et l'homme est - à la limite - transformé en un rouage de productivité, et seulement en cela ! L'homme est un rouage qui sert à "faire de l'argent sans conscience". Cette vision du libéralisme pourrait donner lieu à des pamphlets du même style. Mais la caricature est dangereuse, car toutes les sociétés ne sont pas forcément exactement "comme ça".
Alors, j'aurai une simple question à poser à la lecture du pamphlet qui m'a été envoyé : pourquoi existe-t-il encore des personnes qui désirnet travailler pour le privé quand on se fait "avoir comme ça" ? Il faut décidemment :
a) ou bien ne rien comprendre à ce qui se passe,
b) ou bien ne pas avoir réussi les difficiles concours d'entrée dans la fonction publique,
c) ou bien espérer gagner beaucoup plus et très rapidement, quitte à risquer quelques années de chomages...
Une autre remarque : la nouvelle loi sur les retraites agrave les conditions du privé et du public, et presque tout ce qui est dit dans le pamphlet au niveau des retraites (avec du vrai et du faux...et des amalgames) sera largement "dégradé" avec 42 voire ensuite 45 ans de cotisation pour tous (c'est déjà prévu...), et des décotes à n'en plus finir qui feront passer la retraite "espérée" très facilement de 75% ou 65% à seulement 46% des derniers salaires de référence. C'est certainement ce que l'on peut appeler une avancée sociale pour TOUS les salariés !
La stratégie est claire : diviser pour régner, et procéder par tranches : salariés du privé, puis certaines catégoriées du public, puis les autres... et recommencer !
L'équilibre n'est-il pas dans l'existence des deux formes de travail : n'est-t-il pas bon qu'il existe des entreprises privées et des services publics ? Cela pour éviter les excès (toujours possibles) des uns et des autres, et pour laisser une alternative à nos enfants :
Celui qui rate un concours de recrutement du public peut trouver à travailler dans le privé, celui qui n'aime pas les carrières "mornes et ternes" du public peut se lancer dans le privé en espérant gagner plus dès le début de carrière, puis grimper rapidement au nirvana, celui qui n'aime pas la mentalité des entreprises privées, basée sur l'argent et le profit direct, peut tenter de réussir un concours pour "servir" ses concitoyens suivant d'autres bases... toutes ces attitudes, et bien d'autres, sont possibles et c'est une bonne chose d'avoir un choix à faire.
Ainsi la co-existence entre une école publique et une école privée est, d'après moi, utile : le choix est laissé, et l'accès à une éducation de qualité est garanti pour tous. Avec "égalité" !
Je me risque à vous faire part d'une petite anecdote personnelle au sujet de cette égalité dont on se moque dans le pamphlet. Après ma réussite au concours du CAPES, j'ai suivi un stage d'un an dans un collège d'Antibes (Alpes-Maritimes) avec 2 classes en responsabilité. Les notes que je donnais à mes élèves étaient toujours obtenues par un calcul simple que pouvait (devait !) refaire l'élève, cela pour me signaler une erreur lors du calcul de la moyenne trimestrielle, par exemple. Ainsi, une note d'oral avait le coefficient 1 tandis qu'une note d'écrit avait le coefficient 4, et il existait beaucoup de notes d'oral pour rattraper les élèves (ceux-ci participaient plus volontairement et obtenaient là une façon très commode d'améliorer leurs moyennes, les "bonnes" notes à l'oral étant (si possible) distribuées plus souvent que les "mauvaises" notes en quantité. Il y avait au moins 3 devoirs écrits sur table par trimestre et 3 devoirs à la maison qui, eux, ne comptaient pas dans la moyenne mais seulement dans l'appréciation et servaient à entraîner les élèves aux devoirs écrits ou étaient utilisés pour des approfondissements. Les devoirs à la maison ne comptaient pas directement en vertu d'un principe "d'égalité entre les élèves",puisque tout le monde sait que certains parents qui en ont les moyens n'hésitent pas à faire rédiger les devoirs par un professeur particulier.
Au troisième trimestre, un élève obtint 12,5/20 de moyenne en maths. Le calcul était juste, et bien vérifié par l'élève (qui ne faisait auncun problème de cela, et, de plus, qui était intéressant et agréable en classe). Un jour de juin, un surveillant vient dans ma classe pour m'avertir que des parents d'élèves veulent me voir et m'attendent à la fin du cours dans un local près du bureau du principal. Je m'y rends donc, on s'assoie, et le père et la mère m'exposent calmement que leur fils a absolument besoin d'une note plus élevée, et me rappellent qu'il y a eu au moins un 17/20 dans la classe, et... qu'une bonne note en maths est indispensable pour se retrouver dans la meilleure classe de seconde au lycée d'à côté l'année prochaine. Et ces parents me demandent de relever cette note, carrément.
Je dois leur expliquer qu'il m'est impossible de le faire pour des raisons de justice vis à vis des autres élèves, et que tout ce qui est en mon pouvoir est de recalculer la moyenne pour vérifier qu'il n'y a pas d'erreur. Le père se lève après avoir donné un coup de poing sur la table, tourne en rond dans la salle, commence à crier que cela ne se passera pas comme ça, et que son fils a réellement besoin d'une meilleure note ! (J'avais d'ailleurs aussi un tiers de la classe qui n'avaient pas obtenu la moyenne au troisième trimestre, et je pensaient à eux qui avaient aussi ... bien besoin d'un bon coup de pouce,... que je ne pouvais pas donner arbitrairement).
La mère essayait de calmer son mari, et moi, je répétais que cela n'étais pas en mon pouvoir, et que je devais être juste pour les autres élèves, et qu'un 12,5/20 n'était pas mauvais ! J'ai compris pourquoi le principal m'avait fait venir dans une salle de l'administration où parfois l'on voyait quelqu'un passer dans le couloir derrière les vitres. C'était une garantie pour tous les débordements qui étaient possibles.
Ce monsieur était quelqu'un de très important localement, à Antibes et sa région. Et ce monsieur ne comprenait pas comment un petit professeur débutant osait ne pas accepter de mettre 17/20 à son fils. J'ai pu résister grâce à mon statut de fonctionnaire et parce que mon métier ne dépendait pas directement de ce monsieur.
La question que je pose est la suivante : si j'avais été employé par un établissement privé, aurais-je pû refuser de mettre un 17/20 à l'enfant d'une personne importante de la région, voire d'une personne qui participe financièrement à la vie de l'établissement ? Et si mon employeur avait été la région, et que ce monsieur possède ses entrées dans la région ? C'est très simple : le chef d'établissement m'aurait sommé de mettre une très bonne note à l'enfant, et je n'aurais eu que la possibilité d'accepter, ou de perdre mon métier et me retrouver au chomage ! Le calcul est très simple.
C'est à ce moment là que j'ai réalisé qu'appartenir à un corps de statut national représentait une garantie d'équité pour les utilisateurs du système scolaire.
37,5 TORCHONS OU BIEN 40 SERVIETTES ?
(Claude Danthony, 6 juin 2003)
« Un grand battage médiatique ne cesse actuellement d'opérer une comparaison entre le nombre d'annuités nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein : 37,5 dans le public et 40 dans le privé, et de déduire de ces deux chiffres que c'est inéquitable. Mais personne ne pense à préciser que le même mot « annuité » correspond à des réalités tellement différentes dans les deux régimes que la comparaison n'a guère de sens : autant ajouter des torchons et des serviettes ! Démonstration : Nous avons tous appris à l'école qu'on n'ajoute pas des choux et des carottes ou des torchons et des serviettes. Tout comptable sait que des comparaisons ne sont valables que si elles sont effectuées « à structure comparable ».
En tant que scientifique, j'ai le devoir, lorsque je compare deux données chiffrées, de commencer par vérifier qu'elles correspondent à la même réalité, par exemple sont exprimées dans la même unité. Sinon, on peut faire dire absolument n'importe quoi aux chiffres.
Le mot "annuité" correspond en fait à un nombre issu de calculs totalement différents dans les deux régimes. En gros : Dans le public, le nombre d'annuités correspond au temps où l'on occupe effectivement un emploi, au prorata du temps de travail (ainsi, 1 an de travail à mi-temps donne une demi-annuité, 1 an à 80% donne 0,8 annuité, etc.) Dans le privé, c'est bien plus compliqué. Cela dépend d'abord des sommes perçues : on valide, pour chaque année civile, un nombre de trimestres correspondant au salaire soumis à cotisations dans l'année. C'est ainsi, pour prendre un exemple, qu'un cadre qui a travaillé 3 mois dans une année civile obtiendra une annuité entière (alors qu'un smicard qui a travaillé 3 mois n'obtiendra lui que 0,5 annuité : est-ce bien équitable ?). De même, un an de travail à mi-temps compte pour une annuité complète. On rajoute ensuite certaines périodes non travaillées : chômage (en partie), congé parental (sous conditions), etc. A cela s'ajoutent des bonifications qui diffèrent totalement entre les deux régimes, dont la bonification pour enfant accordée aux mères (2 ans dans le privé, 1 dans le public) [1].
En résumé il est parfois plus "facile" d'obtenir des annuités dans le privé que dans le public. Voilà un exemple qui montre bien les limites de cette comparaison. Puisque les médias se sont fait l'écho de certains avantages (oubliant les inconvénients) des femmes fonctionnaires mères de 3 enfants, prenons l'exemple d'une mère de 3 enfants qui décide de travailler 8 ans à mi-temps pour les élever : Si elle est dans le privé, elle aura une bonification de 6 annuités et les 8 ans à mi-temps compteront pour huit annuités. Pour obtenir une retraite à taux plein (40 annuités), il lui faudra donc obtenir 40-8-6, soit 26 annuités supplémentaires.
Si elle est fonctionnaire, la bonification sera de 3 annuités et les 8 ans à mi-temps compteront pour 4 annuités. Pour obtenir une retraite à taux plein (37,5 annuités), il lui faudra donc obtenir 37,5-3-4, soit 30,5 annuités supplémentaires, c'est-à-dire travailler effectivement 30,5 années à plein temps. Est-ce bien équitable ?
Tout cela pour dire que comparer le nombre d'annuités nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein dans les deux régimes et en déduire que ce serait inéquitable car 37,5 est inférieur à 40 n'a aucun sens et relève de l'imposture.
D'autant plus que la notion de "retraite à taux plein" n'a strictement rien à voir entre les deux régimes et qu'on ne tient pas compte des retraites complémentaires du privé ! Un jour où j'avais pris un énarque en flagrant délit de comparaison de chiffres incomparables, il m'avait répondu : « D'accord, mais vous, vous vous intéressez au sujet. Pour les gens, il faut des idées simples ».
Je ne voudrais pas que l'opinion publique soit convaincue que les fonctionnaires seraient des privilégiés du simple fait que les médias colportent une idée aussi simple qu'inexacte. II n'empêche que cette stratégie de dresser le privé contre le public, sur la base d'une "idée simple" permet de faire passer au second plan certaines réalités. Elle permet d'oublier que la réforme Balladur de 93, en augmentant la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans (là on peut comparer les données puisque c'est le même régime) [en fait, la durée de cotisation sera de 42 ans en 2020, NDLR], mais surtout par l'introduction de la décote et l'allongement de la période de référence, a déjà diminué et surtout va encore dégrader fortement les retraites du privé. Elle permet de faire passer au second plan que la réforme ne concerne pas les seuls fonctionnaires, puisque l'on va passer pour tous, de 40 annuités en 2008 à environ 42 en 2020. C'est faire oublier un des principes de ce projet de loi, qui me pose personnellement problème. Alors que depuis le dix-neuvième siècle, l'augmentation de la richesse de la France (et des pays riches) est allée de pair avec une diminution phénoménale de la part de sa vie qu'une personne consacre à travailler, le projet revient sur l'histoire, en décidant que désormais, sur une vie, la proportion du temps consacrée au travail ne devra plus diminuer.
J'entends d'ailleurs tous les jours dans les médias des personnes me dire sur un ton docte et péremptoire « il faut que les français comprennent qu'il faut travailler plus ». Soit, ils ont peut-être raison. Mais dans la mesure où une telle affirmation est contraire à ce qui s'est passé dans les 150 dernières années, je considère, en tant que scientifique, qu'ils doivent justifier leurs affirmations. Or je n'ai jamais entendu personne me donner un véritable argument selon lequel nous serions vraiment aujourd'hui dans une situation nouvelle justifiant une inversion du phénomène historique, c'est-à-dire une augmentation du temps de travail. Elle permet de faire oublier que ce projet est un choix politique de faire supporter aux seuls salariés actuels (pas aux employeurs ou à l'impôt) le coût de l'augmentation de l'espérance de vie, en justifiant cela par une nouvelle "idée simple" : on nous répète qu'il n'y aurait pas d'autre choix, ce qui est bien sûr faux.
Surtout, cela permet d'occulter le fait que les inégalités au sein du privé sont bien plus criantes qu'entre le privé et le public. Dans le privé, tout va dépendre de la convention collective, de la taille de l'entreprise ou encore du temps partiel subi ou choisi. Vaut-il mieux être employé à temps partiel subi d'une PME du nettoyage ou à temps plein d'une grande entreprise, avec un accord 35 heures, un CE et une convention collective très favorables ? »
* maître de conférences de mathématiques à l'École normale supérieure de Lyon.
Fonctionnaire, c'est quoi ?
Un Plaidoyer pour la fonction publique.
D'accord, ils font grève. D'accord, on les considère comme des feignasses, mais un fonctionnaire, c'est quoi ?
Réponse :
- une infirmière (celte qui vous fera votre toilette quand vous serez incontinent et plus, privé de couches culottes) ;
- un soldat (celui qui mettra sa vie en jeu pour défendre vos choix politiques privés) ;
- un policier (celui qui vous protégera contre les « sauvageons » qui viennent abîmer les jolies voitures privées) ;
-un agent des impôts (celui qui fait fonctionner l'État grâce à cet argent que le privé a tant de meuà gagner) ;
- un facteur (celui qui amène chez vous au bout de la Guadeloupe et de la France tes colis privés des cadeaux de Noël de papy mamy) ;
- un prof (celui qui vous permet d'apprendre graluitement ce que vous mettrez en pratique dans le privé) ;
- une institutrice (cette qui mouche vos chers bambins privés et reçoit tes insultes publiques) ;
- un juge (celui qui gérera votre divorce privé) ;
- un pompier (celui pour qui la devise est « sauver ou périr » et qui périra pour sauver votre vie privée et votre maison privée perdue en plein maquis avec un branchement et un kw/h EDF au même prix) ;
- un agent de la Sécu (celui qui s'emmerdera dans un bureau pour vous rembourser vos tranquillisants privés) ;
- un agent de l'ASSEDIC (Celui qui fera avancer votre dossier de chômage quand te privé vous aura foutu dehors) ;
- un technicien EDF (celui qui remettra le courant pour que vous regardiez vos DVD privés après le cyclone) ;
- une sage femme (celte qui ne se prive pas de galérer pour faire naître vos futurs cadres • privés) ;
- un directeur d'hôpital (celui qui se bat pour soigner gratuitement votre surmenage privé).
C'est encore te pompier qui vous ramène 365 jours par an de vos soirées privées quand vous êtes bourres après un accident. Et bien sur, tous tes sans grades qui ramassent vos ordures, nettoient les parcs, améliorent les forêts, recherchent de nouvelles technologies, transportent votre nourriture la nuit quand vous dormez, font tourner tes centrales électriques, aiguillent les avions, organisent les élections, donnent à manger dans tes cantines scolaires, plantent des fleurs dans: les villes, font des émissions de télé, vous donnent la météo (aux avions privés et aussi et surtout aux marins privés 1).
Alors, maudissez les, injuriez les, rejetez les, mais quand du service public, vous serez privé, alors là, vous pleurerez !
EricQiridal (Extrait du courrier des lecterus du journal France-Antilles, 21 février 2004)
Dossier : sur l'écrit du CAPES externe 2004
Voici une réaction à chaud, reçue le 7 mars 2004. Le candidat exprime sans doute ce que beaucoup d'autres ont ressenti...
Bonjour, Je suis étudiant en prépa CAPES à Bordeaux et je suis votre site depuis le début de l'année. Ce site est vraiment génial !! J'ai eu l'occasion de télécharger plusieurs exposés de géométrie, les coniques en particulier, ainsi que des exercices sur les rotations dans l'espace.
Je souhaite donc réagir sur le sujet de cette année ! C'est la première fois que je le passe en me préparant, l'année dernière en maîtrise je m'étais arrêté à 3 dixièmes de l'admissibilité. Et je dois dire que je suis assez surpris par le sujet, en particulier la première épreuve...... Que dire sur un sujet où je dois "oublier" tout ce que j'ai travaillé pendant 5 mois ?? J'ai traîté des questions dans chacune des parties, mais je me demande bien où seront les points. Je sais que les autres étudiants de la prépa étaient désolés, et on s'est dit avec certains que l'on aurait mieux fait de partir au ski ou ailleurs la semaine avant, au lieu de travailler comme on l'a fait. Un détail aussi: même si la calculatrice n'était pas d'un bien grand secours, ma machine a trouvé le moyen de rendre l'âme pendant l'épreuve alors que les pîles étaient neuves de la veille !! De quoi augmenter le stress, des fois qu' il ne soit pas assez présent.... en fait, c'était plus psychologique qu'autre chose. Enfin, la calculatrice s'est remise à marcher toute seule durant l'après-midi de Mardi !!
Pour ce qui est de la deuxième épreuve, j'ai trouvé le sujet très long, j'avais revu les isométries dans l'espace, alors je me suis attaché à rédiger au mieux la première partie, en me rappelant que l'année dernière certains avaient traîté correctement la première partie de la deuxième épreuve et avaient réussi à avoir 11/20. Ceci dit, j'ai traité aussi les préliminaires, des questions de la partie 2 (le début), et des questions de la partie 3.
Je me dit que l'on a tous fait les mêmes questions à peu près et que cela va se jouer à très peu de choses, peut-être une question ou deux ? Je sais bien que tant que je n'ai pas eu mon résultat, je ne pourrais rien dire de fonder ( une lapallissade ?)
- Encore une réaction à chaud reçue le mercredi 3 mars 2004.
Bonjour, tout d'abord je tenais à vous dire que votre site est vraiment génial. J'aimerai avoir votre avis concernant la 2ème composition du Capes 2004.Dans la partie II question 1a) dans la factorisation du cosinus j'ai trouvé assez ambigue l'écriture du cosinus.Apparement le alpha était compris dedans (chose que malheureusement pour moi je n'ai pas compris,tampis je reviendrais l'année prochaine!!) Qu'en pensez vous? Globalement que pensez vous des 2 sujets? A bientôt sur votre site
WbM : Merci pour le site. La 2ème composition marque le retour (tant attendu) de la géométrie qui est toujours au programme ! Et cela fait 3 ans qu'on n'en voit pas beaucoup. Les isométries sont donc vraiment dans le sujet, et il ne serait pas étonnant de revoir des coniques un jour, ou de la géométrie affine... Mais enfin, comme tout peut être touché (proba, arithmétique, ... et même dénombrement) il vaut mieux équilibrer ses révisions et s'en tenir au programme officiel... après, il s'agit de s'adapter au mieux, ce que vous avez tous essayé de faire, n'est-ce pas ?
Une autre idée : les ensembles paradoxaux étaient aussi au menu de l'agrégation interne 2004... de là à dire qu'il y a un lien entre l'agrég interne et le capes externe... nous n'irons pas jusque là, mais ça laisse rêveur.
Le début de la comp. 2 était assez sympa si l'on avait révisé les isométries vectorielles de l'espace, sûr ...
Enfin : préparez l'oral dès aujourd'hui. Vous ne saurez jamais si vous êtes admissible ou non, quoique vous ayez fait à l'écrit, car cela dépend des autres !!! Et les oraux que vous préparerez maintenant constitueront autant de travail déjà fait pour vous entraîner pour le prochain écrit... si par malchance vous n'étiez pas admissible. Alors, c'est du bénéfice dans tous les cas ;))
Baisse inacceptable des recrutements dans le second degré
(L'enseignant, revue de l'UNSA, n°69 • février 2004, p. 9)
Les premières épreuves d'admissibilité pour les concours du second degré débutent. Mais il aura fallu attendre le 23 janvier pour obtenir des informations sur le nombre de postes aux concours.
Le couperet est tombé : moins cinq mille cinq cents places pour les concours externes, diminution que le ministère justifie par la seule baisse démographique des élèves dans le second degré. Quelle hypocrisie ! Et quelle contradiction avec les résultats de l'audit, commandé par le ministère en 2002, qui chiffraient les besoins du second degré à dix-huit mille postes ! Et si encore l'argument de la baisse démographique des effectifs était juste, toutes les disciplines seraient touchées à parts égales. Or, le Capeps perd 42% de postes alors que le Capes en perd 26% : équitable ?
Nous sommes dans une phase de réduction budgétaire et aujourd'hui seuls les fonctionnaires en font les frais. Et seulement les fonctionnaires «choisis». La réforme des retraites, avec tout son lot de pénalisations, a été la première étape. Il ne s'agit que des prémices d'une longue dégradation du statut de fonctionnaire. L'amputation du nombre de postes aux concours confirme les choix budgétaires du gouvernement. Quel manque de considération de la part de nos ministres vis-à-vis des plci ! Il a été tellement facile de les laisser «potasser» leur concours, alors qu'à l'issue de celui-ci, très peu de places apparaissent. Cette diminution drastique ne va-t-elle pas à l'encontre des besoins réels existants d'une part, et à l'encontre de ce qui se profile dans les années à venir d'autre part, quand on sait que le pic des dépans à la retraite se situe en 2008, 2009 et 2010 ? En effet, on ne peut rester sans imaginer que ces cinq mille cinq cents places vont faire «des petits», économies obligent, dans les années à venir : moins cinq mille cinq cents places aux concours à la rentrée 2004, combien pour 2005 ?
Les jeunes ne s'y laisseront pas prendre plusieurs années de suite : il n'y a plus de place ? Allons faire autre chose ! Et au moment où les besoins repartiront à la hausse, le vivier de recrutement sera au plus bas. Il est déjà «limite» dans certaines disciplines (plus particulièrement dans les disciplines scientifiques), alors continuez à supprimer des postes, à taire les possibilités offertes aux concours le plus longtemps possible, à ne pas revaloriser la profession, à affecter les néo-titulaires sur des postes difficiles... Et alors, Messieurs les ministres, vous devrez faire jouer votre imagination pour attirer les jeunes vers les concours de l'enseignement ! (Mariannick Juhel)
- Jeudi 4 mars 2004, de Pleiade,
merci vraiment pour votre super site! Voila, j'aimerai avoir un petit renseignement : je passe bientot une leçon d'exposé qui s'intitule exemples de problemes dont la resolution fait appel a l'utilsation de graphes,orientés ou non; et je ne sais pas trop comment m'y prendre.
Est-ce que je dois faire des rappels sur les graphes ou les mettre en prérecquis. Est-ce que je dois juste poser plusieurs problemes et les resoudre ?
Au fait, avez-vous su quelle a été la réaction des étudiants a la sortie du capes ? Pour ma part,je n'ai pas bien réussi. Si seulement j'avais travaillé la leçon 84. Je l'avais imprimée mais je n'ai pas eu le temps de la travailler.dommage pour moi.
WbM : Je n'ai pas travaillé les graphes et je ne pourrai pas vous répondre en détail. A priori, vous pouvez raconter les « basic facts » concernant les graphes (ce qui est au programme, les théorèmes et les définitions à l'honneur) puis enclencher sur des exercices d'application à analyser (il s'agit d'une leçon d'oral 2, je crois savoir !).
Je ne sais que les réactions de ceux qui m'envoie des mails, et verrrai les mien demain... Votre commentaire m'intéresse cependant !! Elle montre A TOUS, qu'il vaut mieux étudier TOUTES les leçons d'oral avant de passer l'écrit. C'est bête à dire, mais je crois que je le conseillerai dorénavant : au moins lire tranquillement les leçons que j'ai placées à l'oral 1 avant l'écrit,... les lire en les travaillant un brin.
Ceci dit, qu'ont fait les autres ? On ne le sait pas ! Et on ne le saura pas avant les résultats d'admissibilité. Donc pas de prognostiques certains à 100% ! Attaquez les leçons d'oral : ce sera une façon de prendre de l'avance pour le prochain écrit, si vous n'êtes pas admissible cette année (et ça, on ne le sait pas aujourd'hui). Bon courage :)))
- 23 avril 2004 : De la part d'Aurélie, à Lille : Pour commencer, merci pour ce site qui m'aide énormément ; en effet, après deux années de prépa en IUFM et deux échecs au CAPES, j'ai décidé de repasser le concours tout en ayant un poste de vacataire à l'année à côté. Je me retrouve donc seule pour préparer ce concours, mes amis l'ayant tous obtenus..........la vie est cruelle !!! C'est pourquoi je consulte régulièrement votre site, et suis heureuse d'avoir des échos quant aux épreuves écrites de cette année. Personellement, j'ai travaillé sans m'arrêter pendant les 5 heures, pour finalement me rendre compte que je n'avais pas fait grand chose : la première partie pour l'analyse (et encore je ne suis pas toujours aller jusqu'au bout des questions !!) et la première et la moitié de la deuxième partie pour la géométrie. Je suis assez pessimiste, mais je ne me décourage pas car l'année dernière, sûre de ne pas être admissible, j'ai pendant les deux mois d'attente des résultats, très peu travailler les oraux, et je me suis retrouvée admissible à devoir passer les oraux un mois et demi plus tard !! Ainsi, j'ai du tout recommencer cette année...........je ne peux en vouloir qu'à moi même. Enfin tout ça pour dire bon courage à tous et accrochez vous !!
A part ça, actuellement, je travaille la leçon I - 60, et j'aurais voulu avoir la définition exacte d'un "point fixe répulsif " car j'en ai une issue de mes cours d'IUFM et j'en ai trouvé une autre sur internet qui n'est pas du tout la même ( les quantificateurs sont différents !!). Merci d'avance pour votre réponse.
Réaction reçue le 17 mars :
Bonjour! Tout d'abord, félicitations pour votre site qui s'avère particulièrement utile, même indispensable pour des candidats libres comme moi par l'immense base de données en documentations, informations et annales...
J'ai lu dans votre magazine un article sur l'évaluation de son admissibilité après l'écrit du CAPES: 1/4 des questions traitées, on commence à être admissible, 1/3 des questions traitées, on est sur d'être admissible, ceci n'étant bien sur qu'une indication, pouvant varier selon les sujets d'une année sur l'autre.
Qu'en pensez-vous pour les sujets 2004? Je les ai pour ma part trouvés particulièrement étranges (le 1er) et difficiles (le 2e) et n'en ai traité que 1/5. Pour le 1er sujet, j'ai été déstabilisé par le fait qu'il fallait tout oublié. Je n'ai abordé que le debut de la partie A et les questions 4 et 5 de la partie C. Pour le 2e sujet, j'ai traité quelques questions de la partie I et perdu beaucoup a rediger les raisonnements par récurrence du début de la partie II.
Cordialement, Myriam.
Wbm : Bien reçu, Ma foi, il ne s'agit que d'une idée... tout dépend des sujets et des autres candidats... Je n'ai pas regardé le sujet d'analyse. Il était très long, je crois bien, et... fastidieux pour tout le monde. Dans un tel cas, l'admissibilité peut très bien être acquise en ayant traité seulement 1/4 du problème, ou... moins. Pour l'algèbre, c'était long et il fallait aimer les rotations en dimension 3. Combien de candidats n'avaient pas suffisamment travaillé les isométries vectorielles ?
Surtout, ne faites pas de prognostics en y croyant dur comme fer. Travaillez les oraux, cela servira pour un futur écrit si ... vous n'êtes pas admissible. Et peut-être serez-vous largement admissible... vous passerez alors l'oral sans savoir votre rang à l'écrit... et il faudra encore garder le moral ;)
L'écrit 2004 ressenti par Mathieu
(24 mars 2004)
Nous présentons ici le témoignage de Mathieu de l'académie de Créteil. Il s'agit d'un témoignage à chaud, dans une académie où il y a, comme nous le verrons, quelques candidats , et d'une vision personnelle pleine d'humour sur le vécu d'un écrit de concours. Bon, eh bien, allons-y pendant que c'est chaud...
Alors, tout d'abord l'accueil. Il faut savoir que j'ai passé cette épreuve dans l'académie de Créteil. Donc Paris, Créteil et Versailles réunis. Tout le monde à la maison des examens. Alors, au début de l'épreuve, j'ai compté, pour voir.. J'ai vu environ 20 rangées de personnes sur 15 rangs. Ou le contraire. Enfin, je sais plus, mais donc du monde. Beaucoup de monde, avec les noms disposés en "serpentin" (je cite un surveillant). Je vous raconte pas la foire pour trouver sa place.
Ensuite l'ambiance. Les surveillants hurlent leurs consignes, les répètent, et on les connaît par coeur. "Ils vous est rappelé que…. ", ça va des calculettes, à l'utilisation du matériel, à la couleur des brouillons.. Bref, tout est bon pour s'exprimer bruyamment. Heureusement que je n'étais pas au premier rang, sinon, j'en aurais pris plein les oreilles. Je pense qu'il y a un surveillant en chef dans l'équipe, et que c'est lui qui crie le plus fort. Ou que c'est le plus grand, au choix. En tout cas, pour nous, c'était les 2 à la fois. Un mec immense, et qui beugle.
Une fois assis à sa place. On attend. Mais bon... si on passe son temps à attendre, on pète un plomb. Il faut faire le vide. Dans l'ambiance décrite ci-dessus, c'est pas facile. Heureusement, l'administration a prévu ça. Pour vous détendre, il y a des en-têtes à remplir. Plein d'entêtes. Un par copie double, en 2 exemplaires chaque (on remplit 2 fois les mêmes renseignements par copie), et puis 1 par intercalaire de papier millimétré. Personnellement; je me suis assis environ 20 min avant le début de mon épreuve, et j'ai eu à peine le temps de tout remplir, Mais il faut dire que je les ai fignolées.. bah oui... pour me détendre !
Puis une voix métallique de haut parleur retentit. Je pense que c'est par téléphone que quelqu'un relit les mêmes consignes que d'habitude (calculettes convocations ninini...) mais à un niveau sonore assez assourdissant, et en plus avec une qualité... genre radio des années trente, avec parasites. Bref, encore un peu de douceur quoi.. Bon, ben là il faut attendre. Attendre jusqu'à ce que cette voix ordonne "Messieurs les surveillants, ouverture des sujets !" et avec 10 minutes de retard sur l'horaire, les surveillants obéissent.
Puis ils distribuent les sujets. mais on n'a pas encore le droit de les regarder. ben non. Ou juste la dernière page alors, parce que la mienne de surveillante, elle nous les a donnés retournés. Mais ya les dernières questions sur la dernière page... pour un premier contact avec le sujet, on a vu mieux.
Puis commence l’épreuve.. mais ça c’est une autre histoire...
A la fin de l’épreuve, c’est à dire, à la seconde près, 5 heures plus tard après le début, le concert reprend. Les surveillants hurlent en passant dans les rangs de lever les stylos, menacent les gens qu’ils voient continuer d'écrire de mentionner leur nom dans le rapport de jury... Il faut aller rendre immédiatement son travail à un surveillant placé au fond de la salle, à la dernière place de sa rangée. Après 5 heures à composer dans le silence, se lever brusquement au beau milieu des cris de surveillants stressés pour rendre sa copie a quelque chose d’irréel.
En bref, pour résumer l’ambiance de ce genre d’épreuve, il faut savoir que : 1) on est nombreux, 2) c’est stressant, 3) les surveillant crient et surveillent, de façon plutôt intransigeante, ce qui ajoute au stress. Voilà pour l’ambiance !
Le courrier des lecteurs (mars-avril 2004)
- mercredi 18 février 2004
Bonjour, Tout d'abord félicitations pour votre site qui est vraiment bien fait: riche en exercices,... J'ai passé les épreuves écrites du Capesa externe de mathématiques ces 2 derniers jours. Comme l'épreuve ressemble beaucoup à une épreuve de Capes je pense que ce serait une bonne idée de les ajouter aux annales. Et comme nous sommes beaucoup à avoir "planché" dessus, ce serait bien de trouver sur votre site la correction. à bientôt A.J.
WebMaster : Bien reçu, C'est effectivement une très bonne idée ! Si vous pouvez m'envoyer le scan des énoncés du CAPES agricole, je pourrai les mettre dans les annales. Par contre, je n'aurai pas le temps de les corriger... trop de choses à faire avant. Argh, ce temps qui n'est pas extensible :(( (et il paraît même qu'il est fini, mais ça, ce n'est pas prouvé :))
- Monday, February 16, 2004
Bonjour. Je voulais d'abord vous remercier de mettre en ligne cette mine d'informations si précieuse, et vous féliciter de le faire pour la bonne cause. Je sais qu'il y a 1003 postes offerts cette année, mais est-il possible de savoir combien il y a d'inscrits ? Il parait que la tendance est à la baisse, est-ce vrai? Je vous remercie d'avance de votre réponse (Une étudiante en 1ère année à l'IUFM de Reims).
Réponse : Je pense aussi que la tendance est à la baisse, vue les conditions et les annonces du gvt concernant la baisse générale du recrutement des fonctionnaires. Mais je n'ai pas vu de chiffres. Ils arrivent en général au plus tôt début septembre, sur le site du ministère...
Propos de Ségolène Royal sur l'enseignement : commentaires & réactions
Ségolène milite pour que l'on occupe les enseignants 35h par semaine dans tous les établissements du secondaire. Un film ne devait pas circuler... mais vous pourrez le voir en cliquant ici.
Réagissons pour donner notre point de vue !
Tiens au fait : Ségolène a fait un tabac ce 17 novembre 2006, puisque les militants l'ont élue candidate à plus de 60% des voix, un record, donc tout le monde l'aime a priori. Si les certifiés passent à 35h de présence dans l'établissement, il ne faudra plus ramener une seule copie, ou un seul bouquin, à la maison pour travailler la nuit ou le week end. Je conseillerai de TOUT faire au bahut. Donc forcément de bâcler : car qui peut fignoler un cours dans une salle des professeurs bondée et enfumée ? Avec quels documents ? (ils devraient tous rentrer dans un petit casier, arf arf) et en utilisant quel scanner et quelle imprimante (qui ne sont jamais disponibles dans un établissement). Seul côté positif : en rentrant chez soi, on ne pensera plus à rien :) arf arf encore une fois...
Arghhhh ! Ségolène veut obliger les enseignants à rester 35h par semaine dans les établissements. Quand on pense qu'une heure de cours demande une heure de préparation au minimum (quand on a le même cours depuis une dizaine d'années), et que le temps de travail d'un certifié est de 18h, cela fait 18 x 2 = 36 h de travail hebdomadaire. Sans compter les 8 à 10 réunions par mois et les corrections de copies. Ainsi, donner 1 devoir à la maison et 1 devoir en classe, par mois, à chacune des 5 classes de 30 élèves dont on a la charge, et passer 10 min par copie (c'est faux : en maths, on est plutôt dans une moyenne de 15 à 20 min par copies, et en ne levant pas le nez des copies, s'il vous plaît !) on obtient 3000 min de correction par mois, soit 50h à rajouter aux 36 h de travail hebdomadaire. Comptons une seule réunion de 2h par semaine (hypothèse malheureusement basse : renseignez-vous dans les établissements), on arrive à 36 + 2 + 50/4 = 50,5 h par semaine.
Bon, c'est vrai, on a la chance de pouvoir passer tout son week end à préparer son cours et corriger ses copies... Ah ! On va peut-être finir par désirer les 35 heures... Rester 35h dans l'établissement, c'est s'interdire de corriger une copie ou préparer quoi que ce soit (TD, cours, activité, recherche) en dehors de ces 35h. C'est aussi travailler dans une salle bondée sans ses livres et ses références à portée de main (ces références remplissent souvent un appartement !) Il y aura donc des retards dans les corrigés, moins de devoirs et des leçons construites à la va-vite... C'est la nature qui le veut : travailler efficacement, c'est travailler dans de bonnes conditions (avec un bureau, son pc et ses documents à côté, et dans le calme). Les limitations naturelles sont toujours là...C'est beau la nature !
Commentaires de O.G
reçus le 11 novembre 2006 :
Je me permets de vous contacter suite aux propos de Ségolène Royal (...) et je tiens à dire que je reste abasourdi par tant de démagogie et d'ignorance.
Les fameuses 18 ou 20 heures hebdomadaires d'un enseignant ne tiennent absolument pas compte de tout le travail annexe qui s'y ajoute automatiquement.
Comment peut-on s'imaginer qu'entre les préparations et les corrections, un enseignant n'ait que 18 heures de travail par semaine ? (ou 17 selon S. Royal sic !!!) .
Comment peut-on mettre en balance ce travail avec n'importe quel autre ? Les heures de trou d'un enseignant (et Dieu sait si on y a droit !) ne sont pas comptabilisés comme temps de travail bien que nous soyons physiquement sur notre lieu de travail ! Cela se passe-t'il ainsi dans beaucoup de métiers ? J'en doute fort.
Faire 6 heures de cours face à des classes de 26 élèves n'est pas la même chose que travailler 6 heures dans un bureau : c'est une évidence. [NDR : je connaîs un grand nombre de collègues qui ont dans les 32 élèves par classe, dont certains n'ont pas vraiment envie de travailler.] On ne peut la contester à moins d'être foncièrement malhonnête ou ignorant.
La fatigue nerveuse engendrée par ces journées ne peut également être contestée. Je suis depuis 3 ans dans un collège ZEP sensible à XXX qui est devenu « grâce » (plutôt « à cause ») aux dernieres réformes en date un collège APV, officiellement pour "faire barrage" à l'échec scolaire de nos élèves. Officieusement, pour faire de substantielles économies. Le projet est tellement bancal et si mal pensé que c'est une vraie catastrophe sur le terrain, ce qui rend notre travail encore plus difficile qu'il ne l'était déja.
Madame Royal ne comprend pas qu'une petite partie des enseignants puisse donner des cours chez Acadomia ? Mais madame Royal se rend elle bien compte du salaire de ces derniers ? Un enseignant est payé 1300 euros par mois à ses débuts : si le SMIC passait à 1500 euros, les jeunes enseignants toucheraient donc le SMIC... J'ai personellement un DEA : cinq années d'études après le bac, plus une année de formation à l'IUFM, pour arriver à ce point...
Madame Royal déplore qu'il n'y ait plus assez de soutien au collège ? Mais qui a restreint le budget de l'éducation en supprimant progressivement d'année en année les heures de soutien en 5ème et en 4ème ? Qui a supprimé les heures en demi-groupe au collège ? Qui a proprement sabordé les moyens du collège ?
S'il faut faire du soutien en plus des heures qui nous sont imposées, l'état est-il prêt à payer les enseignants pour cela ? A t'on déja vu, madame Royal, des gens qui travaillaient "à l'oeil" ? Le métier d'enseignant est un sacerdoce mais tout de même...Tout travail mérite salaire madame Royal ! Même celui d'un enseignant, sachez le !
On nous promet 35 heures de présence au collège, mais qu'y faire ? Dans chaque collège le problème est le même : absence totale de salle pour travailler, matériel informatique "en quantité epsilonesque", qui ne fonctionne pas ou qui date de Mathsualem... A quand le micro-ordinateur portable pour chaque enseignant ?
Je suis proprement écoeuré par tant de malhonnêtete et de démagogie.
djm : Bravo pour votre intervention : je suis vraiment d'accord avec tout ce que vous dites, et... il faut seulement le vivre au moins une fois dans sa vie pour s'apercevoir de ce que représente de travailler dans un collège en ZEP. (...)
Là, je file manger au Mac Do (...). J'en ai assez de travailler sur le volume III de l'épreuve d'exposé. Il est 11h30, et j'ai commencé à travailler sur mes bouquins à 7h30 ce samedi 11 novembre. Les profs peuvent travailler le 11 novembre et les week end pour préparer des cours ou corriger des tonnes de copies. Cela n'est pas comptabilisé dans leur temps de travail :)) Si on devait rester 35h par semaine quelques part dans l'établissement à enchaîner réunions sur réunions, corrections de copies, jurys d'examens, préparation de cours et de TD, soutien et travail en salle en présence d'élèves, aura-t-on la possibilité d'assurer un enseignement de qualité ? Pour la garderie, je ne dis pas : il est toujours possible de se transformer en maton ou en grand frère animateur. Mais pour le contenu disciplinaire ?
Et avec un CAPES rétribué au SMIC, l'enseignement n'attirera plus de personne motivée et de qualité, mais plutôt toutes celles qui, ayant le choix entre la mendicité dans les rues, ou la présence en établissement, choisiront la seconde solution pour "vivre dans une atmosphère chauffée". Un beau résultat pour nos enfant, n'en doutons pas ! (...)
@ 1-Elle met dans le même sac les bons professeurs et les mauvais qui ne font pas leur travail. Merci ! Ah merci ! (Remarquez il y a des mauvais dans toutes les professions, même les plus prestigieuses). 2-Elle veut 35 heures ! Enfin libres ! Super ! Plus de travail au-delà ! Super ! L'esprit libre à la maison ! Super ! J'en rêve. 3- Pauvres élèves, les pauvres nos enfants qui vont ainsi être privés des bons professeurs qui travaillent bien et beaucoup, au mépris des gens qui croient connaître ce métier. (Remarquez, n'importe qui ne se permet pas de faire une remarque sur la qualité de la soudure faite par un plombier !) 4-Travailler, oui, mais où ? Avec quelle documentation ? 50 ou 100 bureaux pour les professeurs par établissement ? Super, mais alors il faut vite construire, et dans toutes les villes et tous les villages de toute la France ! 5-Qui veut échanger son métier contre celui de professeur ? Arrêtez le jeu de massacre .
@ Je viens de comprendre pourquoi elle avait travaillé avec Claude Allègre.
@ 1) l'honneteté n'est pas le fort de la Royal qui dans un premier temps cache ses propositions aux syndicats d'enseignants..2)Royal : je décide..on discute après..alors Royal cessez de crtiquer les politiques de droite..3)Et les salaires des enseignants seront-ils alignés sur les 35h? c. à dire x2 pour 1es capétiens qui doit 18h DEVANT élèves et presque autant pour les agrégés qui doivent 15h DEVANT élèves...4) Que Ségolène nous indique quel enseignant doit 17h devant élèves..elle ne semble pas être au courant des heures dues par les catégories d'enseignants et elle oublie d'évoquer le temps passé à la maison pour préparer les cours, corriger les copies, élargir ses compétences par des recherches car 1 prof du 21° siècle doit sans cesse se mettre en question. Royal oublie-t-elle que depuis 10 ans au moins les vacances des profs ont été résuites SANS compensation de salaire. Royal n'évoque pas le fait que les h sup. imposées NE sont PAS rémunérées en septembre!!! Assez de considérer les profs comme généreux!!!! Royal va-t-elle créer deux "ghettos" de profs, les "nouveaux" qu'elle semble vouloir manipuler et les "anciens" qui vont résister?!! A bon entendeur (entendrice..si j'ose!), salut!
Mis à part les grincheux qui ont bien envie de critiquer les enseignants, mais qui ont tout fait pour ne pas devenir enseignant, soit parce qu'ils ne le pouvaient pas, soit parce que le métier ne les intéressait pas, soit parce que les salaires et les conditions de travail de leur plaisaient pas, j'ai relevé quelques commentaires sur le site de Yahoo, et ailleurs sur le web, le 11 novembre 2006 et me permet de les relayer ici...
(Ce sont les apports signalés par le caractère @ dans les 2 colonnes de droite)
@ Ségolène Royal semble ne pas apprécier que certains professeurs donnent des cours particuliers payant à l'extérieur (élèves, cours privés). Elle voudrait les voir donner des cours de soutien gratuits dans leur établissement. Franchement, vu le niveau des salaires des profs, c'est se moquer d'eux non ? (je précise que ne suis pas enseignant)
@ J'ai quitté l'éducation nationale au bout de vingt ans de services... pour ne donner que des cours de soutien, particuliers ou en petits groupes... Nous avons un niveau d'études bac+5, je gagnais 1830 euros nets au bout de 20 ans ! Je précise que je fais partie des professeurs certifiés, c'est à dire quand même assez diplomée. Mon fils est ingénieur, bac+5, depuis deux ans et gagne net 2400 euros ! Vouloir nous faire "payer" la sécurité de l'emploi 450 eouros par mois, je rêve ! d'ailleurs cette sécurité, je l'ai balayée et je m'en porte beaucoup mieux ainsi : beaucoup plus d'estime de mon travail, de ma pédagogie, les élèves qui viennent me voir veulent progresser et progressent ! Ce n'est pas un "dû" comme dans un établissement scolaire ou l'enseignant est souvent dévalorisé par bon nombre de parents... certes il y a de mauvais professeurs, des incompétents, des fainéants... mais il y a les autres... et comme (avec leur salaire minable par rapport à ce qu'ils peuvent gagner dans le privé) on ne sait pas les motiver, ils s'en vont........ C'est ce que j'ai fait, sans regrets, autant du côté salaire que du côté du stress énorme qu'engendre ce métier ( on peut l'évaluer à combien ce stress ???). Alors, OUI ! les professeurs peuvent donner des cours particuliers payant en dehors de leurs obligations au regard de l'éducation nationale.
Ségolène n'a jamais été enseignante...
Cordialement à tous......
@ Je suis assez d'accord: si l'enseignant effectue correctement son travail dans l'établissement où il est affecté (qualité des cours, présence, pédagogie), il a tout à fait le droit de donner des cours particuliers. D'ailleurs, un professeur nul risque de pas avoir beaucoup de clientèle non ?
@ 17 ans de carrière dans l'industrie, la maintenance, la mise au point de machines, le SAV, les réunions techniques.... Professeur depuis 2 ans, je n'ai absolument pas l'impression d'avoir trouver un boulot tranquille. Avant de féliciter des propos sans connaissance de la réalité, il faut se renseigner.Si vous en doutez alors qu'est ce qui vous empèche de tenter l'expérience? D'abord il faut se remettre en question (surtout sur le plan des connaissances) puis il faut être le meilleur (peu d'élus au concours)et enfin vous pourrz apprécier le métier d'enseignant et juger de ce qu'est un bon et un mauvais enseignant.
@ Qu'un personnage politique dise des sottises, c'est fréquent surtout en période électorale.Que personne dans cette assemblée ne réagisse autrement qu'en souriant à des propos aussi stupides c'est réellemnt affligeant. 1 - Pour bien réformer l'école, il nous faudrait bâtir un réel projet de société. Ensuite seulement est-il pertinent de refonder notre système scolaire. Mais là, on toucherait aux vrais problèmes dont on n'entend parler que de manière très confidentielle. 2 - Si on veut parler horaires de travail, toutes les études sur le temps de travail des enseignants le situe en moyenne autour de 38-39h. L'intérêt de réformer réside donc plus dans la réflexion sur l'organisation du temps de travail (collectif, projet, équipe...). Par ailleurs, c'est bien entre autres, avec les enseignants, que se feront les réformes ; Ils ne sont d'ailleurs comme pour la plupart de mes concitoyens, ni stupides, ni fainéants, ni fermés à toute réflexion ! 3 - Qui a le droit de critiquer la manière dont on occupe son temps libre ?! Les enseignants qui donnent des cours individuels assurent leur travail d'enseignant et, pendant leur temps libre, assurent du soutien pendant que d'autres jouent au foot entre copains ou cuisinent, tricotent... 4 - La recherche de revenus complémentaires a un sens ... le salaire des enseignants est sans doute un peu faiblard.
@ Accorder les 35 heures aux enseignants de collège est une bonne nouvelle car depuis le décret du 25 mai 1950 qui fixe le service hebdomadaire des enseignants du secondaire devant les élèves (15 h pour les agrégés, 18 h pour les autres enseignants), ces derniers n'avaient bénéficié d'aucune réduction de leur temps de travail. Seulement, il va falloir abonder sérieusement le budget de l'Education nationale pour construire très rapidement les nombreux bureaux qui seront nécessaires à ces enseignants et dont ils assumaient personnellement le coût jusqu'à présent à leur domicile. Professeure de lycée, j'attends que la mesure soit étendue pour arrêter de jouer des coudes dans une salle des profs trop exigüe pour accueillir en même temps 140 profs ... Rentrer à la maison et ne plus avoir de préparation de cours et de correction de copies, quel rêve ! Il va de soi qu'il ne pourra être question d'ajouter aux 35 heures faîtes sur place quelques 20 heures de travail supplémentaire à la maison. Nous serions largement au-delà de la durée maximale de travail fixée à 46 heures hebdomadaires (heures supplémentaires comprises)...
@ et alors, est-il scandaleux d'arrondir ses fins de mois? il y a 20 ans un enseignat qui débutait, gagnait 2 smics, aujourd'hui il ne gagne plus que 1,2 smic, cherchait l'erreur, mais il vrai que quand on gagne plus de 7 smics (au minimum) par mois en tant que présidente de région, député, etc ...on peux taper sur les enseignants , c'est tellement facile et à la mode, ils font bien plus de 35h00 de travail par semaine, madame, et pour des clopinettes. Alors plutot que de raconter ce genre de con..rie, réfléchissez (si vous en êtes capable) à ce que les salaires et tous les salaires (pas seleument le smic) en france soient revalorisés tant dans le public que dans le privé.
@ "Les profs sont des privilégiés" : y'en a vraiment marre de ce cliché ! Travailler dans des villes différentes, faire jusqu'à 8 h de cours par jour devant 35 jeunes inintéressés par ce qu'on leur raconte, et j'en passe, demande une energie et une motivation et engendre un stress qui ne peut se comparer à aucun travail " de bureau". Que ceux qui les envient se lancent dans l'aventure : la porte est grande ouverte. Il y a également beaucoup de précaires dans l'Education Nationale (CDD, emplois jeunes). Les syndicats sont là pour les défendre. S'ils sont actifs c'est uniquement grâce au corps enseignant lui-même. Considérer cela comme un "avantage" c'est un peu pousser, non ? Parmi tous mes amis enseignants, je n'en connais aucun qui passe son temps libre à donner des cours payants, franchement, ils ont envie de faire autre chose. Je pense que cet état d'esprit envieux ne fait qu'entretenir le mépris dont ils sont victimes, la dévalorisation de leur image généralisée. La plupart aime leur métier, sinon ils ne tiendraient pas.
@ Imaginer qu'un prof n'effectue que 18 ou 20 heures par semaine est ridicule tant les heures de préparation, correction, réunion sont importantes... Et puis cette polémique à 2 balles est souvent véhiculée par des gens qui se plaignent d'aligner 36,5 heures de "travail" lorsque l'on sait que dans leur job, ça papote, ça lit le journal, ça boit le café...
Un prof effectue au bas mot 35 heures par semaine et viendrait-il à l'idée de comparer 3H de VTT avec 3H de billard?
Je mets au défi les ignorants de tenir une journée de ne serait-ce que 4 ou 5 heures DE COURS face à une classe à l'image de notre société.
Heureusement, on a les vacances, là, je ne peux contester mais si les estivales peuvent être considéres comme exagéres, les autres sont salvatrices!
@ On compte les heures au collège (env 20), mais n'oublions pas qu'ils bossent chez eux les profs, préparer les contrôles, les cours, les corrections ce qui correspond à environ les 35 heures.
De plus ils touchent 1150 € net en début de carriere (et non 1400) certes il y a les avantages fonctionnaires, mais moi qui bosse dans une mairie, en charges salariales on nous preleve prés de 22% du brut donc je comprends bien qu'ils aient besoin de plus d'argent pour compenser.
Bref, je veux bien qu'ils fassent leurs heures de rattrapage gratos dans les colleges mais qu'on les payent plus car sinon durant soit disant ces heures de rattrapage c'est là qu'ils feront leur boulot du domicile. Et il y aura du retard dans leurs rendus ou préparations, donc je pense que laisser comment c'est actuellement ce serait parfait (pour éviter dans le même temps les greves ou autre).
@ Je tenais tout d'abord à préciser que leur salaire est ridicule par rapport au niveau d'études atteint et à la difficulté du concours.
Mais pour autant, les profs que je connais ne s'en plaignent pas car au moins ils font ce qu'ils aiment.
Penser qu'un prof fait 18 heures de cours est complètement illusoire. Il passe déjà beaucoup plus de temps que cela dans son établissement (de ce que j'ai pu voir environ 25 - 30 heures). Puis il faut compter les temps de préparation de cours pour les jeunes profs et pour ceux qui les modifient chaque année (ce qui est censé être leur travail). Pour vérifier ce dernier point, ils pourraient tout à fait être contrôlés plus souvent mais il n'y a pas assez d'inspecteurs.
Ils doivent aussi préparer des devoirs, les corriger, préparer des transparents, préparer les voyages scolaires, sorties pédagogiques, participer aux réunions parents-profs, aux conseils de classe........
Ce que je trouve étonnant et qui pourrait être interdit est de voir certains profs qui arrivent à faire quand même du soutien scolaire, ce ne doit pas être de ceux qui s'investissent vraiment dans leur travail.
Pour conclure, je tiens à dire que évidemment, je ne suis pas prof.
@ Quelle méconnaissance de la fonction d'enseignant! Faire une présentation devant un groupe, qu'il s'agisse d'élèves ou d'adultes, cela se prépare! Combien de temps faut-il à un salarié pour préparer une réunion? Préparer les polys d'illustration, les présentations sur Power Point, organiser une progression pédagogique,mettre au point des TP, se concerter avec les collègues de la même discipline pour homogénéiser les savoirs et les exigences entre plusieurs classes... et bien sûr, corriger les copies, rencontrer les parents d'élèves, aider à l'orientation cela prend du temps! Le métier d'enseignant est méconnu par le grand public, ça, nous le savions... Mais quelle déception de constater que nos responsables politiques participent au dénigrement de notre fonction. Alors 17h devant élève? Celà représente près de 40 heures de travail, comme tout le monde, mais réparti différemment, aux heures qui me conviennent, les samedis, dimanche et les vacances si je veux ou si mon travail l'exige. Quand à demander aux enseignants de travailler gratuitement... On marche sur la tête!
@ On ne peut pas dire que Ségolène Royal fait exprès de faire du populisme puisque je crois qu'elle ne peut pas faire autrement... Etant moi même enseignant en SvT, je peux vous assurer que je n'avais jamais autant travaillé de toute ma vie que lors de ma première année de titularisation (22 h de cours, 5 niveaux différents, collège et lycée dans deux zones géographiques différentes"TZR"). J'explosais allègrement les 50heures de travail hebdomadaires. Alors 35 heures dans un bahut, pour moi, c'est le rêve. De plus, il y a un facteur très particulier de l'enseignement: le STRESS! (Eh oui, figurez-vous que c'est un métier anxiogène...) N.B:Par contre, on ne peut pas nier qu'il y a parfois des super glandeurs de profs au collège (eh oui, surtout au collège...) où effectivement pour eux leurs 18H hebdomadaires représentaient les 3/4 de leurs travails...mais ce sont des cas! Et pour traiter des cas, il ne faut pas prendre des mesures populistes (c'est comme les banlieues...) @+
@ Ahaha, très bon... On disait déjà que Mme Royal argumentait peu mais alors là, chapeau ! Ca n'est meme plus simpliste c'est carrément de la caricature. Et elle est passée à l'education nationale ??? Appliquons des demain: ne faire que 17 heures dans sa semaine... Plus de copies donc plus d'evaluation, plus de préparation de cours, plus de reunion de concertation, préparation, formation, plus de reunion parent prof, 1heure en moins dans l'emploi du temps en cours,Plus d'education (on ne passe plus son temps avec les collegue le CPE,le chef,l'eleve en dehors de la classe. Sans compter que, dans le privé on paye les heures sup, on peut travailler gratuit quand on a un bac +5 plus un concours dans le public? Comptez les enseignants qui arrive a faire plus de deux heures semaines en heure supp:il n'en reste quasiment plus! Bravo !Bravo! c'est ce qui s'appelle se tirer une balle dans le pied. Cordialement,
Ce qu’il faut savoir sur le temps de travail des enseignants
Relevé sur le forum d'aol le 14 mars 2007
Actuellement, le temps de travail d'un enseignant de collège ou de lycée est de 18 heures par semaine, pour les professeurs certifiés. Il a été fixé par un décret datant de 1950. Ce temps a été conçu en prévoyant qu'un enseignant travaille 1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances dans sa discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures, soit 45 heures hebdomadaires.
Si les enseignants doivent en 1950, 45 heures quand les autres en doivent 42 (en effet, le temps de travail légal de l'époque s'il était légalement de 40 heures par semaine, était en réalité d’environ 42 h par semaine, sur 50 semaines), c'est pour tenir compte des petites vacances (Toussaint, Noël...). Les deux mois de vacances d’été ne sont pas payés. Donc le temps de travail des enseignants était déjà annualisé.
La grille des salaires des enseignants fixée en 1950 est la même que celle des autres cadres de la fonction publique recrutés avec un concours au niveau bac + 3. Mais à cette grille, il a été retiré deux mois de salaires, puis le résultat a été divisé par 12. (Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 € par mois il recevra 24 000 € par an, alors que pour la même qualification, un enseignant recevra aussi 2000 € par mois mais sur 10 mois, soit 20 000 € par an. Cette somme est ensuite divisée par 12 et donne 1667 € par mois).
Les 40 heures réelles ont été atteintes au début des années 70 (elles étaient un droit depuis 1936). Il y a eu les 39 heures et la cinquième semaine de congés payés en 1982, puis les 35 heures en 2000. En somme le temps de travail hebdomadaire pour les salariés a baissé de 25 %. Mais les enseignants doivent toujours le même service.
Du côté des salaires: Les enseignants sont nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme du public. Le salaire de départ d'un enseignant en 1970 était 2 fois supérieur au SMIC. Aujourd'hui, il n'est plus que 1,2 fois plus élevé. Autrement dit si le SMIC augmentera de 25 % au cours des cinq ans à venir (c’est à dire au même rythme annuel que ces dernières années), un enseignant débutant gagnera moins que le SMIC.
Alors oui le décret de 1950 est vieux! Il est vraiment temps de le rénover! Mais dans quel sens?
V. FEE
Réponse lue sur le même forum :
Je veux rendre hommage à tous ces professeurs, à tous ces instituteurs entre les mains desquels nous mettons l’avenir de nos enfants et donc notre avenir.
Je sais quelle a été depuis 25 ans la dégradation de leurs conditions matérielles et morales.
Je sais combien leur pouvoir d’achat et leurs conditions de travail se sont dégradés. Je sais combien les perspectives de carrière se sont réduites pour beaucoup d’entre eux. Je sais combien ils sont démoralisés d’avoir le sentiment qu’on ne les respecte pas, et qu’on les abandonne à leur sort sans moyen et sans direction. Ils ne doivent pas être les boucs émissaires de la faiblesse de l’école.
Je m’engage si je suis élu à leur rendre la considération qui leur est due, à revaloriser leur carrière si dévalorisée depuis un quart de siècle.
Nicolas Sarkozy
Jacques Moisan, doyen de l’inspection générale de mathématiques, à la tribune des journées nationales de Besançon a déclaré : nous devons rendre les mathématiques « sexy ». Cette formule lui a valu de la part des congressistes un indéniable succès ! J’ai cherché dans le dictionnaire la définition du mot sexy et j’ai pu lire : « qui a un charme attirant et aguichant ; qui a du sex-appeal »…
Mais auparavant, il avait déclaré : « Les mathématiques de notre temps sont d’abord caractérisées par une grande diversité des champs des sciences mathématiques, dont beaucoup sont absents de nos programmes, en tout cas du tronc commun et de la série S. Citons l’algèbre linéaire, les mathématiques discrètes, l’analyse numérique. L’an passé devant vous, je stigmatisais les mathématiques de grand-papa, celles qui ne sont pratiquées que dans nos classes, celles d’avant les « maths modernes ». Ces mathématiques d’un autre temps sont toujours présentes. Il faut qu’elles cèdent doucement la place car leur temps est passé. »
Cela rejoint en fait la question que posent périodiquement les journalistes « comment faire aimer les mathématiques ? ». Si nous avions une recette miracle, cela se saurait ! Mais à mon avis, la réponse est fonction des centres d’intérêts de chacun d’entre nous. Pour certains ce sera raconter des histoires et pour les autres bricoler des triangles et dans ces deux cas les mathématiques de grand-papa s’y prêtent très bien.
Je suis de la génération des mathématiques modernes. Je n’ai jamais eu d’instrument de géométrie dans ma trousse : je ne savais pas qu’un cercle était rond et les angles n’étaient pour moi qu’une classe d’équivalence ! Les mathématiques que j’ai apprises, qualifiées de maths modernes, ne m’ont jamais servi, même pas dans mon métier d’enseignant de mathématiques. J’ai encore des souvenirs très précis d’algèbre linéaire, mais pour quoi faire ??? En revanche, le théorème de Pythagore m’a servi à de multiples reprises dans mes déménagements successifs.
La question est toujours la même : à qui et pourquoi enseignons-nous les mathématiques ? A des utilisateurs occasionnels, bricoleurs, … ou à de futurs chercheurs en mathématiques ? A qui serviront les mathématiques grecques ? A qui servira l’algèbre linéaire ? Et de quoi le citoyen a-t-il et aura-t-il besoin ?
La jubilation mathématique, pour reprendre l’expression d’André Deledicq, est partout : dans un calcul algébrique, dans un exercice d’algèbre linéaire, dans une recherche de lieux géométriques… Dans mon cas, c’est très certainement dans les questions de géométrie « classique » que la jubilation est la plus forte. Puisque je maîtrise mal les outils, le plaisir est d’autant plus grand quand j’arrive au résultat !
Pour essayer d’apporter un début de réponse à la question posée en titre, je dirai que le choix des contenus importe moins que le temps qu’on passe à leur étude et applications. Le comité s’était prononcé il y a quelques années sur un principe fort : moins de maths pour plus de maths. Comment rendre les mathématiques sexy, que ce soient les mathématiques de grand-papa ou les mathématiques modernes, si le cours de mathématiques ressemble à une course contre la montre ? Nous avons besoin de temps pour :
raconter des histoires ;
expérimenter ;
pratiquer les techniques de base ;
répondre aux questions ;
s’adapter aux vitesses d’apprentissage de chacun.
C’est peut-être une vision utopique de l’enseignement au moment où le slogan est « travailler moins pour apprendre mieux ». Mais est-il interdit de rêver un peu ?
Xavier Darcos : “Je ne me reconnais pas toujours dans les caricatures que certains font de mon action”
Publié le mercredi 7 mai 2008 à 15h00 sur Télérama : http://www.telerama.fr/monde/retranscription-darcos,28676.php
Vous avez été plus de deux cents à poser des questions ! C’est dire l’intérêt porté au débat sur l’Education nationale. Coincé entre la fin du Conseil des ministres et un agenda de… ministre, Xavier Darcos n’a pas pu répondre à tout le monde. Mais de nombreux sujets ont été évoqués, comme le nombre d’élèves par classe, les matières enseignées, les horaires, la pédagogie… Transcription intégrale.
Xavier Darcos : Bonjour.
Elisabeth : Pensez-vous raisonnablement que la qualité de l'enseignement peut être la même avec un nombre accru d'élèves par classe ?
Xavier Darcos : Deux réponses à cette question lancinante. La première, c'est qu'il n'est pas certain que nous aurons plus d'élèves par classe en moyenne à la rentrée prochaine, et il n'est pas possible aujourd'hui de l'indiquer précisément. Les établissements connaîtront les effectifs par classe au mieux vers la mi-juillet. En revanche, ce que nous savons, c'est que le taux d'encadrement à la rentrée prochaine, vu la décrue démographique, sera un peu meilleur qu'à la rentrée 2007, même avec les ajustements d'emplois qui ont été décidés.
Sur le plan pédagogique, le nombre d'élèves par classe a des effets très variables selon les disciplines et le niveau des élèves. Pour des élèves d'un niveau moyen, toutes les études internationales montrent qu'il n'y a pas d'effets perceptibles lorsque les effectifs changent de manière mesurée.
Une enseignante inquiète : M. Darcos, vous affirmez que le nombre d'élèves dans le secondaire est en diminution. Ne pensez-vous donc pas qu'il faudrait plutôt profiter de cette aubaine démographique pour alléger les effectifs dans les classes et favoriser le travail en demi-groupe ?
Xavier Darcos : Nous avons en moyenne en France 27 élèves par classe dans les lycées généraux, et 19 par classe dans les lycées professionnels. C'est la meilleure moyenne des pays de l'OCDE. Il n'empêche que je suis favorable au demi-groupe chaque fois qu'il est possible, notamment dans les disciplines qui nécessitent de la pratique ou de l'oral.
Aline Bitard : Directrice d’une école élémentaire, j'effectue chaque semaine beaucoup plus que 27 heures. Alors, pourquoi personne ne prend en compte tout ce que chaque enseignant doit faire en dehors de la présence des élèves ? Et les tâches sont nombreuses...
Xavier Darcos : Cette question est bien connue. Nous tenons évidemment compte du temps de travail qu'accomplissent les professeurs en dehors de la classe. Et ramené sur douze mois, en comparaison avec les autres métiers, le professeur accomplit un temps de travail à peu près identique.
Thalie83 : Dans notre école, presque toutes les classes comptent 28 élèves, cela signifie que dans quelques années le collège et le lycée se trouveront à nouveau confrontés au problème des sureffectifs puisque l'ont assiste à un nouveau Baby Boom depuis 2000.
Xavier Darcos : Ces affirmations ne tiennent pas compte de l'effet de ventilation entre la classe de 3e et la classe de seconde. Si le nombre d'élèves qui s'orientent vers les lycées professionnels augmente, par exemple, nous ne ressentirons pas forcément ces effets démographiques.
Par ailleurs, bien entendu, comme il le fait depuis toujours, le système éducatif s'adaptera aux besoins, qui varient selon les évolutions démographiques. Nous avons une Direction qui se consacre exclusivement à ce type de prévisions.
Aubry : Peut-on associer éducation et rentabilité ?
Xavier Darcos : C'est une question que je ne me pose pas. La seule rentabilité que je recherche, c'est la progression des élèves et la lutte contre l'échec scolaire et social.
Nathan : Pouvez-vous définir clairement la notion d'« options rentables socialement » ?
Xavier Darcos : Je n'ai jamais utilisé cette expression, qui n'a aucun sens pour moi. Mais il est clair que, au lycée en particulier, notre système d'offre est trop dispersé, inégalitaire et finalement pas toujours efficace.
Val : M. le Ministre , pourquoi utilisez vous le mot « pédagogiste » en lieu et place de « pédagogue » ? Merci
Xavier Darcos : Ceux qui posent la question connaissent la réponse : nous avons abusé des théories et des dogmes. Voilà pourquoi j'ai dit d'emblée que je ne me poserais aucune question méthodologique, et que je ne jugerais pas les enseignants sur les procédés pédagogiques qu'ils mettent en œuvre, mais sur les résultats qu'ils obtiennent.
François : M. Darcos a-t-il prévu de créer un « lycée unique » sur le modèle du « collège unique » dont on connaît les brillants résultats (nivellement par le bas, massification, violence liée à l'ennui et à l'échec scolaire) ?
Xavier Darcos : Non seulement je n'ai jamais utilisé cette expression de « lycée unique », mais tout au contraire je souhaite une plus grande autonomie des établissements et une diversification pour répondre aux besoins spécifiques des élèves selon leur niveau, leur milieu et leur réussite. J'ai toujours critiqué le collège unique, ce n'est pas pour créer un lycée unique !
Vivelesprofs : Pensez-vous sérieusement que vos prédécesseurs n'avaient pas pour objectif d'apprendre à lire et à compter ? On enfonce des portes ouvertes pour ne pas parler de la situation sociales des familles...
Xavier Darcos : Je n'ai jamais remis en cause mes prédécesseurs, et je crois que tout ministre a voulu apporter les fondamentaux aux jeunes élèves. Je constate simplement que le bilan est sombre, et que la reproduction sociale à l'école n'a jamais été aussi injuste.
Mon obsession est de revenir à des processus simples, à une transparence complète qui contrecarre les effets de connivence et de déterminisme familiaux.
Bidule : Quand vous dites que les enfants ne savent plus lire, il faut donc qu'ils travaillent davantage... Alors pourquoi enlever des heures de cours ?
Xavier Darcos : Avec 24 heures de cours par semaine, les élèves auront 100 heures de plus en moyenne que leurs camarades européens. La question n'est pas le nombre d'heures, mais les choix pédagogiques et les priorités disciplinaires.
Nous avons fait le choix de privilégier les langages, car aucune autre matière n'est accessible sans ce préalable, quand bien même les élèves feraient 30 ou 35 heures.
Jean : Pensez vous que les élèves seront plus performants en consacrant plus de temps à la grammaire et aux maths au détriment de matières comme l'histoire ou les sciences, qui permettent d'acquérir des connaissances et de développer l'esprit critique ?
Xavier Darcos : L'histoire et les sciences ne disparaissent nullement du programme du primaire. Et on peut faire du français ou des mathématiques quand on étudie l'histoire ou les sciences.
Sosaline : Vous dites : « Tout ministre a voulu apporter les fondamentaux aux jeunes élèves », alors pourquoi cette valse des programmes dès qu'un ministre arrive ? Ne serait il pas plus utile de réformer le fonctionnement du ministère plutôt que de réformer les têtes de nos enfants ?
Xavier Darcos : Je ne cherche nulle querelle avec mes prédécesseurs. J'ai simplement voulu retrouver un consensus entre la nation et son Ecole en rédigeant des programmes courts, écrits dans une langue simple et distribués gratuitement à toutes les familles.
François M : Les stages de remises à niveau peuvent-ils vraiment répondre à leur objectif ? Mais s'il s'agit, comme c'est annoncé, d'aider les élèves en grande difficulté (j'entends par là : une difficulté installée, un rapport école-famille douloureux, des enfants fragiles sur le plan socio-affectif...), qui évaluera ces dispositifs ? Quelle formation ont reçu les enseignants qui les animent ?
Xavier Darcos : Je ne crois pas que les enseignants aient besoin d'une formation particulière pour faire travailler des groupes de six. Nous évaluerons les résultats des stages à la fin d'une année d'expérience.
licoupeille54 : Pourquoi ne demandez-vous pas une évaluation des acquis des élèves lors des stages de remise à niveau ? Cette question n'est pas innocente, je n'ai pour ma part constaté AUCUNE évolution dans les résultats des élèves (et c'est également valable pour mes collègues).
Xavier Darcos : Je le répète, nous évaluerons tout cela. Mais d'après les visites que j'ai faites et d'après une enquête auprès des utilisateurs, je crois que ce dispositif a fait beaucoup de bien aux jeunes qui en ont profité, pour qui l'échec scolaire est souvent corollaire d'autres grandes difficultés personnelles. C'est un autre rapport à l'école qui s'est établi dans ces quelques heures-là. Et je suis sûr que ce sera bénéfique.
François : Bradé, décrédibilisé, le bac a-t-il encore un sens ?
Xavier Darcos : Parler du bac, c'est surtout soulever des problèmes nouveaux. Ce qui compte, c'est la réforme du lycée et la préparation à l'enseignement supérieur. Le rite de passage entre les deux ne doit pas nous obséder pour l'instant.
Marie madeleine : Les phonèmes sont faciles à capter avant 5 ans. Pourquoi ne programmez-vous pas l'apprentissage de langues étrangères dans les maternelles, ludiquement et oralement, of course, chansons, comptines ? Yours sincerelly.
Xavier Darcos : Je n'ai pas d'objection de principe. La question est plutôt celle des personnes capables de faire cet enseignement-là, et d'en disposer sur tout le territoire.
Amélie : Jeune conseillère d'orientation psychologue, je suis inquiète quant au devenir de mon métier, après avoir pris connaissance de certains rapports qui projettent de nous attribuer un statut fort inquiétant dénommé « corps en extinction »... Où trouver la motivation quand on débute dans une profession vouée à l'extinction ?
Xavier Darcos : Il ne faut pas se poser la question de l'orientation seulement en termes statutaires. Je respecte les Copsi, mais nous voyons bien que le problème de l'orientation en France doit être traité beaucoup plus largement. Je ferai bientôt des propositions en ce sens, et nos jeunes collègues engagés dans le métier de l'orientation auront au contraire des tâches nouvelles et une reconnaissance meilleure. Je n'ai pas connaissance d'un projet d'extinction de ce corps.
Alexis : M. le Ministre, introduirez-vous une vraie gestion du personnel afin que le ministère cesse d'être cogéré par les syndicats ?
Xavier Darcos : Le moins qu'on en puisse dire, c'est qu'on me fait pour l'instant le reproche inverse. Je ne prends aucune décision en ayant en tête une autre obsession que celle-ci : sera-ce utile pour les élèves ? Et surtout pour ceux qui sont le plus en échec scolaire ou social ?
La parole syndicale ne m'intéresse que lorsqu'elle s'inscrit dans cette même perspective.
Dom : En 2003, le gouvernement avait promis la création d'une seconde carrière pour les enseignants afin de compenser l'allongement de la carrière à 40 ans au lieu de 37 et demi et pour permettre aux professeurs d'envisager une réorientation professionnelle. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Xavier Darcos : Hélas, ces dispositifs ont très peu fonctionné. Dans le cadre du Livre blanc consécutif à la commission Pochard, nous examinerons notamment la revalorisation des débuts de carrière, un droit à mobilité et un droit à reconversion ou à reclassement en fin de carrière. J'en ai pris l'engagement.
bibi63 : Combien y a-t-il d'enseignants qui ne donnent jamais d'heures de cours et qui sont détachés vers d’autres fonctions pas toujours bien définies ? La réduction des effectifs va-t-elle viser prioritairement ces emplois ?
Xavier Darcos : Nous évaluons à 28 000 équivalents temps plein les décharges diverses dont bénéficient des partenaires de l'école. Je crois ce chiffre excessif. Nous verrons si l'on peut mobiliser un certain nombre de ces emplois pour les rendre plus directement opérationnels dans les classes.
Patrick PLA : Quel est l'avenir des concours de recrutement des enseignants, comme l'Agrégation ou le CAPES ? Jusqu'où ira la baisse du nombre de postes à ces concours ?
Xavier Darcos : Nous recruterons 18 000 fonctionnaires l'année prochaine. C'est un chiffre important. Ni le CAPES ni l'Agrégation ne seront remis en cause. Nous souhaitons simplement, dans le cadre des équivalences européennes, que les candidats à nos concours soient au niveau master.
Louis : Pourquoi, quand l'Education nationale recommande d'engager 400 CPE (Conseillers principaux d’éducation dans le second degré, ndlr) en une année, le ministre de l'Education nationale décide-t-il de n'ouvrir qu'environ 200 postes au concours ?
Xavier Darcos : Nous recrutons les fonctionnaires dont nous avons besoin en fonction de nos prévisions.
Patrick PLA : Quand est-ce qu'on en finira avec le système idiot qui veut qu'on envoie les enseignants les plus jeunes, les plus inexpérimentés et les plus fragiles dans les zones d'éducation les plus difficiles ?
Xavier Darcos : Excellente question, sur laquelle nous nous sommes tous cassé les dents. Je ferai des propositions en ce sens, mais je ne vois pas comment imposer à un titulaire qui est en milieu de carrière de quitter un service qui lui convient pour aller occuper un emploi plus difficile. Mais je le répète, c'est une des sources de nos difficultés, notamment parce que nous avons besoin, dans les zones sensibles, d'une stabilité des équipes pédagogiques.
Val : J'enseigne depuis trente et un ans en collège (français) ; j'ai été inspectée... une fois! Vous trouvez cela normal?
Xavier Darcos : Non. Mais j'imagine que les collègues qui n'attirent pas l'attention de l'inspection ne sont pas forcément ceux qui réussissent le moins bien...
sorel63 : Bonjour. J'aimerais savoir où en est la revalorisation du métier d'enseignant ? Quand le Livre blanc sera-t-il publié ? Une date précise est-elle fixée ? Merci.
Xavier Darcos : Nous avons perdu près de deux mois à cause des mouvements sociaux actuels. Je reprendrai la discussion sur le Livre blanc avec les syndicats à la fin de ce mois. Je pense pouvoir tenir mes engagements de revalorisation des débuts de carrière, notamment, pour l'année scolaire 2009-2010. Mais ce sont des affaires compliquées.
En conclusion, j'ai consacré ma vie à l'école, j'essaie d'être de bonne foi, et je ne me reconnais pas toujours dans les caricatures que certains font de mon action. L'école a besoin de consensus.
VOS REACTIONS (7 commentaires)
Nicossa - le 9/05/2008 à 11h27
Supprimer les heures d'enseignement pour les élèves du premier degré le samedi matin correspondrait à priver chaque élève dans un cursus scolaire primaire normal de 576 heures, soit 24 semaines de classe. Si l'on cumule avec le décret de 1991 qui a déjà supprimé une heure d'enseignement aux élèves, ce sont 864 heures au total, soit 36 semaines de 24 heures de classe hebdomadaires qui ont été enlevées à chaque élève sur un parcours normal de 8 années d'école primaire. SOIT UN AN DE COURS EN MOINS !!! Au moment où le Haut Conseil de l'Education s'inquiète du mauvais résultat de nos écoliers, est-il opportun de réduire à nouveau le temps d'enseignement ? Supprimer deux heures d'enseignement, c'est voler du temps de formation à nos enfants pour faire des économies substantielles d’argent !
danp - le 8/05/2008 à 09h11
une seule logique à ces mesures, la casse du service public d'éducation, de la même façon que la poste n'est plus la poste, qu'EDF n'est plus EDF,que la sécu n'est plus la sécu.....Je ne me fais donc pas d'illusions sur ce qu'un ministre de droite peut apporter pour répondre à des préoccupations s'appuyant sur des valeurs de gauche. Merci toutefois à télérama d'avoir contribué au débat.
jlb93 - le 7/05/2008 à 22h11
Pardonnez-moi, je vais être désagréable et je m'en excuse d'avance auprès de celles et ceux qui se sont beaucoup investis pour que cet échange ait lieu avec M. Darcos. J'ai lu l'ensemble des questions/réponses et je trouve tout cela bien dérisoire. D'un côté un ministre qui répond en 5 lignes à un problème soulevé qui nécessiterait presqu'un livre entier. De l'autre, des internautes, essentiellement enseignants d'ailleurs, qui posent des questions techniques, comme s'il n'y avait pas débat sur la philosophie éducative, la place et le rôle de la recherche universitaire et pédagogique, la formation des maîtres etc ... Chacun a posé sa question. A chaque question, une réponse. What else ? Circulez ! y a plus rien à voir... .
profenquestion - le 7/05/2008 à 19h47
J'aurais souhaité que M. Darcos nous explique pourquoi il veut baisser le nombre de professeurs alors que dans le même temps le nombre de vacataires et contractuels augmente ! Je n'y vois que la preuve que l'on cherche à devenir rentable financièrement et non qualitativement car ces postes précaires coûtent peu, et permettent de justifier que tous les élèves ont un prof mais de quel niveau ? Alors quantitatif ou qualitatif ?
dmz - le 7/05/2008 à 19h26
Et en continuant ainsi, on pourrait se demander si c'est justifiable de payer les certifiés plus que des contractuels. Attention aun nivellement par le bas. Et je tiens à ajouter une dernière chose : les agrégés exitaient avant les certifiés, certifiés dont le statut a été créé pour parer à la massification à moindre coût.
dmz - le 7/05/2008 à 19h25
Un service moindre pour les agrégés est un des aspects d'une rémunération plus élevée, en complément d'une grille indiciaire elle aussi plus élevée. Pourquoi une rémunération plus élevée ? Le mieux serait de différencier les postes accordés aux agrégés et certifiés, et éviter par exemple de voir des agrégés en collège contre leur gré, comme ça arrive souvent. Ce n'est malheureusement pas le cas. On peut aussi voir ça comme une promotion, tout comme la hors-classe est une promotion. Tout le monde ne l'atteint pas et les certifiés hors-classe font aussi la même chose que ceux de la classe normale, pour une paie supérieure. Là aussi vous pourriez vous demander si c'est une situation justifiable, tout comme l'avancement plus rapide au choix ou au grand choix.
kerneillou - le 7/05/2008 à 18h44
Je constate , une fois de plus , que ma contribution ( ma question ) est passée à la trappe , n'a pas franchi le filtre des modérateurs. Elle portait sur la justification du moindre nombre d'heures de cours par semaine exigé des enseignants agrégés en collège et lycée par rapport aux " simples " certifiés . Est-ce un sujet tabou ? Une situation injustifiable ?? Merci
Réforme du Lycée
Je reproduis le communiqué que je viens de recevoir par mél ce 25 novembre 2009 concernant cette réforme du Lycée. J'adhère complètement à cette déclaration commune des deux groupements de spécialistes sur les questions des mathématiques et de leur enseignement que sont l'APMEP et la SMF. Ne pas tenir compte de ces mises en garde serait inconcevable, et ne pourrait que conduire à des difficicultés accrues de nos élèves dans les cursus du Lycée pour tout ce qui a trait à l'enseignement des mathématiques en général, et des sciences en particulier. Pourvu que l'on tienne compte de ces mises en garde, sinon advienne que pourra !
Communiqué commun sur la réforme du lycée (APMEP, SMF)
22 novembre 2009
Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public
Société Mathématique de France 22 novembre 2009
Un document présentant les modalités d’organisation des trois niveaux Seconde-Première-Terminale ainsi que les grilles des horaires prévus dans ces classes, est en ligne sur le site du Ministère depuis le jeudi 19 novembre.
Il est à noter que seules les voies générales sont présentées à ce jour.
Les grilles horaires présentées ne permettent pas d’envisager un rééquilibrage entre les différentes séries et laissent présager une diminution importante et non justifiée des enseignements scientifiques dans leur ensemble.
L’APMEP et la SMF présentent ici une analyse des propositions ministérielles et rappellent, comme principe de base, que tout élève du lycée doit avoir accès à un enseignement scientifique, de culture pour les uns, de fond pour les autres. Nous vivons aujourd’hui dans une société où la science et la haute technologie sont de plus en plus présentes dans le quotidien, et un minimum de connaissances scientifiques, dont des mathématiques, est absolument indispensable à tous les futurs citoyens.
Une constatation immédiate et alarmante : la globalisation probable de toutes les heures dédoublées et une redistribution de ces heures aux équipes pédagogiques, qui serait alors soumise aux décisions locales et sans cadrage national. Les conditions d’enseignement seraient rendues beaucoup plus difficiles, pour les élèves et leurs professeurs, entraînant des enseignements à plusieurs vitesses selon la nature sociologique des établissements scolaires.
Détaillons pour chaque classe l’analyse des propositions.
Pour la nouvelle classe de Seconde.
Sans aucune justification, l’horaire global de sciences pour tous est diminué, notamment l’horaire en physique-chimie et SVT. Les mathématiques, quant à elles, perdent l’heure d’aide individualisée. A l’aube du 21ème siècle, une telle orientation, qui semble restreindre l’enseignement scientifique en seconde, paraît tout à fait déraisonnable.
La prévisible disparition de tous les dédoublements est inquiétante : il est inconcevable de former les élèves aux nouvelles technologies avec des groupes de classes non dédoublées. L’accent est pourtant mis dans les programmes sur l’utilisation et la maîtrise des logiciels ainsi que sur la découverte de l’algorithmique.
Nous notons avec satisfaction l’introduction d’un enseignement d’exploration intitulé "Méthodes et pratiques scientifiques". Toutefois, il devra être proposé et mis en place dans tous les lycées de France, pour permettre aux élèves intéressés par les sciences, marginalisées dans le tronc commun, de s’investir davantage dans leurs matières de prédilection.
L’accompagnement personnalisé remplace l’aide individualisée. Si l’on peut se réjouir que cet accompagnement soit proposé à tous les élèves, il est indispensable d’en délimiter les contenus et les exigences. Notamment, permettra-t-il aux élèves intéressés de travailler davantage en mathématiques ou en sciences, dans le cadre d’une autonomie accrue des établissements ? Toutes les disciplines vont devoir proposer un projet pour ces deux heures d’accompagnement en concurrence les unes des autres, ce qui ne sera pas forcément profitable pour les élèves. Le problème des effectifs de ces heures d’accompagnement se pose également : si chaque élève choisit ce qu’il veut faire, la gestion a priori des groupes et des horaires des enseignants sera difficile.
Pour le cycle terminal.
La réforme devait renforcer le pôle scientifique en série S, ce que contredit la réduction de 10h30 à 10h des mathématiques en cycle terminal de la série S.
L’expression mathématiques appliquées, utilisée pour les voies L et ES, n’a pas été définie et n’a fait l’objet d’aucune concertation préalable. Son contenu doit être très rapidement précisé. Les professeurs de mathématiques, attachés à considérer leur discipline comme un tout, s’étonnent que cette distinction qui n’existe pas dans les premières années universitaires fasse ainsi son apparition au lycée.
Ici encore il est impensable de faire travailler les élèves individuellement sur l’outil informatique en classe entière.
La classe de Première.
Un horaire de 4 heures de mathématiques en classe entière, sans dédoublement, est une erreur fondamentale pour la série S qui voit la part de l’enseignement scientifique en net recul. Que peut-on raisonnablement espérer enseigner dans cet horaire ? De plus, les sauts pédagogique et conceptuel que cet horaire va induire, de 4 heures en Première à plus de 6 heures en Terminale, va renforcer les difficultés de beaucoup d’élèves de cette série et, à terme, va accentuer la désaffection pour les études supérieures scientifiques déjà constatée. Répétons-le : à l’aube du 21ème siècle, diminuer la part de l’enseignement scientifique en première S paraît une orientation tout à fait déraisonnable. L’horaire de 5 heures de mathématiques doit y être maintenu.
L’enseignement de spécialité en Première ES disparaît alors que les horaires et les programmes en étaient équilibrés.
Un enseignement de mathématiques générales n’est pas proposé à tous les élèves de la série L. Accepter un arrêt complet de la formation scientifique et mathématique en seconde pour des élèves qui se destineront, par exemple, au concours de professeurs des écoles, est une erreur, déjà signalée dans plusieurs rapports de l’Inspection Générale.
L’enseignement de spécialité proposé en L ne sera pas choisi puisqu’il est mis en parallèle avec des enseignements importants pour les élèves littéraires, comme les langues de l’antiquité ou la LV3. Il serait plus pertinent de prévoir deux enseignements au choix, de 2h chacun par exemple, afin de permettre aux élèves littéraires de construire leur formation avec un bon niveau littéraire sans pour autant sacrifier une formation mathématique dont ils pourront avoir besoin dans leurs études supérieures. Cela permettrait également d’équilibrer l’horaire total de la série L avec celui des autres séries : un horaire global inférieur dévalorise la section littéraire aux yeux des élèves et de leurs parents.
La classe de Terminale
La plupart des inquiétudes formulées pour les classes précédentes se retrouvent à ce niveau.
La série S propose un enseignement de spécialité intitulé informatique et sciences du numérique, ce qui introduit une nouvelle discipline dans l’enseignement scientifique du lycée. Les contenus et les objectifs de cet enseignement de spécialité, ainsi que ses relations avec les spécialités actuelles de terminale S, restent flous. Ils devront être précisés le plus tôt possible, notamment par rapport à la spécialité mathématique, afin d’éviter des effets de concurrence.
Mastérisation de la formation des enseignants
Je reproduis ici un communiqué que je viens de recevoir du Syndicat National des Personnels d'Inspection, en novembre 2009, après l'annonce des choix concernant la mastérisation de la formation des enseignants.
SYNDICAT NATIONAL DES PERSONNELS D’INSPECTION : COMMUNIQUÉ
Réforme de la formation des enseignants :
une véritable menace contre l’avenir de l’École !
Les choix opérés par le ministre de l’Éducation nationale et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en matière de recrutement et de formation des enseignants ont été portés à la connaissance de toutes les organisations syndicales ce vendredi 13 novembre 2009.
Ce jour restera dans l’histoire comme celui de la plus grande menace qui aura été faite, jusqu’à aujourd’hui, à l’avenir de l’École en France. En effet, les choix opérés sont inspirés par deux orientations radicales :
1/ faire des économies budgétaires drastiques,
2/ supprimer les IUFM et tout ce qui peut s’apparenter à de la pédagogie dans l’enseignement.
Les idéologues les plus réactionnaires ont pris le pouvoir dans l’appareil de décision de l’État.
La réforme annoncée est accompagnée d’une rhétorique particulièrement spécieuse qui veut faire passer l’immense régression dont elle est porteuse pour un progrès de la formation et de la reconnaissance des enseignants.
En réalité, tous les professionnels de l’enseignement ont compris que l’on va droit à la destruction de la formation professionnelle des enseignants tout en mettant en danger notre système universitaire.
Les inspecteurs pédagogiques, qui connaissent les enjeux de la formation des enseignants et la difficulté des équilibres de notre système lorsqu’il accueille de nouveaux professeurs, perçoivent l’ébranlement considérable que cette réforme engage et ne manquera pas de provoquer si elle s’appliquait.
La réalité de l’École va changer, dans son esprit, dans son organisation, dans sa qualité.
Ce changement, fondé sur une baisse générale de la formation didactique et pédagogique, n’améliorera pas ses résultats ni, à l’évidence ceux des élèves en particulier les plus fragiles. Il risque au contraire d’en compromettre sérieusement et durablement l’efficacité.
Il est évident que le travail quotidien de tous les inspecteurs sera rapidement confronté aux effets de cette mutation affligeante.
Le SNPI-FSU appelle tous les responsables politiques soucieux de l’avenir de notre système scolaire à prendre la mesure de ce processus délétère.
Il appelle tous les inspecteurs à mobiliser leur expertise pour faire comprendre au ministère à quel point le jeu engagé est porteur de dangers majeurs pour notre pays, et tous les militants et sympathisants en accord avec le contenu de ce communiqué à les soutenir.
Il s’associera aux démarches et actions qui seront engagées dans le sens d’une formation des enseignants permettant à l’École de tenir ses promesses, celle d’une « École plus juste avec chacun».
La commission administrative nationale
Quelques conseils aux élèves
Ce texte circule courant février 2010 sur internet. Il est soi-disant tiré d'un discours de Bill Gates, mais rien n'est moins sûr. Il ne manque cependant pas de sel, et permet de réfléchir sur sa perception du monde et de soi, pour peut-être moins s'apitoyer sur son sort pour avancer résolument dans sa vie... S'il s'adresse a priori aux élèves et aux étudiants, je pense qu'il intéresse tout le monde puisque nous sommes des étudiants durant toute notre vie...Le voici :
Règlement 1 :
La vie est injuste, habituez vous!
Règlement 2 :
Le monde se fout de votre amour-propre. Le monde s'attendra à ce que vous accomplissiez quelque chose AVANT que vous ne vous félicitiez vous-même.
Règlement 3 :
Vous ne gagnerez pas $60,000 l'an en sortant de l'école. Vous ne serez pas vice-président avec cellulaire fourni avant d'avoir gagné ces deux privilèges.
Règlement 4 :
Si vous croyez que votre professeur est dur avec vous, attendez d'avoir un patron.
Règlement 5 :
Travailler dans une friterie n'est pas s'abaisser, vos grands-parents avaient un mot différent pour ça : ils appelaient ça une opportunité.
Règlement 6 :
Si vous gaffez, CE N'EST PAS LA FAUTE DE VOS PARENTS, arrêtez de chialer et apprenez de vos erreurs.
Règlement 7 :
Avant que vous naissiez, vos parents n'étaient pas aussi ennuyants qu'ils le sont maintenant, ils sont devenus comme ça en payant vos factures, en nettoyant vos vêtements et à vous entendre raconter comment bons et cool vous vous croyez. Ainsi, avant de sauver les forêts tropicales des parasites de la génération de vos parents, commencez donc par faire le ménage dans la garde-robe de votre propre chambre.
Règlement 8 :
Votre école s'est peut-être débarrassée du système gagnant-perdant, mais PAS LA VIE. Dans certaines écoles, on a aboli les notes de passage et on vous donne autant de chances que vous voulez d'obtenir la bonne réponse. Ceci ne ressemble d'aucune façon à la vraie vie.
Règlement 9 :
La vie n'est pas divisée en semestres. L'été n'est pas une période de congé et très peu d'employeurs sont disposés à vous aider à VOUS TROUVER, faites ça sur votre propre temps.
Règlement 10 :
La télévision n'est pas la vraie vie. Dans la vraie vie, les gens quittent le café et vont travailler.
Règlement 11 :
Soyez gentils avec les 'nerds', il y a de bonnes chances que vous en ayez un pour patron...
Mars 2010 : Exclue deux semaines pour avoir giflé un élève !
Un mél circule sur internet en ce mois de mars 2010. Il demande de signer une pétition de solidarité avec Thérèse-Marie Cardon, une collègue de 56 ans, qui vient d'être exclue deux semaines pour avoir giflé un élève. En voici un long extrait :
« Elle a été mise à pied deux semaines avec retenue sur son salaire par le rectorat de Lille (elle enseigne au collège Dupleix de Landrecies, dans le Nord). Cette pétition est adressée au Recteur de Lille. Nous lui demandons d'annuler sa décision.
En effet, quand on connaît les circonstances (c'est en arrêtant une bande d'élèves de 6e, qui donnaient des grands coups de pied en hurlant son nom dans la porte de sa classe, que s'est produit l'événement), il est évident que Thérèse-Marie a réagi d'une façon réflexe, spontanée et limitée.
Son geste n'est pas celui d'une délinquante, mais d'une éducatrice qui a réagi d'une façon certes ferme, mais qui n’a entraîné aucune conséquence préjudiciables à la santé physique ou mentale de l’élève. Au contraire, il est permis de penser que son geste aura appris à l'élève que son comportement n'était pas acceptable.
Il est donc complètement disproportionné d'avoir sanctionné Thérèse-Marie de cette manière.
De plus, non seulement le Recteur de Lille inflige ainsi un camouflet à ce professeur qui ne le méritait pas, mais, par son geste, il envoie un message catastrophique à tous les élèves de France qui signifie : "Allez-y les enfants, marchez sur vos professeurs, tambourinez à leur porte, ils n'ont rien le droit de faire contre vous. S'ils réagissent, c'est eux qui seront sanctionnés !"
C'est ça, l'éducation ???
Si nous laissons Thérèse-Marie se faire sanctionner sans réagir, alors il ne s'écoulera pas beaucoup de temps avant que vous et moi soyons aussi sanctionnés, pour des prétextes aussi dérisoires. Et il ne faudra pas nous étonner, alors, que personne ne nous soutienne non plus.
Alors vraiment, je compte sur vous pour signer votre pétition. Je vous tiendrai évidemment informé des suites de notre démarche (si vous laissez votre adresse email et que vous m'autorisez à vous écrire).
Un grand merci d'avance, au nom de Thérèse-Marie, et de tous les professeurs consciencieux qui pensent, comme elle, que se laisser marcher sur les pieds par les élèves n'est pas forcément leur rendre service. signez ici. »
Article sur l’affaire dans la Voix du Nord :
Deux semaines d'exclusion pour Thérèse-Marie Cardon, mais l'enseignante en arts plastiques ne désarme pas
mercredi 10.03.2010, 05:02 - La Voix du Nord (relevé sur le site de la « Voix du Nord » le 23/3/2010)
Le 1erdécembre 2009, les enseignants manifestaient leur soutien à Thérèse-Marie Cardon.
Thérèse-Marie Cardon, l'unique professeur d'arts plastiques de la cité scolaire Dupleix de Landrecies, passée en conseil de discipline, est désormais fixée. ...
Elle est exclue pour deux semaines de l'établissement. Mais l'enseignante fait appel.
Tout est parti d'une gifle, en février 2009. « Un geste réflexe envoyé à un gamin qui, lors d'une récréation, avec ses copains, donnait des grands coups de pied en hurlant son nom dans la porte de sa salle de classe où elle se trouvait corrigeant des travaux d'élèves... » explique pour sa défense William Roger, secrétaire général de la CGT Educ'Action Nord. Le lendemain, la mère de l'enfant envoie un courriel au rectorat. La semaine suivante, Mme Cardon rencontre la mère et l'enfant : « on s'est réconcilié » explique l'enseignante. Mais la procédure est lancée.
« Ils en ont profité pour sortir un dossier qui traînait depuis 2006 » assure Mme Cardon. L'année où elle a refusé deux inspections « pour des raisons de conviction ». Ce rapport, elle n'en connaissait pas l'existence et l'aurait découvert en juin, en consultant son dossier pour se défendre au conseil de discipline programmé le 15 novembre. Depuis 2006, le dossier aurait été agrémenté de documents, de « pièces à charge décontextualisées », selon l'enseignante, en froid avec l'administration de l'établissement landrecien. Pour Mme Cardon, pas de doute, l'administration souhaite punir son engagement syndical.
Le 30 novembre, la moitié des enseignants de Dupleix se mettent en grève pour la soutenir. Devant les grilles de l'établissement, ils parlent « d'acharnement disproportionné et arbitraire ». Et refusent catégoriquement la possibilité d'une mutation d'office qu'encourt alors Mme Cardon. Ce jour-là, l'enseignante « épuisée et écoeurée » attend la réponse du recteur : il doit trancher après un ex-aequo dans les votes des participants au conseil de discipline.
Quatre mois après, Thérèse-Marie Cardon est fixée. Après avoir repris le travail début janvier, elle a reçu le 24 février un courrier de l'académie. On y lit la décision du recteur, qui a pourtant tranché un mois plus tôt, le 29 janvier : elle est exclue pour deux semaines, sans salaire. Une sanction de niveau deux, « juste en dessous de la mutation d'office » précise-t-elle, « alors que je n'ai jamais eu aucune sanction depuis que j'enseigne : je m'attendais à un blâme ou un avertissement ». L'exclusion prend effet du 1er au 16 mars : « C'est une double peine, pour moi et pour les élèves de Quatrième avec qui j'avais organisé une sortie à Lille de longue date. » Car elle ne sera pas remplacée. Aujourd'hui, Mme Cardon ne désarme pas et forme des recours. Un premier adressé au ministre de l'Éducation nationale. Et s'il ne suffit pas, elle portera le dossier au tribunal administratif de Lille : « Je veux que le dossier soit remis sur la table, que les pièces illégales de répression anti-syndicales soient revues. Il ne faut pas que cela puisse arriver aussi facilement à d'autres collègues ». •
PIERRE ROUANET
"De l'esprit général d'un sujet de CAPES" ou "De la réformite aigue"
Une question de Sébastien posée le 4 février 2011 : (...) Actuellement ingénieur, j'envisage de reprendre les études l'an prochain via le master maths et enseignement. Je viens de consulter les écrits du CAPES 2011 et je me pose des questions sur le premier problème concernant la construction de triangles. En effet, si j'avais passé l'examen cette année, je me serais senti un peu dépourvu face à la question posée. Que demande-t-on vraiment ? Sur quelles bases on peut s'appuyer ? A partir de cet exemple, j'aimerais en fait comprendre l'esprit général d'un sujet de CAPES. Merci de me répondre et votre site est tout simplement une vraie pépite.
Ma réponse : (...) Un sacré projet vous vient en tête. Pourquoi pas. Cela permet de faire des maths et de les enseigner du mieux que nous le pouvons.
Oh ! L’esprit des problèmes d’écrit du CAPES... C’est changeant, cela suit les modes, les programmes du secondaires qui eux-mêmes ne font que changer à tout instant. Il est actuellement rare de voir un programme de mathématiques du secondaire qui dure plus de deux ou trois ans sans être modifié de façon substantielle. Pour les dernières dix années, notons en vrac :
- des TPE pour faire travailler les élèves sur des thèmes tous azimuths (et rarement mathématiques), beaucoup de perte de temps, de copier-coller, et des maths en moins.
- la redécouverte de la nécessité de faire un peu d’arithmétique, surtout en terminale spécialité maths d’ailleurs. On s’aperçoit que plus personne ne sait ce qu’est un nombre premier ! Gros scandale, bien prévisible en fait puisqu’on ne parlait plus de nombres entiers et de pgcd depuis quelques années en collège comme en lycée, mais grosse découverte. Il faut bien avoir la sensation de découvrir quelque chose ! Ce fut alors la devise : “Vite, faisons de l’arithmétique en terminale S” et “Cela sert dans un monde où tout est numérique” (encore une grande découverte !).
- Il y a le suivi individualisé qui est la nouveauté du nouveau Lycée 2011, et qui s’applique en 2010-11 pour les nouvelles secondes de cette nouvelle structure ! Enfin, on doit parler d’« accompagnement éducatif » puisque c’est le nouveau terme officiel à la mode. Dans la pratique, on enlève encore des heures de maths, on regroupe les milliers d’élèves d’un Lycée dans un listing monstrueux, on organise des tonnes de réunions de concertation chaque mois entre les professeurs et les chargés de mission (nommés à cet effet) pour décider ce que d’autres personnes pourront faire en aide individualisée avec “des” élèves provenant d’horizons distincts, et se poser l’auguste question de répartir ces élèves en de nombreux groupes qui, cerise sur le gâteau, changeront chaque semaine et seront envoyés chaque fois vers des professeurs différents...
Adieux les arbres des forêts : des listes changeantes seront imprimées chaque semaine pour déterminer qui ira avec qui.
Cela fait beaucoup de travail pour très peu de résultats. Pour deux heures de suivi hebdomadaires, un enseignant donné (spécialité italien, turc, latin, maths, SVT, ou autre) voit arriver une quinzaine d’élèves (ou plus si le voisin s’est trompé de salle) provenant de trois ou quatre classes différentes (et donc n’ayant pas suivi la même progression de cours en quoi que ce soit comme matière) pour les entretenir sur un sujet “parachuté” (qui a été décidé en concertation par d’autres professeurs) sur lequel il ne s’est pas préparé ou n’a aucune compétence.
Moi, j’imagine bien : 80% des élèves et des parents désirent un soutien personnel en mathématiques pour leur enfant. Ils entendent d’ailleurs dire à la télévision que ce soutien sera généralisé et gratuit ! On commence par enlever une heure de mathématique dans la section, puis on l’utilise pour des suivis individualisés “nouvelle manière”. Seuls quelques élèves verront un professeur de maths pendant ces soutiens, mais pas le leur, ce serait trop simple. Les autres verront un professeur de langues pour leur demander un suivi en maths. Cela permet d’initier le dialogue...
Donc, dans la pratique, et pour survivre pendant quelques mois, on va commencer par parler de “compétences” dans le vague, et de “développement personnel” à tout crin. Chaque année de scolarité sera ainsi l’occasion de parler d’organisation générale et de méthodes générales, qui resteront très générales pour permettre le développement personnel. Beaucoup d’élèves s’ennuieront à écouter des conseils généraux sur des apprentissages généraux, puisque leurs problèmes proviennent d’un manque d’entraînement et d’accompagnement sur des sujets particuliers nécessitant de mettre en œuvre des concepts particuliers. A moins de rester toute sa vie dans les “généralités”...
L’heureux professeur de maths en accompagnement éducatif se demandera quels soutiens attendent les élèves qui lui sont envoyés. Ceux-ci, venus d’horizons différents, “travailleront” sur trois ou quatre thèmes différents dans une ambiance de fin du monde. Tendance apocalyptique sévère.
Pour faire simple, je crois qu’on a ré-inventé les horribles “heures de permanences” des années 1970, ou les heures d’études surveillées de 1930. Celles-ci ressurgissent périodiquement de-ci, de-là... Une seule chose est à déplorer : d’avoir supprimé de vraies heures de français ou de maths que les élèves ne retrouveront jamais dans le cursus. Au revoir l’orthographe, la rédaction, les pourcentages et le repérage dans l’espace ; adieu les définitions rigoureuses d'une fonction, de la limite d'une fonction en un point, de l'intégrale de Riemann ; nous rentrons dans l'ère des discours approximatifs et des petites recettes à appliquer sans comprendre.
- Il y a eu aussi la découverte de l’impact formidable de la machine sur l’enseignement des mathématiques ! Au début, c’était la calculatrice, puis il y a eu les TICE. On a inventé une épreuve pratique de mathématiques sur ordinateur, avec expérimentation sur machine, questions progressives, évaluation constante des pauvres élèves de terminales qui ont même dû passer, plusieurs années de suite, des sortes d’épreuves anticipées de BAC en janvier pour plancher sur des TP mathématiques qui devaient devenir absolument incontournable au BAC, l’argument massue étant, à l’époque, que, pour obliger les professeurs à changer de méthodes d’apprentissage, le plus simple était d’imposer une épreuve de mathématique sur ordinateur au BAC ! Beau raisonnement qui pose comme principe que
a) un professeur est normalement réticent à tout changement,
b) l’avenir est à la machine,
c) un élève sans machine, ce n’est rien,
d) les maths, c’est du pipeau puisqu’on peut en enlever deux heures par semaine en terminale scientifique pour aller en salle informatique.
Avec de telles options, il ne faut pas s’attendre à avoir des élèves qui raisonnent, mais des élèves qui font plutôt bouger des points sur l’écran ou recopient des suites de chiffres sans fin dans des tableurs pour analyser je ne sais quoi. On évite tout effort d'abstraction, même pour ceux qui se destineraient à réfléchir, que du pratique, que des compétences du genre “je me débrouille bien avec cette machine, je suis devenu un vrai fan d’excel !”.
Attention, que cela soit clair : j’adore utiliser Geogebra pour faire de la géométrie, et j’aime bien évidemment tous les logiciels de Microsoft. Mais ce sont des outils et il ne faudrait pas l’oublier !
Il faudrait aussi savoir que les mathématiques ne sont pas une science expérimentale, alors que la mode actuelle est de gommer sa spécificité et de faire comme si on “expérimentait”, l’ordinateur simulant des situations de façon absolument virtuelle. En fait l’axiomatique et la logique sont des parties indispensables à toute définition et compréhension d’un concept mathématique, et à tous les développements ultérieurs d’une théorie. Mais on n'en parle pas. Et raisonner (et rédiger) correctement est ce qu’il y a de plus utile, et de plus difficile, à faire entendre à un élève. On en parle peu.
Donc, à utiliser la machine pour ce qu’elle peut nous apporter, il faudrait non pas enlever des heures de maths pour en faire des heures sur machines, mais laisser suffisamment d’heures en mathématiques pures (pour ceux qui se destinent à devenir des scientifiques !) et rajouter 2h par semaine de travail à l’ordinateur sur des thèmes de mathématiques. La solution est trop simple pour être adoptée. Elle demanderait de créer des filières (scientifiques, littéraires, technologiques...) dès la seconde pour dégager un temps suffisant pour ces apprentissages difficiles, et là, il y a un tabou depuis trente ans : on doit indifférencier à tout prix. Le prix à payer ? La désaffection des étudiants pour les sciences en général, les mathématiques en particulier. Parce qu’il faut bien parfois le dire : les mathématiques, quand on en fait pas beaucoup, on n’y comprends RIEN !
Las ! La réforme de l’épreuve pratique de mathématiques au BAC est tombée à l’eau. Cette réforme prometteuse en cours a été dévorée, supprimée, éradiquée, flambée par une nouvelle vague de réforme : celle de l’algorithmique et du nouveau lycée aux douces heures de suivi individualisé. Cette réforme réapparaîtra-t-elle dans quelques années ?
- Actuellement, tout le monde attend à ce que l’on ait un orgasme en algorithmique ! On ne parle plus que de ça en seconde, et bientôt dans toutes les classes de maths du lycée... On découvre subitement qu’il existe des algorithmes ! Normalement, il faut beaucoup d’esprit logique pour programmer et écrire des algorithmes. Mais on ne donne plus de cours de logique en seconde, comme il y a un certain temps... Ne devrait-on pas parler pas d’algèbres booléennes en lycée dans toutes les classes scientifiques ? Le plus simple et le moins cher est d’utiliser une machine.
Donc on fait de l’algorithmique sur n’importe quoi et à n’importe quel sujet, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ! Pourvu qu’on utilise des TICE !
Dures réformes quand même quand on sait que la plupart des établissements ne disposent que de deux ou trois salles informatiques pour des milliers d’élèves. Tiens ! Cette semaine, j’ai essayé de placer une dizaine d’heures de cours de découverte sur les logiciels du CAPES pour un formateur extérieur à l’IUFM qui connaît bien les TICE. Ce collègue, très pris en Lycée, ne pouvait venir qu’une après-midi. J’ai réservé une salle, mais je n’ai pas pu le placer dans l’une des deux salles informatiques de l’IUFM car elles étaient occupées. Quand on regarde les programmes des concours, on s’aperçoit que maintenant toutes les formations doivent utiliser des salles informatiques, mais il n’y en a toujours que deux dans mon établissement. Peste... La réalité, c’est qu’il faudra demander aux étudiants de venir avec leurs PC, leurs prises multiples, pour se brancher sur les deux prises électriques de la salle lambda, pour faire des TP sur ordinateur en utilisant les logiciels qui ont le vent en poupe ! Peuchère què tristesse.
- Avec tous ces orgasmes successifs, chaque année voit des parties cruciales des mathématiques tomber dans les oubliettes des enseignements. Jusqu’où ? Pourquoi tout reporter à la première année de faculté où les échecs deviennent violents ? Ce n'est pas du pipeau : les vecteurs disparaissent presque, les barycentres sont réservés à une élite : on ne les aime plus, le produit scalaire se voit tout juste, le produit vectoriel est interdit et réservé à l’enseignement supérieur, les limites sont définies “avec les mains” ou en utilisant de “bonnes paroles”, ce qui fera un nouvel obstacle didactique à faire surmonter à nos étudiants en première année de fac...
J’ai sauté des tas de réformes, dans les faits et dans l’esprit... Notre structure est en révolution permanente, tant est si bien que de nombreux collègues ne savent plus où ils sont, ce qu’il faut faire et si cela vaut le coup de le faire. Par exemple, comment peut-on se mettre à travailler un cours en profondeur, c’est-à-dire imaginer travailler 10 heures pour préparer méthodiquement et rigoureusement une petite séquence d’une heure d’enseignement en salle bien calée sur les programmes, si tout le travail que l’on fournira sera jeté aux orties l’année suivante ? Qui peut faire ça et pendant combien de temps ?
Pour survivre dans cet imbroglio constant et construit, plus personne ne fait ça ! On fonce chercher de quoi survivre sur le net ou dans les livres si ceux-ci ont eu le temps de paraître avant la réforme suivante. On cherche vite, avec frénésie, en surveillant l’horloge, ce qu’on proposera en classe... Tout se fait dans l’urgence car le nombre de réunions imposées par l’administration augmente année après année...
Pour un administratif, un enseignant ne prépare jamais ses cours. Il entre dans la salle pour dispenser son cours, subitement atteint d’une logorrhée frénétique, puis il en ressort au bout d’une heure pour se mettre en stand-by. Alors, on ne se gêne pas... On réunit les professeurs des après-midis entiers pour distribuer des laptops aux étudiants, c’est plus fun. On les réunit pour discuter de ce que l’on pourrait faire pour organiser les étudessurveillées-aidepersonnalisée de la semaine prochaine, et ce que l’on pourrait y enseigner, quelle efficacité ! Et ainsi de suite. Bref, on ne respecte pas les demi-journées où le professeur, conscient de ses responsabilités, doit travailler chez lui pour réfléchir à ses cours, les construire, réviser sa progression en fonction de sa classe, inventer des documents pédagogiques originaux ADAPTES à ses classes, imaginer comment proposer un suivi adapté à chacun des SES élèves, en suivant des instructions COMPREHENSIBLES qui ne seront pas contredites six mois plus tard.
Au bout d’un moment, c’est la “loi de la nature” qui s’impose. On peut rêver, faire des choix ubuesques, imposer des réformes inapplicables, multiplier les tâches sans discernement, se satisfaire d’effets d’annonces, économiser des milliers de postes budgétaires en usant de nombreux artifices et en présentant ces changements comme des avancées, augmenter toujours plus le nombres d'élèves par classe, il y a un jour où la “loi de la nature” s’applique. Oui, il existe une Gravité, je l’ai rencontrée ! Je peux décider du jour au lendemain que je sais voler, ouvrir la fenêtre et sauter dans le vide. Libre à moi de choisir mes mouvements ! Mais dans ce cas, il y a fort à parier que la loi de la pomme de Newton s’appliquera et me ramènera vite aux réalités... Lourdes vicissitudes de l'espèce humaine.
Enseignants, magistrats, même combat : il suffit de lire cet article. Ils en sont au même point avec toutes ces réformes répétées imposées avec des réductions de moyens, et toujours en suivant des demandes médiatiques du plus grand nombre. C’est la célèbre loi du A+++, qui dit que quand on a quelque chose à faire fonctionner, on peut tout aussi bien améliorer ce fonctionnement en rajoutant un nouveau cahier de charge, de nouveaux dispositifs (vers le A+), puis recommencer en demandant encore plus à moins de personnel (vers le A++), et ainsi de suite, jusqu’à s’apercevoir que le monstre que l’on a créé ne peut pas fonctionner ! La réalité et les lois naturelles sont là pour nous rappeler que l’on ne peut pas tout faire.
Bon, excusez-moi pour cette digression. Revenons à vos questions...
La première question sur la construction des triangles n’est pas à traiter si on ne l’aime pas. Elle peut faire perdre trop de temps. On ne la traitera que si l’on trouve quelque chose d’intéressant à dire en un temps record, sinon, on la jette aux orties ! Il n’y a pas que cette question dans cette longue composition, et si vous trouvez les autres problèmes à votre goût, vous pourrez obtenir un excellent classement sans même regarder cinq minutes le premier problème. On est libre sur sa copie.
Si vous avez révisé des thèmes de géométrie, en construisant votre savoir à partir de ce que l’on demande en géométrie dans le secondaire et de ce que l’on peut apprendre dans des livres de cours classiques, vous ne vous poserez pas cette question de savoir sur quelles bases s’appuyer. Vous utiliserez absolument tout ce que vous savez utiliser en géométrie.
Quant à l’esprit général de l’écrit du CAPES, il peut se résumer ainsi :
Voici une tonne de questions auxquelles il faut répondre en temps limité en produisant une rédaction imparable. Qu’est-ce que vous pouvez faire ?
C’est tout ! Les modes passent, le contenu reste. Si l’on vous demande un programme informatique à un endroit, et si vous savez répondre, vous répondez. Sinon vous sautez et gagnez vos points ailleurs.
Par ailleurs, si on ne me dit rien sur les outils à utiliser, j’ai le droit d’utiliser tous ceux que j’ai à ma disposition, sans aucune limitation. On est libre ! Il faut se débarrasser des carcans. On fait des maths, on propose des solutions à partir des connaissances mathématiques que l’on a engrangées pendant ses longues et fastidieuses années d’études. C’est tout. Il ne faut pas se torturer pour savoir si la réponse fera plaisir ou pas suivant les tendances et les modes actuelles. Les modes passent, le savoir reste.
En conclusion : un sujet d’écrit du CAPES est un sujet de mathématiques que l’on travaillera comme tous les sujets de mathématiques. (...)
Un mégamathien répond à Sébastien - Pour faire suite au mail de Sébastien, je confirme que l'on peut "s"en sortir" sans avoir touché le prob 1 de l'épreuve 1 du capes. Car c'est ce que j'ai fait, je n'y ai pas touché et je suis admissible. A noter que c'est pour le 3eme concours, c'est donc aussi pour cela que je poste ce mail car pour Sébastien, s'il a bossé plus de 5 ans, c'est préférable de passer le 3eme concours....
Une mégamathienne agrégée qui enseigne en collège réagit à mon post sur la réformite - Lire votre billet fait du bien et je partage intégralement votre opinion. Etant en collège, j'essaie moi aussi de faire faire des maths aux élèves mais comme vous le dites c'est de plus en plus difficile : les élèves ont du mal à rester en place cinq minutes pour réfléchir et se poser véritablement des problèmes.
Certaines réformes ont des allures séduisantes, et en fait ce n'est que poudre aux yeux. Je suis extrêmement déçue de l'Histoire des Arts, ça me plaisait bien et j'ai voulu me jeter dedans à corps perdu, et on m'a bien fait comprendre qu'il s'agissait d'une affaire pour les Historiens et profs d'Arts et que je ne pouvais agir éventuellement que pour faire trois calculs d'échelle ou expliquer les proportions ! On m'a même demandé si on m'avait forcé d'être là à une réunion sur le sujet avec l'inspectrice d'Histoire-Géographie.
Je pense que beaucoup oublient que les Mathématiques se pratiquent depuis des lustres et par des éminents musiciens, philosophes, artistes reconnus etc. Que derrière bons nombres d'oeuvres musicales et peintures se cachent des mathématiques. Alors comme vous dites, effectivement, on fait du saupoudrage mais qui en plus, n'est même pas bon !
Et je ne parle même pas de la grosse machine "Socle Commun" qui sur le papier peut paraître séduisante mais qui s'avère être une horreur à mettre en place. Au final on fait encore moins de maths et en plus le professeur commence à venir de plus en plus souvent à reculons dans sa classe : du coup, la qualité des cours s'en ressent.
Quel a été mon seul rayon de soleil dans cette grisaille : j'ai réussi à mobiliser 69 élèves en trois jours pour participer au rallye de mathématiques de notre Académie ! Au moins ces élèves vont devoir cogiter pendant une heure sur des énigmes amusantes !
Un mégamatien professeur de mathématiques réagit à l'article sur la réformite - Il y a des articles qui font plaisir, la réponse à une question de Sébastien du 4 Février résume parfaitement ce que je pense. Merci d'avoir publié cet article. On se sent un peu moins seul...
Au sujet de l’accompagnement personnalisé en 2011 – Début février 2011 une réunion a encore lieu au sujet des accompagnements personnalisés dans le Lycée « lambda ». On y apprend que certains professeurs TZR sont appelés à travailler dans d’autres établissements, et que désormais les groupes compteront 11 élèves au lieu de 8, ce qui rend l’accompagnement encore moins personnalisé. On rappelle aussi que le dispositif sera généralisé en première S, et que par conséquent le volume horaire hebdomadaire en mathématique en première « scientifique » passera l’année prochaine à 4 heures à la place des 5 heures actuelles. Voilà la réalité : la filière scientifique n’est plus une filière scientifique puisqu’il y aura autant d’heures de mathématiques que dans une classe de troisième. Les élèves qui se destinent aux sciences n’auront pas suffisamment d’heures pour arriver à comprendre quoi que ce soit, même les plus doués. Les « maths » seront de plus en opaques et l’écart encore plus difficile à gérer à l’entrée dans le supérieur !
Mardi 8 février 2011 : Je signale deux articles éminemment intéressants dans la Blog de Jean-Paul Brighelli. Je ne recopierai ici qu'une note de bas de page qui vaut son pesant d'or :
"Pour mémoire, un élève fin troisième de 1976 sortait du collège avec, dans sa besace intellectuelle, 2800 heures de Français depuis le cours préparatoire. En 2004, il en avait eu 800 de moins — soit deux ans et demi de cours de moins. Comme si, dit suavement Sauver les lettres (http://www.sauv.net/horaires.php), « il était passé directement de cinquième en seconde » — ce qui est le sentiment général des profs qui enseignent en Seconde…"
Et en maths d'après vous, de combien ont chuté les horaires ? Tous les discours creux ne servent à rien : quand on diminue le temps d'apprentissage on ne peut espérer aucune amélioration des résultats, ceci quelle que soit la pratique pédagogique. Ne dit-on pas que "c'est en forgeant que l'on devient forgeron" ?
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6,1 enseignants pour 100 élèves ou étudiants. C'est le taux d'encadrement en France, soit le plus faible des 34 pays de l'OCDE, selon une note du CAS (Centre d'analyse stratégique). Dans la moyenne pour le collège et le lycée, avec 7,1 enseignants pour 100 élèves, les résultats français sont par contre bien en dessous dans le primaire et le supérieur : avec seulement 5 enseignants pour 100 élèves ou étudiants. Le CAS recommande donc de cesser la systématisation du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux. "L'ajustement à la baisse des effectifs doit nécessairement être différencié par niveau d'éducation", indique-t-il.
Lire la note du CAS (février 2011) avec le "Tableau de Bord de l’emploi public 2010"
Les pédagogies de l'apocalypse molle
J'ai lu quelques passages du Blog de JEAN-PAUL BRIGHELLI, et je ne peux m'empêcher de conserver ces deux brillants extraits, et une citation géniale :
« Mais on préfère aujourd’hui faire lire aux enfants les contes du monde entier, écrits dans une langue soigneusement lavée de toute difficulté, un globish où le présent de narration est toujours préféré au passé simple, toujours trop complexe, le mot vulgaire au mot savant, et les bons sentiments à la complexité. Sans voir que les lycées-casernes enfantaient plus de Rimbaud forts en thème que les « espaces de vie » conçus par les architectes modernes : l’enfant profite de la contrainte, de la clôture, de la règle — sans nécessairement se la prendre sur les doigts. Il erre en revanche dans l’espace mental sans délimitation que lui dessinent les pédagogies de l’apocalypse molle. Et au lieu de sublimer ses frustrations en efforts, en travail, en désir de mieux faire, il les libère au tout premier degré en violence exercée sur les autres et sur lui-même. Le cancre-roi est le cancer des cultures dissoutes. Au lieu de lui imposer des paliers, on lui laisse la porte ouverte — à 83% de réussite, le Bac est-il encore un rite de passage ? »
Eloge des frontières, Jean-Paul Brighelli, 07 janvier 2011.
La civilisation, la culture, l’éducation — ou l’écriture —, c’est l’expérience des limites. « Le principe de laïcité, explique Debray, portait un nom : la séparation. » De l’Eglise et de l’Etat. De la sphère privée et de la sphère publique. De l’instituteur et du curé (ou du rabbin, ou de l’imam). « La loi au forum, le privé à la maison ». La séparation donne forme, donne corps. Eduquer, c’est, sans cesse, imposer des limites. Le barbare — celui qui est venu frapper à la porte de l’Empire, comme celui qui a enlevé Ilan Halimi — n’a ni limites, ni contrainte. Et c’est ce que nous fabriquons, à grands coups d’école ouverte, de dissolution des disciplines — l’idéal des pédagogistes —, de désordre. On veut nous faire croire que le désordre est créateur, quand c’est la contrainte qui accouche d’œuvres d’art. À Malraux qui demandait comment aider les créateurs, on répondit crûment : « Mettez-les en prison » — l’ombre de Sade, dont Debray souligne tout ce qu’il doit à la Bastille, est là pour en témoigner.
Eloge des frontières, Jean-Paul Brighelli, 07 janvier 2011.
Citation relevée dans le Blog de Jean-Paul Brighelli :
« Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul » (dans Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand)
LE SCOOP : Les collaborateurs de Luc Chatel travaillent 18h par jour !
Moi aussi : quand je me promène, je pense souvent aux livres que je vais écrire, aux cours que je dois donner et à mes pauvres étudiants qui subissent toutes ces réformes folles... Je travaille donc beaucoup plus que j’en ai l’air !
Les collaborateurs proches de notre Ministre de l’E.N. travaillent 18h par jour pour nous concocter des réformes tous les trois mois. On comprends mieux cette frénésie. Avec seulement 6 h de sommeil par jour, s’ils s’endorment 2h de plus ailleurs, c’est en rêvant à changer le système.
Voici l’article lu dans “Le Point” et son dossier sur l’école paru en janvier 2011. Les 18h de travail par jour, le retour aux cadences infernales du début de l’ère industrielle, est dit, sans rire, à la fin du premier paragraphe. Serait-ce l’objet d’une des prochaines réformes ?
IL A REMPLACE LE PROF… DE SON FILS
Le Parisien du 20.01.2010 ( article publié dans la rubrique A la une).
« On a beau avoir bac + 8, on ne s'improvise pas prof de collège. » Jacques Fossey, 66 ans, est parvenu à cette conclusion après avoir joué pendant deux mois au professeur de technologie. Président de la Fédération locale de parents d'élèves (FCPE) de Coulommiers (Seine-et-Marne), ce chimiste du CNRS en fin de carrière a accepté de remplacer, après les vacances de la Toussaint, une enseignante du collège de ses enfants, en congé maternité. Une vacation de dix-huit heures hebdomadaires, payée 36 € de l'heure, dans un établissement réputé tranquille. « C'est l'administration qui a soufflé l'idée, raconte-t-il. J'ai d'abord dit non… Puis oui, poussé par la curiosité de connaître l'école sous un autre jour. »
Il n'a pas été déçu et son expérience tient du sketch. « On m'a dit : “Ta salle, c'est la 17, voilà les clés ”» « Un inspecteur du rectorat m'a embauché un vendredi, après un entretien d'une heure, se souvient-il. Le lundi matin, j'étais en poste. On m'a dit : Ta salle, c'est la 17, voilà les clés . » Le début des ennuis.
« Dès que j'écrivais au tableau, les avions en papier volaient dans tous les sens, on se serait cru à Roissy ! s'exclame le chercheur en secouant sa crinière blanche. Il faut un minimum de formation pour affronter 30 adolescents, le mot discipline n'a pas de sens pour eux. » Jacques Fossey expédie les cancres au coin. D'autres filent chez les surveillants, lesquels lui glissent « qu'on ne peut pas renvoyer tout le monde » du cours. « J'en étais à penser que les gens n'éduquent pas leurs enfants quand j'ai réalisé que les miens étaient pareils, plaisante-t-il. J'ai failli écrire un mot pour les parents dans le cahier de correspondance de mon propre fils, Oscar ! »
Constatant que « la sévérité ne marche pas », Jacques Fossey décide « de ne plus tourner le dos à la classe » et d'utiliser « un vidéoprojecteur » et « beaucoup de photos ». Certains matins, le stress le réveille à 3 heures. Il en profite pour préparer, au calme et avec l'aide précieuse d'Internet, les cours des trois niveaux dont il a la charge (6e, 5e et 3e). La salle des profs ne lui est d'aucun secours. « Quand on est débordé par les élèves, les autres n'osent pas demander comment ça va. Chacun se débrouille de son côté. »
Et pourtant, Jacques s'est passionné pour la technologie. « J'ai appris plein de choses », conclut-il. Quant aux ados… « Pour six qui écoutent, tous les autres s'en foutent. »
Pas fâché d'arriver au terme de son contrat, à Noël, le chercheur s'en est retourné dans ses pénates comme il était arrivé : « Sans conseil ni briefing. » Les élèves, eux, ont rejoint la salle de permanence en attendant la fin de la récré : le retour de maternité, dans deux semaines, de leur professeur de techno attitrée.
Quelques réflexions sur le recrutement et le métier d’enseignant
(Par P.M., publié sur MégaMaths le 18 juillet 2012)
Voici la lettre d’un passionné de notre éducation nationale, qui désire voir notre système éducatif progresser, et qui évoque les points suivants sans aucune prétention et sans viser personne. P.M. désire préciser également qu’il ne critique pas le travail des jurys des concours pour lequel il observe beaucoup de respect.
Thème 1 - CAPES 2012 : Pour certaines filières, les postes promis ne seront pas tous pourvus!
Le système de concours actuel de recrutement des professeurs, permet certes de reconnaitre, qu'incontestablement les candidats admis le méritent tous. Mais à mon avis, c'est un système qui passe tout de même à coté de candidats qui sont aptes à enseigner voir même ayant vocation et passion pour la profession.
Je m'explique :
Il y a des personnes qui disent schématiquement : "si un candidat échoue face à un jury c'est qu'il n'est pas apte à enseigner face à une classe..."
Je ne suis pas d'accord avec cette analyse, parce que la pression face à un jury lors d'un concours n'a rien avoir avec celle face aux élèves. Il y a des collègues qui sont reconnus par l'inspection académique comme excellents mais qui malheureusement n'ont jamais réussi à franchir le cap de l'oral. Nous savons tous, qu'il y a d'abord le facteur chance, on ne tombe pas forcement tous sur des sujets que l'on préfère, mais il y a surtout la gestion du stress face au jury et face aux enjeux du concours.
En ces temps de crise de recrutement et de vocation, pourquoi dans le cas où on ne pourvoi pas l'ensemble des postes annoncés, ne pas s'intéresser davantage aux candidats que nous n'avons pas admis et qui auraient pu pourvoir les postes restants? Comme par exemple avoir accès à leurs parcours en consultant leurs CV. Pour ceux qui auraient déjà de l'expérience dans l'éducation nationale, pourquoi ne pas consulter leurs rapports d'inspection, ainsi que leurs notes pédagogiques et administratives?
On va peut-être nous répondre :" C'est pour une question d'équité entre les candidats, le jury n'a pas accès au parcours des candidats". Il me semble que l'équité ne peut être parfaitement assurée, parce que de toute façon, les sujets d'oraux ne sont pas identiques pour tout le monde.
D'accord donc pour admettre que pour la première tranche des admis, le jury estime qu'ils ont le niveau et qu'il n'y aurait pas besoin d'accéder à leurs parcours pour rester équitable, mais pour les autres et afin de pourvoir tous les postes annoncés, ne devrait-on pas pouvoir accéder à leur CV et prendre les candidats qui ont déjà eu par exemple de bons rapports d'inspection?
Que vaut-il de mieux qu'un avis d'inspecteur qui aurait déjà observer un candidat en situation réelle et face aux élèves?
D'ailleurs, quand on ira recruter des vacataires à pôle emploi, on demande bien les CV des candidats!
Il y a certes les concours internes qui sont réservés aux enseignants ayants de l'ancienneté, mais pour y concourir, il faut minimum 3 ans d'ancienneté pour le CAPES et 5 ans pour l'Agrégation.
Mais on revient toujours au même problème de départ, ces concours internes ne permettent pas forcement de prendre tous les bons candidats, il suffit que parmi eux, certains stressent ou ratent complètement leur oral. (Quand je dis bons candidats, je pense aussi et surtout à bons pédagogues)
Pourquoi ne pas pourvoir tous les postes, au pire il y a l'année de stage et l'inspecteur décidera au moment de l'inspection si le stagiaire est vraiment fait ou pas pour enseigner?
Thème 2 - Suppression de l'échelle des AECE (Adjoint d'Enseignement Chargé d'Enseignement)
La suppression de l'échelle des AECE, il y a une personne qui a été validée avec un en-tête dans le rapport de titularisation: "Accès à l'échelle des AECE" et à qui on a dit par la suite qu'il y avait une erreur et que cette échelle n'existait plus. Elle va donc rester sur l'échelle des délégués auxiliaires toute sa vie, puisqu'on a enlevé cette passerelle qui est l'échelle des AECE qui permettait l'accès à l'échelle des certifiés.
Après à peu près 10 ans d'ancienneté, cette personne gagnerait, entre 400 et 500 euros par mois de moins qu'un certifié et cela en faisant travail égal. Sans parler de l'évolution de carrière qui ne va pas être la même. En fin de carrière l'écart pourrait atteindre facilement 1000 euros par mois. A travail égal, salaire égal, dans notre pays où "Liberté, Égalité, Fraternité " est la devise, est-il normal de d'avoir ce genre de situation? Et combien seraient-ils dans cette situation?
Les personnes dans le même cas, se font entendre régulièrement: "vous n'avez qu'à passer les concours", même à la télé, il y a quelques mois, on avait fait passé ces pauvres délégués auxiliaires pour des profs moins compétents que leurs homologues possédants le concours. L'animateur rétorquait la même chose : "ils n'ont qu'à passer le concours" et tout cela sans que l'invité présent sur le plateau n'ait pris la défense de ces malheureux délégués auxiliaires.
Comment peut-on les juger de la sorte ? En n'évoquant à aucun moment, leur parcours du combattant; leur précarité; passer des vacances sans être assurés d'un poste à la rentrée; la boule au ventre à chaque rentrée parce qu'on ne sait pas où on va atterrir; être moins payé pour un travail égal; commencer ses projets qu'à un âge avancé dans la vie, Il y 'en a qui à 33 ans (ou même plus) sont encore dans la précarité et cela après de longues années de loyaux services envers l'éducation nationale et l'éducation de nos enfants, etc.
D'ailleurs cette personne dont je vous parle est allée plusieurs fois aux concours et à chaque fois qu'elle passait devant le jury, elle perdait ses moyens, pour la simple raison que c'est une personne très sensible et qu'elle avait beaucoup de mal à gérer son stress face aux membres du jury. Elle a fini par abandonner l'idée de repasser un jour le concours et on peut parfaitement la comprendre. Pourtant cette même personne enseigne depuis à peu près 10 ans et le corps d'inspection la juge toujours, tout à fait apte à enseigner.
Thème 3 - Concours internes : inégalités entre public et privé
Les concours internes du public ne tiennent pas en compte l'expérience acquise dans le privé mais l'inverse est vrai, on peut se poser les questions, pourquoi cette situation inverse est autorisée et pourquoi l'ancienneté dans le privé n'est pas prise en compte? De quoi a-t-on peur? Pourquoi ne pas avoir un seul statut d'enseignants sans distinction entre le public et le privé? On entend dire, par peur de déstabiliser le privé, mais peut être un tel statut commun permettrait des vas-et-viens dans les deux sens, qui au contraire, pourrait être bénéfique et enrichissant à plusieurs niveaux, ne serait-ce que pour le partage des expériences.
Il faut savoir également, que si on est dans le privé et que l'on souhaite passer dans le public, le seul moyen est de repasser les concours externes, au risque même de perdre une partie de son ancienneté, voir même être affecté dans une autre académie. Alors qu'un enseignant du public titulaire, s'il repasse le concours, dans une autre discipline par exemple, il reste automatiquement dans son académie, et il me semble avoir lu (à confirmer) qu'il n'aurait pas non plus à passer l'année de stage. Ce qui n'est pas le cas des enseignants du privé, alors qu'ils ont passé les mêmes épreuves écrites et orales et qu'ils sont considérés comme "agent d'état", un statut d'ailleurs ambigu, puisqu'il ne fait pas bénéficier des nombreux avantages du statut de fonctionnaire. Si on veut obliger les enseignants du privé souhaitant passer dans le public, à repasser les concours, pourquoi ne pas leur autoriser au moins le droit aux concours internes? Pourquoi des services en tant qu'agent d'état ne seraient pas considérés comme des services publics?
Il me semble également qu'il n'y a pas de possibilité non plus de faire partie du membre de jury, peu de perspectives d'évolutions vers d'autres corps, autres que celui d'enseignant, etc.
Il y'en a qui vont répondre, ils n'avaient qu'à passer le concours dans le public. Il faudrait savoir qu'une partie se retrouvent dans le privé parce que tout simplement c'est ce dernier qu'il les aurait contacté en premier et qui leur a proposé un poste de remplaçant ou de délégué auxiliaire, ensuite beaucoup réussissent le concours interne dans le privé parce qu'on leur laisse pas le choix de le passer dans le public car leur ancienneté est dans le privé.
Une fois en contrat définitif dans le privé il est très difficile de retrouver la force pour passer les concours externe dans le public.
Thème 4 - Statut d'enseignant ou de fonctionnaire tellement envié, est-ce justifié?
J'ai le sentiment que lors de ces dernières années, on a fait et on continue à faire fixation sur les enseignants et sur le statut de fonctionnaire. Il n'y a qu'à parcourir les forums pour voir tout ce qui se dit de péjoratif sur les enseignants, et ceci sans une réelle connaissance du parcours difficile qu'un enseignant peut emprunter pour enfin devenir titulaire. Le statut de fonctionnaire a également été visé. Ceux qui le critiquent, ont-ils vraiment conscience de tous les sacrifices que cela peut comporter.
Après un Bac+5, alors que certains trouvent un CDI et commencent de suite à concrétiser leurs projets; ceux qui font le choix de devenir enseignants, replongent dans les concours, font des formations, passent plusieurs fois les écrits et une fois admissible à l'écrit, ils se rendent aux oraux, souvent loin de leur région, avec l'incertitude de réussir du premier coup.
En cas d'échec, il faut repasser les concours, cela peut prendre plusieurs années pour certains. Une fois admis à un concours, il faudrait passer une année de stage, souvent accompagnée d'une formation d'un jour par semaine durant toute l'année, pour laquelle il faudra faire des kilomètres pour se rendre au centre de formation, passer une année de stage tout en ne sachant pas si on va être validé ou pas. Et tout ce parcours, peut s'étaler sur plusieurs années pour enfin toucher au but ultime: devenir titulaire.
Vient ensuite : le déménagement pour le poste sur lequel on a été affecté et souvent ce n'est pas la porte à coté; la préparation des cours; s'adapter aux classes et aux matériels; les réunions entre collègues; les copies à corriger; les documents à photocopier; être présent aux différents types de conseils; assister aux réunions avec les parents d'élèves; passer des appels téléphoniques; s'organiser par rapport à chaque classe; s'adapter aux élèves, gérer les conflits au quotidien avec eux; instaurer la discipline et asseoir son autorité qui demande énormément d'énergie; gérer les situations imprévues au quotidien; anticiper et ne rien oublier de ce qu'on a, à dire, à demander, à distribuer aux élèves; s'adapter à toutes les nouvelles reformes; lire et répondre aux mails et parfois tard le soir; rédaction de rapports d'incidents; s'adapter aux nouveaux programmes avec l'ajout d'une part importante de TICE qu'il faudra un minimum maitriser; temps de formation pour rester à jour; temps de préparations aux concours pour ceux qui y sont encore... Et je suis sûr d'en oublier d'autres.
C'est pour dire qu'un professeur, un minimum consciencieux, ne compte pas ses heures et dépasse largement les 35 heures par semaine, il parait que des études montrent qu'un professeur dépasserait en moyenne les 40h par semaine. Loin donc des clichés que les gens se font, comme quoi, un professeur ne ferait que ses 18h face aux élèves et qu'ensuite il profite du reste de son temps. Il est vrai qu'un enseignant travaille une bonne partie du temps chez lui, ce qui lui permet d'organiser son emploi de temps. C'est un choix, il y en a certains qui travaillent 100% de temps chez eux, d'autres 0% et ne ramènent aucun travail chez eux. Les enseignants c'est environs 50% en lieu de travail et 50% à domicile (ou 100% dans l'établissement comme le font certains). Encore une fois, ce sont des choix, chacun fait ce qu'il veut.
Il faut savoir également que l'on dit qu'une heure passée face aux élèves, surtout si les élèves ne sont pas faciles, serait l'équivalent de deux ou trois heures passées dans un bureau. La gestion de certains conflits peut parfois vous vider de toute votre énergie.
Pour ceux qui disent : "Les profs ont beaucoup de vacances", il parait que les profs ne sont pas payés pendant les deux mois de vacances d'été (Juillet et Aout), ça serait le salaire de 10 mois divisé par 12, afin d'avoir un salaire mensualisé, sachant que les profs sont d'astreinte jusqu'au 10 juillet pour les corrections de copies.
Pour les petites vacances cela serait presque équivalent aux avantages tels que: RTT, Congés payés, 13e ou 14e mois pour certains, primes et autres dont ne dispose pas les enseignants.
Il parait également qu'il y a un nombre important de cas de dépressions, de migraines après les cours et de maladies liées au stress dont souffrent de plus en plus les enseignants.
Bref, il ne s'agit pas de se plaindre, parce que finalement chacun assume le choix de son métier, c'est uniquement qu'il y en a assez des préjugés et surtout pour répondre à ceux qui critiquent le statut des enseignants ou qui envient le statut de fonctionnaire. Ils devraient bien se renseigner sur les vraies difficultés du métier avant de porter un jugement. Enfin après tout, chaque métier possède ses avantages et ses inconvénients, le plus important est d'être passionné et motivé pour le faire.
Ce qui est également incompréhensible, c'est que l'on fasse autant fixation sur les enseignants alors qu'il y a d'autres métiers beaucoup plus attractifs (salaires qui font tourner la tête, cadre de travail idéal, etc.), les enseignants sont loin de tout ça...
Comme je l'ai lu sur un forum, si c'est si avantageux, pourquoi observe-t-on une telle pénurie de candidats en ce moment ? Pour ceux ou celles qui trouveraient ce métier avantageux, pourquoi ne passeraient-ils pas les concours ?
Commentaires de Dany-Jack Mercier
J’ai lu tout votre long texte, et je vous rejoins sur pratiquement tous les points, avec parfois de petites variations. Par exemple, je pense qu’il faut continuer à organiser un concours comme le CAPES qui assure l’employeur, c’est-à-dire l’Etat, et donc nous tous, de la qualité de ceux qu’il recrute, même si certains candidats paniquent plus que d’autres, et même si les oraux augmentent un peu plus le facteur chance. L’égalité de traitement doit être le même pour tous, et l’on n’a pas mieux trouvé à ce jour que de faire passer des concours anonymés, ce qui évite les passe-droits.
Comme vous, je pense qu’il faut utiliser tous les postes mis au concours, sauf dans une situation très exceptionnelle où il n’y aurait pas assez d’admissibles, puisqu’il s’agit d’une règle du jeu. Par contre j’éviterais de proposer de faire intervenir un dossier ou des rapports d’inspections pour passer le CAPES externe, et je préfèrerais que l’on réactive un corps de titulaires « intermédiaire » comme les AE (Adjoints d’enseignement des années 1980) qui serait accessible aux vacataires et auxiliaires après 5 ou 6 années de service, moyennant une inspection dans les classes et/ou une validation d’acquis professionnels.
Réponse de P.M.
Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le maintien du CAPES, d'ailleurs je n'ai pas dit le contraire, ma proposition d'étudier le CV du candidat ne concernerait que les postes restants non pourvus. On pourrait imaginer que dans ces temps de pénurie de candidats, pour le CAPES de Maths 2012 par exemple: Garder le système tel qu'il est, en préservant l'anonymat, le jury prend les 652 candidats qu'il estime avoir le niveau pour enseigner, ensuite étudier les CV des candidats restants pour promouvoir les postes de 653 à 950.
Mais encore une fois et comme vous l'avez dit, il y a 950 postes, on prend 950 candidats et point final. Et effectivement pour les candidats qui perdraient leur moyens et qui ont un bon parcours, que l'on puisse les valider suite à une inspection favorable, ne pas forcement attendre 5 ou 6 ans mais plutôt que ça (Pour la loi SAPIN c'était 3 ans par exemple) et surtout les valider sur l'échelle de rémunération des certifiés, parce que à travail égal on devrait avoir salaire égal.
Réponse de de Dany-Jack Mercier
Moi j’opterais plutôt pour une rémunération légèrement moindre que pour un recrutement par concours, pour qu’il y ait un intérêt à passer le concours. Sinon plus personne ne voudra atteindre un niveau « d’excellence ». Il faut de la motivation...
MEMOIRES PERSONNALISES 100% SANS PLAGIAT
(11 novembre 2012)
Passage intéressant sur le plagiat, relevé dans un livre de Benjamin Barber. Ce genre d’avertissement devrait nous rendre soucieux de ne pas donner trop d’importance aux « mémoires » et « soutenances de mémoires » dans les cursus par rapport à d’autres types de contrôles de connaissances. Il y a tant d’autres façons de procéder.
Voici l’extrait :
« Les étudiants aussi jugent plus facile et entièrement défendable de tricher aux examens et de copier leur mémoire de fin de trimestre. « Sur la plupart des campus, 70 % des étudiants admettent avoir déjà triché. » Le problème, avec le plagiat, n’est plus sa fréquence, ni la multitude des sites Internet qui mettent en vente des devoirs, c’est que beaucoup ne voient plus ce qu'il y a de mal à ça.
Parmi les dizaines de sites Internet qui proposent des dissertations, mémoires, thèses et... « thèses de doctorat » entièrement rédigés et « prêts à rendre », on trouve l’entreprise Best Custom Term Papers, dont la publicité sur Internet affiche un en-tête remarquable : « Mémoires de fin de trimestre personnalisés, 100 % sans plagiat ». Par cette formule, la société veut sans doute dire qu'elle-même n’a pas copié son texte ailleurs, pour que l’étudiant qui l’achète soit certain qu'il n’y a dans cette affaire qu'un seul plagiaire !
Avec des producteurs décidés à justifier le vol intellectuel commis par leurs clients, et des écrivains et chercheurs adultes en pleine confusion sur le sens de la propriété intellectuelle (notamment en ces temps de critique littéraire postmoderne, où les textes sont des produits censés appartenir à ceux qui les consomment autant qu'à ceux qui les produisent), il n’est pas surprenant que les étudiants s’abandonnent si facilement au plagiat – péché si véniel au regard des normes laxistes sur le vol qu'il ne se qualifie même pas pour un pardon.
Après tout, emprunter du texte à d’autres universitaires et oublier de renvoyer à leurs travaux n’a pas nui sensiblement à la réputation de plusieurs historiens reconnus. Et la fabrication de faits et d’expériences dans les Mémoires de James Frey sur la drogue et la prison n’a pas eu d’impact majeur sur les ventes de son livre Mille morceaux, du moins jusqu'au jour où Frey a reçu un savon télévisé dévastateur de la célèbre « critique » Oprah (qui, lorsque la tricherie de Frey avait été révélée, l’avait d’abord soutenu). Des journalistes du New Republic et du New York Times ont acquis une grande renommée grâce à des articles d’« information » entièrement fabriqués, qui leur ont coûté, semble-t-il, plus de (vains) efforts pour ne pas se faire prendre que pour créer leurs distrayantes fictions. »
[Extrait du livre de Benjamin Barber Comment le capitalisme nous infantilise (2007), relevé dans un article de Marianne]
4 novembre 2005, de Caroline :
Bonjour, J'avais une petite question sur le théorème de Dirichlet, si cela ne vous dérange pas. je comprends pourquoi on applique le théorème de Dirichlet mais très souvent je ne comprends pas comment on calcule la demi-somme des limites à droite et à gaucheje sais ce qu'est une limite à droite et à gauche mais à chaque fois que j'applique la définition pour ce calcul je n'obtiens jamais leur résultat. Pouvez vous m'aider ou me dire ou je pourrais trouver les informations , dans quel livre?
merci beaucoup.
djm : Bonjour, C'est vraiment en démontrant le Théorème (la preuve est difficile et je l'ai oubliée) qu'on s'aperçoit que la série de Fourier converge (simplement) toujours vers cette demi-somme des limites à droite et à gauche. Cela permet d'appliquer le Théorème aux fonctions 2Pi périodiques et de classe C1 par morceaux seulement ! C'est super : on n'a pas beoin d'avoir une fonction continue, elle peut avoir des points de discontinuité, et le théorème nous affirme quelque chose. Même s'il ne s'agit que de convergence simple, c'est bon à prendre ! Je vous envoie vers un petit cours que j'avais fait il y a quelques lustres pour mettre mes idées au clair là-dessus, et je l'aime bien (NB : c'est normal, on comprend tout de même mieux ce sur quoi on s'est un peu excrimé :))) C'est un PAC à l'adresse suivante :
http://perso.wanadoo.fr/megamaths/pac/cprg0008.pdf
Il est bien centré (selon moi) sur ce qu'il suffit de savoir pour le capes et l'agrégation (interne comme externe) concernant ces séries de Fourier. Et le Théorème de Dirichlet est à comprendre et à employer dans les résolutions de problèmes... dès qu'on peut (il est performant : sans lui, comment nous nous en sortirions-nous ?). Sa preuve n'est pas à savoir, par contre il faut absolument savoir la définition d'une fonction de classe C1 par morceaux. Ne pas le savoir ne pardonne pas... ni à l'écrit, ni à l'oral. Diable, le temps passe et je dois aller me restaurer :)) Bonne continuation chère mégamathienne !
26 janvier 2006 : Ouaouhhh ! N. du CRD de Lille vient de m'envoyer un super document formé d'encouragements des étudiants de l'IUFM de Lille au sujet du site MM.
C'est vraiment gentil et cela m'a bien touché. J'en rougis... Et je suis content de voir que mon travail peut servir à quelque chose. Je continuerai à travailler sur le site, en prépa capes, et sur mes livres, donc pas de frayeur pour les années à venir.
Et... je souhaite une belle et bonne réussite à tous les étudiants qui bossent dur pour préparer le concours, et du courage et de punch pour tous ceux qui ne l'ont pas du premier coup (et qu'il ne faut jamais oublier : ce n'est pas exceptionnel de rater le premier essai, cela peut être considéré comme la règle parfois...). Bref n'oubliez pas tous de rester en super forme et de soigner votre corps et votre être (car la vie n'a pas de prix, et vous êtes responsable de votre être. Après cela, eh bien on peut essayer de comprendre quelques points en maths, par exemple, et en faire son travail sur cette Terre, par exemple, ce qui est l'objectif de tous ceux qui préparent un concours de recrutement
3 avril 2006, de S. B. : (...) On doit souvent vous le dire mais ca ne sera jamais assez repete , merci merci et encore merci pour les lecons et les corriges que vous mettez a disposition sur megamaths et aussi pour le ton resolument decontract que vous affichez dans le site ( petites remarques sympas et citations agreables). Vous etes un prof qui s est donne envie d etudier et j espere etre comme vous avec mes futurs eleves. Avec tous mes remerciements(encore!!!!). (...)
djm : Vous aurez à coup sûr votre style personnel avec vos élèves et pourrez les motiver bientôt. On arrive en général à en motiver une grande partie, mais pas tous : car cela dépend aussi des caractères, des "atomes crochus" et du passé de chacun. Et enseignant et enseigné sont appelés à faire 50% du chemin chacun...
L'essentiel dans l'enseignement, c'est d'abord d'avoir envie d'expliquer ce qu'on a compris, ensuite de ne jamais tirer avantage de ce que l'on sait sur celui-qui ne sait pas. Répondre rapidement en survolant la question et en faisant croire que tout est évident... c'est stupide et ça dégoûte de la matière (ce qui est bien normal : on réagit tous comme ça). Il s'agit de partager en toute loyauté, de répondre inlassablement aux questions tant qu'on connaît une réponse (sinon de dire qu'on ne sait pas :), de cultiver l'esprit critique (donc développer un aspect essentiel de la culture scientifique) et reconnaître à certains moments que l'on s'est trompé (en étant de bonne fois).
Si je continue, je vais compontifier :) Bref, si on a envie de partager (ses connaissances et son plaisir), on est déjà sur la bonne voie ! (...)
28 novembre 2005, de Bénédicte : Bonjour, Il y a plus de deux mois, je passe commande de votre livre d'exercices sur le site de la fnac . Trois semaines plus tard la commande est annulée (problème avec le fournisseur). Je passe alors de suite commande du même livrre sur amazon et reçois aujourd'hui un mail m'informant que la commande ne pourra arriver que dans 4 semaines... Entre temps, j'apprends sur megamaths qu'il est plus favorable de passer par publibook directement. J'envois un courrier avec un chèque et passe commande du livre de cours. Le chèque a bien été encaissé il y a trois semaines, lelivre par contre ne m'est toujours pas parvenu à cette heure. Oh rage, oh désespoir.., Heureusement il y a vos pages "spécial 2005/2006" qui me sont bien utiles et la bonne humeur qui se dégage de votre site. Merci de partager votre savoir. Une mégamathicienne qui attend avec impatience vos livres.
djm : Bonjour chère mégamathienne, C'est vrai, ce n'est pas une sinécure. J'ai commandé des exemplaires de mes travaux sur amazon à la mi septembre, et le colis n'est parti que vers la mi-novembre et en ordre dispersé, avec chaque fois un mail m'annonçant qu'une partie de la commande n'était pas disponible et restait en attente. De plus, il traverse actuellement l'Atlantique. Alors je vous comprends :)
D'après les renseignements de mon éditeur, l'expédition directe à partir de Publibook est rapide, mais trois semaines d'attente signifient qu'il y a un couac... Aussi, j'envoie ce mail à mon éditeur pour qu'il fasse son possible et savoir où est passé votre exemplaire.
Je suis content de savoir que vous utilisez la page "spécial 2005/2006", ce qui prouve qu'elle répond à l'attente de certains mégamathiens, et me conforte dans l'idée de la continuer (même si parfois j'ai un peu peur de balancer mes heures de travail dans la jungle du net :)) S'il y a des mégamathiens pour qui ces pages servent, le risque vaut la chandelle. Samedi et dimanche passé, j'ai préparé deux exercices sur les quadriques et les surfaces de révolution, et ce sera du "tout neuf" à placer bientôt sur la page "spécial 2005/2006" (J'ai bien aimé, même s'ils m'ont fait suer ces deux là). En attendant mon livre d'exercices, utilisez les exercices de la page "spécial 2005/2006", comme vous le faites, pour avoir aussi une idée de ce que sera le tome II :)) Vous aurez en fait des parties du tome II avant de recevoir les exercices du tome I, ainsi va la vie ;))))
Oh rage, oh désespoir, oh viellesse ennemie, n'ai-je donc tant vécu que pour cette infâmie, et ne suis-je rompu dans les travaux guerriers que pour voir en un jour flêtrir tant de lauriers ?... En attendant votre commande qui ne devrait pas tarder (je croise les doigts avec vous), j'envoie votre mail à mon éditeur qui en sait plus...
Bonne journée à vous, PS : Tenez-moi au courant...
Dernières nouvelles, mon éditeur m'informe au sujet de cette commande : « La commande a bien été expédiée la semaine dernière, le 23 novembre. Je contacte Mme XXX pour voir si elle ne l'a pas reçue entre temps. Sinon, nous lui en renverrons un autre. », Donc tout devrait s'arranger rapidement.
Enfin, le livre arrive le samedi 3 décembre 2005 : Tout neuf, tout brillant, fraîchement imprimé... pas de photo de l'auteur, tant pis pour les curieux(ses).... Après tout ce n'est pas un roman !... Des heures de travail en perspective... Mais pas où commencer ? p, 24 mode d'emploi ! que demander de plus ! :¤) Trois mois ne seront pas de trop pour l'exploiter au maximum ! Un grand bravo à son auteur qui, ça ce voit tout suite, prend en compte son lecteur ! All the best, Bénédicte.
« Comme c'est l'âme qui fait le regard et que les belles âmes sont en petit nombre, les beaux yeux sont assez rares. » (Louis-Sébastien Mercier)
14 novembre 2006, de E.R. : Bonjour voici quelques exercices dont je n'ai pas trouvé la solution ou dont je doute de mes réponses. Pourriez-vous s'il vous plait me dire si mes réponses sont bonnes et me donner quelques éléments de réponses pour les exercices que je n'ai pas réussi à résoudre. Merci d'avance ! (...)
> Exercice 12
> En utilisant l'égalité 343 = 7^3, démontrer que 118 et 225 sont premiers
> entre eux.
> Réponse : (J'ai remarqué que l'on a 343 = 118 +225, mais je ne vois pas
> quoi faire avec)
Si p est un diviseur premier commun à 118 et 225, de 343 = 118 +225 on
déduit que p est un diviseur premier de 343. C'est donc 7M Mais 7 ne divise
pas 118, donc 118 et 225 n'admettent aucun diviseur premier, donc ces
nombres sont premiers entre eux.
> Exercice 29
> Déterminer le plus petit entier naturel divisible par 616 qui soit un
> carré d'entier
> Réponse : on a n=616k où k appartient à IN* et n=p² où p appartient à
> IN*. On aboutit donc a l'équation 616k = p², et comme nous travaillons
> avec des entiers naturels, on a
> p = racine carrée de (616k)
> Cependant même en calculant pour k allant de 0 à 100 à la calculatrice, je
> ne trouve pas d'entier naturel.
> Est ce qu'il aurait une façon plus directe de résoudre l'exercice SVP ?
Bon départ, mais il faut ensuite penser aux décompositions en facteurs
premiers. On trouve : 616=2^3.7.11. La décomposition de n devra ne faire intervenir que des exposants pairs (pour que ce soit un carré parfait). Au minimum, on devra choisir : k=2.7.11 et le plus petit nombre n cherché sera n = 616 x 2 x 7 x 11
> Exercice 30
> De quelle forme sont les entiers qui admettent trois diviseurs entiers
> naturels?
> Réponse : (pas de solution à proposer)
Ce sont des carrés de nombres premiers : n= p^2 avec p premier.
Il faut se rappeler comment on calcule le nombre de diviseurs d'un nombre...
> Exercice 32
> Les seuls diviseurs premiers de l'entier naturel n sont 2 et 5. Déterminer
> les valeurs possibles de n sachant que :
> a) n possède 6 diviseurs
> b) n possède 18 diviseurs
> Réponse : Posons n=(2^I)*(5^J)
> a) Les diviseurs Dk (pour k=1...6) de n sont alors de la forme Dk =
> (2^i)*(5^j)
> où i appatient à {1,...,I} et j appartient à {1,...,J} car au moins 2 et 5 divisent n.
> Reste à déterminer le cardinal des ensembles {1,...,I} et {1,...,J}. C'est là que j'ai un problème. Je suis tenté de dire que card {1,...,I} < 6 et card{1,...,J} < 6. Mais alors card ( {1,...,I}*{1,...,J} ) < 36 et là je ne sais plus quoi dire...
Problème bien positionné. Il faut calculer le nombre de diviseurs de n=(2^I)*(5^J). Il y en a autant que de choix de i dans {0,1,...,I} et j dans {0,1,...,J}, soit : (I+1) x (J+1). Pour répondre à a), on résout (I+1) x (J+1) = 6, en faisant tous les cas possibles. Idem pour 18 qui a encore plus de diviseurs ! (à trouver tous)
> Exercice 41
> Le reste de la division euclidienne de l'entier naturel a par 45 est 9.
> Quel est le reste de la division euclidienne de a : par 15? par 5? par 3?
> réponse :
> i) remarquons que 45 = 15*3, on peut donc dire que a est congru à 9 modulo 15 (on notera a = 9(15) pr aller plus vite). Donc, le reste de la division euclidienne de a par 15 est 9.
> ii) Remarquons 45 = 9*5 donc le reste de la division euclidienen de a par 5 est 9
> iii) Comme 45 = 15*3 le reste de a par 3 est 9
Juste :)))
> Exercice 46
> Dans une division euclidienne, on augmente le dividende de 36 et le
> diviseur de 3 ; le quotient et le reste sont alors inchangés. Quelle est
> la valeur du quotient ?
> Réponse : (je n'ai pas réussit à en trouver une car j'ai eut du mal à
> mettre l'énoncé sous fome d'équation.)
a+36 = (b+3)q + r et a = bq + r après c'est facile...
> Exercice 56
> Quels sont pour n variant dans IN, les restes possibles de la division
> euclidienne de 3^n (3 puissance n) par 7 ? En déduire le reste de la
> division euclidienne de 1998^128.
> Réponse : Si n est pair, on a 3^n = (3²)^(n/2), on a les congruences suivantes : 3^n = 9^(n/2) [7] = 2^(n/2) [7]
> Si n est impair, on a 3^n = 3*(3²)^((n-1)/2), d'où la congrence suivante d'après ce qui précède : 3^n = 3*(2^(n/2)) [7]
> Déduction : Comme 1998 = 7*285 +3 on a la congruence : 1998 = 3 [7], d'où 1998^128 = 3^128 [7] = 9^64 [7] = 2^64 [7]
> (je dois avouer que j'ai de sérieux doutes sur ma réponse ^^)
Le petit Théorème de Fermat nous dit que si p est premier, pour tout x entier non divisible par p, on a x^(p-1) = 1 (p). Ici 3^6 sera congru à 1 modulo 7, donc il sera facile d'écrire la division euclidienne de n par 6, puis d'en déduire la classe de congruence des 3^n. Pour le reste de la question, l'énoncé est incomplet : "En déduire le reste de la division euclidienne de 1998^128" par quoi ? par 7 peut-être ? On a 1998mod7= 3, donc 1998 = 3^128. Diviser 128 par 6 et simplifier... Votre réponse était juste, mais incomplète.
> Exercice 58
> Déterminer les restes possibles dans la division euclidienne par 8 du
> carré d'un entier. Déterminer les entiers n dans Z (l'ens des entiers relatifs) tels que (n+3)² = 1 [8].
> Réponse : (pas de solution à proposer)
n peut prendre 8 valeurs différentes modulo 8 (de 0 à 7), et il est alors facile de trouver à quoi sont congrues les valeurs de n^2. Par exemple, 0^2=0 (8); 1^2=1 (8); ...; 7^2=1 (8);
Pour résoudre (n+3)² = 1 [8], on utilise le tableau des carrés que l'on vient de donner... Bonne chance :))
19 novembre 2006, de M. J. : (...) Je suis maintenant affectée en collège et je suis confrontée à un problème dans le chapitre relatif à l'application de la proportionnalité en 4e que je me permets de vous soumettre :
"Pourquoi et comment expliquer aux élèves que sur un même trajet aller-retour, la vitesse moyenne n'est pas égale à la moyenne des vitesses moyennes du trajet aller et du trajet retour ?"
Exemple : Etude de la vitesse moyenne d'un trajet sur un parcours de 60 km, où l'aller se parcourt à 20 km/h et le retour à 30 km/h. (...)
djm : Bonjour, J'ai mis du temps à comprendre : c'est surprenant ce truc là. Mais à la réflexion, cela semble normal. J'ai commencé par écrire l'équation que l'on espérait avoir. va = vitesse à l'aller, ta = temps de l'aller, d = distance aller, vr, tr sont les vitesses et temps du retour, et var et tar les vitesses et temps de l'aller-retout. On a va=d/ta, vr=d/tr, et var=2d/ta+tr. On écrit l'égalité désirée : var = (va+vr)/2 et l'on simplifie... elle n'est vraie que si ta = tr !
Si on a droit aux équations, on peut leur expliquer de cette façon.
Sinon, appel au bon sens : sur votre exemple, parcourir l'aller à 20 km/h en 3h, puis le retour à 30 km/h en 2h, c'est tout de même passer plus de temps à avancer à 20 km/h plutôt qu'aà 30 km/h. Aussi, il ne faut pa rêver et dire que l'on a tout parcouru à 25 km/h en moyenne. C'est faut : on a "ramé plus longtemps à l'aller".
Si on ne voit pas où est le pb, on peut imaginer aller de A vers B à 2 km/h, puis revenir de B vers A à 10000km/h ! On aurait eu une moyenne de 5001 km/h ce qui est époustouflant puisqu'on a dû vraiment passer du temps "sutrout" pour aller de A vers B, le retour ayant duré un éclair ! Ma foi, voici une piste... (...)
1 décembre 2006, de Aristide : (...) En suggérant une ponctuation et en recevant une réponse du professeur de maths, je prends conscience que l'instituteur primaire (qui a affaire à des enfants de 6 à 11ans), n'a pas le même langage que celui d'un professeur agrégé de maths. Celui-ci , qui a affaire à des adolescents, veut aller plus vite dans sa démonstration (donc, il saute les obstacles c'est-à-dire quelques points et virgules). Le langage mathématique doit être précis et rapide avec des grands élèves. Il serait incompréhensible pour les élèves du primaire qui ont besoin d'un peu plus de virgules et de points.
De mon jeune temps, on utilisait le verbe "ôter de" pour résoudre des soustractions. Ce verbe est court donc rapide. Aujourd'hui, on exagère. Le raisonnement est, à mon avis, trop long.
Il y a longtemps déjà : Les professeurs de collège ont critiqué les instit en leur disant : "C'est beau d'apprendre la lecture et les bases de la langue française. Mais vos élèves sont trop tatasses , trop primaires. Ils n'ont pas d'ouverture d'esprit. Alors ,les instituteurs ont négligé les bases, ont emmené les enfants au théâtre pour les rendre moins "tatasses" Résultat: les prof se plaignent que les élèves ne savent plus lire,plus compter et qu'ils ont plein de lacunes...
En lisant les pages de Dan, j'ai appris qu'il existait des triangles acutangles. Le petit Larousse précise "qui a trois angles aigus". Donc les triangles équilatéraux et isocèles sont acutangles . Comme la somme des angles d'un triangle est égal à 180°, on peut former une infinité de triangles quelconques acutangles. Qu'en pense Monsieur le professeur de Maths? (...)
djm : Oui, ce doit être ça. Le fait de "tout dire d'un seul trait" permet de gagner du temps et surtout de ne pas perdre le fil. Mais il y a déjà beaucoup de travail pour qu'un candidat au concours prenne conscience de la nécessité de rédiger et de former des paragraphes sensés. Si tu savais comme cela semble à des années lumières de ce qu'on peut avoir l'habitude de faire. L'apprentissage est difficile mais essentiel pour le concours !
Je suis d'accord avec toi pour la perte des objectifs essentiels au primaire, comme la lecture et le calcul. Mais ce n'est de la faute de personne, ou plutôt, il s'agit d'une mode très partagée par nos concitoyens : celle de donner sans cesse plus d'importance à tout ce qui est "périphérique", comme la culture (prise dans un sens tellement vaste, que même des cris constituent une oeuvre musicale), l'expression personnelle (avec toutes les dérives qu'on imagine) et les activités d'éveil (ah, pour les éveiller, les enfants, on peut dire qu'ion a réussi : certains bougent tout le temps et se permettent n'importe quoi, avec les résultats qui vont avec !).
Tout ce que tu dis sur les triangles acutangles est vrai. Un triangle qui possède au moins un angle obtus est appelé "triangle obtusangle". Elle est bien bonne aussi. A un moment, j'ai aussi vu un "quatrième cas d'égalité des triangles" dont on ne parle jamais. Deux triangles sont isométriques (=égaux) s'ils possèdent deux côtés respectivements égaux, ainsi qu'un angle, pourvu que cet angle soit opposé au plus grand des côtés. Si l'angle n'est pas comme ça, cela peut ne pas fonctionner. Cela m'a permis d'écrire un joli exercice dans un de mes bouquins. En tout cas, merci de corriger mes épreuves : sans toi j'aurai encore laissé des tonnes de fautes, sans pouvoir faire autrement...
Mise en ligne sur internet : jusqu'où peut-on raisonnablement aller ?
Un lien qui pointe vers une autre page web est-il contraire
à la netiquette ? Et que peuvent devenir les travaux
qu'un formateur désire partager avec ses étudiants ?
(Jeudi 5 octobre 2006)
W.R. : J'ai vu sur le site "megamaths" que vous avez mis en lien un site embrionnaire que je maintenais il y a plus de 3 ans.
Je vous signale juste que
1- ce site n'est plus du tout à jour,
2- je ne l'utilise plus,
3- les dossiers proposés sont à l'ancien format de l'épreuve (donc a priori hors sujet dans la rubrique ou vous le proposez).
Je trouve par ailleurs qu'il aurait été aimable de votre part de demander mon accord de rincipe avant de mettre en lien mon site. Ce site était un site pédagogique destiné à mes étudiants (comme son titre le suggère) et n'était à priori pas du tout conçu pour une diffusion plus large.
D.J.M. : Je note que vous ne désirez pas du tout qu'un lien pointe vers votre site, aussi je vais l'enlever immédiatement. A priori, lorsqu'un site est accessible, on a le droit de placer un lien dans sa direction : tous les sites ayant pignon sur rue sur internet s'inter-connectent de cette façon,et je n'ai pas vu d'interdiction sur votre page, à l'époque où j'ai placé le lien.
Croyez-moi bien : le but était seulement d'offrir du grain à moudre aux prépa CAPES, sachant que certains travaux ne sont jamais périmé (losqu'ils provoquent des recherches et des mises au points).
W.R. : Mon propos n'est pas de vous interdire de mettre un lien sur mon site. De facon générale, je suis plutot favorable à la libre diffusion, et j'ai particulièrement apprécié le travail collaboratif qui s'est mis en place au moment du changement de l'épreuve sur dossier.
Le point, c'est qu'en tant qu'auteur, j'estime avoir un droit, moral, de regard sur l'utilisation qui peut être faite de mes ressources. En l'occurence, un courrier de votre part m'aurais permis de vous dire que le lien vers ce site (obsolète) est mal placé et qu'il devrait plutot figurer sous :"Pour les années antérieures et pour découvrir les perles cachées dans MégaMaths".
Par ailleurs, sans vouloir polémiquer, il me semble qu'il est clair, sur la page en question, qu'il s'agit de ressources destinées à mes étudiants, et que par conséquent, je n'envisageais pas de diffusion plus large en les mettant en ligne.
Donc, si d'un point de vue juridique, vous êtes dans votre droit (on a le droit de pointer sur n'importe quel lien), d'un point de vue éthique, c'est plus contestable.
Que diriez-vous par exemple, si j'aspirais votre site, pour en créer un clone à ma sauce,au mépris de votre demande d'utilisation personelle des ressources mises en ligne ? Rien ne m'en empèche à priori d'un point de vue juridique, mais mon éthique me l'interdit.
Une anecdote pour arrêter la polémique : avant-hier, un étudiant m'a présenté un oral2 sur le thème encadrement d'intégrales. Il m'a proposé des exercices qui m'étaient très familiers. Je lui ai demandé ses sources : "j'ai trouvé un fichier quelque part sur internet..." ; il me le montre : c'était un sujet que j'avais réalisé et corrigé il y a deux ans. Là je me dis qu'un de ces jours, on va me dire que ce que je dis en cours, c'est pompé sur internet !
J'en arrive à la conclusion qu'il va être nécessaire de copyrighter les ressources pédagogiques produites par les enseignants (avec une licence du genre creative commons, ou LGPL). Je crois d'ailleurs que vous devriez y songer pour les votres, car les risques de récupération ne sont pas nuls : voir par exemple le site www.megamaths.fr.
Pour conclure, plus que de laisser un lien sur mon site, je préfère que vous téléchargiez mes ressources (le site risque de disparaitre). J'accepte que vous les mettiez en ligne pour un usage non commercial dans la partie "ancienne épreuve sur dossier".
D.J.M. : Bonjour. Ce n'est vraiment pas facile de placer des documents sur internet, et les risques sont gros. Grosso modo, je suis bien d'accord avec tout ce que vous dites, sauf sur 2 points.
1) Lorsque vous dites : "Donc, si d'un point de vue juridique, vous êtes dans votre droit (on a le droit de pointer sur n'importe quel lien), d'un point de vue éthique, c'est plus contestable".Je ne vois pas où est le problème au niveau de l'éthique. Je fais seulement pointer un lien vers un site, que vous pouvez faire disparaître quand vous le voulez. Ces documents, même anciens (et d'après moi toujours intéressants) restent accessibles seulement en arrivant sur votre "page de
garde", donc en sachant pertinement qui en est l'auteur. S'ils disparaissent, mon lien deviendra un lien mort, ce qui ne gênera pas grand monde.
2) Je lis aussi : "Que diriez-vous par exemple, si j'aspirais votre site, pour en créer un clone à ma sauce, au mépris de votre demande d'utilisation personelle des ressources mises en ligne ? Rien ne m'en empèche à priori d'un point de vue juridique, mais mon éthique me l'interdit."Là, d'après moi, l'exemple est totalement différent, car les documents ont été replacés ailleurs "avec un emballage" qui fait douter de leur provenance, et pour "faire tourner un site" différent de façon totalement autonome. Là, je ne suis vraiment plus maître de la diffusion de mes documents. Là, il faut demander l'autorisation.
Heureusement que l'éthique des mathématiciens et usagers des mathématiques rend ce genre de pratique assez exceptionnelle.
Le pire est certainement atteint lorsqu'un document est copié sur internet et lorsqu'on "gomme le nom de l'auteur" pour le présenter ailleurs. Cela m'est arrivé sur un site qui proposait des corrigés d'agrégation, et où, cliquant sur un corrigé, j'obtenais "mon" pdf sans l'entête (indiquant que j'étais l'auteur du corrigé). Là, je pense qu'il y a problème ! Le webmestre du site avait tout de même indiqué mon nom à côté du lien envoyant vers le corrigé, mais une fois le pdf téléchargé, le corrigé n'indiquait plus de nom d'auteur... car il avait été tronqué (il s'agissait pourtant d'un pdf interdisant la copie ou l'assemblage, mais autorisant l'impression).
Certaines de mes leçons ont aussi été copiées et reproposées en scan sous un autre nom. En général, cela arrive lorsqu'un étudiant a envie de partager son travail de préparation aux oraux et scanne ses notes manuscrites qu'il a ... un peu trop calquées sur les ressources qu'il a utilisé. S'il est normal que des énoncés soient à peu près écrits de la même façon, il est alors fort regrettable de retrouver ses propres tournures de phrases recopiées tel quel dans un autre document. Cela m'est aussi arrivé... Cela partait d'un bon sentiment de partage dudit étudiant.
Cependant, je continue à vouloir de trouver un juste milieu de partage : partager oui mais "pas tout" et parfois pas n'importe comment. Je me suis mis à proposer des documents pdf sous mots de passe (envoyés, par mail, à ceux qui en font la demande, par exemple), ou encore des documents non imprimables (qui demanderont plus de travail si l'on décide de les imprimer à tout prix)...
Ces documents non imprimables me permettent ainsi de continuer à proposer des corrections de CAPES gratuitement sur internet sans permettre de tout imprimer pour se faire son propre bouquin d'annales.
Ces solutions ont toutes leurs limites, pour sûr.
Et je suis d'accord avec vous : l'expérience de mise en ligne de travaux personnels ne pourra se poursuivre que si les usagers comme les webmestres adoptent une certaine éthique. Sinon, la sanction-couperet est bien là : ne plus proposer de travaux personnels sans mots de passe.C'est ce qui est en train de se faire avec le nombre faramineux d'intranets qui sont actuellement créés et réservés à un public trié sur le volet (ses étudiants, son intranet et une façon très facile de remplir son intranet avec les documents des autres).
Ah, merci de m'avoir envoyé le lien www.megamaths.fr car je ne me souviens pas l'avoir vu celui-là. Là, il s'agit d'une récupération du nom de mon site ? Ou bien d'un pur hasard ?
Pour l'anecdote, en janvier 2002, j'avais trouvé "MégaMaths" pour nom de site et je pensais que personne ne l'avait encore utilisé. Erreur, quelques jours après, je me suis aperçu qu'il existait déjà toute une collection d'ouvrages pédagogiques en anglais intitulée "Megamaths".Le prochain sie que je ferai, je l'appelerai GigaMaths ou TeraMaths (cela ferait un peu monstrueux) ou carrément Petamaths pour atteindre les 10 puissance 15 :))
Bon, on aura longuement réfléchi sur la mise en ligne des documents et les dangers que cela peut représenter... et je m'aperçois que le temps passe, passe...
Vous avez envie de mettre votre point de vue ici ? De proposer quelques réflexions sur le thème de cette page ? Envoyez votre proposition au webmestre :))
Je suis surpris de voir que
certains des documents proposés sur MM
ne sont pas imprimables !
(9 février 2007)
Richard : Etant un de vos lecteurs assidus, je fus surpris de ne pouvoir imprimer une lecon mise a disposition pour le capes externe. La lecon relative à la construction des nombres complexes. Je voulais savoir si la protection mise afin d'empêcher une impression était volontaire ou due à un problème informatique. En effet, on peut lire en bas de page qu'une copie perso est possible... Cela m'embète un peu. D'autres lecons sont-elles concernées...?
djm : Oui, l'interdiction d'impression n'est pas exceptionnelle, c'est une mesure prise sur certains documents pour limiter les possibilités d'utilisation. Dans ce cas il faut travailler ces documents sur écran...
La crainte est de les voir reproposés en d'autres endroits du net et sur d'autres sites sans plus avoir de contrôle sur leur utilisation. Cette protection est "une réponse possible", certe bien ennuyeuse, mais permettant de proposer des documents qui n'auraient pas été proposés autrement. C'est la façon "positive" de prendre les choses : ces documents sont proposés sans impression, mais ne l'auraient pas été elle avait été permise. Ils restent tout de même utilisables à l'écran et peuvent apporter une aide. Cela vaut mieux que rien.
La peur de nombreux collègues rencontrés est justifiée (et explique pourquoi rien n'est partagé "en général") : c'est la copie effrénée de leurs productions personnelles qu'ils ont dû fignoler des centaines d'heures dans l'ombre. J'ai retrouvé parfois certains de mes documents ailleurs et présentés autrement, par exemple rescannés et reconstruits en pdf, ce qui est très ennuyeux car ils peuvent ne plus porter les mentions de l'auteur et de son adresse électronique. En maths, on a tout de même de la chance, car la netiquette est globalement bien respectée, et c'est pour cela que l'aventure continue... C'est pour cette raison que je continue à proposer d'autres documents personnels sans limitation d'impression et sans mot de passe. En maths, on reste courtois :)
On ne peut pas tout placer sur le net compte tenu des copyrigth et de la facilité avec laquelle on les imprime, pour les scanner et les reproposer sur d'autres sites dans des nouveaux pdf.
Mais la copie (pas l'impression) des fichers téléchargés reste possible, pour soi ou ses "proches".
Vous savez tout, et il y aurait beaucoup à dire... M'enfin, l'essentiel est là. (...)
Réponse de Richard : Merci beaucoup d'avoir pris le temps de m'expliquer ces raisons. Je
partage votre point de vue et la situation est délicate. Mais je crains que ce genre de protections ne rebute des gens mal intentionnés et ayant du temps à perdre (ce qui n'est pas mon cas je vous rassure !) en imprimant l'écran, voire en recopiant le document... Je dis cela car je connais le même problème dans un domaine autre que les maths et c'est ce qui m'empêche encore de pouvoir publier ce que j'ai trouvé sur la toile. (...)
Réponse de djm : Quelle est le domaine dont vous voulez parler ? J'ai entendu dire qu'en lettre ou en philosophie, les "recopies" existaient. En recherche aussi, le risque n'est pas nul, et on imagine lorsque ces recherches peuvent être l'objet de brevets.
Enfin, je ne veux pas que ce problème soit une raison pour ne rien. Certes, on peut tout recopier, mais j'espère que c'est en mettant de soi et en faisant des choix personnels, et non en recopiant à l'identique, en conservant même parfois des tournures de phrases fausses (j'en fais souvent malheureusement). Si l'on est intéressé par ce formidable moyen d'échange qu'est internet, il vaut tout de même mieux prendre des risques, les modérer en choisissant un juste milieu, et faire confiance aux utilisateurs qui, dans leur immense majorité (95%) sont contents d'obtenir une réponse (même partielle) sur leur écran sans envisager des détourner les sources.
De toute façon, si on veut créer du contenu, je pense qu'on n'a pas le choix : se fatiguer à le créer, c'est aussi pour en profiter et le montrer. Le cacher absolument annihile l'impact que son boulot peut avoir. Donc cette "mise en ligne relative" basée sur la "confiance entre internautes" est positive pour l'auteur quand bien même il retrouverait ses documents ailleurs de temps en temps. Hum, tout est dans "temps en temps", car être pillé systématiquement aurait très vite le résultat inverse, et ferait qu'on ne proposerait ses travaux qu'à son entourage strict, sous super mots de passe et dans des plates-formes réservées aux professionnels dûment choisis via des intranet. Ce qui se passe beaucoup actuellement. C'est aussi une solution pour partager en sachant avec qui on partage.
Décryptage des Médias
Ce matin du premier avril 2005, je regarde les informations de TF1. Il est 8h, et il s'agit donc des informations de 13h en métropole. Je ne vois que Rome et des reportages sur la maladie du Pape, pendant pratiquement toutes les 30 minutes que dure le journal. Pour une information, c'en est une ! La grêve des lycéens a été complètement occultée, et l'on ne peut rien dire. Cela fait toujours bien de se lamenter sur quelqu'un qui va disparaître, et mal de dire le contraire (seriez-vous un sans coeur, un égoiste ?). Une émission spéciale sur la santé du Pape aurait satisfait tout le monde, mais axer tout le journal d'informations nationales et internationales sur ce thème unique montre qu'il y a manipulation. Cela nous invite à nous poser la question de savoir ce que l'on essaye de nous cacher.
Récidive, à LCI, j'allume mon poste à 12h30, pour tomber sur une pauvre dame qui a été rouée de coup, et sur les toutes explications qu'elle donne. Au bout de quelques minutes, j'apprends que ce sont les « méchants lycéens en grève » qui sont la cause de l'agression qui a eu lieu devant ou dans les locaux d'un Lycée. L'information est passée : voilà les casseurs, voici les victimes.
J'ai l'impression qu'il y a actuellement un regain de manipulation à la télé... à qui appartiennent les médias ? Comment oeuvrent-ils pour imposer une politique ? Il y a de bonnes questions à se poser...
Je n'ai malheureusement pas le temps d'affiner ces réflexions et je vous livre mes états d'âmes et mes réactions à chaud. Mais j'ai pris le temps de lire un excellent article du Monde diplomatique sur la façon dont les médias ont présenté les mouvements sociaux récents. Si vous avez 2 minutes, jetez un oeil sur l'article de G. Balbastre et P. Rimbert ci-dessous ;))
Et si vous voulez réagir, ou utiliser ces lignes, n'hésitez pas : ce magazine est le votre !
Témoignage-réflexion d'un journaliste :
"La précarité des journalistes les pousse
à négliger le travail d’enquête" (1 avril 2005)
relevé sur http://www.peripheries.net/i-balb.htm
Ancien correspondant de France 2 dans le Nord, passé au documentaire et à la sociologie, co-auteur de l’ouvrage Journalistes au quotidien -sous la direction d’Alain Accardo-, Gilles Balbastre raconte son parcours. Critique, il témoigne des réalités d’une profession dont il analyse avec acuité les travers et les manquements.
Gilles Balbastre: "J’ai fini l’Institut universitaire de technologie de Bordeaux en 1987, avec un diplôme de JRI (journaliste reporter d’images). A l’époque, j’avais 27 ans. J’avais fait d’autres boulots avant, d’autres choses. J’étais d’un milieu ouvrier. Choisir la filière JRI n’était pas un hasard. Je n’avais pas assez confiance en moi en tant que journaliste pur. J’ai fait un compromis plus ou moins inconscient: j’ai choisi un métier à la limite de la technique. A la sortie, j’ai vécu la première locale M6 à Bordeaux, mais dès le début, j’avais l’envie de faire autre chose. Même si j’aimais bien ce que je faisais, j’ai été critique assez vite. J’étais très politisé et je le suis encore -je suis à gauche-gauche. FR3, M6, produisaient un journalisme assez consensuel.
Je suis allé sur Paris pour me mettre au planning de France2 ou TF1. On m’a proposé de venir à Lille, où j’avais déjà travaillé pour FR3. A partir de 1990, j’ai travaillé pendant cinq ans au bureau de France2 à Lille. J’étais pigiste (payé à la prestation, ndlr) permanent, ce qui était un statut très bâtard. En 1992, j’ai eu l’occasion de travailler avec Daniel Karlin sur Les chroniques de l’Hôpital d’Armentières, à la caméra. J’avais beaucoup aimé L’amour en France, j’étais un fan de Karlin. A partir de ce moment, il y a eu des changements à France2, et puis moi aussi j’étais changé. Avant 1992, il y avait encore une autre mentalité, sur le plan des choix, et de la longueur des sujets, qui pouvaient durer jusqu’à trois minutes. En tant que correspondants, on proposait énormément de sujets. On ne nous poussait pas à faire du news. L’arrivée d’Hervé Bourges à France2 a rameuté des gens de La 5, qui ont apporté un journalisme de cow-boys: sujets courts, ouverture du 20 Heures et du 13 Heures avec des faits div’. De plus en plus, j’ai décroché.
Je vivais dans le Nord, une région en crise, en pleine mutation économique et sociale, et je n’étais pas du tout satisfait de la façon dont on racontait cette actualité. Je me sentais de moins en moins correspondant, et de plus en plus vautour. J’étais pigiste, il faut voir aussi que plus je faisais de sujets, plus je gagnais. Plus je faisais de petites filles violées, plus je gagnais ma vie. Cela devenait pour moi intenable.
J’avais gardé des contacts avec un de nos professeurs de l’IUT. Je me suis plaint à lui de ce métier, je lui ai raconté des anecdotes. Il me disait: "Ecrivez-le, tout ça!" A un moment donné, je me suis lancé, j’ai commencé à écrire. En fait, j’ai entamé un journal de bord au bureau de France2. Avec toujours un souci d’objectivation, en notant les comportements, les petites phrases, les mots des chefs, nos rapports entre nous et nos confrères. Ça a donné Journalistes au quotidien, avec d’autres contributions.
Ecrire, cela a été une étape très difficile, parce que je travaillais, et en même temps, j’objectivais, c’est-à-dire que je me regardais, je me voyais faire.
Périphéries: Vous aspiriez à autre chose?
G. B.: Je suis parti du bureau de France2. En 1995, j’ai commencé à faire des Saga Cités avec Nathalie Dollé sur la 3, c’était assez agréable. Mais j’avais en plus une grosse frustration: je voulais être journaliste, pas seulement cameraman. J’ai beaucoup touché les ASSEDIC, retravaillé pour la 3, et j’ai eu un projet de documentaire sur le monde ouvrier. J’ai accroché un producteur, un réalisateur. La production a été acceptée au bout de deux ans par Arte. C’est La Saga des Massey-Ferguson, qu’on a commencée début 1997 et terminée en novembre. Le réalisateur avec lequel je me suis entendu a dû faire un travail sur lui, car il venait d’un milieu très bourgeois. Il avait un regard ethnocentrique et parfois condescendant sur le monde ouvrier, parce qu’il avait peur. C’était dur pour moi aussi. Je ne suis pas ouvrier moi-même. Ma mère avait un BEPC, mon père était ouvrier, j’ai une culture ouvrière, à la maison on écoutait Louis Mariano, Tino Rossi et compagnie, mais en même temps, ce monde ouvrier était d’un certain niveau. Mon père était à la SNCF, il était qualifié, il avait beaucoup de fierté. Et, en même temps, culturellement, une domination. Cela n’a pas été facile de découvrir ce milieu, qui a ses codes culturels, des stratégies, des différences d’approche.
On a mis trois ans pour parvenir à faire La saga des Massey. J’ai touché dessus 23 000 francs de droits d’auteur, et 53 000 francs de salaire brut. Cela fait, en net, 75 000 francs pour trois ans. Se pose un problème de survie. Il faut compléter avec un travail de journaliste au quotidien, lui-même de plus en plus insupportable.
P.: Vous faites de la recherche sociologique, du documentaire: vous vous considérez encore comme un journaliste?
G. B.: Je m’échappe dans la sociologie, mais je vais revenir, car je me sens journaliste dans l’âme. J’aurais pu, à travers La saga des Massey, tomber chez les intermittents du spectacle. Cela aurait été beaucoup plus intéressant pour moi, parce que les ASSEDIC sont plus importantes. Mais j’estime qu’un plombier ne doit pas se faire passer pour un charpentier, et que les journalistes doivent se battre pour que les ASSEDIC soient proportionnelles à la précarité qu’ils vivent. Le patronat de la presse ne doit pas pouvoir faire ce qu’il veut. Il ne doit pas pouvoir humilier un personnel, et laisser l’Etat en assumer les conséquences, à travers les ASSEDIC.
P.: La précarité dans les médias devient systématique?
G. B.: Pire, il y a une gestion de la précarité. Les secteurs qui investissent le plus sont ceux qui emploient le plus de pigistes: la presse magazine, spécialisée et grand public, et l’audiovisuel. Toute les lois du travail sont contournées. Les gens sont payés en droits d’auteur, en notes d’honoraires, à 60, voire 90 jours, sans charges sociales. Cela permet d’avoir une main d’œuvre à merci.
Avec l’équipe de Journalistes au quotidien, nous avons réalisé dix-sept entretiens avec des journalistes de tous les secteurs pour un nouveau livre -qui n’a toujours pas trouvé d’éditeur. Ces entretiens révèlent de vrais problèmes sociaux. Ils travaillent systématiquement le week-end, ou pour les fêtes. Avec cette vieille idée qu’un journaliste ne doit pas compter son temps. D’ailleurs, c’est un milieu où il y a beaucoup de divorces. La flexibilité marche bien dans le journalisme, parce qu’il y a une illusion de liberté. Les journalistes n’ont pas une grande conscience de groupe, et ils ont une capacité de résistance réduite face au patronat de presse.
Tout journaliste croit qu’il va être LE grand journaliste, LE grand écrivain, LE grand documentariste. Et il accepte toutes les conditions pour accéder à ce rêve. Au bout de dix ou quinze ans, il s’aperçoit qu’il n’est toujours pas un grand écrivain, et surtout, qu’il gagne 7.000 balles par mois, parfois 3.000, parfois 4.000.
Le pigiste est devenu un véritable VRP. Il accroche les rédacteurs en chef ou les boîtes de production, en proposant des projets, des sujets. Ses sujets doivent répondre à des critères de marché. Et ce qui ne peut pas se vendre ne peut pas se faire.
Pour les CDD en news, ces pigistes ont l’impression de faire partie de la rédaction, mais ils subissent les mêmes contraintes: ils sont dépendants d’un rédacteur en chef pour le renouvellement de leur CDD ou de leur pige, ce qui les oblige à faire les sujets que la rédaction impose, à adhérer, voire à renchérir dans les conférences de rédaction.
P.: Quelles conséquences sur le traitement de l’information?
G. B.: Ce personnel fragilisé ne peut pas suivre les dossiers, collectionner les informateurs. Il ne connaît pas bien les sujets, et en même temps, il doit surenchérir pour être renouvelé. Les bagnoles brûlées, pour eux, c’est pain bénit.
On ne parle jamais des dérèglements sociaux, seulement de leurs conséquences. La réalité du monde du travail tourne, aujourd’hui, autour de la flexibilité, avec l’alimentaire, le BTP, la restauration. Les conditions sont vraiment angoissantes, les garanties n’existent plus. C’est quand même être aveugle que de ne pas voir à ce point comment fonctionne le monde salarié, le monde de l’entreprise. A côté de cela, c’est facile d’aller faire le carton sur l’autoroute, la petite fille qui vient de se faire violer, les bagnoles qui crament.
En se comportant ainsi, les journalistes soutiennent le discours du Front National. Des bagnoles qui brûlent, ça existe tout le temps. Cette façon de favoriser le spectaculaire répond au discours d’un parti politique, d’une conception de la société. Les journalistes se prennent la tête pour savoir comment parler de Le Pen. Je me fous de savoir comment on parle de Le Pen. La question, c’est peut-être comment on parle de la société tout court. Comment on décrit le Nord-Pas-de-Calais, son chômage entre 20 et 35%, cette région que le patronat du textile a désertée après y avoir fait des plus-values énormes pendant plus d’un siècle et demi, pour aller investir dans le tiers-monde. Il a laissé des populations exsangues, sans rien. On parle très peu de tout cela. Parce qu’on présuppose les goûts de l’opinion publique. Pourtant, le succès grandissant du Monde Diplomatique, de Charlie Hebdo, d’Alternatives Economiques, montre qu’il y a un besoin d’autre chose.
J’ai suivi le procès de Metal Europe, en juin. C’est une grande raffinerie de zinc d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais. En 1993, un cône de raffinage de zinc a explosé: 10 morts. En janvier 94, le même cône cède: un mort et un blessé grave. On avait couvert à France2. Spectaculaire. Au procès, on apprend qu’il n’existe pas d’instruments pour mesurer ce qui se passe dans les cuves de raffinage de zinc ou de plomb. Le seul critère, c’est quand ça explose, et que l’homme est devenu un morceau de charbon. On doit attendre le procès pour découvrir des méthodes archaïques. C’est au journaliste de chercher tout cela. Mais même le procès, la presse nationale l’a boudé. TF1, France2 et M6 sont venus l’après-midi du premier jour, parce que comparaissait un rescapé brûlé à 90%. Le sujet, à la télé, lui consacrait une minute trente: "Vous avez mal?" Tu m’étonnes qu’il a mal! Après, on ne les a plus revus. Voilà, au quotidien, la vénalité des patrons de presse. La même que celle des patrons de l’industrie. On engrange le pognon.
Les chaînes se font concurrence, mais on produit les mêmes informations partout. Où est le pluralisme, la liberté du téléspectateur? On se fout de la gueule de l’URSS et de la façon de traiter l’information avant la chute du Mur, mais où on en est, nous? L’information est complètement carcérale.
Au début, quand je travaillais pour France3, je me disais que c’était important de bien travailler, d’être un bon JRI. Quand tu es reconnu, tu es plus légitime pour formuler une critique. C’est ce qui se passe pour des jeunes qui arrivent, et qui osent poser des questions. S’ils ne sont pas d’accord, on leur dit qu’ils n’ont pas de talent. On leur dit qu’ils ne sont pas bons, on leur explique que, naturellement, un sujet se fait en une minute et trente secondes, avec une minute quinze de témoignage. Et si tu ne fais pas ça, c’est que tu n’es pas bon. Et quand tu es jeune, que tu débutes, tu en prends plein la gueule. En plus de ça, les autres, à côté, ils le savent, que tu n’es pas doué. Alors, pourquoi les jeunes qui débutent ne sont-ils pas solidaires? Cela leur permettrait de sentir qu’ils ne sont pas seuls.
Pour moi, l’uniformisation de l’information est la même à la radio et à la télé: exagération du fait divers et du spectaculaire, de l’intime et du pathos. C’est le: "Ah! ton témoignage il est fort". Il faut qu’on ait des "bons clients". Et avec nos formats, au final, on se retrouve avec seulement le témoignage, sans analyse. Du mec qui meurt de l’amiante, sans avoir idée de la logique économique qui se cache derrière le problème de l’amiante, cette logique qui privilégie le profit et pas l’homme. La presse écrite, même la presse quotidienne régionale, a plus de temps.
P.: Voyez-vous un moyen de contrecarrer cette logique?
G. B.: Il faut résister, prendre conscience, s’organiser en syndicat. La CGT, malgré son image communiste, talonne maintenant la CFDT, à la commission de la carte. Il faut planquer sa révolte dans sa poche quand on est précaire, et au moment où on passe titulaire, ramener sa gueule. Cette trouille de l’ouvrir, à force, elle fait chier.
Le recrutement des journalistes se fait soit dans les classes bourgeoises, soit dans la classe moyenne, qui n’a qu’une envie, c’est de décoller de son milieu d’origine. Ils ont un regard, soit condescendant, soit ethnocentrique, soit méprisant sur une majorité de la population qui gagne moins de 7 000 francs par mois. C’est le regard complètement décalé du journaliste sur le mouvement de décembre 1995. Il faut agir sur la formation.
Les journalistes titulaires ne savent pas résister au chef, ils servent la soupe aux dominants. Ils ont le sentiment de devenir dominants parce qu’ils bouffent avec les dominants. Pourquoi cela leur suffit-il? Et pourquoi aller foutre son micro sous le nez d’un mec de la CGT, ou de celui d’un ouvrier de base, c’est forcément con? On dit que les syndicats ont la langue de bois. Et le patron, il a pas la langue de bois, lui?
P.: C’est une conception très militante...
G. B.: Oui. A ce stade, défendre l’information est un acte politique. Il faut prendre le temps d’enquêter. Quand on parle du monde ouvrier qui vote Le Pen, dans des analyses primaires, est-ce qu’on gratte derrière, est-ce qu’on va chercher comment cela se fait? Dans La saga des Massey, par exemple, on est allés voir le monde ouvrier à la chaîne. Cette usine n’est pas tout le monde ouvrier, c’est une usine de métallurgie. Mais même dans cette usine, il y aurait des tas d’autres choses à faire. On aurait pu raconter le Front National. Les ouvriers sont de plus en plus pressés par une réalité qui les désincarne. Maintenant, qu’ont-ils comme espoir? Trente ans à la chaîne, et ils votent Front National, parce qu’ils n’ont plus de références. La personne avec qui j’étais m’a montré la porte des chiottes. Il y a trente ans, il y avait écrit: "Vive le PC, vive la Révolution". Maintenant, y a marqué: "Vive Le Pen, à bas les bougnoules".
Tous les matins, sur Inter, on a droit à la chronique de Jean-Marc Sylvestre, la voix du patronat. Serge Halimi (auteur des Nouveaux chiens de garde dénonçant le journalisme de marché et de connivence, ndlr), lui, a refusé de passer à la télé. Parce qu’on voulait lui mettre quelqu’un en face. Il s’est justifié dans un entretien à Charlie Hebdo: les autres, toute l’année, peuvent dire ce qu’ils veulent. Ils n’ont personne en face. Nous, quand nous avons quelque chose à dire, il faut qu’on ait un contradicteur.
On parle toujours des acquis sociaux, mais comme le souligne Bourdieu, on ne parle jamais des acquis des actionnaires, des bénéfices engrangés. Acquis contre acquis, c’est ce qui devrait prévaloir. La société devrait garantir des droits, un certain cadre de vie. La bourse et les sociétés françaises font des bénéfices énormes, et on dit aux gens de se serrer la ceinture, avec toutes les conséquences que cela peut avoir. Les hommes au chômage s’alcoolisent, les familles explosent... Cela, il ne faut surtout pas le diffuser. Mais les conséquences -le Front National à 16%, les violences urbaines-, c’est ce qui vend... Effectivement, à ce stade, on en arrive à un combat politique. Est-ce qu’on est des instruments? C’est quand même la question fondamentale."
Propos recueillis par Anne-Sophie Stamane avec Benoît Ferradini
Périphéries, mai 1998
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Le surf futé : visitez le dossier sur les médias du Monde diplomatique !
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« Celui qui ment, et qui ment délibérément et non par erreur, cherche à mettre des obstacles entre les individus et leur liberté. On pourrait croire que tout le monde a soif de saisir la réalité le plus exactement possible. Evidemment, il n'en est rien. Giordano Bruno, Galilée, l'ont appris à leurs dépens, et la servitude volontaire décrite par Etienne de la Boétie n'est autre que le refus de se convertir à la réalité, refus que la langue de la psychanalyse a nommé résistance. » (Edito de Philippe Val, dans Charlie Hebdo du 30 mars 2005)
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« Le contre-pouvoir joue les chiens de garde »
(G. Balbastre et P. Rimbert) avril-mai 2005
Les médias, gardiens de l’ordre social : Le mouvement de mai-juin 2003.
Relevés sur : http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/ses/themes/jt/media_gard_ordre_soc.html
A visiter : http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/ses/themes/jt/jt-0.htm (site sur « La TV au crible de la critique »
A acheter : le Monde diplomatique d'avril-mai 2005 : du travail précis! ou encore : « Journalistes précaires », Le Mascaret, Bordeaux 19998.
Article paru dans « le Monde diplomatique » de avril-mai 2005 consacré aux médias, sous le titre « Le contre-pouvoir joue les chiens de garde ».
Les dogmes peuvent tuer. La réduction des dépenses publiques, priorité des gouvernements depuis vingt ans, a fragilisé le système de santé français, incapable de répondre aux conséquences de la canicule. Plus qu’ailleurs en Europe, des milliers de personnes âgées en sont mortes. Absente durant cette période, l’équipe du premier ministre, M. Jean-Pierre Rafarin, est en revanche omniprésente sur le terrain des mesures régressives frappant les enseignants, les intermittents du spectacle, les étudiants. Elle programme une troisième année de baisse des impôts pour les plus favorisés, censée relancer l’emploi. Alors que la détérioration de la croissance et l’augmentation du chômage sanctionnent cette obstination, le mécontentement social s’étend. Malgré le silence de certains médias.
Le soir de la journée nationale d’action du 10 juin contre la réforme des retraites, TF1 consacra 3 minutes 47 secondes aux grévistes et manifestants contre 14 minutes 5 secondes à ceux qui les dénonçaient. Même équilibre sur France 2 : le journal télévisé de 20 heures du 14 mai avait octroyé 1 minute et demie à la parole des protestataires contre 8 minutes 50 secondes aux gênes occasionnées par les grèves. A trois reprises au moins (les 13, 14 et 16 mai), les téléspectateurs du service public purent s’émouvoir des infortunes d’une start-up parisienne, assurément très représentative du salariat français. A l’opposé, la « France des grévistes », dépeinte comme celle des « ronds-de-cuir » et des « assistés », était symbolisée par Marseille. « Il faut dire que les services publics et parapublics y tiennent une très grande place et que la ville compte de nombreux retraités, chômeurs et RMistes » , soulignait Patrick Poivre d’Arvor sur TF1 (4 juin).
Il faudra alors toute la perspicacité distinguée de David Abiker, chroniqueur de l’émission « Arrêt sur image » (France 5), pour déplorer le traitement de faveur réservé aux grévistes : « En regardant ces images, je me suis dit que la grève, ça pouvait être une série de petits bonheurs. (...) Je suis pas sûr, moi, ayant constaté dans mon entourage, mes collègues, que ça ait été véritablement systématiquement une partie de plaisir. On doit trouver un ou deux usagers qui aient dû soit intérieurement bouillir de colère, soit galérer (1). » Oui, on les avait trouvés...
Une idée répandue veut pourtant que le traitement médiatique des conflits sociaux soit la résultante des stratégies de communication mises en œuvre par les acteurs du conflit. La presse servirait alors de simple chambre d’enregistrement aux protagonistes. Elle relaterait leurs efforts pour accéder aux médias et gagner ainsi les faveurs de l’« opinion (2) ». A travers ses différentes sensibilités, elle restituerait l’ensemble des points de vue. Dans le cas contraire, l’annonce par les sondages de la popularité d’une contestation obligerait d’ailleurs les entreprises de presse à équilibrer leurs lignes éditoriales pour conserver leur clientèle. En vertu de ce postulat, un responsable d’institut d’opinion avait affirmé : « On ne peut pas dire que, en 1995, les grévistes n’aient pas été à la fête dans les médias (3). » Cette thèse a pour elle les apparences : les gouvernants ne s’enorgueillissent-ils pas d’un souci permanent de « pédagogie », les syndicats de leurs stratégies de communication, les contestataires de leur capacité d’organiser des manifestations qui intéresseront les journalistes et leur permettront ainsi de « sensibiliser l’opinion » ? Juchés en position d’arbitres des habiletés médiatiques, les professionnels de l’information paraissent alors exonérés de toute critique, les reproches ne pouvant émaner que de grincheux distancés dans la course aux médias.Aux antipodes de cette conception vaporeuse d’un marché autorégulé de l’information, la couverture des grèves du printemps 2003 rappelle que les médias (qui appartiennent souvent à de grands groupes capitalistes) ne sont pas les simples spectateurs mais des acteurs des conflits sociaux.
Selon un scénario désormais familier, le plan gouvernemental de réforme des retraites fut acclamé par les éditorialistes les plus en vue ; les signataires de l’accord, félicités. Aux ministres et aux directions syndicales on prodigua encouragements à « résister » à la pression des « foules impures (4) » ; on invita des « experts » à ratifier « scientifiquement » la réforme. Les sondeurs sommèrent les sondés de choisir entre diverses variantes d’une même proposition, cependant que la presse agitait les résultats comme preuve du soutien populaire à un plan de réduction des « avantages acquis », fût-il différent dans le détail du projet gouvernemental. Et, entre deux annonces d’un « essoufflement » du mouvement, les journalistes se déchaînèrent contre ces grévistes « convulsionnaires » accusés de « bloquer l’économie à un moment où ça ne va pas fort pour mieux défendre des revendications simplistes et ultracorporatistes (5) ». Les grévistes étaient à nouveau « à la fête ». Comme des boîtes de conserve au jeu du chamboule-tout...
Le traitement du conflit sur les retraites et la décentralisation de certains personnels de l’éducation nationale a d’abord fait ressortir la quasi-absence en France d’information sur le social. En temps ordinaire, aucun des trois grands journaux nationaux dits « de référence » ne comporte de rubrique quotidienne sur ce thème. Les rapports sociaux dans l’entreprise sont tantôt isolés dans des suppléments hebdomadaires largement occupés par des annonces payantes destinées au recrutement des cadres (cahier « Emploi » de Libération ), tantôt engloutis aux côtés des faits divers dans les pages « société », tantôt rejetés dans les rubriques « économie » ou « entreprises » consacrées à la microéconomie et rédigées du point de vue des « décideurs ». Nul cahier consacré aux luttes syndicales n’équilibre les suppléments « argent », « mode » et « cadeaux » (de luxe). Même situation dans l’audiovisuel : à l’exception de France 5, les chaînes hertziennes ne programment aucun magazine social régulier alors que pullulent les rendez-vous « de société ».
Un ethnocentrisme de classe
Au sein de la profession, le journalisme social est déconsidéré. Pour les responsables éditoriaux, la faute incombe à la « grisaille » du rapport salarial : il détournerait les consommateurs de presse... et, surtout, les annonceurs publicitaires. François de Closets, journaliste économique, a justifié cette absence : « Il est très difficile de faire naître une demande implicite sur les problèmes sociaux. Les syndicats, ça fait fuir tout le monde (6) . » Tout le monde, vraiment ? Ou faut-il voir dans cette répulsion (imaginée) le résultat de l’usinage par les écoles de pouvoir d’une élite professionnelle issue des milieux aisés, habitée par un ethnocentrisme de classe tel que, pour un « grand reporter », « monter les marches qui mènent vers les appartements , c’est pénétrer dans un autre univers (7) » ?
Contrairement aux « odyssées » des patrons de choc, le social n’est médiatisé qu’en situation de crise. Pour qu’une fenêtre médiatique s’ouvre sur le monde du travail, il faut qu’une explosion éventre une ville (AZF Toulouse), qu’une grève induise des perturbations (SNCF), qu’une percée électorale de l’extrême droite soit imputée aux ouvriers. Ou alors qu’émerge une forme d’action jugée « nouvelle » par les journalistes (Cellatex, salariés de McDonald’s). Sur le reste, c’est-à-dire sur l’essentiel, rideau. De cette censure spontanée découle une conséquence majeure : tandis que la médiatisation d’un conflit de grande ampleur ne débute qu’après les premières mobilisations, les décisions qui déclenchent ce conflit ont déjà fait l’objet d’un accompagnement médiatique en profondeur.Depuis le milieu des années 1980, l’urgence d’une réforme libérale des structures de l’Etat social mises en place à la Libération a été régulièrement proclamée par Le Point comme par Le Nouvel Observateur , par Le Monde comme par Le Figaro , sur TF1 comme sur France 2, sur France-Inter comme sur Europe 1. La hiérarchie des rédactions balise les chemins éditoriaux le long desquels va serpenter la couverture quotidienne d’une grève ou d’un conflit.En 1993, le directeur du Point exigeait que M. Edouard Balladur, fraîchement nommé premier ministre, opère sans tarder « la chirurgie annoncée sur les retraites et la Sécurité sociale (8). » Dix ans plus tard, le directeur délégué du Nouvel Observateur , notant à regrets que « la France l’un des derniers pays à n’avoir réformé ni sa Sécurité sociale ni ses retraites » , exhortera le gouvernement à franchir enfin « le mur de la réforme (9) ». Entre-temps, d’innombrables articles sur le thème « Peut-on encore réformer l’Etat ? » auront tout à la fois distillé et dénoncé « un sentiment diffus de blocage. Retraites, éducation nationale, SNCF, ministère des finances, autant de réformes amorcées, et en grande partie avortées. De quoi alimenter la rengaine des contempteurs de la sphère publique (10) ».
Ces considérations idéologiques, toujours dissimulées par l’invocation de la « rationalité », de la « modernité », de l’Europe ou du « réalisme », s’arriment à un môle doctrinal commun : « Depuis vingt ans , prétend l’éditorialiste économique d’un grand quotidien national, les Etats européens ont fait le mauvais choix. Ils n’ont guère augmenté leurs dépenses régaliennes - police, justice, armée, dépenses administratives. (...) En revanche, l’Etat social (santé, retraites, allocations familiales, chômage, aide au logement, RMI) ne cesse de progresser (11). » Au-delà des divergences de forme savamment mises en scène, les journalistes qui « font l’opinion » convergeaient depuis longtemps sur l’essentiel : refonte « inéluctable » du système de retraites, « nécessaire » mise à contribution du travail plutôt que du capital, alignement « incontournable » de la durée de cotisation des salariés du public sur ceux du privé.
« Cela relève d’une solidarité entre Français bien normale pour tous ceux qui ne s’accommodent pas d’une société de privilèges (12) » , avait-on tranché. Société de privilèges ? Les cadres de la presse nationale s’abstinrent en tout cas de signaler qu’ils bénéficient, eux, d’un abattement fiscal automatique de 7 620 euros, d’au moins douze semaines de congés et récupération du temps de travail, d’un treizième mois, de retraites complémentaires, d’intéressement, de « parachutes dorés ». Et surtout de salaires très supérieurs à la moyenne (13).Quand François Fillon dévoila ses intentions, ceux qui, huit ans plus tôt, chantaient « l’audace » et l’ « équilibre » du plan Juppé jurèrent donc, cette fois encore : « Il n’y a pas d’alternative (14) . » Et, comme en 1995, nombreux furent les gardiens du « cercle de la raison » libérale qui rejetèrent les contestataires dans le camp des décalés mentaux (lire Malades mentaux) . La politique que conspuaient des millions de manifestants, c’était un peu la leur.
C’est dans ce lit éditorial que s’écoula le flot quotidien de l’information grand public sur les grèves. Dans ce registre, l’impact de la télévision et de la radio domine (15). Pour s’en tenir aux informations diffusées par les principaux journaux télévisés pendant les grèves du printemps 2003, plusieurs figures imposées du traitement médiatique des conflits sociaux (ré)apparaissent (16).
En premier lieu, la définition des protagonistes et l’assignation de leurs rôles. Dès le lendemain de la mobilisation du 13 mai, l’écrasante majorité des reportages de TF1, France 2 et, dans une moindre mesure, de France 3 partagent la société en deux camps irréductiblement opposés, faciles à repérer et surtout à décrire. Dans le rôle des gêneurs, les grévistes syndiqués de la fonction publique ; dans le rôle de leurs « victimes » , les parents d’élèves, usagers des transports en commun, lycéens, travailleurs.
Ainsi s’opère le renversement médiatique des antagonismes qui structurent le conflit : vus à la télévision, les salariés ne s’opposent plus à un gouvernement et à un patronat décidés à amputer leurs droits ; ils s’opposent entre eux. Car la plupart des reportages présentent bien les grévistes comme des professionnels, mais de l’arrêt de travail ; ils n’ont pas d’enfants, n’empruntent jamais les transports ni ne fréquentent les commerces. Réciproquement, on martèle cette autre « vérité » : les salariés normalement constitués ne font pas grève, mais « cherchent par tous les moyens à se rendre à leur travail » (France 2, 13 heures, 13 mai).
Il ne faut sans doute pas chercher bien loin les fondements d’une telle évidence : les journalistes qui nous ont informés sur les débrayages et les manifestations des 3 avril, 13 et 25 mai, 3, 10 et 19 juin avaient eux-mêmes choisi de ne pas faire grève ces jours-là, malgré un préavis déposé par le SNJ-CGT (17). Cette décision fut-elle sans influence sur la sélection des micros-trottoirs diffusés sans relâche en ouverture des journaux ? On peine à dénombrer les invectives d’usagers fatalement « pris en otage » contre les conducteurs de la RATP, « des salauds et des égoïstes » , « des gros nazes » qu’il faudrait « attaquer au pénal (18) » ?
La « France du travail » façonnée par les médias était paradoxalement représentée par des fractions minoritaires de la population active : cadres supérieurs, chefs d’entreprise, professions libérales - parisiens de préférence. L’indignation des petits et des grands patrons ruisselait à l’écran. Sur TF1, Jean-Pierre Pernaut comptabilisait les « nombreuses catégories professionnelles qui ne se sentent pas concernées par cette réforme des retraites. Par exemple les commerçants : que pensent-ils de l’agitation actuelle ? » (19 mai). Sur France 2, David Pujadas élucidait un autre mystère : « Hier, on l’entendait, le patron des patrons, Ernest-Antoine Seillière, disait que la France s’appauvrissait dans la rue. Que la grève coûtait cher à l’économie. Comment les entreprises vivent-elles ces journées au ralenti ? » (14 mai).
Seconde figure imposée du traitement audiovisuel d’un conflit social : l’effacement de ses enjeux réels au profit de problèmes médiatiquement exploitables. A mesure que s’éloignait la perspective du retrait ou de la renégociation des « réformes » Fillon et Ferry, la télévision chercha de nouveaux angles pour nourrir ses journaux. Le conflit fut alors reconfiguré autour de thèmes à suspense, féconds en controverses et en rebondissements. Les malheurs des usagers, bien entendu, mais aussi la légalité ou non de la grève à la RATP, la mise en place d’un service minimum, la polémique autour d’une « petite phrase » de Jean-Pierre Raffarin (19), la « radicalisation du mouvement » par l’extrême gauche. Et surtout... le blocage ou non des examens du baccalauréat. Dès le 16 mai, Daniel Bilalian posait sur France 2 le problème qui allait cristalliser l’attention des rédactions : « Y aura-t-il boycott du bac ou pas, c’est là toute la question. » Un mouvement de plusieurs mois contre la décentralisation, puis contre la réforme des retraites se trouva ainsi réduit à une problématique sans rapport avec les revendications des protestataires. A compter de cette date, la quasi-totalité des reportages plaça les grévistes de l’éducation nationale sur la défensive. « Venons-en à la grogne des enseignants. Leur grève perturbe sérieusement les familles, que ce soit pour la garde des jeunes enfants ou pour les examens des plus grands » , lance Jacques Legros dans le 13 Heures de TF1 du 21 mai, avant d’enchaîner le portrait d’une famille inquiète. Sommés par les journalistes de s’expliquer sur l’éventuel boycott des examens, les « profs » devaient aussi se justifier face à des parents d’élèves et des lycéens s’estimant à leur tour « pris en otage (20) » en écho à la ritournelle médiatique.
Le résultat de cette redéfinition médiatique des enjeux fut la relégation en deuxième partie de journal des informations portant sur les manifestations et les raisons des grèves. La « pagaille » engendrée par le mouvement était, elle, détaillée en « ouverture ». Comme l’expliqua, involontairement, un présentateur de TF1, « quand on évoque toutes ces grèves, on le fait avec ce qu’il y a de plus spectaculaire, on vient de le voir avec les éboueurs, mais surtout avec les grèves dans les transports » (13 heures, 10 juin).
Recours compulsif au portrait
L’individualisation des luttes collectives par le portrait est le troisième pont aux ânes sur lequel nombre de médias s’engouffrent. Chacun conserve en mémoire l’icône médiatique du « printemps de Pékin » en 1989 : un homme seul stoppant la progression d’une colonne de chars, la volonté de l’individu contre la force de l’Etat. Les centaines de milliers de manifestants massés autour de lui ont été exclus du cadre. Si le recours compulsif au portrait, tant dans la presse écrite qu’audiovisuelle, dérive de cet individualisme-là, il relève aussi d’une paresse nourrie de course à l’audience (ou au tirage). Plus faciles à réaliser qu’une enquête, les portraits d’élèves, de parents ou de commerçants perturbés par les grèves sont aussi plus accrocheurs : ils font appel à l’intime, à l’émotion. C’est par ce mode narratif que les téléspectateurs découvrirent les grévistes, souvent ravis de se prêter au jeu en croyant ainsi servir le mouvement.
Mais le genre s’accommode mal des causes communes. Il privilégie ce qui distingue aux dépens de ce qui réunit. Les antagonismes politiques et sociaux s’y dissolvent dans la psychologie individuelle. « Voici pour comprendre quatre exemples, quatre portraits. Ils ne travailleront pas demain et ils iront manifester » , annonce David Pujadas sur France 2 (20 heures, 12 mai). Le portrait n’illustre plus ; il démontre. Deux minutes trente « pour comprendre » la grève, avec « Karine, de la SNCF » , « Dominique, employé de mairie » , « Sylvie, professeur de lettres » , « Michel, délégué syndical FO ».
Ailleurs, ce seront trois pages « pour comprendre » pourquoi Julie, Joseph et Olivier ont cessé le travail tandis que Robert Yann et Clio sont restés à leur poste (21). Et si, dans un cas comme dans l’autre, les « paroles de grévistes » et « paroles de profs » semblent équilibrer celles de leurs contempteurs, l’analyse légitime du mouvement demeure le monopole des éditorialistes et des « experts ».
Mise en scène d’une opposition entre salariés, effacement des enjeux réels du conflit au profit de polémiques accessoires, insistance obsessionnelle sur les nuisances de la grève et incapacité de rendre compte des activités collectives... ces délices journalistiques ont incité des manifestants excédés à se rassembler devant les locaux des entreprises de presse pour dénoncer le « mauvais traitement » de la grève.
Quelques semaines plus tard, le contraste avec le conflit des intermittents du spectacle pouvait sembler saisissant. L’approche à la fois plus détaillée et plus favorable dont ils bénéficièrent - du moins dans un premier temps... - éclaire en creux les raisons de l’acharnement médiatique contre les fonctionnaires. La proximité sociale et culturelle des cadres de la grande presse avec le monde artistique a bien sûr joué : un rédacteur en chef se sent spontanément plus en affinité avec un metteur en scène qu’avec un guichetier de la Sécurité sociale.
Mais, plus fondamentalement, ce sont le style de vie et les valeurs affichées qui rapprochent les journalistes, y compris les plus précaires, des professions libérales ou artistiques. A travers la figure du reporter ou de l’enquêteur, les mythes professionnels de la presse exaltent l’autonomie, la créativité, la liberté, l’audace, la souplesse, la transgression, la quête individuelle, bref, des valeurs que tout oppose à l’image médiatique du fonctionnaire : rigidité, hiérarchie, routine, anonymat... Pourtant, nul observateur d’une rédaction n’ignore que ces termes dépréciatifs décrivent désormais le quotidien de la plupart des salariés de la presse. Serait-ce alors la désillusion sans révolte née de la morne réalité de leur travail qui inspire à tant de journalistes ce ressentiment envers les salariés du public qui, eux, se rebellent encore ?
GILLES BALBASTRE Coauteur de Journalistes précaires (sous la direction d’Alain Accardo), Le Mascaret, Bordeaux, 1998.
PIERRE RIMBERT Chercheur en sciences sociales.
(1) 18 mai 2003.
(2) « En réalité, il s’agit d’une bataille, il faut gagner l’opinion publique », entendait-on sur RTL le 12 mai 2003.
(3) Stéphane Rozès, « Conquête de l’opinion et opinion de conquête », in collectif, Médias et luttes sociales , Paris, éditions de l’Atelier, 2003, p. 113. A propos des grèves de 1995, lire Serge Halimi, « Les médias et les gueux », Le Monde diplomatique, janvier 1996, p. 10.
(4) Claude Imbert citant Renan dans Le Point , 6 juin 2003.
(5) Le Parisien , 7 juin 2003. Sur ces aspects, lire « Les journalistes contre les grévistes », Pour lire pas lu , n° 15, juin-août 2003.
(6) Colloque « La médiatisation des savoirs savants », l’Inathèque de France, 5 février 2001.
(7) Propos d’une journaliste visitant un quartier pauvre cité dans François Ruffin, Les Petits Soldats du journalisme , Paris, Les Arènes, 2003.
(8) Claude Imbert, Le Point, 15 mai 1993.
(9) Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur , 10 avril 2003.
(10) Libération , 4 mars 2002. Lire Pierre Bitoun, « Faux privilégiés, vrais nantis », Le Monde diplomatique , mars 2002.
(11) Arnaud Leparmentier, Le Monde, 14 juin 2002.
(12) Jean-Michel Thénard, Libération , 2 mai 2003.
(13) Le salaire médian des journalistes salariés de la presse quotidienne et des télévisions nationales était de 3 582 euros en 1999 (seuls 10 % des foyers français gagnent plus de 3 530 euros par mois). Les rémunérations de l’élite professionnelle sont plus élevées encore : selon Le Point du 25 janvier 2002, un grand reporter de TF1 gagnait en 2001 entre 3 811 et 5 335 euros, un rédacteur en chef adjoint entre 4 878 et 6 860 euros ; le présentateur vedette, 45 700 euros ; un directeur de la rédaction de presse économique touche en moyenne 7 900 euros mensuels. Le salaire moyen à la rédaction du Monde se situe à 4 376 euros.
(14) Le Monde (13 mars), Le Figaro (24 avril), France-Inter (13 mai), TF1 (14 mai), Europe 1 (14 mai), Libération (15 mai), Le Nouvel Observateur (15 mai), Valeurs actuelles (30 mai), L ’ Express (5 juin), etc. ont tour à tour affirmé, par voie éditoriale ou par sondage dont les questions étaient biaisées en ce sens, qu’il n’y avait « pas d’alternative » au triptyque hausse des cotisations salariales, hausse de la durée du travail, baisse du montant des pensions.
(15) Tandis que 7 % des Français âgés de plus de 15 ans déclarent lire chaque jour un quotidien national, un habitant sur trois regarde le journal télévisé de TF1, France 2 ou France 3 en fin de journée. (Sources : Insee Première , n° 753, décembre 2000 et Correspondance de la presse , Paris, 17 juin 2003.)
(16) Les paragraphes qui suivent s’appuient sur le décryptage d’une soixantaine de JT diffusés sur TF1, France 2, France 3, entre le 10 mai et le 20 juin 2003, réalisé avec le concours de Clothilde Dozier et Samuel Dumoulin.
(17) Il y eut en réalité très peu de grévistes dans la profession à l’exception de stations locales de Radio France et de France 3.
(18) Respectivement TF1, 13 heures, 15 mai ; France 2, 20 heures, 15 mai ; France 3, 12 h 30, 14 mai.
(19) Le 11 juin, Jean-Pierre Raffarin déclarait que les socialistes « semblent préférer leur parti à leur patrie ».
(20) La « prise d’otage » est un crime ; la grève est un droit garanti par la Constitution.
(21) Le Monde , supplément « Le travail en crise », 22 juin 2003.
L'escargot et le Rosier
(Hans Christian Andersen)
Le jardin était entouré d'une haie de noisetiers et au-dehors s'étendaient des champs et des prés. Au milieu du jardin fleurissait un rosier, et sous le rosier vivait un escargot. Et qu'y avait-il dans l'escargot ? Eh bien, lui-même.
- Attendez un peu que mon temps arrive ! disait-il. Je ferai des choses bien plus grandioses que de fleurir, porter des noisettes ou donner du lait comme des vaches et des moutons.
- A vrai dire, j'attends de vous de grandes choses, approuva le rosier. Mais puis-je vous demander quand les ferez-vous ?
- Je prends mon temps, répondit l'escargot. Vous êtes toujours si pressé. Attendre est plus excitant.
Un an plus tard, l'escargot était presque au même endroit sous le rosier et se réchauffait au soleil. Le rosier eut beaucoup de boutons cette année-là, qui devinrent des fleurs toujours fraîches et toujours nouvelles. L'escargot s'avança.
- Tout est exactement comme l'année dernière. Aucun progrès nulle part. Le rosier a toujours ses roses, cela ne va pas plus loin.
L'été passa, l'automne aussi et le rosier avait toujours ses boutons et ses fleurs et il en eut jusqu'à la première neige. Le temps devient froid et pluvieux. Le rosier se pencha et l'escargot se cacha sous la terre. Puis, une nouvelle année commença et réapparurent et les petites roses et l'escargot.
- Vous êtes déjà vieux, Monsieur le rosier, dit-il, vous devrez bientôt penser à dépérir. Vous avez déjà donné au monde tout ce que vous pouviez. Que cela ait servi à quelque chose est une autre question, je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir. Mais il est évident que vous n'avez rien fait du tout pour votre épanouissement personnel sans quoi vous auriez produit bien mieux que cela. Vous mourrez bientôt et vous ne serez plus que branches nues.
- Vous m'effrayez, dit le rosier. Je n'y ai jamais réfléchi.
- Evidemment, vous ne vous livrez jamais à la réflexion. N'avez-vous jamais essayé de comprendre pourquoi vous fleurissiez et comment seulement cela se produit ? Pourquoi cela se passe ainsi et pas autrement ?
- Non, répondit le rosier. Je fleurissais joyeusement, car je ne pouvais pas faire autrement. De la terre montait en moi une force, et une force me venait aussi d'en haut, je sentais un bonheur toujours neuf, toujours grand, et c'est pourquoi je devais toujours fleurir. C'était ma vie, je ne pouvais pas faire autrement.
- Vous avez mené une vie bien facile, dit l'escargot.
- En effet, tout m'a été donné, acquiesça le rosier, mais vous avez reçu encore bien davantage ! Vous êtes de ces natures qui réfléchissent et méditent et vous avez un grand talent qui, un jour, étonnera le monde.
- Ce n'est absolument pas dans mes intentions, répondit l'escargot. Le monde ne m'intéresse pas. En quoi me concerne-t-il ? Je me suffis amplement.
- Mais nous tous, ne devrions-nous pas donner aux autres le meilleur de nous- mêmes ? Apporter ce que nous pouvons ? Je sais, je ne donne que mes roses, mais vous ? Que donnez-vous au monde?
- Ce que j'ai donné ? Ce que je lui donne ? Je crache sur le monde ! Il ne sert à rien ! Je me fiche de lui ! Vous, continuez à faire éclore vos roses, de toute façon vous ne savez pas mieux faire. Que le noisetier donne ses noisettes, les vaches et les brebis leur lait, ils ont tous leur public. Moi, je n'ai besoin que de moi.
Et l'escargot rentra dans sa coquille et la referma sur lui.
- C'est bien triste, regretta le rosier. Moi, j'ai beau faire, je ne peux pas rentrer en moi, il faut toujours que je forme des boutons et que je les fasse éclore. Les pétales tombent et le vent les emporte. J'ai vu pourtant une femme déposer une petite rose dans son missel, une autre de mes roses a trouvé sa place sur la poitrine d'une belle jeune fille et une autre reçut des baisers d'un enfant heureux. Cela m'a fait bien plaisir, un vrai bonheur. Voilà mes souvenirs, ma vie !
Et le rosier continua à fleurir dans l'innocence et l'escargot à somnoler dans sa petite maison, car le monde ne le concernait pas.
Des années et des décennies passèrent. L'escargot et le rosier devinrent poussière dans la poussière. Même la petite rose dans le missel se décomposa ... mais dans le jardin fleurirent de nouveaux rosiers et à leurs pieds grandirent de nouveaux escargots ; ils se recroquevillaient toujours dans leurs maisons et ils crachaient ... le monde ne les concernait pas. Allons-nous relire cette histoire une nouvelle fois ? ... Elle ne sera pas différente.
Pourquoi on mélange tout ?
Trop d'infos crée l'angoisse
(Frédéric Joignot et Ariel Kyrou)
extrait de Actuel n°38 de février 1994, pp. 99-100*
L'angoisse de l'information naît de notre incapacité à trier, comprendre, digérer, avaler puis transformer la masse démente des informations qui nous submergent.
Pour comprendre cette maladie ultra-moderne, nous avions proposé à une journaliste, Halima Belghiti, une mission surhumaine : lire pendant une semaine tout ce qui se publiait sur le Golfe dans sept quotidiens (Libération, Le Figaro, L'Humanité, Le Monde, Le Parisien, France-Soir et le Quotidien), six hebdomadaires (L'Express, Le Nouvel Observateur, Le Point, L'Evénement, Paris-Match, VSD), de regarder les informations, les reportages et éditions spéciales sur TF1, Antenne 2, La Cinq, et de tenir le journal de ses réactions.
Halima a passé son régime avec une machine à calculer. Il lui a fallu 39 heures pour lire tous les articles sur le Golfe dans sept quotidiens, soit une semaine de travail salarié ! Il lui aurait fallu deux semaines, à 9 heures la journée, pour suivre en plus trois chaînes de télé et lire les hebdos !
En une semaine, TF1, Antenne 2 et la Cinq ont passé l'équivalent de 48 films de guerre d'une heure et demie sur la guerre du Golfe. Ne croyez surtout pas que cette inflation hallucinante d'infos ne concerne que la crise du Golfe. Les jours de championnat de foot ou d'élections, c'est le même raz-de-marée.
IMPOSSIBLE DE TOUT DIGÉRER
Sachez-le, la masse d'information disponible à l'honnête homme informé d'aujourd'hui double tous les cinq ans. Bientôt, ce sera tous les quatre ans, avec la Grande Bibliothèque, les banques de données, la mise en micro-films, les réseaux, les visiophones, etc. Comment allons-nous avaler tout ça ? Mais d'abord, s'agit-il de tout engloutir ?
« Cet âge de l'information, dont on a fait une montagne n'est en réalité qu'une explosion de non-information, de données brutes à trier et à analyser. Il n'y a que les services de propagande des gouvernements et les directeurs de communication des multinationales qui en aient les moyens. »
Qui parle ? Richard Saul Wurman, auteur du best-seller au Japon, en Angleterre et aux Etas-Unis, Information Anxiety.
Wurman le démontre tout au long de son essai, truffé d'exemples concrets tirés des médias US : nous sommes enfoncés jusqu'au cou dans un monde dément d'informations tous azimuts, qui ne nous apprennent rien par elles-mêmes. C'est une soupe épaisse servie pré-mâchée, que nous sommes presque impuissants à analyser, voire comprendre. D'où l'implacable et impalpable angoisse qu'elle suscite.
LES FAITS NE VEULENT RIEN DIRE
« Just the facts. »
A l'image de CNN, dont c'est le credo, les Américains ont la religion des faits, du lapidaire et du temps réel. Seuls les faits garantissaient l'objectivité. Les faits ne trompent pas, dit-on. Ils sont exacts. Ce qui amuse beaucoup Wurman pour qui, au contraire, il ne suffit pas d'être exact pour être compris. Un fait sorti de son contexte ne veut rien dire. « Les faits, écrit-il, peuvent aussi bien noircir un ciel de nuages que l'éclaircir. En eux-mêmes, ils ne disent rien. Les idées précèdent la compréhension des faits, la surabondance de faits l'obscurcit. Un fait ne peut être appréhendé que dans le contexte d'une idée. Les deux sont totalement subjectifs. Envoyez quinze reporters couvrir le même incendie et constatez. Chaque journaliste, selon sa propre perception du monde, son style, son action, la nature de son journal, reconnaîtra des détails, en ratera d'autres, choisira d'accentuer, ou d'omettre tel ou tel aspect de l'événement.»
Toute perception est sélective, comme le focus d'une caméra, le montage de l'actu. Tout est exagéré, y compris ce que je viens d'écrire. ,
Non pas exagéré au sens gonflé, enflé. Mais distingué, mis en scène. Le sens naît-il toujours d'une exagération, fût-elle littéraire ou subtile ?
APPRENDRE A TRIER
Quand on s'informe, dit Wurman, il faudrait prendre un atlas géographique, pour évaluer les distances, et un atlas historique, pour le contexte historique. Surtout, il faut se poser des questions simples :
- Pourquoi le journaliste choisit-il ces détails ? Lesquels préférerais-je connaître ?
- Que suggèrent les chiffres qu'il donne ?
- Qu'est-ce que le journaliste ne me dit pas ?
- Ne confond-il pas l'information et le commentaire ?
- Pourquoi cette histoire prend-elle tant d'importance ? Et plus que cette autre ?
- En quoi peut-elle s'appliquer à ma vie ?
- N'avez-vous pas l'impression qu'on décide à votre place de ce qui est essentiel ou non ?
- Cette hiérarchie imposée par le journal télévisé est-elle la mienne ?
Pour guérir l'angoissé surinformé, Wurman propose des médecines. Chacun d'entre nous peut se reconstruire une hiérarchie, une échelle de priorités, en fonction de ses intérêts et désirs. Et non de ceux des journaux télé. Si votre maire décide de construire un hôpital avec vos impôts, vous vous posez la question : pourquoi un hôpital ? Vous allez à la source du problème. C'est là qu'il faut aller. Les médias ne nous y amènent pas ? On proteste.
ÉLOGE DE LA CONVERSATION
« Si nous avions tous deux une conversation sur la guerre, dit Wurman, nous irions immédiatement, par une sorte de chemin séquentiel, vers nos centres d'intérêt, et vers ce qui nous semble le plus important. Ce que font naturellement les êtres humains. Par analogies, par digressions, on pourrait éclairer nombre d'informations brutes, analyser des faits. L'écriture et le reportage télé devraient se dérouler comme une grande conversation interactive. Ça nous éviterait des dérapages. »
Les médias vivent encore sur le schéma de communication de Shannon, inspiré du télégraphe : émetteur-message-récepteur. Il suppose un actif, l'émetteur, qui transmet l'information, et un passif, le récepteur.
En revanche, la conversation suppose une absence de hiérarchie. Elle enroule magiquement des mots, des signes et des gestes suivant un modèle plus proche de l'orchestre que du télégraphe. C'est un processus libre, digressif, fait de ruptures, diversions, sauts dans le temps, associations étranges, humour et moquerie, analogies pertinentes.
La conversation ne ferme aucune porte. Elle joue sur tous les tableaux, vous emmène à l'inattendu, donne un éclairage nouveau. Vous discutez avec un ami de la jungle. La jungle, dit-il, obéit à un équilibre extraordinaire. Chaque animal, chaque plante se révèle à la fois proie et prédateur, et les fauves ne font jamais de massacres. La loi de la jungle, pensez-vous alors c'est la coopération. Cette idée vous trouble. Un journaliste vient de dire à la télévision que la loi de la jungle règne en Yougoslavie. Non, c'est la loi de l'homme.
Bibliographie :
Richard Saul Wurman, Information Anxiety.
Paul Virilio, L'inertie polaire (Bourgois), et son article « L'horizon au carré », page « Rebond » de Libération, 29/30 septembre 1990.
Cerveau qui zappe, cerveau malade
(Ariel Wizman)
extrait de Actuel n°38 de février 1994, pp. 101*
David est un enfant qui a besoin d'ingurgiter dix tasses de café avant de regarder un dessin animé.
«Autrement je ne peux pas suivre», dit-il.
Incapable de concentration, il n'accepte aucun compromis, s'énerve pour un rien, traîne toujours avec lui une sorte de déprime qui le pousse tantôt à une excitation que son entourage supporte mal, tantôt à l'abattement.
Pour David, s'habiller, écouter un disque en entier ou assimiler la moindre information est à chaque fois une victoire. Il n'agit pas, il subit avec inquiétude. Il avoue lui-même vivre un cauchemar qu'il fait partager à sa famille et à ses copains de l'école. Ce gamin intelligent reste inapte à toute éducation. C'est la dernière maladie américaine, celle qu'on voit partout à la télévision, justement, qui a fait la couverture de New York Magazine et dont certains continuent à douter.
Pendant des mois, les parents de David ont cherché. D'abord en se culpabilisant, puis en prenant sur eux les reproches de l'entourage : « Parents incompétents = enfant gâté, vous devriez éteindre plus souvent MTV et balancer son Nintendo par la fenêtre ». Ils ne songeaient pas que l'état permanent dont souffrait David était une pathologie précise et ne relevait pas d'une personnalité ou d'une culture particulière, jusqu'à ce jour de 1988 où des parents ont découvert des symptômes communs chez leurs enfants et une énorme documentation psychiatrique décrivant une maladie qui ressemblait au trouble de David : 1'Attention-Deficit-Disorder, ou ADD, une incapacité de l'attention. La « maladie de jeunes cons ».
Ceux qui en souffrent grandissent dans une prison mentale, une sorte de brouillard qui interdit à leur personnalité de se constituer. Ils n'écoutent pas, ils ne regardent pas, ils répondent à côté et ignorent les autres. Beaucoup d'entre eux grandissent mal et se tournent très tôt vers les différentes drogues qui les attendent dans la rue comme vers ces gangs, où l'on tolère leurs excès d'activité.
Pourtant, malgré ses allures à propos, l'ADD n'est pas une maladie d'époque ni de génération. Elle ne touche pas plus les accros des jeux vidéos ou de la techno que les autres enfants.
Le syndrome, si répandu soit-il aujourd'hui, est très ancien : au XIXe siècle déjà, en Allemagne, un médecin décrivait certains jeunes gens victimes de semblables comportements excessifs. On a même réfléchi, en 1918, au lien possible entre une épidémie d'influenza et la diffusion de ces symptômes.
Dans les associations de parents, de médecins, de professeurs qui se sont immédiatement constituées aux Etats-Unis pour faire pièce au mal, on estime que l'ADD ne se développe que lorsqu'il est couplé à ce qu'il est convenu d'appeler des « co-facteurs » : le stress enfantin, qui a fait son apparition, la solitude des enfants laissés à eux-mêmes, le manque d'attention individuelle envers les élèves dans des classes surchargées...
L'Amérique dresse un curieux bilan : de 3 à 9% des enfants d'âge scolaire souffrent de manifestations bénignes ou malignes de l'ADD. Et le chiffre ne fait qu'augmenter. Comme une épidémie ? Non. Les causes réelles sont multiples et varient sensiblement d'un psy à l'autre. L'explication la plus classique des psy attribue cette histoire à la grossesse des mères, ce qui rassure tout le monde : empoisonnements divers par le tabac, les médicaments ou autres. Une autre explication soulève le problème des colorants, des sucres artificiels et de leurs conséquences. Après la grossesse, la chimie. Depuis quelque temps, pourtant, voici l'argument génétique : les enfants atteints d'ADD auraient un cerveau différent. Leur métabolisme trop lent interdirait à leurs neurotransmetteurs de porter correctement les messages d'un neurone vers le suivant.
Voilà pour le côté strictement médical. Mais réveillons une vieille querelle. Si l'on classe comme malades les enfants qui, regardent trop la télévision parce que leurs parents n'ont pas de quoi se payer une autre baby-sitter, cela nous mène où ? Risque de mise à l'écart de ces enfants dans les classes des lycées, surtout pour ceux qui, après avoir manifesté inattention, irritabilité ou paresse, seront classés comme des cas cliniques, mais en refusant la maladie, on refuse le remède, or les enfants malades de l'ADD ne sont pas incurables. Bien qu'il y ait déjà quantité de remèdes différents, et de thérapies douces ou alternatives, une certaine unité se fait autour des bienfaits de psychostimulants comme la Ritaline (Méthylphenidate), la Dexedrine (dextroamphétamine) ou la Pemolyne ( Cylert). Le problème de ces remèdes qui, combinés à une grande attention parentale, offrent 80% de chances de guérison, est l'accoutumance qu'ils provoquent. Ce sont des "smart drugs", avec le même type d'effets secondaires (insomnies, migraines, nausées, difficultés de mémorisation...) multipliés du fait que l'on a affaire à des enfants.
La première maladie de l'ère du zapping n'est pas nouvelle mais elle se développe avec la force d'une épidémie qui se nourrit aussi de nos maladies d'adultes : l'indifférence à autrui et même à nos enfants, l'empressement à éliminer de nos vies tout ce qui demande patience et concentration, la préférence accordée au court terme aux dépens des expériences profondes, le zapping érigé comme valeur culturelle, la déliquescence de nos systèmes éducatifs, la dévalorisation de la réflexion, de l'activité intellectuelle, la sous-culture des managers, le marketing vise-bas, ne sont-ils pas les formes les plus malignes d'une décadence dont l'ADD n'est qu'un signe ? Sommes-nous à l'abri ?
Faites un test mental : combien retenez-vous d'instructions lorsqu'on vous indique un chemin : une (« premier feu rouge à droite ») ? Deux ? Plus ? Moins ? Combien de fois redemandez-vous votre chemin ? Avez-vous l'ADD ?
Plutôt plus ou moins qu'il y a quelques années ? Et si notre santé intellectuelle était en danger ? Et si l'enjeu politique de l'ère de l'information se jouait dans les connexions neuronales de nos enfants et dans les nôtres ?
Tout va trop vite !
(Patrick Rambaud)
extrait de Actuel n°38 de février 1994, pp. 100-101*
En vous rasant, vous écoutez la radio et surveillez la machine à café ? Vous suivez le journal télévisé sur deux chaînes à la fois, tout en discutant au téléphone ? C'est le syndrome d'accélération, cette boulimie moderne qui transforme les cervelles en compote de poires.
C'est à la montagne. La neige étouffe le moindre son. Sur la terrasse du chalet, Max regarde dans la vallée depuis deux minutes. Comme il m'appelle avec un brin d'angoisse, j'arrive et il me demande d'une voix nouée :
« Tu entends ?
- Non. Il n'y a même pas de vent.
- Justement ! On n'entend rien ! »
Max a l'impression de gâcher son temps. Pour lui, vivre vite, c'est vivre mieux : une journée doit être remplie, même de fatras.
Ce pauvre Max ignore qu'il souffre du syndrome d'accélération, qu'on pourrait définir ainsi : plus on cherche à gagner du temps, moins on en a. Surchauffe. Le monde ne se décompose pas, selon l'idée reçue, mais nos têtes sont incapables de digérer le torrent de fariboles que nous recevons sans cesse et de partout.
En se multipliant, les sources d'information et les moyens de les communiquer nous imposent leur rythme. Nous voici en totale dépendance : après le téléphone et la radio nous avons eu la télé, puis le transistor, la photocopieuse, le téléphone à touches, la mise en attente qui permet de traiter plusieurs conversations à la fois, le répondeur, trois chaînes de télé, le bi-bop, le fax, le câble, trente chaînes de télé, le fax portable.
L'information et les soucis peuvent nous harceler jusque dans le désert. Même les navigateurs solitaires sont reliés en permanence aux marques de moutarde ou d'alcools forts qui les sponsorisent.
Max est exemplaire. C'est un malade. La quarantaine active, insomniaque, grand avaleur de somnifères, il occupe un poste stratégique chez Voyages et Loisirs. Il a ses bureaux au cœur de Paris, près de l'Opéra, et rentre tous les soirs au Vésinet, dans la banlieue ouest.
Regardez-le en voiture. Il vient d'enfourner sans y penser un cassette dans son autoradio, pour se sentir moins seul après une journée de bruit. Il profite du ralentissement de la circulation pour passer des coups de fil, de quoi nourrir son planning du lendemain.
Si Max, au large de la porte Maillot, reçoit les dernières nouvelles, ça ne l'empêche pas de songer à sa vie privée ni à son travail : Le président Clinton va sans doute dormir au Kremlin... A propos, les parents d'Alexandra vont débarquer samedi... Un proviseur a été poignardé en sortant de son lycée... Hé ! le dollar est à 111,50 à Tokyo... Un avocat condamné à quatre ans de prison pour fraude fiscale... On les emmènera dîner chez Paul... Allô, Martin ? Ah, c'est son fils... Dorothée retrouve Bercy... Les anciens Romains se soignaient en mangeant beaucoup de choux... Marc ? Allô ?
Max rentre chez lui peu avant le journal télévisé. Il embrasse sa fille et l'écoute tout en ouvrant son courrier. Sa compagne Alexandra s'interroge devant la penderie et lui crie : «Max, tu n'as pas oublié qu'on dîne chez Roger ?» Si, il a oublié, mais il répond que non en signant un chèque pour les Telecom. D'ailleurs, en ce moment il oublie tout. Il ne sait même plus pourquoi les parents d'Alexandra viennent à Paris. Max va ensuite relever les messages de son répondeur, il entend par bribes le discours de sa fille.
Il y très longtemps, c'est-à-dire quelques années, les gens de son espèce pouvaient encore tenir une conversation. Ils achevaient leurs phrases, ils savaient conduire une idée et la pousser à son terme avant la suivante. C'est du passé.
Max croit vivre au présent, mais non, même pas. Quand il fait une chose il pense à une autre. Cette année, il n'a pas réussi à lire un seul livre en entier. Il picore. Les volumes qu'il a parcourus s'entassent inachevés.
Le syndrome d'accélération le possède. Plus il va vite et plus il veut aller vite. Moins il a le temps et plus il veut en gagner, donc il accélère. Cela relève bientôt de la chimie. Quand Max accélère, il fabrique de l'adrénaline et de la noradrénaline, son organisme y prend goût et en réclame davantage. Ralentir ? Quelle angoisse !
Dans les années soixante, deux cardiologues américains ont décrit la personnalité de type A : un individu bousculé, compétitif et agressif, plutôt cadre et masculin, impatient, qui tombait à cinquante ans d'un infarctus. Cela concernait environ 10% de la population.
Aujourd'hui c'est la règle.
Nous courons mais après quoi ?
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Le désespoir est la plus grande de nos erreurs. (Vauvenargues)
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Pour se décontracter, voici une affiche didactique (réservée aux adultes), mais aussi des affiches de propagande de la dernière guerre subtilement remastérisées... Et révisons les « devises shadocks » si raffraîchissantes. En voici une si lourde de sens : « Pour qu'il y ait le moins de mécontents possibles, il faut toujours taper sur les mêmes. »
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1 décembre 2004, de Mickael : (...) est il possible que le carré d'un entier naturel soit le double du carré d'un autre entier naturel (hormis zeros)
autrement dit est il possible que m^2=2*n^2 ? cette question m'a posé probleme apparement, il doit y avoir une réponse simple vu que l'exercice a ete posé en 2nde !cet exercice je l'ai retrouvé dans le tome 1 d'analyse du cours de Jean-Marie Monier. Dans son livre il le pose ainsi :
on suppose qu'il existe (m,n) appartenant a N*xN* tel que m^2=2*n^2 et on se propose d'aboutir a une contradiction
a) montrer qu'il existe p appartenant à N* tel que m=n+p,puis q appartenant a N* tel que n=p+q.en déduire q^2=2*p^2 puis une contradiction en réitérant la construction
b) montrer que 2 divise m,puis que 2 divise n,d'ou une contradiction si on suppose pgcd(m,n)=1
c) supposons pgcd(m,n)=1. montrer n divise (m-n)(m+n) et d'autre part pgcd(n,m-n)=pgcd(n,m+n)=1 d'ou une contradiction
d) en supposant m et n 1ers entre eux,montrer m^2 n'est pas congru à 2*n^2 modulo 3
en fait j'ai du mal a comprendre comment on peut faire l'hypothese au b),c),d) que m et n sont 1ers entre eux car moi pour montrer que racine carrée de 2n'est pas rationel j'ecrit que c'est egal a p sur q avec p et q premiers entre eux(mais la j'ai le droit de dire ça car j'ai une fraction irreductible).j'obtiens ensuite en elevant au carre que p pair et q pair d'ou une contradiction.et avec cette méthode je comprend! bye
djm : Je comprends. C'est exactement votre problème de savoir que racine de 2 n'est pas rationnel, mais sans faire l'hypothèse "m et n premiers entre eux".
a) Si m^2=2*n^2, notez d le pgcd de m et n, et divisez les 2 membres par d^2. En posant m=dm' et n=dn' (le truc classique) vous serez assurés d'avoir "m' et n' premiers entre eux", et pouvoir continuer la preuve comme vous l'indiquez.
b) Plus rapide : une des propriétés sensationnelles de Z réside bien dans la possibilité d'écrire n'importe quel nombre relatif (autre que 0 ou -1 ou 1) comme un produit de nombres premiers, et la décomposition est unique ! Si m^2=2*n^2, écrivez les décompositions des deux membres "in extenso", et vous verrez que l'exposant de 2 sera impair dans le membre de gauche, et pair dans celui de droite. C'est scandaleux, et tant mieux : on a trouvé notre contradiction !
Je vais recopier la question et sa réponse sur MM, car je pense que cela intéressera tout le monde. Ce sont des problèmes qui se posent souvent dans Z, et il est bon de se les reposer souvent ;))
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3 décembre 2004 : Bon week end à tous les mégamathiens. Je viens de lire un très beau texte extrait de l'Epopée de Gilgamesh, l'un des textes littéraire les plus célèbres de la littérature babylonienne.
« Où donc cours-tu ainsi, Gilgamesh ?
La vie sans fin que tu recherches, tu ne la trouveras jamais !
Quand les dieux ont créé les hommes,
Ils leur ont assigné la mort,
Se réservant l'immortalité à eux seuls !
Bien plutôt, remplis-toi la panse,
Demeure en gaieté, jour et nuit...
Accoutre-toi de beaux habits,
Lave et baigne ton corps !
Regarde avec tendresse ton petit qui te tient la main
Et fais le bonheur de ta femme serrée contre toi !
Telle est la seule perspective des hommes ! »
L'épopée raconte la légende héroïque de Gilgamesh, roi mythique de la ville méridionale d'Urouk (vers 2600 av. J.-C.) qui, avec son ami Enkidu, sauvage acculturé, a d'abord recherché et conquis la gloire. Puis, devant le cadavre de son compagnon, il comprend tout à coup que rien ne vaut rien si la mort doit tout nous arracher un jour. Alors il repart avec fièvre et courage, au prix d'efforts surhumains, à la recherche du moyen de garder la vie à jamais. Mais, près du but, il échoue...
L'édition « originale » la plus connue et la plus complète (environ les deux tiers) de ce chef-d'œuvre a été retrouvée dans la bibliothèque du roi assyrien Assourbanipal (668-627 av. J.-C.), en douze tablettes de 200 à 300 vers chacune.
Assourbanipal avait fait rassembler dans son palais de Ninive, soigneusement recopiée en quelque 5 000 tablettes (nous dirions « volumes »), la plus grande partie de l'ample production littéraire du pays : tout ce que, de son temps, l'on trouvait digne d'être conservé et relu. C'est cette bibliothèque qu'en 1853, puis en 1872, découvrirent, en quelque 25 000 morceaux, Austen H. Layard et Hormuzd Rassam. Elle fut ensuite transportée au British Muséum de Londres.
L'épopée de Gilgamesh contient un récit qui a inspiré les auteurs de la Bible. L'histoire du Déluge, l'une des plus fameuses de la Bible, a été empruntée à un récit babylonien. Voici, légèrement amputé, le texte du Déluge babylonien extrait de l'Épopée de Gilgamesh tel que le trouva et le traduisit, en 1872, l'un des premiers déchiffreurs des tablettes cunéiformes, George Smith. Nous savons aujourd'hui qu'il était inspiré d'un texte plus ancien encore, le Poème du Supersage (vers 1750 av.J.-C.).
« Ô roi de Shuruppak, démolis ta maison pour te faire un bateau ; renonce à tes richesses pour te sauver la vie ; détourne-toi de tes biens pour te garder sain et sauf! Mais embarque avec toi des spécimens de tous êtres vivants ![...]
« [Le soir du septième] jour, le bateau était achevé [...]. [Le lendemain matin, tout ce que je possédais] je l'en chargeai : tout ce que j'avais d'argent, tout ce que j'avais d'or, tout ce que j'avais de spécimens d'êtres vivants. J'embarquai ma famille et ma maisonnée entières, ainsi que gros et petits animaux sauvages [...].
« Le premier jour que [souffla] la tem[pète] si fort elle souffla que [...]. Personne ne voyait plus personne : les foules n'étaient plus discernables dans cette trombe d'eau. Les dieux étaient épouvantés par ce Déluge. [...]
« Le septième jour arrivé, Tempête, Déluge et Hécatombe stoppèrent [...}. La mer se calma et s'immobilisa, Ouragan et Déluge s'étant interrompus ! Je regardai alentour : le silence régnait. Tous les hommes avaient été retransformés en argile [...].
« Lorsque arriva le septième jour, je pris une colombe et la lâchai. La colombe s'en fut, puis revint : n'ayant rien vu où se poser, elle s'en retournait. Puis je pris une hirondelle et la lâchai : l'hirondelle s'enfuit, puis revint : n'ayant rien vu où se poser, elle s'en retournait. Puis je pris un corbeau et le lâchai. Le corbeau s'enfuit ; mais ayant trouvé le retrait des eaux, il picora, il croassa, il s'ébroua, mais ne s'en revint plus. Alors je dispersai tout aux quatre vents et fis un sacrifice, disposant le repas sur le faîte de la montagne ![...] Les dieux humant l'odeur, humant la bonne odeur, s'attroupèrent comme des mouches autour du sacrificateur ! »
(texte traduit par Jean Bottéro) (Les deux courts extraits précédents ont été pris sur la revue Histoire de janvier-mars 2004 au sujet de « l'orient ancien », un travail remarquable !)
16 janvier 2005 : Ce dimanche matin est mitigé en Guadeloupe : encore beaucoup de pluie et parfois quelques rayons de soleil. Il va falloir que j'y aille tôt si je veux faire un peu de sport ce matin ! car comme tous les dimanches avant carnaval, il y a ces affreux défilés qui vous m'empêchent de prendre l'auto, et ces ronflements de « machines à laver » qui font boum, boum, pendant des heures dans les rues (indescriptible : une musique si pauvre et bien trop forte puisque vous vous abîmez irrémédiablement les tympans si vous restez à moins de 50 mètres des « boum-boum »). Tiens, qu'ai-je vu la semaine passée ? Une jeune-femme accompagnée de son enfant de 7 ou 8 ans à ses côtés, et tenant dans ces bras un bébé d'un an environ, en train de défiler en tête d'un petit cortège de 30 personnes, juste... tenez-vous bien... juste devant l'orchestre avec tambours, basses vibrantes et trompettes. Tout cela hurlait une musique tonitruante et indiscible que je supportait mal à 50 mètres (les vibrations vous font trembler vos viscères, et les quiès permettent juste de ne pas perdre irrémédiablement votre potentiel auditif...). Que deviennent les tympans du gosse de un an qui entend ce bruit assourdissant pendant 3 heures consécutives de défilé ? Je vous le demande ? En voilà un au moins qui plus tard pourra taper comme un sourd et ne plus être sensible qu'aux basses extrêmes qui se manifestent par des vibrations dans le corps. Sourd comme un pot ;)) Dur dur quand même, et injuste vis à vis de l'enfant qui... a bien le droit de conserver son acuïté auditive.
Bon, il s'agit certes d'une opinion personnelle, mais elle est mienne, et j'ai beau relativiser, je ne comprends pas que l'on puisse détruire les tympans d'un gosse d'un an. Même pour « faire la fête ».
Mais gardons notre calme, cool... Il y a aussi de belles mélodies à écouter lorsqu'on a ses tympans intacts (comme les Beatles, Blur, Oasis ou Stina Nordenstam avec son titre « From Caïman Island with Love », ou Jacqueline Taïb dans « 7 heures du matin », où... il y en a tant que j'adore...). Préservons nos tympans pour profiter un max :))
5 février 2005 : Je viens passer un petit moment avec vous. Je me suis remis depuis 7h sur le problème de géométrie de l'agrégation interne 2005. Il est 9h49 et je viens de terminer la question III.3. Il faut dire que j'ai passé la journée d'hier à tenter de répondre aux questions et rédiger une correction qui tienne la route. Chercher au brouillon, puis rédiger... puis recommencer... le lot de tous les prépas concours non ?
Je vous scannerai les énoncés de l'agrég interne la semaine prochaine, dès que je pourrai. Pour l'instant, je tente d'avancer dans la correction. Je ne placerai pas, à priori, la correction sur MM avant un délai (un an ?) , car je me suis engagé sur un projet top secret, mais si vous ne dormez pas à cause d'une question que j'aurai par hasard traité, envoyez-moi un mail (il faut dormir :))
Une bonne nouvelle tout de même : la partie II parle de billard elliptique, et comme l'on s'en doute, on utilise des propriétés des ellipses dont certaines sont bien ciblées sur mon livre de cours de géométrie. Et ne voilà t'il pas qu'une bonne partie des questions posées sont indépendantes du reste du problème. Par conséquent : a) j'utilise mon livre (au moins je sais où se trouvent les énoncés...) b) je me donne pour but de construire un exercice sympa sur ces « énergies de droites par rapport à deux points » et sur les ellipses et de le corriger itou c) je prévois de vous le proposer très bientôt sur MM. Ouaouh ! super, si j'arrive à faire tout ça alors j'aurai rentabilisé le temps passé sur cette partie et sur sa rédaction au clavier :))))
9h49 et oui... à 11h le Macdo du samedi, et ... il me reste 1h pour passer à l'acte. Un début de passage à l'acte me suffira (que peut-on espérer d'autre sur cette p... de terre... petit moment d'abattement avant de passer à l'acte, mais à l'acte passons...)
Eh... j'espère aussi courir un peu cet aprèm (après 1an1/2 de non-jogging pour cause de tendons d'Achille délirants). Si je reviens, je continue ;)
Pour terminer, et puisqu'on parle d'Achille, et même si cela n'a rien à voir, avez-vous vu le film « Alexandre » ? Si oui, n'hésitez pas à m'envoyer vos émotions à son sujet. Il ne passe pas encore en Guadeloupe, et je l'attends avec ferveur (peut-être l'attendrai-je longtemps, peu me chaud... l'important est d'attendre avec ferveur ;)
Vous pouvez me faire des commentaires, et je pourrai même les mettre dans la colonne de gauche. Cela permettra aussi de parler d'autre chose, que d'énergie de droites.
Bon, je vous souhaite à tous un bon week end énergétique :))))))))
* Les articles de cette page indiqués par un astérisque sont tirés de la revue Actuel de février 2004, et je les propose ici avec leurs références complète, comme il se doit. Je ne les présente ici que par commodité pour les visiteurs du site MM, parce que je les ai jugés très instructifs, et parce que la revue n'est plus disponible. Je pense que la mise en ligne de ces trois articles forts intéressants fait une publicité pour le magazine ainsi que pour les auteurs et les ouvrages concernés. Si vous êtes auteur de l'un de ces articles ou responsable du magazine, et si nénmoins vous estimez que cette mise en ligne ne rentre pas dans votre stratégie de diffusion, et constitue un abus relatif aux droits d'auteurs, il vous suffit de m'envoyer un mail circonstancié pour que l'article incriminé soit retiré dans les plus brefs délais. (Le WebMaster)
Comment trouvez-vous le site MégaMaths ?
(Martial Lenzen, 11 avril 2005)
Me voilà enfin "libéré", la dernière épreuve du CAPES étant maintenant terminée. J'ai trouvée l'épreuve dure, comme à son habitude, mais intéressante du point de vue du contenu. J'ai malheureusement passé une mauvaise nuit juste avant l'épreuve, la fatigue m'a assez ralenti, notamment dans la partie 2 où il fallait donner une construction d'une hyperbole à partir d'un point M.
Je vais donc maintenant prendre le temps de répondre aux 6 fameuses questions que vous m'aviez envoyé avant l'épreuve !
1) « J'ai opté pour un classement où c'est un peu le fouillis, avec des documents de partout. Oh, j'essaie de classer, mais cela ne doit pas me prendre trop de temps qui hypothèquerait tout ce qu'il me faut pour mes objectifs principaux : répondre au courrier, préparer de nouvelles leçons, savoir quoi y mettre, rédiger, relire pour les tas de fautes qu'on laisse... etc. »
Pour vous, est-ce que le fouillis dans un site est rébarbatif ? Ou préférez-vous qu'il y ait fouillis pour qu'il y ait suffisamment de documents (même si il y en a de partout) ?
Personnellement, la première fois que je suis allé sur le site, j'ai vu une page d'accueil regroupant des tas de liens bien distincts. Les gens intéressés par exemple par le CAPES Externe n'ont qu'à cliquer sur le lien du même nom. A l'intérieur de la nouvelle page, il y a toujours un lien qui envoie vers lapage des corrections des épreuves.
Les personnes vraiment intéressées par les mathématiques sauront où trouver les documents qu'ils cherchent, quitte à visiter par curiosité tout le site !!
Il est clair qu'il ne faut pas perdre de vue tous vos objectifs principaux. "Trier" le site empêcherait par exemple la plupart des mégamathiens à avoir des documents en temps réel (maintenant par exemple qu'on vient de finir le CAPES). On s'habitue au classement habituel !! ;-)
2) « Que pensez-vous des documents que je pourrais placer une semaine seulement sur le net ? quitte à les renouveler régulièrement ? »
Je trouve que c'est une très bonne idée pour les gens qui fréquentent souvent le site. Le contexte actuel est le meilleur exemple : chaque étudiant désirerait avoir un corrigé en temps presque réel pour comparer sa copie à un corrigé digne de ce nom, afin de se faire une idée de sa propre copie. Et je trouve que cela force à continuer le travail dans un sens positif, même si on n'a pas forcément bien réussi l'épreuve. Il faut rester dans le bain, c'est essentiel.
3) « Quelles sont les rubriques que vous utilisez le plus dans MégaMaths ? »
Personnellement, j'utilise les rubriques "Annales" (pour gain de temps, j'ai téléchargé tous les sujets et corrigés des épreuves du CAPES pour les travailler tranquillement chez moi), "Oral 1", "Oral 1 old" et "Oral 2". Mais les autres pages du site m'ont beaucoup intéressé aussi, en particulier la page des documents en vrac et celle des cours.
4) « Quelles sont celles que vous préférez ? »
Celles que je préfère sont évidemment la page des annales car elles sont très riches en informations !! Cela dit, toutes les pages sont intéressantes à voir, ne serait-ce que par leur contenu mathématiques, donc je n'ai pas de préférence particulière en fait ! ;) Ou alors toutes les pages sont mes préférées !
5) « Trouvez-vous la page index trop lourde à charger ? Le courrier des lecteurs et l'éditorial vous apporte-t-ils quelque chose ? Verriez-vous autre chose sur cette page ? »
Je fonctionne en ADSL 2 Mega (bientôt plus ;)), et la page index se charge en un rien de temps, tout comme les autres pages desfois chargées de liens et d'images (par exemple la page Portail). C'est un site simple, très bien fait, sans toutes les bordures à gauches, les boutons très colorés, etc qui eux mettent du temps à charger !
Par contre, si j'avais été webmaster d'un aussi beau site, j'aurais peut-être pour la page index préféré une page coupée en deux dans le sens de la largeur : à gauche, dans une petite colonne, le menu toujours accessible, pour pouvoir toujours retomber sur ses pieds si jamais on se perd dans les liens d'une page ; et à droite, dans la fenêtre principale, l'index à proprement parler, avec le courrier des lecteurs, l'éditorial et les nouveautés. Pourquoi ? En fait, le première fois que je suis allé sur le site (résolution de mon écran en 1024 x 768), je n'ai tout simplement pas vu ces trois dernières parties !! ;(
Pourtant ces pages sont essentielles puisqu'elles nous donnent l'avis d'autres Mégamathiens sur des événements qui nous arrivent aussi. Ça créé ainsi un contact implicite entre les gens, et le fait d'apporter des informations personnelles et vécues (donc non théoriques !) par des gens de même "niveau" que nous est encourageant et motivant à persévérer d'autant plus dans le travail (comme je le dis souvent, les profs ont desfois du mal à nous montrer que la solution d'une équation x + 1 = 2 est devant nos yeux, puisque leur facilité consiste à passer par une intégration doublée d'un changement de variables... et c'est souvent malheureux à dire, et à vivre...)
Je ne vois personnellement rien de plus à mettre sur la page index, puisque je la trouve déjà très complète.
6) « Pensez-vous que les remarques "autres que mathématiques" soient déplacées sur le site, ou au contraire, appréciez-vous d'avoir accès à des points de vues ou à des incursions vers autre chose que des maths ? »
Sans jeu de mot, une personne passionnée, mais qui ne fait que des maths vit dans un monde parallèle. Je connais quelqu'un qui est assez comparable à cela : c'était marrant, on avait par exemple calculé le volume d'un oeuf à partir d'une construction géométrique, on avait déterminé quel était le résultat de la somme du quotient 1 / (n² + x) pour n allant de 1 à l'infini, et x un réel bien choisi. On appelait ça des "délires en rapport avec le cours" (resp. intégration et séries de Fourier).
J'ai été étonné qu'il ait un jour accepté d'aller avec des potes et moi se "défouler" au bowling après un partiel ;) !! Quoiqu'il en soit, trop de maths, et que des maths tue l'esprit ! Rappelons-nous de ces célèbres mathématiciens qui étaient aussi philosophes (d'Alembert, Pythagore, ...), physiciens (Dirac, Fourier, Gauss, Laplace, Newton, ...), astronomes ou autres.
Voilà, j'espère que ces quelques réponses vont vous aider, en plus de celles d'autres Mégamathiens, à "améliorer" votre site ou du moins, dans l'immédiat, à vous rendre compte que quelque soit la disposition des pages, du cheminement des liens, etc. l'essentiel est le contenu très complet qui aidera chacun d'entre nous.
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une excellente journée. De mon côté, le concours étant terminé, je vais continuer à préparer l'oral, mais de manière plus approfondie, et si le temps me le permet, je vais m'adonner à un projet qui pourrait peut-être voir jour sur votre site, qui sait ??? ;) Encore merci pour tout le travail que vous mettez à contribution de nombreux Mégamathiens.
La vie de MégaMaths
29 janvier 2007, de T. S. : Tout d'abord, merci pour votre site qui est d'une grande aide lorsque que l'on désire se frotter (pour ne pas dire se heurter) au Capes, ce qui est mon cas puisque que je prépare le Capes interne pour la première fois (et dernière j'espère !) (étant prof d'allemand, autant dire que ce n'est pas gagné ;o))
L'écrit arrivant à grands pas, je bosse maintenant sur les annales, m'entrainant à aller le plus vite et le plus loin possible en temps limité, et surtout, à sauter ce que je n'arrive pas à faire de suite, ce qui est l'un de mes gros défauts (j'ai tendance à m'acharner ! d'autre part, merci pour vos conseils sur ce point) Ayant travaillé sur le sujet du capes interne 2002, je me permets de vous signaler ce qui est (à mon humble avis) une coquille dans votre correction (que je n'arrive d'ailleurs plus à ouvrir depuis votre site, mais que j'ai trouvée sur le site des annales du capes interne de mathématiques) : dans la partie I du second problème (celui de géométrie), l'énoncé de votre théorème 2 (question I.3.2.) est faux : les points A',B' et C' ne sont pas les symétriques des sommets du triangle (ABC) par rapport aux côtés opposés, mais les symétriques du point O (centre du cercle circonscrit au triangle (ABC)) respectivement par rapport aux côtés [BC], [AC] et [AB].
Enfin, j'ai passé dix jours cet hiver en Guadeloupe, et laissez-moi vous dire que vous avez là une île magnifique, ce que vous saviez déjà certainement (et que dire des fonds sous-marins, ahhh, la Malendure et la réserve Cousteau....)
Encore merci pour votre site. (J'apprécie aussi qu'on y trouve autre chose que des mathématiques : Pink Floyd, etc.) (...)
djm : Je corrige la coquille en vitesse et replace le document sur MégaMaths. Je ne comprends pas pourquoi vous n'avez pas pu le télécharger à partir de MM, mystère : il y était bien. Oui, l'avantage de la Guadeloupe est que l'on peut continuer à la mer pendant tout l'hiver. Actuellement l'eau est plus froide, donc il n'y a pas de méduses. C'est encore mieux :)) Bonne chance pour les prochaines épreuves, et merci de m'avoir permis de corriger une coquille :)))
30 avril 2007, de Olivier : Bonjour Dany Jack, Ce petit mail pour vous remercier : j'ai réussi l'agregation interne cette année. J'avais bien travaillé l'an passé, mais n'étais pas admissible à cause du sujet des équations différentielles où je n'avais rien compris (j'avais eu 6,8 et 11 aux dallages), cette année, j'ai laissé décanter et c'est passé !
Vous avez à 1000% (100 suffisent !) de dire à vos étudiants que les efforts, le travail effectué "paie" tôt ou tard, et bien souvent quand on ne s'y attend le moins. J'adore les devises que vous mettez sur votre site : plus on rate, plus on a de chances de réussir...
Pour anecdocte, j'ai pris à l'oral : isométries de l'espace affine euclidien de dimension 3, forme réduite : j'ai utilisé votre excellent bouquin, j'ai travaillé dessus pour ma préparation en géométrie : résultat : la couverture est explosée, je vais recommander en souvenir un bouquin chez Publibook. Même si j'ai un peu foiré dans mon développement, j'ai eu 12.2 au 1° oral, et 16.2 au 2° oral, en fait je préfère les oraux aux écrits, c'est ainsi pour moi!
Je voudrais rassurer les futurs candidats, contrairement à de fausses rumeurs souvent entendues, les membres des jury sont sympathiques et font tout pour mettre à l'aise les candidats, j'ai vu une dizaine d'oraux, dont certains vraiment creux, et pourtant les jury ont tout fait pour aider le candidat. Donc haltes aux idées reçues et déformées !
Je vais continuer à faire des Mathématiques, un master de proba m'intéresse. En tout cas, je ne saurais ô comment vous remercier pour votre site megamath qui m'a aidé, et qui est précieux pour toutes les personees, qui comme moi sont loin d'un centre universitaire, et pour les autres of course! Merci Dany Jack pour votre formidable travail au service des Mathématiques.
djm : Je reçois cette bonne nouvelle en ouvrant mon mail aujiourd'hui à 13h50, et je suis heureux de voir que votre travail a été couronné de succès. On sait qu'en préparant régulièrement et opiniâtrement son concours, on augmente inéluctablement ses chances de réussites, mais il est vrai qu'il ne s'agit que de chances et que rien n'est vraiment joué que lorsqu'on reçoit l'avis de réussite ! C'est chose faite pour vous :)
En tout cas, vous nous donnez à tous un bol d'oxygène qui nous aidera à continuer à creuser sans cesse le sillon, et avancer sur la route... car ça marche au moment où on ne s'y attend pas forcément.
Bonne réussite dans votre prochain projet de master de probas et encore merci pour votre mail qui donnera du punch à tous ceux qui sont en plein dans le "maelstrom concours" !
Conséquence de la réforme Chatel 2013 des lycées : effondrement des compétences en sciences physique et mathématique, et destruction de la spécificité française liant les mathématiques et la physique depuis la Renaissance. Nos spécialistes de l'éducation imposent de satisfaire aux canons anglo-saxons d'une présentation littéraire des sciences. Maintenant, l'épreuve de sciences physiques du BAC consiste en quatre pages où le candidat doit seulement repérer des informations dans un texte sans avoir à connaître une seule formule : c'est une épreuve d'analyse de texte que l'on pourrait passer pour vérifier des compétences en langue française. Cet article écrit en mars 2014, ne montre que les débuts de l'aspect nocif de la réforme : la suite sera malheureusement pire, comme tous les universitaires scientifiques le pensent sans le dire suffisamment dans les médias, donc sans aucun impact sur le réel.
On peut féliciter l'auteur de cet article qui a tout compris. morceaux choisis :
"Et les Tice et les trucs absorbent une grande partie du temps dans des activités satellites d'un noyau qui est absent, inaccessible et finalement laissé de côté. (...)
Le système éducatif français est devenu un bazar où tout le monde est appelé à bricoler sans compétence réelle : à l'image de l'usine à gaz des certificats : C2i2e, Cles... tellement opérationnels qu'on ne sait plus comment les supprimer sans attirer l'attention sur leur inanité...
Le transdisciplinaire, l'ouverture, le socle des compétences, le statut de l'enseignant qui n'est pas qu'enseignant, le périscolaire, le dénigrement du « disciplinaire » (que les programmes de français de la classe de seconde condamnent comme « un enfermement préjudiciable à la discipline elle-même » – Bulletin officiel spécial n°9 du 30 septembre 2010)… tout cela nous éloigne terriblement de la transmission des savoirs… en amputant les enseignants de leur véritable crédibilité, liée à la maîtrise de leur discipline : le véritable socle de la compétence, en somme."
Elèves scientifiques, choisissez les banques !
Un article du Monde paru le 25 avril 2013 s'intitule Ingénieurs français, engagez-vous ! Il y a beaucoup d'ingénieurs hors industrie, et cela a été la tendance des 20 dernières années. Il y a quelques années, une association londonienne d'anciens de Supélec a été créée, et sur les 60 ingénieurs présents à cette célébration, on en dénombrait 50 qui travaillaient dans les finances.
On comprend dès lors pourquoi les programmes de terminale S ont changé : maintenant, on donne une large part au statistiques et aux probabilités même si cela reste hors de portée de nos élèves, mais avec les machines, pas besoin de savoir exactement de quoi l'on parle, il suffit d'appuyer sur des touches comme un baudet et de mettre son esprit critique de côté.
Savoir de l'efficace, ne jamais perdre de temps à essayer de comprendre parfaitement une notion, cela semble être le mot d'ordre actuel.
Un peu plus loin dans l'article cité, on apprend que 19% des diplômés de moins de 30 ans des sept meilleures écoles d'ingénieurs se sont lancés dans les finances. Terminé l'industrie ! Le discours que l'on entend depuis les années 1990 est le suivant : "Pour gagner du fric, allez dans les finances !". En termes plus choisis cela donne : "L'industrie c'est sale, l'industrie ce sont les grands sinistres sidérurgiques et charbonniers, donc il vaut mieux se tourner vers le service". Et encore un mot d'ordre : "Faisons de l'industrie sans usines !".
Cela explique comment les écoles d'ingénieurs se sont mises à former des générations de banquiers, et comment les bons élèves scientifiques sont partis faire des statistiques dans les banques, avec l'exploit sensationnel d'avoir créé des instruments financiers de plus en plus complexes et ingérables qui n'ont eu comme conséquence que de brouiller suffisamment les cartes pour amener la crise financière.
Cela explique aussi pourquoi la géométrie n'est pratiquement plus enseignée dans la filière dite scientifique du lycée depuis la réforme 2010 : on ne parle plus de barycentres, d'homothéties, d'isométries, de similitudes, de coniques, de courbes paramétrées, d'équations différentielles, etc. Et aussi pourquoi d'autres notions ne sont plus apprises : on ne saura plus dénombrer à la sortie du lycée, et l'on ne disposera que de quelques pages sur les nombres complexes. Et pour les futurs enseignants de mathématiques ? Ils apprendront à gérer des conflits et à laisser beaucoup d'autonomie aux apprenants, mais ils ne sauront plus ce qu'est un nombre puisqu'ils ne l'auront plus jamais appris. D'ailleurs, pour rire, on pourra toujours poser la question de savoir ce qu'est un nombre entier naturel, ou un entier relatif, et demander ce qu'est un nombre rationnel. Quant aux nombres réels, auront-ils vu comment les définir ? Dans l'énoncé d'un des deux problèmes du CAPES 2013, on rappelait ce qu'était un nombre rationnel : pas pour blaguer, mais parce que l'on savait que la grande majorité des candidats n'auraient par appris ces définitions dans leur cursus. Bah, pourquoi s'inquiéter : l'accent sera mis ailleurs : dans l'emploi des écrans et des calculateurs. Et si plus personne ne sait, plus personne ne saura qu'il ne sait pas ! Avenir radieux de la pensée scientifique sombre...
Pour les sciences physiques, ce n'est malheureusement pas mieux, le marasme est total : plus d'électricité, plus de cinématique... Que feront les lycéens de la seconde à la terminale ? Enfiler des perles ?
Les programmes ramènent tout aux statistiques via Excel, et s'interrogent sur la loi normale sans que l'on dise ce qu'est exactement une probabilité. Il suffit de répéter que cette loi sert à modéliser tout ce qui existe dans le monde (un crédo à réciter, et qu'on ne se pose pas de questions SVP), donc à faire des pronostics, donc à se lancer dans les maths financières, et cela suffit. On utilise des tests d'hypothèses et des intervalles de confiance dans beaucoup de sciences appliquées, bien sûr, mais est-ce raisonnablement du niveau d'un élève de terminale quand celui-ci ne possède aucune base solide sur laquelle construire ces connaissances ? J'en doute.
En physique, pour dire que l'on étudie encore beaucoup de choses, et que l'enseignement n'a pas régressé mais s'est seulement renouvelé, on place quelques passages sur la théorie de la relativité. Rien que ça, mais rassurez-vous, ce sera fait de façon très imagée et très littéraire, donc ce sera un coup d'épée dans l'eau. Où sont les sciences dans tout ça ?
Le combat "pour les sciences" sera à livrer dans l'hexagone dans les années à venir. Pour l'heure, elle est perdue, et le piège est bien refermé. Que sera la science en cette première moitié du XXIe siècle ? La finance, le management et la publicité.
Mais où est le cours ? Il tient en deux pages !
Introduction - Voici une lettre magistrale qui m'a été adressée. Cette lettre explique sans détours ce que l'on peut ressentir quand on se voit obligé d'appliquer les dernières recettes « pédagogico-politiques » à la mode. L'auteur ne parle pas de mathématiques, mais de SVT. Il dit les choses précisément, et il les dit bien.
C'est aussi ce que je découvre de plus en plus maintenant : les réformes et nouveaux enjeux ne se sont pas limités à « casser des maths » au lycée, mais ont touché tous les enseignements scientifiques. Cet abaissement des études scientifiques au lycée a été orchestré par la baisse des horaires, le choix des programmes, et l’idéologie qui a présidé à la définition des méthodes à mettre en oeuvre. C’est grave, puisque toutes les études post BAC seront touchées par cette baisse des exigences et la disparition de l’étude des fondamentaux.
Construire son savoir, ce n'est pas agréger des connaissances éparses et superficielles, c'est acquérir un socle solide de connaissances précises sur lequel on pourra compter pour avancer dans ses études scientifiques. C'est aussi « apprendre à raisonner », car on a besoin de raisonner juste pendant toute sa vie. C'est enfin acquérir des méthodes et des savoir-faire que l'on pourra réutiliser dès que cela devient nécessaire. Dans la lettre qui suit, on rappelle que résoudre une équation différentielle simple est nécessaire en SVT, mais on apprend que ce n'est pas connu des étudiants d'IUT.
L'auteur a aimablement accepté que je reproduise sa lettre sur cette page de MégaMaths. Qu'il en soit remercié. Cette lettre vaut le coup d'être lue.
Lettre de M. XXX, publiée le 4 mai 2013
Monsieur Mercier,
C'est (presque) par hasard que je suis tombé sur votre site, en tapant « cours de mathématiques terminale C » dans mon moteur de recherche. Pourquoi cette recherche (pas tout à fait) innocente ? Il me faut vous l’expliquer un peu et, pardonnez-moi, vous parler brièvement de mon parcours.
Né en 1984, j’entre au lycée en 1999 (petit lycée de campagne lorraine – petit par la réputation, grand par la taille, comme souvent dans les campagnes isolées). Je rencontre en première S un professeur de mathématiques « traumatisant » comme on dirait aujourd’hui, mais qui me fait aimer les maths et je passe mon bac S spé maths en 2002. Désormais amateur de maths mais fondamentalement biologiste, j’entre en classe prépa bio « BCPST », intègre une école d’ingénieurs en 2004, puis revirement vers l’enseignement en 2008, agrégation de « SVT » en 2009. J’enseigne maintenant au département de génie biologique de l’IUT de Tours.
Mon père, qui a du passer son bac D dans les années 1970, m’a légué (à peu près quand je suis entré en classe prépa) ses manuels de maths de terminale, deux ouvrages cartonnés « Cluzel et Vissio ». Ma grande surprise de l’époque fut que, au premier ordre, le programme de maths de cette terminale D « que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » se superposait pas mal à celui des deux années de BCPST… Mais alors… que faisait-on en TC, filière mathématique par excellence ? L’actuel programme de MPSI ? Nanti de cette question, de mon ordinateur et d’un accès au web, j’ai fini par arriver sur votre site... et me fais une petite idée de la réponse.
Pour la petite histoire, j’ai gardé ces deux volumes cartonnés comme le Saint Graal malgré leur aspect abject… deux couleurs (du noir pour le texte et du rouge pour les « illustrations » minimalistes), un cours, des exercices. Nous sommes bien loin des manuels actuels, où je reste subjugué par l’inflation des parties… « le programme de l’année », « mobiliser ses acquis des années antérieures », « activités », « évaluer ses connaissances », « s’entraîner avec un exercice guidé », « appliquer ses connaissances », « objectif Bac », « ateliers d’exploration », « histoire des sciences », « fiche métier », « science in english »… Mais où est le cours ? Ah, le voici, « l’essentiel à retenir », une médiocre double page avec un maigre texte écrasé à côté de dessins simplistes (souvent un barbouillage de couleurs me rappelant presque les dessins animés de Gulli).
Abjects, oui, les manuels à grand-papa, mais recherchés chez les bouquinistes et pas à moins de 30 euros sur PriceMinister… Pourra-t-on dire autant des manuels actuels d’ici 20 ou 30 ans ? D’ailleurs, je serais bien curieux de trouver des cours de biologie de Terminale D de l’époque, mon père ne mettant plus la main sur les siens.
Le niveau baisse-t-il ? Je n’ai pas encore lu l’intégralité de votre riche site, je n’enseigne pas les maths mais la biologie… Mais, enseignant quand même et amoureux des maths de surcroît, je ne peux pas rester de marbre.
Je compare les traces des terminales C et D que je vois à ce que j’ai vécu comme lycéen en 2000-2002, puis comme enseignant depuis 2009.
Quid des exigences ? J’ai eu une impression mitigée. Récemment, à l’occasion d’une réunion pédagogique à l’IUT, j’ai présenté un comparatif synthétique des programmes de SVT des classes de 1S et TS entre l’ancien programme et le nouveau (celui de la réforme). Bilan ? En faisant le liste des thèmes, il y a peu de choses qui disparaissent et beaucoup qui entrent. Le programme s’enrichit donc, le niveau monte, nos actuels lycéens seront des étudiants brillants, en SVT au moins ?
Je ne crois pas. Car si le nombre de thèmes que l’on doit aborder augmente, le nombre d’heures ne suit pas et, finalement, on aborde, on effleure, mais on n’approfondit pas : on zappe, on butine, on virevolte d’un thème à un autre. On entre dans le sujet par des thèmes « d’actualité » (c'est-à-dire racoleurs) mais les fondamentaux ne sont pas (plus) là. Que restera-t-il aux élèves d’une surenchère de thèmes survolés, vus en vitesse, de loin ? Que restera-t-il des mécanismes de la transcription et de la traduction de l’information génétique, coincés entre le téléthon et les cancers ?
Dans mon service d’enseignement à l’IUT, il y a une bonne part d’écologie. Et si on le sait beaucoup en ce qui concerne la physique, cela semble moins évident à propos de l’écologie : nous avons besoin des maths pour construire des modèles. Même les plus élémentaires : une suite géométrique ou une équation différentielle du premier ordre pour modéliser la croissance d’une population par exemple.
Cela ne rate pas : lorsque je couche la première équation sur le tableau, les grimaces déforment les visages, les soupirs et les protestations s’élèvent. Puis les visages blêmissent : « quoi, on peut avoir Ça en contrôle » ? Oui, « Ça », tant les mathématiques semblent être pour les étudiants l’horreur indicible du livre de Stephen King, la chose dont ils éprouvent une peur viscérale…
Et je ne parle même pas des statistiques, avec lesquelles on nous rabat les oreilles en lycée depuis qu’elles ont fait leur grande arrivée dans les programmes.
Pourquoi ce rejet, ce mépris des mathématiques ? Alors que finalement, rencontrer une équation différentielle du premier ordre en écologie est plutôt rassurant : on a réussi à rapporter un problème complexe à une situation mathématique bien connue !
À faire croire que les sciences c’est facile, que les sciences c’est ludique, que c’est sciences c’est jouer à la dinette, c’est « C’est pas sorcier » tous les jours… on perd plus de vocations qu’on n’en crée. C’est pourtant évident dans le sport, où on admettra facilement que regarder les exploits de tel ou tel grand sportif suscite émerveillement, admiration, curiosité, envie d’essayer à son tour, de travailler et retravailler avec acharnement – en tous cas davantage qu’en faisant croire que c’est facile et à la portée du premier venu. Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement avec l’enseignement des sciences et des lettres.
Jusqu’à ce que j’entre en classe de première S, j’avais connu les maths « modernes » - je dirais « édulcorés ». Le prof que j’ai rencontré cette année-là avait une autre façon de faire cours. S’il avait avant tout su imposer le respect en classe, je voyais sous mes yeux le tableau noir se remplir de lignes de formules impeccablement alignées, et ai trouvé pour la première fois de la beauté dans les maths. Le cours magistral au sens étymologique du terme : une œuvre de maître !
Bien sûr, ce n’était pas une recette miracle : tous ne suivaient pas. Mais à comparer cette méthode et celle en vogue, laquelle occasionne le plus de gâchis ? À moins qu’il ne faille encore laisser s’écouler quelques années et sacrifier quelques générations d’ex-futurs scientifiques tués dans l’œuf avant d’oser répondre à cette question…
D’ailleurs, pour l’anecdote, ce prof-là était finalement un peu l’irréductible gaulois du lycée. Tous les profs de maths étaient absents tel jour pour une formation « calculatrice-ordinateur-tableur-informatique »… Tous ? Non…
Pourquoi faire ? Jamais une calculatrice n’était sortie sur demande, il fallait réduire de tête 88/256 + 23/512.
La situation que vous décrivez en maths me choque. Abandonné le produit vectoriel ? Oui, l’année où je suis entré en terminale. Mais grâce à quelques profs irréductibles, j’y ai (heureusement) eu droit. Mais disparu de prépa ? C’est ainsi que l’on forme les ingénieurs de demain ? En retirant les bases de mathématiques nécessaires à la physique et aux sciences industrielles ?
Cela rejoint en partie mes inquiétudes pour l’IUT : eux aussi sont réformés, pour la rentrée 2013, suite logique de la réforme du lycée. Le volume des enseignements transversaux va augmenter (communication, expression, projet professionnel personnalisé etc.) et ce au détriment des enseignements disciplinaires fondamentaux. Sauf les statistiques ! Ces fameuses statistiques…
Encore que, pour l’anecdote, ceci me laisse souvent perplexe. Les maths sont réduits à leur plus simple expression. Il y a, par exemple, du calcul intégral, mais compte tenu du nombre d’heures allouées on n’ira probablement pas plus loin que le douloureux rappel du programme de terminale auprès d’élèves qui sont, pour la majorité, dégoûtés des maths depuis longtemps. À côté de ça, le programme de statistiques précise d’introduire la notion de « matrice de variance-covariance » pour les analyses multivariées… alors qu’il n’y a nulle part de calcul matriciel ou d’algèbre linéaire !
Lors de notre dernière réunion pédagogique pour préparer la rentrée 2013 et réorganiser nos enseignements, nous nous sommes finalement vus réduits à faire des économies sur la culture générale. Adieu, les fondamentaux disciplinaires nécessaires à l’esprit critique. Demain, des techniciens formatés au presse-bouton ?
Faire plus de communication… oui… en biologie, on aime bien la communication : entre cellules, entre organismes… et on apprend très vite que dans la communication, il y a un message, un contenu, à transmettre. Je crois que les personnes à l’origine de cette réforme l’ont oublié.
Finalement, les BTS, les IUT et les classes prépa marchaient bien en France. Plutôt que d’étendre les conditions de travail et d’encadrement aux filières « d’échec » dans le collimateur des politiques, tout est démantelé et nivelé par le bas.
Je me doute que vous avez autre chose à faire que de lire les bafouilles des internautes et vous remercie de votre indulgence si vous avez tenu jusque-là. Surtout continuez à alimenter votre site !
Très cordialement, XXX
Enseignement : est-ce un complot ?
QUESTION : Nous avons assuré la scolarisation de notre fille jusqu’en 6e. Nous ne le regrettons pas, même si cela a présenté des sacrifices. Depuis qu’elle est à l’école officielle, je vois que le niveau demandé aux élèves est lamentablement bas ... Je me demande si c’est fait exprès ? En empêchant un individu de réfléchir, construire sa pensée, vérifier les sources, etc. on fabrique des crétins faciles à manipuler. Si on y ajoute la TV, les médicaments ou autres drogues, les jeux vidéos, on s’assure un pouvoir fait pour durer longtemps...
REPONSE : Je pense qu'il s'agit d'une évolution naturelle qui n'a pas été contrecarrée par des prises de positions sévères venant d'un ensemble important de la population. Cet état de fait doit satisfaire le plus grand nombre.
On aime les slogans comme « pas de ségrégation », « égalité, tout le monde au même niveau », « pas de favoritisme », « il suffit de vouloir pour pouvoir », « placer l'élève au centre du système scolaire »... Ces slogans sont finalement détournés pour expliquer qu'il faut surtout ne pas sélectionner des élèves à leur entrée au lycée en fonction de leurs résultats scolaires pour accéder à une filière donnée, qu'elle soit littéraire, scientifique, économique, sociale, professionnelle (là on sélectionne plus durement car il y a un nombre de places limité) ou technologique.
Pas (ou très peu) de sélection : tout le monde ira dans LA section généraliste (appelée étonnamment scientifique), ce qui contribue à dévaloriser les autres filières considérée comme la voie royale, et fera beaucoup de tout à ne plus avoir le temps de respirer ou de travailler chez soi, avec des horaires qui ne peuvent qu'encourager la médiocrité partout. Puis on tentera de supprimer les redoublements, les notes, puis on relèvera les notes de BAC, puis on sabotera les programmes à l'université et en CPGE, puis, puis... Tout s'enchaîne. Et la majorité est contente, donc ça marche...
Une idée très simple serait de créer, au lycée, une filière généraliste de qualité où l'on afficherait que l'on fait un peu de tout, et de sélectionner un tant soit peu pour l'accès à toutes les autres filières spécialisées qui devront être vraiment spécialisées, donc avec au moins 70% de cours dans le domaine de spécialisation, sans surcharger les semaines pour essouffler les élèves qui ont envie de travailler (il y en a beaucoup).
Sélectionner ! Cela ne fait pas beau hein ? Qui aura le courage politique de dire qu'il est stupide de faire croire à un élève qui a traversé toute sa scolarité au collège avec un maximum de 5/20 en maths, de sa possibilité de s'épanouir en suivant une voie scientifique au lycée ? PERSONNE. C'est pourtant cruel et stupide de coincer un gosse sur une chaise à ne rien comprendre pendant des heures, des semaines et des mois, simplement parce qu'il n'avait pas appris les bases qui lui auraient permis de comprendre !
On préfère encore le choix politique soft : on casse les programmes, on abaisse la barre et on s'en remet à la vidéo et à l'ordinateur pour transformer un élève qui ne peut pas suivre avec sa tête en un élève qui regardera des films et des diapositives avec ses yeux. Ensuite on le met au centre du système en lui présentant des cours de terminale digne d'une classe de CE2 avec des activités à ne plus pouvoir et des palabres à n'en plus finir puisqu'on n'aborde pas les savoirs en tant que tels et pour eux-mêmes. De drôles de choix qui plaisent à la majorité : les politiques, les parents et certains pédagogues qui vont investir dans des solutions toujours plus originales et innovantes pour survivre dans une ambiance délétère (et ils vont y prendre goût car on peut économiser du boulot quand on utilise un vidéoprojecteur !).
Personne ne dira qu'on ne peut pas enseigner correctement dans une classe très hétérogène : ce n'est pas politiquement correct. C'est plus simple et on gagne plus à dire le contraire, alors pourquoi se priver ? La vie est courte, et celle d'un homme politique aussi... Moi, je pense surtout à celui qui, quel que soit sa classe et son niveau social, aurait pu bénéficier d'un enseignement formateur dès la seconde, et qui se voir condamner à repousser sans cesse cet accès au savoir dont on fait mine de l'abreuver. L'aide-t-on vraiment de cette façon ? Je pense qu'on le coule plutôt.
Bon, je m'arrête parce qu'il n'y a pas que ça dans la vie, et parce que je peux me tromper : après tout, ces élèves auront vu un peu de tout, et aussi en licence de maths où on ratatine les connaissances pour se mettre au niveau de tout le monde, avec un premier semestre encore généraliste comme en terminale, quatre sessions d'examens par an qui réduisent un semestre d'enseignement à deux mois et demi (car il faut s'arrêter des jours et des jours avant des partiels ou des examens) et des stages dans des magasins de chaussures pendant au moins un mois en pleine troisième année de licence de mathématiques. De mathématiques ?
Oui, sans doute pour compter les boîtes de chaussure ou servir les clients. Mais là je suis encore reparti. Je m'arrête. J'ai des bouquins à travailler ;) Tous ces choix ne font pas partie d'un grand oeuvre obscur dicté par quelques comploteurs cachés... Il s'agit uniquement de la ligne de plus grande pente, celle que « choisit » le bloc de pierre quand il vient s'écraser au bas de la montagne...
[Référence] Publié le 22 janvier 2014 sur MégaMaths.