Nos autres excursions à Mafia
Nos autres excursions à Mafia
Après quelques jours dédiés à la plongée, nous avons voulu varier un peu en découvrant quelques points d’intérêt "terrestres" (même si leur accès nécessite aussi un transfert en bateau).
Ruines et lagon de Kua
Pour une fois, pas besoin de rejoindre la plage d’Utende. En raison de la marée favorable ce jour-là, le bateau du Big Blu Center vient nous chercher sur la plage de notre hôtel. Nous sommes six en tout dont Charlotte et moi, Hervé préférant continuer à s’adonner à sa passion favorite. Ce n’est pas l’habituel boutre qui nous transporte mais une plus petite embarcation en raison de son plus faible tirant d’eau.
Nous mettons en effet le cap sur l’extrémité ouest de l’île de Juani où le bateau emprunte un chenal peu profond aux allures de fleuve amazonien, bordé d’une jungle impénétrable, avant d’accoster sur une belle plage de sable blanc.
Au bout de cinq minutes de marche à pied à travers la forêt, nous atteignons le fameux lac d’un bleu-vert intense.
Blue Lagoon
Ce bassin d’eau saumâtre contient une multitude de méduses Cassiopées. Elles ont la particularité d’être posées à l’envers sur le fond, l’ombrelle retournée et les tentacules vers le haut, ce qui leur vaut l’appellation d’upside-down jellyfish en anglais.
L’accès au lac, en contrebas, se fait par une échelle en bois rudimentaire. Le fond étant très peu profond, on nous demande de nager sans palmes et sans nous arrêter. C’est parti pour un tour de l’étang entre algues et racines à la découverte de ces drôles de créatures inoffensives.
Le tour est en réalité vite fait.
Nous reprenons ensuite le bateau en direction des ruines de la vieille ville de Kua, toujours sur l’île de Juani. Cette cité a été une importante plaque tournante du commerce entre l’Afrique et l’Asie dès le Xe siècle.
On y découvre notamment les vestiges de plusieurs mosquées et les murs d’un palais datant de la colonie de peuplement des Shirazi aux XVIIIe et XIXe siècles, en partie rénové. A cette époque-là, la cité était la capitale de l’archipel de Mafia.
Ancienne fontaine à ablutions
De nombreuses bâtisses restent néanmoins enfouies sous la végétation. Parmi les lieux mis à jour, quelques restes d'habitations et un cimetière.
Ce jour-là, nous n’étions pas les seuls à visiter. Plusieurs groupes de collégiens et leurs professeurs étaient présents dans le but de découvrir leur histoire locale.
Les raisons du déclin de cette cité ne sont pas vraiment connues, mais les locaux prétendent que la ville a périclité à la suite d’une attaque des Sakalava de Madagascar débarquant de 80 canots dans les années 1820. La légende dit qu’ils auraient mangé une partie des habitants de Kua et réduit les autres en esclavage.
Une excursion instructive et intéressante alliant nature, biologie et histoire dont nous avons apprécié le contenu et le déroulement. Dans le même esprit, nous réservons le tour à Chole Island et pour une fois nous y participons tous les trois.
Visite de l’île de Chole
J’avais déjà visité cette île en 2014, mais ça me fait plaisir de refaire cette sortie, accompagnée cette fois de ma fille et de mon mari. Départ depuis la plage d’Utende pour quelques minutes de navigation.
Je note immédiatement une différence majeure par rapport à 2014 : les habitants de Cholé, principalement les femmes, pratiquent à présent la culture des algues pour le carraghénane, un gélifiant naturel utilisé dans de nombreux produits comme les dentifrices, parfums, yaourts et médicaments. C’est donc une importante source de devises étrangères et pour les habitants une bonne source de revenus.
En traversant l’île de Chole, on remonte aussi le temps et l’on découvre différentes ruines et bâtisses témoignant de son histoire.
Les premiers peuplements de l’île remontent au VIIIe siècle, à une époque où les Perses commerçaient le long des côtes d’Afrique de l’Est
Après le déclin de Kua (cf paragraphe ci-dessus), la capitale a été transférée à Cholé. L’île de Mafia bien que la plus grande de l’archipel n’était considérée à cette époque que comme un simple arrière-pays. L’importance de Chole n’a cessé de s’accroître tout au long du XIXe siècle et l'île est resté le centre administratif de l’archipel tout au long de la période coloniale allemande. On y trouve d’ailleurs les ruines d’une prison allemande. Finalement ce sont les Britanniques (après 1920) qui ont mis fin à la supériorité de Chole et ont transféré la capitale à Kilindoni, sur l’île principale de Mafia, qui leur servait de base navale et aérienne.
La visite nous conduit par conséquent depuis les vestiges d’un bâtiment de la douane, rénové, et sa magnifique porte omanaise sculptée d’époque, à travers les ruines d’une prison de l’époque allemande, jusqu’au cœur du village actuel, en passant par des parcelles à la végétation exubérante ou, au contraire, des plantations bien entretenues.
Technique de construction locale : un coffrage en branches sera rempli de blocs de corail
Passage près de plusieurs baobabs remarquables ainsi que d’un arbre-sanctuaire où nidifient des chauves-souris frugivores.
Arbre à chauve-souris
Arbre à jack
Baobab
Baobab difforme (cassé en deux par une tempête)
Les habitants se déplacent majoritairement à pied, certains à vélo. Une nouveauté cependant, par rapport à 2014, les motocyclettes sont de plus en plus nombreuses. Signe que la modernité arrive jusque-là !
Vélo bien chargé !
Après une bonne heure et demie de déambulation, au moment de reprendre le bateau, surprise ! Avons-nous un peu trop tardé ? En tout cas, en raison de la marée qui avait baissé, le boutre n’a pas pu s’approcher du rivage, nous avons dû rejoindre le bateau à pied, avec de l’eau jusqu’aux fesses. Remise ensuite à flot par quelques hommes forts, l’embarcation a pu repartir jusqu’à bon port. Quelle aventure !
Croisière au coucher du soleil
C’est une sortie que nous avons déjà faite en 2014 mais quand on aime on ne compte pas. Le coucher de soleil demeure toujours un moment unique. Comme notre hôtel est orienté vers l'est, le seul moyen pour assister au spectacle du soleil couchant est de s'éloigner un peu de la côte en bateau afin de faire face à l'ouest.
Nous partageons ce moment avec un jeune couple espagnol. Cependant le bateau est assez grand pour bénéficier de suffisamment d’intimité. Les Espagnols s’installent sur le roof pendant que nous restons sur le pont.
Une fois les voiles déployées, nous voguons au gré du vent depuis la plage d’Utende en direction de l’île de Juani.
Là, le bateau jette l’ancre et en attendant que le soleil veuille bien se coucher, nous faisons honneur aux boissons que nous avions préalablement commandées, pour nous des noix de coco délicieusement rafraîchissantes.
Une vingtaine de minutes plus tard, le soleil commence tout doucement à plonger vers l’horizon.
Il nous faut malheureusement déjà lever l’ancre afin de ne pas regagner la plage trop tard. Retour au moteur, le regard toujours fixé sur l’horizon.
C’est finalement à l’arrivée près de notre hôtel que le ciel nous délivrera ses plus belles couleurs.
C’est aussi notre dernière soirée à Mafia. Demain, en fin d’après-midi, retour à Dar es Salam.
Epilogue
Dimanche 4 décembre 2022
C’est à nouveau la compagnie Coastal qui opère ce dernier vol intérieur entre Mafia et Dar. En embarquant à 17 h 30, nous savons que nous aurons quelques heures d'attente à l’aéroport de Dar avant notre vol international vers Amsterdam prévu à minuit.
Mais nous étions loin d’imaginer que nous attendrions toute la nuit sur les banquettes de l’aéroport, l’avion annonçant cinq à six heures de retard. Finalement, départ à 6 h 30 du matin, arrivée à Amsterdam à 12 h 30. Là, nous avons raté la (nouvelle) correspondance prévue à 13 h 30 en raison des nombreux et interminables contrôles et de l’immensité de l’aérogare. Nouvelle attente jusqu’à 17 h 30 (pas de places disponibles avant). Arrivée à Paris CDG à 19 heures, attente des bagages, RER pour la banlieue Sud puis bus pour chez nous. Bref, à 21 h 30, nous franchissons enfin la porte de notre domicile, plus de 30 heures après avoir quitté Mafia !
Température extérieure : 2 degrés ! Le choc thermique a été rude tout comme le retour à la vie normale : Charlotte a chopé le COVID et Hervé a été nauséeux pendant plusieurs jours. Heureusement, j’ai tenu le coup !