Face aux limites structurelles du modèle économique dominant (intensification du travail, épuisement des ressources, logique de volume), l'Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC) offre aux acteurs publics et locaux une trajectoire stratégique pour un développement plus soutenable et durable. Les enjeux de transition interpellent les acteurs territoriaux en les appelant à se mobiliser pour imaginer d'autres façons d'habiter, de s'alimenter, d'organiser la mobilité ou la santé sur leurs espaces de vie.
L'EFC propose un changement de paradigme dans la manière de concevoir l'action publique et les projets de développement. La démarche impose de se décentrer des habitudes de fonctionnement basées sur les politiques sectorielles ou les seules frontières administratives et compétences.
Elle vise plutôt la dimension territoriale en fondant le développement sur l'usage et la performance d'usage, c'est-à-dire les bénéfices concrets et durables pour les acteurs qui y vivent et y produisent de la valeur.
En se concentrant sur les ressources et les besoins locaux, l'EFC a vocation à entraîner la création d'emplois non délocalisables et ainsi revitaliser les territoires.
Il s'agit de relocaliser la création de valeur et de mieux intégrer les externalités (environnementales, sociales, sociétales) que le modèle de volume réduit au prix ignore.
S'engager dans la transition via l'EFC implique une profonde mutation des fonctions de pilotage au sein des collectivités. La transformation est une trajectoire exploratoire qui rompt avec la planification rigide et nécessite une nouvelle approche du réel.
Construire « chemin faisant » : Le futur possible se dévoile au fur et à mesure du cheminement. Les solutions intégrées (produit/service/usage) sont co-construites et émergent au fil de l'action et de la coopération.
Pilotage par l'attention aux ressources : Le pilotage de projet se centre sur le développement des ressources (humaines, compétences, coopérations) nécessaires à la concrétisation de la transition.
La posture d'intervention-recherche : Le travail d'accompagnement et de pilotage s'appuie sur une posture d'intervention-recherche. Cette posture est essentielle pour soutenir l'articulation délicate entre l'action et la coopération et pour faire émerger une solution intégrée réellement utile aux acteurs et conforme aux enjeux de développement durable.
La coopération est levier de performance central du modèle EFC
L'EFC encourage la création d'écosystèmes coopératifs territorialisés (ECT) en facilitant la convergence d'intérêts entre acteurs différents (entreprises, collectivités, citoyens, etc.) autour de fonctions essentielles telles que l'alimentation (voir le référentiel Bien vivre alimentaire) ou la transition énergétique. Ces espaces de coopération sont cruciaux pour sortir des logiques de concurrence et mutualiser les ressources.
Le modèle EFC invite les acteurs publics à se doter d'une démarche d'évaluation permettant d'amener à une prise de conscience de la richesse territoriale produite par les projets qu’elles financent. L'objectif est de prendre en compte et de rendre compte des effets utiles (sociaux, environnementaux et organisationnels) générés par l'activité, au-delà de la seule dimension monétaire.
Le modèle économique dominant enferme les collectivités dans plusieurs limites qui entravent la mise en œuvre d'une véritable transition.
Pour expérimenter de nouveaux modèles économiques qui permettent de prendre en charge les enjeux environnementaux et sociaux de notre temps, il est important de comprendre pourquoi et comment le modèle dominant actuel enferme si souvent les collectivités dans des limites ou impasses.
Le décryptage de ces limites est essentiel pour identifier les verrous qui empêchent une pleine articulation entre le modèle de développement territorial et les impératifs de la transition.
Ces limites découlent de l'organisation économique et fiscale actuelle, qui est peu propice à l'intégration des enjeux de développement durable :
Réduction de la valeur au prix/coût : Le prix encastre trop la valeur et ne constitue plus un signal économique pertinent, car il ne reflète pas les externalités négatives (sociales et environnementales) liées à la production et à la consommation. La valeur est réduite à sa dimension monétaire.
Crise des finances publiques : Les collectivités sont confrontées à la crise des finances publiques et à une baisse programmée des dotations de l’État.
Découplage fiscal : La modification du lien fiscal entreprises-territoires (suite au remplacement de la taxe professionnelle en 2010) a engendré un découplage entre l’activité économique et les retombées fiscales dans les territoires.
Intensification de la concurrence : On observe une intensification de la concurrence non seulement entre entreprises, mais également entre territoires.
Ces limites concernent les pratiques d'action publique et la difficulté à engager des processus de rupture :
Inadaptation des modes d'action traditionnels : Les collectivités recourent majoritairement aux modes d’actions traditionnels (taxe, incitations, réglementation, sensibilisation, etc.) pour accompagner la transition.
Absence de dispositifs d'expérimentation : Il y a un manque de dispositifs qui permettraient de faire des expériences et de dessiner progressivement une infrastructure territoriale pour sortir des logiques installées (notamment les logiques d'achat de produits standards).
Difficulté à rompre avec les silos : La mise en œuvre de l'EFC exige de se décentrer des habitudes de fonctionnement et des "formes de penser" l'action, notamment les politiques sectorielles (ou « silos »).
Risque lié aux investissements et à l'évaluation : Les acteurs dans les territoires prennent un risque dans l’expérimentation de modèles EFC qui, potentiellement, peut ne pas avoir d’effets utiles immédiats (c'est-à-dire des bénéfices non monétaires). Cette prise de risque pose des enjeux de financements et de pérennisation qui appellent de nouveaux positionnement des collectivités.
Piège des approches non transformatrices : Les approches technologiques seules (éco-circulaire, rénovation énergétique) sont nécessaires mais ne suffisent pas si elles restent mobilisées dans le modèle de volume dominant, pouvant même devenir « piégeuses » si elles ne remettent pas en question le modèle économique de base.
L'EFC engage une rupture avec le modèle économique dominant, qui a produit des externalités négatives ces dernières décennies. Le regard EFC est porté sur des leviers d'action, de mise en mouvement :
Le questionnement de la valeur : L'EFC repose sur la nécessité de Révéler, évaluer les différentes dimensions de valeur produites par les activités productives et non productives d'un territoire. En identifiant et en intégrant les effets utiles (sociaux, environnementaux et organisationnels) dans le pilotage de projets, l'EFC tente de répondre aux enjeux multiples que la transition écologique et sociale convoque. .
Une vision renouvelée de l'espace d'action : La démarche dépasse les frontières administratives et les compétences sectorielles pour se concentrer sur la dimension territoriale et les enjeux partagés.
Ancrage et relocalisation de la richesse : Le modèle EFC, en se concentrant sur l'usage et l'utilité et en s'appuyant sur les ressources immatérielles locales (compétences, coopération), génère des activités et des emplois qui sont naturellement ancrés dans le territoire. L'économie de la fonctionnalité a ainsi vocation à entraîner la création d'emplois non délocalisables, et ainsi revitaliser les territoires.
Le pilotage EFC s'appuie sur une nouvelle posture pour accompagner le caractère exploratoire de la transition.
La posture d'intervention-recherche : Les pilotes de trajectoires territoriales adoptent une posture d'intervention-recherche. Elle est essentielle pour soutenir l'articulation entre l'action et la coopération et permettre de construire « chemin faisant », rompant avec la planification rigide classique.
Des dispositifs d'expérimentation et de transfert : L'EFC est soutenue par des dispositifs concrets.
Afin de soutenir et de généraliser cette nouvelle approche, l'écosystème EFC a structuré des dispositifs spécifiques :
Coop'ter (Territoires de services et de coopérations) vise à structurer les dynamiques territoriales et a impulsé la création de communautés professionnelles (pilotes, accompagnateurs, chercheurs) pour capitaliser les retours d'expériences (REX) et consolider la doctrine face aux réalités du terrain.
L'atelier Villes pairs et territoires pilotes de la transition a produit un référentiel commun pour appuyer le transfert d'expérience et faciliter la généralisation d'un changement de trajectoire du mode de développement. Ces démarches permettent de faire des expériences qui dessinent progressivement une infrastructure territoriale pour sortir des logiques installées.
L'EFC pose la coopération comme la condition même de la performance territoriale et du changement de modèle.
Coopération, un levier de performance : La coopération est le levier central pour développer de nouvelles solutions en mutualisant les ressources. Elle permet de sortir des logiques de concurrence pour développer les ressources immatérielles.
Soutenir la coopération : L'EFC propose une forme renouvelée de développement territorial en incitant les collectivités à faciliter la création d'écosystèmes coopératifs territorialisés (ECT). Ces écosystèmes organisent la convergence d'intérêts autour d'une fonction essentielle (comme le Bien vivre alimentaire ou la transition énergétique).