Cotisations associatives 2025 - Derniers jours !
📆 6 novembre 16h30 -19h
🧭Trianon Transatlantique
Rencontres des acteurs culturels normands ET des acteurs économiques (entreprises, territoires, associations, financeurs...) autour des enjeux de travail et des dynamiques économiques soulevés par les initiatives de transition écologique des organisations.
Témoignages d'acteurs et de porteurs de projet
Analyse portée par des Intervenants experts (ATEMIS)
Animation Club Inné
Date : Mercredi 6 novembre 2025
Horaires : 16h30 à 19h
Lieu : Trianon Transatlantique
114 Avenue du 14 Juillet, 76300 Sotteville-lès-Rouen.
Ce lieu, scène de musiques actuelles reconnue, est un espace propice au dialogue, à la découverte et aux ambiances conviviales.
Nous prolongerons les échanges à l'issue de la plénière, à partir de 19h00, autour d'un cocktail / moment de convivialité (boissons et planches apéritives disponibles au bar du Trianon). L'occasion idéale de poursuivre les discussions entre acteurs culturels, entreprises et intervenants.
Plusieurs organisations culturelles normandes ont entrepris une trajectoire pour transformer les modes de production et de diffusion de spectacles dans une perspective environnementale. Les expériences et initiatives portées depuis plusieurs années sont reconnues pour leur caractère novateur et les effets produits. Mais elles se confrontent aussi à des limites qui interrogent le rôle, les moyens et la mise en œuvre des actions en faveur de la transition écologique des organisations culturelles...
Comment concilier les impératifs écologiques avec les réalités économiques et identitaires du secteur culturel ?
L'approche de l'économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) permet d'identifier des manières de faire, de documenter et de partager une forme de méthodologie d'action concrète et coopérative pour entamer des trajectoires de changement incertaines mais nécessaires Elle permet de dépasser l’idée de transition des structures culturelles pour poser la question du rôle des entreprises du secteur dans une transition plus globale, à l’échelle des territoires.
À partir du témoignage des Nouvelles Coordonnées, nous discuterons les possibilités ouvertes par l’ ancrage l dans un territoire et l’intérêt à investir des d' enjeux multiples, en coopération avec des acteurs en dehors de la seule sphère culturelle. Nous discuterons des conditions à réunir pour rendre possible une telle démarche.
Séance construite autour du témoignage de Jennifer Deroin, présidente de la coopérative Les nouvelles coordonnées (Normandie) en dialogue avec Sarah Helly (ATEMIS), intervenante et accompagnatrice d’organisations culturelles dans leurs trajectoires de transition économique et écologique, en lien avec le référentiel de l’EFC.
Deuxième temps
Le secteur culturel est régulièrement appelé à contribution pour faire émerger de nouveaux récits et imaginaires susceptibles de se substituer au modèle dominant de la croissance illimitée et de contrer la paralysie engendrée par les scénarios d'effondrement (dystopies). Comme si donner à voir des visions d'avenir souhaitables suffisait à engendrer les mobilisations nécessaires à leur concrétisation.
Le témoignage de l’association Les Vagabond.e.s de l’énergie servira de point départ pour discuter de la manière de dépasser cette injonction en racontant comment elle produit des récits dans l’action pour mobiliser des acteurs économiques et des citoyens.
Séance construite autour du témoignage de l'association Les Vagabond.e.s de l'énergie et de lectures de textes choisis de l'ouvrage collectif économies poétiques suivi d'échanges avec la salle.
Plus d’une trentaine d’acteurs du monde économique, culturel et scientifique se sont réunis pour interroger le rôle des organisations culturelles dans la transition écologique. Loin de se contenter de minimiser leur impact, ces acteurs sont appelés à devenir de véritables moteurs d’innovation économique et sociale sur leurs territoires.
Clé de lecture : Le raisonnement de la plénière était développé autour de deux injonctions faites aux artistes et aux structures culturelles.
L'intention du Club INNÉ est d'aborder les problématiques du secteur culturel comme un acteur économique à part entière.
Travaillant aux côtés d'acteurs culturels normands, le Club fait le lien avec les travaux nationaux portés par Sarah Helly et Sandro De Gasparo (Atemis - ARVIVA). L’EFC (Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération) part du principe que la transition écologique des organisations culturelles touche directement à leur modèle économique, aux questions de travail et à l’organisation de leur mode de production.
L’EFC est un outil disponible (une grille d’analyse) pour tous les dirigeants — entreprises, acteurs économiques, associations, et porteurs de projets — pour construire une communauté de pensée et d'action. Le Club INNÉ propose des temps d’initiation, de co-développement et de témoignage pour investir ces questions, partager les expériences et dépasser les enjeux du secteur en ouvrant de nouvelles dimensions à partir des effets utiles produits.
La plénière, animée par Sarah Bourget, a démontré que la transformation commence par un changement de perspective. En fil rouge : Comment passer de l'impératif de réduction d'impact - structure par structure - à l'ambition de produire des communs territoriaux (bâti, énergie, emploi, savoir-faire, récits, expériences partagées, espaces de coopération) ?
L'Innovation réside dans le "Comment Faire"
L'introduction a mis en lumière les limites de l'approche par l'éco-conditionnalité : bien que ce soit un levier pour engager une démarche, elle comporte un risque de greenwashing et le danger de produire des rapports plutôt que de véritables changements.
La première injonction qui pèse sur le secteur est de produire des indicateurs et de rendre compte d'une réduction d'impact sans prendre en compte la réalité de l'activité, les métiers ou les ambitions. L’approche, trop souvent quantitative et silotée, ne permet pas de penser des « solutions intégrées entre les acteurs culturels ». De plus, l’éco-conditionnalité amplifie les rapports concurrentiels entre les structures en rendant l’accès aux fonds publics encore plus sélectif.
Sarah Helly a ensuite affirmé que la transition nécessite un changement de modèle économique, car la transformation passe par une approche systémique :
« Nous devons interroger la valeur, le territoire, la coopération et surtout le travail : le comment faire. »
Ce travail invisible (animation, accompagnement) devient un facteur de réussite économique. C'est ce qu'a incarné Jennifer Deroin, gérante de la coopérative Les Nouvelles Coordonnées (LNC) à Bernay :
Installée dans une friche industrielle, LNC est un laboratoire territorial mêlant artisanat, création et réemploi.
L'ancrage et la multiplicité des activités créent une nouvelle forme de valeur économique. Les expérimentations liées aux pratiques culturelles (scénographie, réemploi) deviennent un levier d'innovation pour les industriels du territoire (ex. : la gestion des déchets avec PRECOVAL).
Clés de lecture : Penser la manière de produire = transformation du mode de production = innovation culturelle.
Le témoignage de Paul Moulènes, directeur du Trianon Transatlantique, a illustré le dépassement des limites. Face au faible impact environnemental du seul fonctionnement de sa structure, son principal levier d’action est la programmation : « on donne de la visibilité, on diffuse ces sujets... c’est ce que nous avons envie de raconter. »
Clé de lecture : Le Trianon utilise son capital immatériel (son statut, son ancrage) pour amplifier son pouvoir d’agir en ouvrant son lieu hors programmation artistique et culturelle, et en fait un espace de coopération (ex. : accueillir cette plénière, recevoir une entreprise locale comme Lavomatic).
La deuxième partie a exploré comment les structures culturelles peuvent participer à transformer notre rapport au monde par le récit et l'imaginaire.
Le défi est de rendre la valeur créée par l'ancrage (comme chez LNC) visible et partageable par l'économie territoriale.
Clément Bresciani (Les Vagabonds de l’énergie) a incarné cette démarche en rappelant que les artistes « ne sont pas les seuls à avoir la charge d’imaginer le futur, de produire du récit désirable, mais ils peuvent nous aider à le matérialiser, le rendre concret. »
La deuxième injonction qui pèse sur les acteurs culturels est précisément d'avoir la charge de produire des récits positifs et engagés dans les dimensions environnementales, ce qui, en réalité, enferme l'acte créatif. Les acteurs culturels sont des personnes immergées dans la société, qui en partagent toutes les problématiques et y posent un regard artistique : cet enjeu est crucial. Ils doivent rester libres de créer ce qu'ils veulent et peuvent s'appuyer sur les associations environnementales et scientifiques (comme ATMO Normandie, Les Vagabond.e.s de l’énergie, Normandie équitable…), ainsi que les entreprises en trajectoire pour soutenir leurs démarches de transition.
Sarah Helly a complété en expliquant la nécessité de « désectoriser l'Art » : l'œuvre seule ne suffit plus. Le changement est systémique. Le dialogue qui s’engage sur la valeur peut être source de créativité. Les acteurs culturels peuvent travailler à rendre visible le travail invisible.
Clé de lecture : Les effets utiles pour les acteurs alentour et pour les vivants du territoire sont incommensurables. Difficile de les compter, de les traduire en indicateurs, d’en produire un rapport. Mais pourtant incontestables.
L'œuvre de Thomas Demoulin (poète) et Romain Demissy (économiste) Économies poétiques incarne l'EFC.
La "Poésie Documentaire" pour ancrer la réalité : L'œuvre n'est pas le reflet d'une théorie. Elle est une poésie documentaire qui, à travers des poèmes et une correspondance entre un économiste et un poète, raconte des trajectoires concrètes d'entrepreneurs engagés dans l'EFC (principalement dans les Hauts-de-France).
L'ouvrage est publié par les Éditions Terres d'EFC, une initiative de l'Institut Européen de l'Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (IEEFC).
Les auteurs :
Romain Demissy est économiste, chercheur et intervenant, notamment au sein du laboratoire ATEMIS (Association pour la Transformation de l'Emploi, des Métiers et des Innovations Sociales), une référence en matière d'EFC.
Thomas Demoulin est poète et enseignant.
L'œuvre est le fruit de leur correspondance, une forme qui met en acte la coopération qu'ils cherchent à décrire.
La démarche et la structure : Le livre est structuré autour d'une série de poèmes de Demoulin et de lettres de Demissy qui se répondent.
Chaque poème s'inspire de la trajectoire d'un dirigeant ou d'une dirigeante ayant engagé une transformation vers l'EFC.
Les lettres de l'économiste (Romain Demissy) à son ami poète (Thomas Demoulin) servent à décortiquer et à analyser ces expériences sous le prisme de l'EFC, traduisant les chiffres et les modèles en questionnements profondément humains.
La réconciliation de l'économique et de l'humain (la dimension poétique) : En proposant des « Économies poétiques », les auteurs défendent l'idée que le cœur de la transition réside dans les dimensions invisibles du travail, de la coopération et des relations humaines.
cela résonne avec la volonté de valoriser le travail réel des équipes (techniciens, artistes, intermittents) et l'usage des décors ou du matériel, plutôt que le simple coût d'achat et la possession. La poésie devient la forme qui permet de rendre visible l'invisible, de donner du sens et une valeur qualitative aux trajectoires d'entrepreneurs qui ont fait ce choix.
Le texte justifie lui-même cette démarche : « Économie et poésie ont beaucoup de choses à se dire, un autre monde s’ébauche... ». Il légitime ainsi l'alliance intersectorielle que le Club INNÉ cherche à construire.
La plénière a abouti à une conviction : Le rôle des acteurs culturels est essentiel pour construire des solutions intégrées. Leur rôle est là où ils ont le plus d’impact : dans leur capacité à faire lien dans leur territoire; ils sont des traducteurs-médiateurs, ils forment des ponts entre le réel et l'imaginaire.
La conclusion politique de la soirée, issue du dernier extrait d'Économies Poétiques, est un appel à la coopération inter-mondes :
« C’est extrêmement important d’allier les mondes Économiques, Sociaux, Et la société civile. » Parce que c’est « ensemble, à un moment donné, en tenant compte des modes de faire un peu plus inspirants, Qu’on peut produire des éléments qui bougent. »
Et maintenant : Comment passer à l'action ?
La question opérationnelle se résume à l'émergence des Écosystèmes Coopératifs Territorialisés (ECT). L'ECT est l'horizon opérationnel où les acteurs, localisés à l'échelle des bassins de vie, intègrent les dimensions sociales, environnementales et économiques.
Le Club INNÉ soutient facilite et d'accompagne ces dynamiques d'action pour :
Dépasser les logiques sectorielles
Mettre au travail des sujets d'actions à visée commune, en pensant solution intégrée et relation servicielle.
L'appel est lancé aux collectivités pour qu'elles deviennent les catalyseurs de ces nouvelles formes de coopération concrètes.
L'impératif de la transition écologique exige de dépasser la simple conformité pour repenser les modèles économiques. Fort de sa convention avec l'ADEME* et de son partenariat stratégique avec la Métropole Rouen Normandie (MRN) dans le cadre des Accords de Rouen, le Club INNÉ se positionne comme le facilitateur clé de cette transformation en Normandie. Son action s'articule autour de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC), une grille d’analyse méthodique qui privilégie la coopération inter-organisationnelle comme levier d’impact territorial.
Le rôle du Club INNÉ est d’être un détecteur et facilitateur qui permet à l'ensemble du territoire normand d'allier les mondes économiques, sociaux et la société civile pour produire des éléments qui bougent.
Contribuer à la mise en mouvement et à la coopération des acteurs Normands
Favoriser et soutenir l’émergence de projets multi-acteurs dans et entre les territoires et autour d’initiatives d’acteurs ou de dispositifs locaux.
Le cadre stratégique est posé : exploration de dynamiques économiques plus compatibles avec avec la transition écologique.
Spécificités de l'accompagnement EFC / Club INNÉ
L’approche du Club INNÉ offre un soutien méthodologique pour identifier les limites de votre modèle actuel et explorer de nouvelles trajectoires en vous concentrant sur la performance d'usage et la création de valeur territoriale partagée.
Passer du rapport au réel : Mettre en discussion la transition économique pour recréer de l’imaginaire et de la faisabilité (Transition et Récit).
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Formation, acculturation et sensibilisation : Cycles de formation, ateliers, et organisation de plénières annuelles co-construites avec les acteurs économiques pour valoriser les entreprises engagées.
Maximiser l'impact territorial : L’Écosystème Coopératif Territorialisé (ECT) est une figure de l’acteur économique capable de prendre en charge de manière intégrée les enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux.
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Repérage et accompagnement : Création d’un dispositif « Un coup de main » offrant un appui ponctuel sur-mesure pour les entreprises à fort potentiel EFC, et intégration de modules Club INNÉ au Parcours d’engagements de la MRN.
Valoriser l'engagement sincère : Dépasser le piège des indicateurs purement chiffrés.
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Le Club INNÉ s'engage à relayer et à encourager les entreprises de son réseau à participer aux dynamiques territoriales, facilitant l'identification de leurs besoins par les collectivités pour orienter l'offre d'accompagnement.
Le secteur culturel est confronté à deux injonctions paradoxales qui peuvent altérer son potentiel transformateur.
Les injonctions à dépasser
L'injonction du compteur de carbone : L'obligation de produire des indicateurs et de rendre compte d'une réduction d'impact, sans prendre en compte la réalité des métiers ou les ambitions. L’éco-conditionnalité amplifie la concurrence et le risque de greenwashing.
L'injonction du récit positif : L'obligation de produire des récits désirables et engagés, qui enferme l'acte créatif. Les acteurs culturels doivent rester libres de créer et peuvent s'appuyer sur des partenaires pour soutenir leurs démarches.
Le rôle du Club INNÉ : libérer le potentiel innovateur
L'innovation culturelle réside dans la transformation du mode de production (Penser la manière de produire = innovation culturelle). Le Club INNÉ soutient la « désectorisation de l'Art » pour un dialogue plus large sur la valeur.
Valoriser le travail invisible : Interroger le « comment faire », le travail immatériel (confiance, apprentissage).
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Exploration de nouveaux modèles de revenu : Soutien à des projets multi-acteurs comme la Mission d’appui à LNC (Les Nouvelles Coordonnées) pour créer une offre d'éco-scénographie économiquement viable basée sur l’ECT.
Soutenir les entreprises culturelles : Pour mettre en œuvre, penser leur trajectoire à partir d'une analyse du déjà-là.
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Accompagnement individuel des acteurs dans le cadre de leur programmation stratégique en explorant les effets utiles, les besoins organisationnels, les modes de production.
Créer des communs territoriaux : Utiliser son capital immatériel et son lieu (comme le Trianon Transatlantique) pour amplifier son pouvoir d’agir.
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Laboratoire d'action : dans le cadre de la convention avec l’ADEME et de la feuille de route MRN sur des sujets transversaux comme la transition écologique de la culture, le réemploi biosourcé, la low-tech, ou l'alimentation durable.
Garantir la liberté créative : S'appuyer sur des initiatives et expertises portées par d'autres
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Facilitation inter-mondes : Mettre en lien les acteurs culturels avec les associations scientifiques et les entreprises en trajectoire pour soutenir la démarche de transition et renforcer l'ancrage local.
Face à la complexité des enjeux (climat, industrie, urbanisme), l'approche transversale et territoriale est indispensable.
Le Club INNÉ : appui stratégique et désilotage
Le Club INNÉ est le partenaire stratégique de la Métropole Rouen Normandie pour opérer le désilotage et soutenir l'émergence des ECT comme figure opérationnelle de la résilience territoriale.
Appui aux politiques publiques et désilotage : Assurer la transversalité entre les services
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Appui stratégique & acculturation : Formation/Acculturation des équipes de la MRN/Communes à l’EFC pour en faire une grille de lecture commune. Le Club INNÉ apporte une lecture EFC/Coopération pour soutenir la MRN dans la mise en oeuvre de ses politiques publiques.
Création de valeur et expérimentations territoriales : Développer des solutions intégrées et économiquement rentables en réponse aux besoins du territoire.
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Soutien à l'expérimentation : Accompagnement des politiques publiques majeures et des projets multi-acteurs. Le Club INNÉ est le laboratoire d’expérimentation terrain de la Métropole
Une communauté de pensée et d'action : Assurer une vision partagée entre les acteurs du territoire.
[ACTIONS DU CLUB INNÉ] Animation d'un espace d'échange et de coopération entre les acteurs, centré sur les retours d'expérience et l'évaluation ressource.
La crise écologique place le secteur culturel sous une pression croissante, l'obligeant à revoir ses pratiques. En France, l'approche institutionnelle est largement dominée par l'éco-conditionnalité, subordonnant l'attribution de financements publics à l'atteinte d'objectifs environnementaux (ex. dispositif CACTé). Cependant, cette approche, si elle a le mérite d'initier la décarbonation, montre rapidement ses limites en termes de transformation structurelle.
Comment les structures culturelles peuvent-elles transformer l'injonction écologique en un levier de refonte profonde de leur modèle économique, afin de revendiquer un rôle de producteurs de valeur sociétale et de communs territoriaux, plutôt que de rester des bénéficiaires subordonnés aux exigences de l'éco-conditionnalité ?
Une lecture à l'aide du référentiel de l'Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC) permet aux organisations culturelles de sortir du « piège du rapport » (rapport vs transformation réelle). L'EFC repositionne la culture comme une sphère fonctionnelle capable de produire de la valeur non seulement par la vente de biens (spectacles, événements), mais aussi par le développement de l'usage, l'apprentissage collectif et la reconnaissance du travail réel au sein d'écosystèmes coopératifs territoriaux.
Ils étaient présents, focus sur leurs dynamiques respectives
Soutenu par l'ADEME pour l'animation de l'économie circulaire, le projet des Nouvelles Coordonnées est un pôle multifonctionnel ambitieux, axé sur la réhabilitation de friches et la coopération entre acteurs. LNC se positionne comme un lieu ressource essentiel pour la transition culturelle et le réemploi.
Ses apports sont multiples :
Expertises en réhabilitation et projets multi-acteurs : LNC est un acteur clé dans la transformation d'espaces et la promotion de collaborations.
Savoir-faire reconnus : De la construction de décors aux ateliers de réemploi, en passant par la formation et l'accompagnement, LNC offre des compétences variées.
Un modèle coopératif innovant : En tant que SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif) et tiers-lieu hybride, LNC incarne une approche concrète du "faire ensemble".
La co-construction avec le Club Inné permettra à LNC de renforcer sa visibilité, de développer de nouvelles coopérations, de diversifier ses activités et de consolider son modèle économique, notamment en explorant de nouvelles formes de prestations (formations, chantiers d'expérimentation, location d'espaces).
L’activité portée par Les Nouvelles Coordonnées s’inscrit dans une dynamique innovante de transition écologique du secteur culturel et événementiel. Elle vise à développer en Normandie :
Une offre structurée d’éco-scénographie et de décors durables, reposant sur trois piliers :
réemploi des matériaux,
un écosystème fonctionnel générateur de valeur
mutualisation des ressources entre les acteurs.
Service à développer :
un service intégré de conception, fabrication, remise en état, stockage, collecte et location de décors réemployés.
L’objectif est de proposer aux structures culturelles et événementielles une alternative économique et écologique crédible, avec une qualité professionnelle et un accompagnement sur mesure.
Le Club a répondu à l’appel de Les Nouvelles Coordonnées pour une MISSION D’APPUI A LA CRÉATION D’UNE DYNAMIQUE D'ÉCOSYSTÈME COOPÉRATIF TERRITORIALISÉ.
Cette démarche vise à identifier les activités nécessaires, les acteurs clés et les modalités (monétaires et non monétaires) permettant de soutenir l'émergence et la consolidation de la coopérative.
Nous lançons un appel à participation très large à destination des collectivités, des entreprises et porteurs de projets culturels et à tout acteur économique qui s'inscrit ou cherche à s'inscrire dans une démarche de transition : construisons un récit alternatif au modèle dominant !
Une programmation pour
Instaurer des espaces de dialogue et de partage de pratiques (surtout vos retours d'expérience !).
Mieux comprendre la demande qui émerge des acteurs culturels normands et les besoins des collectivités et acteurs économiques
Co-construire une place intégrée dans une dynamique économique territoriale.
👉 Thèmes concrets que nous proposons d'explorer lors de nos prochaines rencontres :
Fabrication et scénographie durable : Éco-conception, réemploi des décors.
Textile et costumes : Modèles circulaires, mutualisation, réparation.
Organisation et modèle économique : Gouvernance, contractualisation, répartition de la valeur, le rôle des vacataires et intermittents dans les prises de décisions.
Stockage et mutualisation : quelles conditions pour passer du coût à l’investissement ?
Logistique et mobilités : Nouveaux métiers ? Quels freins ? Quelle visée collective ?
Métiers et formation : Des pratiques d'experts ? Quelle évaluation ? Notions de performance; Formation et partage des savoirs; Le rôle des vacataires et intermittents mutli-sites dans l’innovation.
Incluant des ateliers de fabrication coopérative, des ateliers sur les outils de coopération, des conférences, des études de cas, et des plénières conviviales avec des témoignages croisés d'acteurs engagés et des acteurs économiques émanant d'autres secteurs d'activité.
Restez connectés pour les prochaines annonces et la confirmation des dates précises du séminaire. Votre engagement est essentiel pour construire une culture de la transition !
Situé à Sotteville-lès-Rouen, le Trianon Transatlantique est une Scène Conventionnée d'Intérêt National dédiée à l'art en création pour la chanson et les musiques francophones. Sous la direction de Paul Moulènes, cette institution culturelle incarne une vision renouvelée et stratégique de la transition écologique, bien au-delà des seuls indicateurs de réduction d'impact.
Pour Paul Moulènes, l'enjeu principal de la transition ne réside pas uniquement dans l'amélioration de la performance environnementale du bâtiment. Face au faible impact structurel d'une salle de spectacle, le directeur a identifié le véritable levier d’action de sa structure : la programmation.
« On donne de la visibilité, on diffuse ces sujets... c’est ce que nous avons envie de raconter », affirme-t-il.
Le Trianon démontre ainsi que son pouvoir d’agir se trouve dans l'usage de son capital immatériel — son statut, son ancrage et sa crédibilité — pour amplifier son rôle sur le territoire. L’objectif est de dépasser la logique de l'éco-conditionnalité pour tendre vers la production de communs territoriaux.
En s'inscrivant dans la démarche de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC), le Trianon transforme son cœur de métier : il ne se limite plus à la seule diffusion artistique, mais devient un véritable espace de coopération inter-mondes.
Ce changement de perspective est concret :
Accueil de dynamiques économiques : Recevoir un club d’entreprises comme Lavomatic qui cherche un lieu 'cohérent', ou accueillir la plénière du Club INNÉ interrogeant le rôle des organisations culturelles dans la transition, permet d'ouvrir le lieu hors programmation artistique.
Soutien à la mise en récit : La programmation devient le moyen de « désectoriser l'Art » pour lancer un débat plus large sur les valeurs, et d'offrir une plateforme aux récits désirables sans contraindre la liberté créative des artistes.
Le Trianon Transatlantique est ainsi un exemple fort en Normandie de la manière dont une structure culturelle peut utiliser son influence et son ancrage territorial pour devenir un moteur d’innovation économique et sociale. Il prouve que, pour les acteurs culturels, le plus grand impact réside dans leur capacité à faire lien et à traduire les enjeux sociétaux complexes.
L’association Les Vagabond·es de l'énergie, portée notamment par Clément Bresciani (co-voyageur en 2016-2018), s'inscrit au carrefour de l'éducation populaire, des sciences et de l'action concrète. Basée en Normandie, cette association a pour mission d'animer et de mettre en récit la transition écologique et sociale vers des futurs désirables.
Leur démarche s'appuie sur deux piliers :
Le pôle voyages : L'association mène des voyages d'étude de la thématique de l'énergie à travers le monde, permettant de collecter des expériences et des solutions concrètes pour la transition.
Le pôle animation : Les Vagabond·es de l'énergie proposent des actions d'éducation et de sensibilisation pour tous publics. Leur pédagogie active utilise des outils variés comme les jeux de société, les ateliers d'intelligence collective, le bricolage, et l'atelier mobile low-tech (Hélianthe la vagabonde).
Ils sont également organisateurs du festival Les Chemins de Travers, qui propose des ateliers de cuisine et de bricolage low-tech, illustrant la manière de vivre une expérience dans l’action.
Dans le cadre du débat sur la « désectorisation de l'Art », Clément Bresciani a incarné le rôle essentiel de traducteur et d'intermédiaire entre les acteurs. Son action vise à rendre les solutions et les concepts accessibles :
« Les artistes ne sont pas les seuls à avoir la charge d’imaginer le futur, de produire du récit désirable, mais ils peuvent nous aider à le matérialiser, le rendre concret. »
En agissant comme un traducteur entre citoyens, industriels et collectivités, l'association rend les enjeux complexes palpables. Leur travail, c'est de « rendre accessible, faire reformuler. Nous, on vulgarise. »
Cette approche démontre que l’art et l’expérimentation pratique, en créant une forme d’expérience partagée, peuvent être mis au service d'une structure scientifique (comme l'illustre l'exemple d'ATMO Normandie faisant appel à l'art pour « faire le pont, traduire » l'information), prouvant ainsi le potentiel des communs territoriaux issus de la coopération inter-secteurs.
L'engagement des acteurs culturels dans la transition écologique ne passe pas seulement par le récit, mais par la transformation concrète des modes de production. C'est le chemin qu'a choisi Julie Fouché, actrice et entrepreneure de l'économie sociale et solidaire (ESS), en portant la création de la Ressourcerie culturelle du spectacle vivant à Rouen.
Invitée à la plénière du Club INNÉ pour la lecture d'extraits d'Économies Poétiques, elle incarne cette nouvelle figure de l'acteur culturel qui dépasse l'injonction du seul geste artistique pour s'attaquer au modèle économique et logistique du secteur.
S'inscrivant pleinement dans l'approche du Club INNÉ qui prône la « désectorisation de l'Art », le projet de Julie Fouché vise à faire de l'économie circulaire le nouveau standard du spectacle vivant en Normandie.
Le postulat est simple : le secteur culturel génère un volume conséquent de décors, costumes et accessoires à usage unique. La Ressourcerie propose une réponse systémique :
Réemploi et mutualisation : Organiser la collecte, le stockage et la mutualisation des matériaux, décors, costumes et accessoires entre professionnels.
Revalorisation et éco-conception : Soutenir l'upcycling et l'éco-conception pour les nouvelles créations.
Accompagnement territorial : Aider les projets à s'approvisionner durablement et à réduire concrètement leur impact environnemental.
Plus qu'une plateforme logistique, la Ressourcerie est conçue comme un lieu favorisant la coopération et la rencontre professionnelle, créant ainsi des effets utiles sur le territoire (réduction des déchets, création d'emploi local non délocalisable).
L'ambition écologique de la Ressourcerie est forte, mais sa pérennité dépend de la solidité de son modèle économique. C'est ici qu'intervient le Club INNÉ, en s'appuyant sur l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC).
Le soutien du Club INNÉ se concentre sur :
Structurer le modèle économique : Aider Julie Fouché à transformer son activité — qui pourrait être perçue comme un simple service logistique — en un Écosystème Coopératif Territorialisé (ECT).
Identifier la valeur : Dépasser le seul coût de l'objet pour valoriser la performance d'usage (un décor réemployé n'est plus un déchet, mais une ressource mutualisée et une source d'économie pour d'autres compagnies).
Soutenir le travail invisible : Assurer que le temps dédié à la facilitation de la coopération, à la logistique du réemploi et à la transmission des savoir-faire soit reconnu et financé durablement.
En aidant la Ressourcerie culturelle du spectacle vivant à trouver une trajectoire économique pérenne, le Club INNÉ soutient une initiative qui prouve que l'innovation culturelle réside dans la manière de produire et que l'écologie peut être un levier pour des nouveaux modèles de revenus dans le secteur. Julie Fouché porte ainsi une solution concrète pour l'avenir de la création.
L'enjeu de la transition écologique réside souvent dans la capacité à traduire la donnée scientifique brute en une réalité humaine palpable. C'est le pari stratégique mené par Véronique Delmas et ATMO Normandie (organisme agréé de surveillance de la qualité de l'air), qui utilise délibérément l'art, le récit et le citoyen pour faire de la science un véritable bien commun accessible.
Face à la froideur des graphiques et des taux de pollution, ATMO Normandie a cherché à « faire le pont » entre l'expertise technique et la sensibilité des habitants. L'objectif n'est pas seulement d'informer, mais de permettre l'appropriation du sujet et la participation active.
L'intention de l'organisme scientifique est d'employer la culture pour rendre la science plus accessible et, surtout, plus agissante.
Faire appel à un écrivain pour traduire les odeurs : Pour rendre compte de la complexité des ambiances olfactives urbaines ou industrielles, ATMO Normandie va au-delà des mesures chimiques. En mobilisant l'écriture et le récit, l'organisme transforme la perception d'une odeur (qui est une donnée subjective) en une description partagée. L'artiste devient le médiateur qui fait passer le signal faible de la pollution ou de l'atmosphère d'un lieu de l'abstrait au sensible.
Les expositions photographiques d'ouvriers : Le recours à la photographie pour documenter le quotidien de ceux qui sont au cœur des processus industriels ou de transition est un autre exemple puissant. L'image humanise les enjeux de l'air et de la production, créant une connexion émotionnelle qui manque aux rapports techniques. L'accent est mis sur l'identité professionnelle et la manière dont le travail interagit avec l'environnement.
L'initiative la plus emblématique de cette hybridation entre science et culture est sans doute liée aux odeurs, domaine où l'objectivité scientifique rencontre le vécu humain.
L'École des Nez mise en place par ATMO Normandie forme des citoyens volontaires à identifier, qualifier et documenter les odeurs de leur environnement. C’est un travail de science participative qui transforme l'habitant en capteur humain.
Cette démarche a trouvé un écho dans le monde de l'art lors de la Minute internationale des odeurs :
Fiches Bristols au musée : Les témoignages et descriptions collectés auprès des « nez » citoyens — souvent rédigés sur de simples fiches Bristols — ont été exposés au Musée des Beaux-Arts de Rouen. Ce geste est l'illustration parfaite de l'intention de Véronique Delmas : il place la parole citoyenne et le vécu olfactif au même niveau d'importance que les œuvres d'art classiques. Le témoignage sur les odeurs d'une usine voisine ou d'un paysage naturel devient un objet de patrimoine culturel immatériel et un outil de surveillance de la qualité de l'air.
En s'appuyant sur l'art, le récit et l'engagement citoyen, ATMO Normandie crée une « communauté de pensée et d'action » qui mobilise l'intelligence collective pour la transition, prouvant que la coopération entre les mondes scientifique, économique et culturel est le moteur de la résilience territoriale.
La Direction de la Culture de la Métropole Rouen Normandie (MRN) est face à un défi stratégique majeur : piloter la transition écologique de son territoire sans exclure ses acteurs économiques locaux. En tant que collectivité, la MRN doit choisir des orientations stratégiques fortes (comme le zéro plastique à l'Armada) qui peuvent, à première vue, entrer en tension avec les modèles d'affaires de ses fournisseurs et producteurs (viande, lait, services jetables).
L'intention de la Métropole est de transformer cette tension en levier de coopération durable, une démarche qui s'inscrit pleinement dans la vision de l’Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération (EFC).
La MRN utilise ses équipements et ses événements emblématiques non seulement pour diffuser la culture, mais aussi comme laboratoires d'expérimentation pour la transition.
L'Armada : le défi du "Zéro Plastique"
L'Armada, en tant que premier rassemblement de grands voiliers au monde, est devenue une vitrine de l'engagement social-écologique de la Métropole. Dès 2023, la MRN et l'association organisatrice ont co-signé une convention visant le « Zéro pollution plastique et 100% de déchets résiduels recyclés ou réemployés ».
Cette ambition se traduit par des actions concrètes :
Défi logistique : Expérimentation d'une solution de consigne pour les contenants alimentaires (en partenariat, par exemple, avec des acteurs comme La Consigne Havraise), visant à remplacer les plastiques à usage unique auprès des food-trucks et restaurateurs.
Sensibilisation et récit : Le Pavillon des Transitions a accueilli des expositions et des animations pour sensibiliser le grand public à la pollution plastique et à la protection des océans.
Ces choix, inscrits dans le plan d'action global « Métropole Zéro Pollution Plastique » (MZPP), créent un signal fort sur le marché, mais imposent aux fournisseurs de s'adapter, mettant en lumière le besoin d'accompagnement.
Les festivals
Pour les festivals et les équipements culturels, la Métropole intègre les objectifs de transition dans son soutien et ses appels à projets.
Alimentation locale : concilier tradition et écologie
La question de l'alimentation est centrale et particulièrement délicate en Normandie, région de production laitière et de viande. La MRN souligne qu'il ne s'agit pas d'opposer les mondes (végétarien/végan contre producteurs locaux), mais de créer les leviers du dialogue. La stratégie passe par le Projet Alimentaire Territorial (PAT), qui vise à organiser la mise en réseau de tous les acteurs (producteurs, transformateurs, distributeurs, restauration collective et privée). L'objectif est de garantir un approvisionnement durable et de proximité, tout en accompagnant les producteurs dans une transition de leurs modes de production pour répondre aux critères des marchés publics (voir l'événement "Rouen à Table !").
La principale difficulté de la Métropole est de faire de son Schéma de Promotion des Achats Socialement et Écologiquement Responsables (SPASER) un outil de transformation et non d'exclusion pour son tissu économique.
Le SPASER (adopté en juillet 2021) vise trois objectifs principaux :
Prendre en compte la transition écologique, la biodiversité et les impacts environnementaux dans les marchés publics.
Favoriser la commande publique éthique et socialement responsable.
Simplifier et faciliter l'accès à la commande publique pour le tissu économique local.
En intégrant des critères environnementaux stricts, la MRN cherche à orienter l'offre des entreprises. Le défi est d'éviter que ces critères ne soient des barrières d'entrée pour les fournisseurs locaux qui n'ont pas encore les moyens d'investir dans leur propre transition.
L'approche coopérative de la MRN, notamment en partenariat avec le Club INNÉ consiste à :
Acculturer et former les équipes internes (Urbanisme, Éco, Culture) à l'EFC pour uniformiser la grille de lecture de la transition.
Soutenir l'expérimentation et l'accompagnement des entreprises pour qu'elles puissent se mettre en conformité avec les exigences écologiques (ex. : accompagnement des restaurateurs pour le zéro déchet).
Renforcer les liens durables et les échanges entre acteurs du territoire (collectivités, producteurs, fournisseurs, entreprises culturelles) pour que les contraintes de chacun soient discutées, et que l'impératif écologique devienne une opportunité de créer de la valeur partagée et des écosystèmes coopératifs territorialisés.
Économies poétiques ? Quel drôle d’assemblage… Nous nous disons a priori que des milliers de kilomètres séparent le monde de l’économiste et le monde du poète. Mais peut-être jugeons-nous trop vite ; peut-être, comme le dit Romain Demissy dans l’une de ses lettres à Thomas Demoulin, « qu’il y a besoin d’abandonner cette facilité et ce confort d’esprit qui ne résiste pas longtemps à l’épreuve du réel ».
Pour entendre ces dimensions invisibles, le poète écoute et laisse la parole ; l’économiste, en homme d’échange, s’engage alors dans une correspondance. Économie et poésie ont beaucoup de choses à se dire, un autre monde s’ébauche…
Thomas Demoulin, le poète et Romain Demissy, l’économiste, vous proposent des temps de lecture et d’échanges autour de ce “drôle d’assemblage“ à Strasbourg, à Paris et bientôt en Normandie.
Il est important de situer le contexte de crise des imaginaires dans lequel nous sommes pour comprendre l’intérêt actuel pour les récits. Aujourd’hui, malgré le consensus sur le caractère anthropique du changement climatique – nous sommes à 81 % d’accord, selon notre dernier baromètre des représentations sociales du changement climatique1 –, nous constatons une forte dissonance entre intention et action. Les principaux récits aujourd’hui sont ceux du consumérisme et du productivisme, selon lesquels pour être heureux, il faut consommer, toujours plus et tout de suite. Or, cet imaginaire dominant est plus que jamais insoutenable et met en péril l’habitabilité de notre planète.
[source Horizons publics Quelle place des récits dans la transition écologique portée par l’ADEME ?]
L’importance des récits pour faire face à la crise des imaginaires
Face à une difficulté, un des premiers réflexes est de penser qu’il y aura une solution technologique pour pouvoir en sortir. La question des coûts écologiques et sociaux est alors mise de côté. À l’autre extrême des types de récits existants, on trouve des récits de type survivalistes avec des personnes qui, très conscientes du péril écologique, proposent des réponses basées sur le communautarisme, parfois avec violence.
La transition nécessite un changement profond de nos imaginaires collectifs. L'Art et la Culture sont au centre de cette "bataille des imaginaires".
👀Trois problématiques interdépendantes autour du rôle du récit et de l'imaginaire dans la transition :
Le premier défi est de "désincarcérer le futur" de l'emprise des imaginaires dominants et de la seule vision de l'effondrement.
Le Mythe à Déconstruire : L'imaginaire de l'"illimitiste" (croissance, consommation, technoscience salvatrice) est profondément ancré dans la culture, la publicité et les productions médiatiques, rendant les alternatives (comme la sobriété) impensables ou vécues comme un sacrifice.
Le Piège Dystopique : Si les récits d'effondrement (dystopies) ont un rôle d'alerte, leur omniprésence peut aussi inhiber l'action et engendrer l'éco-anxiété, en peignant un avenir sans espoir.
L'Enjeu de la Pluralité : Il est nécessaire de sortir du "mythe du récit unique et magique" et de créer une diversité de contre-récits qui résonnent avec les aspirations et les contraintes des différents groupes sociaux et territoires (récits locaux). La question est de savoir comment les faire cohabiter et émerger face aux moyens colossaux de l'imaginaire dominant.
Pour créer du lien et de l'envie, les récits ne peuvent rester de simples fictions; ils doivent être des outils transformatifs.
Récit vs. Storytelling : La distinction est cruciale. Le récit doit être incarné par le réel et s'appuyer sur un diagnostic lucide des problèmes pour être crédible, tandis que le storytelling (ou récit-washing) peut être déconnecté et fantasmé. Le défi est de relier l'imagination à l'action au présent.
L'Émotion et l'Incitation : Les récits doivent intégrer des dimensions émotionnelles et désirables pour être mobilisateurs. Les formats trop sombres, moralisateurs ou technocratiques sont moins efficaces. La question est de trouver le bon ton (humour, joie) pour susciter l'implication et non la paralysie.
La Co-construction et l'Appropriation : Les citoyens ne peuvent être de simples spectateurs. Pour que le récit fasse lien, il doit être co-construit par les acteurs locaux et les citoyens, dans une démarche qui renforce le pouvoir d'agir individuel et collectif (par des ateliers, des fresques, des démarches participatives).
La transition écologique est d'abord une transition culturelle, ce qui place les acteurs culturels, médiatiques et de la communication au cœur de la problématique.
Le Rôle des "Imaginacteurs" : Les scénaristes, artistes, producteurs, et communicateurs ont un rôle fondamental dans la diffusion des représentations du monde. L'enjeu est de les éclairer et les engager à ne plus reproduire le système dominant mais à créer de la valeur en cohérence avec les défis planétaires.
Le Quotidien et le Concret : Les nouveaux récits doivent décrire des situations et des modes de vie quotidiens qui incarnent la sobriété de manière attrayante (ex: valoriser l'agriculture locale, le vélo, les modèles coopératifs), montrant que les changements apportent plus de bonheur et de santé.
Mesurer l'Impact : Face à l'urgence, il est difficile d'évaluer le pouvoir d'influence réel des nouveaux imaginaires face au flux constant des messages publicitaires et médiatiques. Comment s'assurer que l'effort créatif déclenche un rejet des imaginaires dominants et se traduise par des changements de comportement à grande échelle ?