Hybrider les formations dans l’enseignement supérieur :
questions et perspectives postpandémiques
S’inscrivant dans le prolongement de l'article de Peltier et Charlier (2024), l'auteur réinterroge la notion d’hybridation dans l’enseignement supérieur à partir d’une perspective postpandémique, attentive aux glissements sémantiques et aux recompositions institutionnelles du champ. Là où Peltier et Charlier proposaient un cadre d’analyse centré sur la co-construction des environnements d’apprentissage hybrides, articulé autour de la dynamique des configurations (variables individuelles, contextuelles et interactionnelles), l'auteur déplace la focale vers les conditions systémiques et politiques de cette hybridation.
En distinguant l’enseignement à distance d’urgence ERE d’une hybridation pensée, l’auteur défend une approche dispositive de la formation (Massou, 2010) qui dépasse la seule ingénierie technopédagogique. Reprenant les apports du programme Hy-Sup et annonçant le projet HyPES (2024-2027), il souligne la nécessité d’une actualisation du cadre en intégrant la voix étudiante et les dimensions évaluatives, absentes du modèle initial. Sa réflexion s’étend également aux hybridations sensorimotrices (réalité augmentée, téléprésence, dispositifs immersifs) qui interrogent la congruence technopédagogique et la qualité ergopédagogique des nouvelles médiations.
Toutefois, si le chercheur offre une cartographie solide et diachronique des usages et politiques de l’hybride, son propos demeure plus analytique que critique. Là où Peltier et Charlier ouvraient la voie à une compréhension dialogique et co-régulée de l’apprentissage, Massou s’inscrit dans une logique macro-institutionnelle, où la question du pouvoir normatif des dispositifs et des injonctions à l’innovation reste implicite. En ce sens, sa contribution éclaire les dimensions stratégiques et systémiques de l’hybridation, mais appelle une lecture plus émancipatrice et épistémologique du numérique éducatif comme champ de négociation entre acteurs, dispositifs et politiques de savoir.