Les grands acteurs du numérique éducatif
Le numérique éducatif se présente comme un champ de tensions : d’un côté, l’utopie des communs incarnée par Wikipédia et les logiciels libres, qui valorisent le partage et la coopération ; de l’autre, la logique marchande des GAFAM et des groupes chinois, qui transforment l’éducation en marché global. Entre ces pôles, les États peinent à construire des politiques cohérentes : trop centrées sur l’équipement, elles laissent en arrière-plan la question essentielle de l’appropriation critique par enseignants et élèves. L’enjeu, ainsi posé, n’est pas seulement technique mais éminemment politique : comment garantir une souveraineté éducative à l’ère des plateformes mondiales ?
L’expérience marocaine illustre cette problématique sous un autre angle. Depuis la loi-cadre 51.17 et la feuille de route 2022-2026, le pays place le numérique au cœur de sa réforme éducative. Des dispositifs comme l'ENT Massar, programme GENIE ou TelmidTICE traduisent un volontarisme réel. Mais, comme le rappellent plusieurs analyses (Cf. UNESCO, 2021), les obstacles persistent : fracture numérique, inégalités territoriales, formation insuffisante des enseignants. Le cas marocain montre que, hors du monde euro-américain, la question n’est pas seulement celle de rivaliser avec les géants privés, mais de bâtir une stratégie nationale capable de concilier modernisation, équité et autonomie.