Accompagner les formateurs et les étudiants à la sobriété numérique
En quoi la formation universitaire peut-elle concilier transition numérique et transition écologique ? C’est à cette tension que répond Mercier et Trichet (2023) en explorant l’accompagnement des formateurs et étudiants vers la sobriété numérique, entendue comme une démarche de réduction de l’empreinte environnementale du numérique (Le Roy et al., 2020 ; Bordage, 2019). S’appuyant sur les travaux de Rabardel (2005) sur le pouvoir d’agir, les auteurs défendent une approche anthropocentrée, articulant niveaux macro (politiques publiques), méso (université de Nantes) et micro (pratiques pédagogiques).
L’article se distingue par sa portée opérationnelle : rationalisation des espaces LMS, formation à la gestion des données, hybridation raisonnée des cours (Salam & Mercier, 2022). Ces démarches traduisent une éthique du numérique responsable intégrant les dimensions sociale (Granjon, 2022), écologique (Guillard et al., 2021) et éthique. Toutefois, l’analyse demeure descriptive : elle traite peu des tensions structurelles (économiques, institutionnelles) qui freinent la transition écologique du numérique et tend à individualiser la responsabilité.
Dans une perspective de recherche, il serait intéressant d’élargir la réflexion aux mutations introduites par l’intelligence artificielle, qui reconfigurent profondément les pratiques éducatives et les rapports au savoir. Plus qu’une évolution technique, cette dynamique interroge la nécessité d’une éducation au numérique fondée sur la compréhension critique, la responsabilité et la sobriété. Penser la formation dans ce contexte revient à défendre l'usage d'un numérique plus conscient, où apprendre à maîtriser la technologie signifie aussi apprendre à en mesurer les limites et les impacts.