Comprendre la dynamique de co-construction des environnements d’apprentissage hybrides :
cadre d’analyse et pistes de recherche
Dans leur article, Charlier et Peltier (2024) proposent de comprendre les environnements d’apprentissage hybrides comme des configurations de co-construction entre concepteurs, enseignants et étudiants. Inscrites dans une épistémologie constructiviste et interactionniste (Linard, 1994), elles prolongent les travaux du projet Hy-Sup (Deschryver & Charlier, 2012) pour dépasser une lecture techniciste du dispositif et en analyser la dynamique systémique. Leur modèle articule trois ensembles de variables : celles relatives à l’étudiant (dispositions, conceptions, expériences antérieures), celles de l’environnement (articulation présence/distance, médiatisation, médiation, accompagnement, évaluation et ouverture du dispositif), et celles des interactions (représentations, stratégies d’apprentissage, environnements personnels d’apprentissage EPA).
La particularité du cadre proposé réside dans sa capacité à rendre compte de la complexité des ajustements entre intentions pédagogiques et pratiques étudiantes, en considérant la co-construction comme un processus situé et évolutif. En introduisant la notion d’EPA, les auteures reconnaissent la part active des étudiants dans la configuration de leurs environnements d’apprentissage, ce qui déplace l’analyse du dispositif vers les usages et les expériences vécues. Toutefois, la densité du modèle, fondé sur des variables souvent qualitatives et interdépendantes, rend son opérationnalisation empirique délicate. Personnellement, j’y vois un cadre théorique exigeant mais prometteur, qui ouvre la voie à des investigations empiriques fines sur les relations entre médiation, engagement et appropriation dans les dispositifs hybrides contemporains.