S’intéresser aux acteurs de l’ingénierie et de l’accompagnement pédagogique
Alors que l’université se revendique comme lieu de production du savoir, elle peine encore à reconnaître ceux qui en assurent la mise en œuvre la plus concrète : les ingénieurs et conseillers pédagogiques. Figures essentielles mais floues, à la fois architectes de dispositifs numériques et passeurs de pratiques, ils demeurent enfermés dans une zone grise de l’institution. La pandémie a révélé leur rôle central, mais aussi la précarité de leur statut, souvent réduits à de simples « techniciens » là où ils devraient être considérés comme des co-chercheurs. Les recherches recensées (Cf. Basque et al., 2014 ; Linder & Dello Stritto, 2017) confirment cette tension : d’un côté, une expertise opérationnelle nourrie d’expériences et d’échanges entre pairs ; de l’autre, des savoirs scientifiques jugés abstraits, peu applicables. Or c’est précisément dans cette friction que se joue l’avenir de la pédagogie universitaire
Dès lors, une question se pose : comment transformer cette tension en levier, et faire de ces acteurs non plus des exécutants périphériques mais de véritables médiateurs épistémiques ? Peraya met le doigt sur ce paradoxe mais en reste, à mon sens, davantage au constat qu’à la prospective. Si la recherche-action-formation ou la Design Based Research ouvrent des pistes fécondes, encore faut-il que les institutions dépassent une logique instrumentale et reconnaissent pleinement la valeur cognitive de ces métiers. Leur professionnalisation ne saurait se réduire à un toilettage terminologique : elle suppose une reconfiguration du rapport entre recherche, pédagogie et gouvernance, où les ingénieurs pédagogiques deviennent co-constructeurs de savoirs.