Intéressons-nous, dans un premier temps, à l'image des deux villes véhiculée par la télévision espagnole. Pour cela, nous avons eu recours aux reportages du magazine Informe semanal de la société publique TVE car sa longévité et la qualité de ses reportages en font aujourd'hui une référence incontournable dans le panorama de la télévision espagnole.
Entre 1975 –date du premier reportage consacré aux deux villes africaines- et 2002 – autour de la crise de l'îlot de Perejil- , nous avons répertorié 20 reportages consacrés à Ceuta et Melilla ; ils se répartissent de façon inégale puisque nous avons pu dégager deux périodes durant lesquelles les reportages ont été plus fréquents, alors que dans d'autres périodes –entre 1975 et 1985- on n'en compte aucun. Entre 1985 et 1991, le magazine Informe Semanal a consacré 7 reportages au sujet qui nous intéresse, avec un "pic" de 3 émissions en 1986. Entre 1995 et 1999, 11 reportages ont abordé des problématiques diverses en lien avec les deux villes. Il est intéressant d'étudier les principaux sujets abordés au cours de ces 27 ans de productions télévisées : 8 reportages évoquent l'immigration illégale et se situent après 1995, 4 reportages traitent de la convivencia autour des années 1985-1986, alors que 3 émissions ont pour sujet des faits divers et 2 la politique intérieure (année 1999). Enfin, avec une émission par thème, nous trouvons l'armée, la contrebande et un reportage à la tonalité de propagande franquiste, celui de 1975.
Comme l'on peut aisément s'en rendre compte, rares sont les présentations positives des deux villes dans ces reportages, car quasiment tous les thèmes abordés sont en lien, soit avec les Droits de l'Homme, soit avec l'ordre public. De plus il convient de souligner que l'immigration illégale est un thème qui en vient aujourd'hui à représenter une tendance profonde de l'image des deux villes nord-africaines.
En ce qui concerne la presse écrite, nous nous sommes limité à l'étude des articles publiés dans le quotidien El País entre 1984 et 2001 car il est unanimement reconnu dans la presse espagnole d'aujourd'hui. Cela représente un ensemble de 1423 articles, répartis sur 18 années, qui nous a donc permis d'étudier le traitement de l'image de Ceuta et de Melilla.
Comme pour la télévision, deux périodes se dégagent pour la fréquence des articles consacrés aux deux villes : 1986-1987 qui correspond à la période de tensions intercommunautaires et 1999 avec l'apparition du parti GIL[1] sur l'échiquier politique de Ceuta et de Melilla. Voyons maintenant les différents thèmes abordés par le quotidien :
Répartition thématique des articles publiés dans El País entre 1984 et 2001 (nombre d'articles)
Répartition thématique des articles publiés dans El País entre 1984 et 2001 (nombre d'articles)
Globalement, comme le traduit la rareté des articles "valorisants"[2], c'est plutôt une image dégradée des deux villes qui est transmise par le quotidien madrilène : elles y apparaissent comme des lieux de conflits -économiques, diplomatiques, sociaux ou même raciaux- où règnent délinquance et trafics en tous genres.
L'hebdomadaire País Semanal quant à lui ne consacre sur la même période (1984-2001) que 5 articles aux deux villes et si les reportages qu'il publie tentent de donner une image plus conforme à la réalité en prenant du recul face aux faits divers souvent sensationnels et violents, cette image ne s'impose pas car trop peu fréquente.
Enfin nous nous sommes arrêtés sur le grand quotidien français Le Monde entre 1987 et 2002, pour voir si l'image de Ceuta et Melilla transmise en France différait de celle que donnaient les médias espagnols. Force est de constater qu'on y retrouve les mêmes thèmes avec, cependant une prédominance de celui que nous avons intitulé Relations avec Maroc (18 articles), le thème de l'immigration illégale venant ensuite (13 articles), puis Politique Intérieure (8), Trafics (4) et autres (8).
En France comme en Espagne, tout semble désigner Ceuta et Melilla comme des villes "maudites", image dont se passeraient bien volontiers les habitants des deux villes.
[1]Grupo Independiente Liberal , parti populiste fondé par Jesus Gil.
[2]Un seul article, sur l'ensemble des 1423 étudiés, peut être qualifié de "valorisant" ; il s'agit de El País, du 30 septembre 2001 intitulé "Melilla, laboratorio de religiones".