Ce site est une invitation à la balade photographique dans Canet-en-Roussillon (Canet de Rosselló en Catalan).
Cabanes de pêcheurs à l'étang de Canet
S’il est né, comme les étangs de Salses et de Leucate, des dépôts lacustres et des dépôts d’alluvions apportés par les rivières alentour qui ont en partie comblé la zone, si l’étang de Canet est d’origine marine, contrairement aux précédents, il s’agit d’un étang d’eau douce, fermé, alimenté par plusieurs rivières d’amont, le Réart au régime torrentiel, la Fosseille, la Llobère, le Cagarell, l’Agouille d’En Ferran et l’Agouille de l’Aygual.
Etang d’eau douce, il n’a jamais fait partie du domaine maritime; c’est pourquoi il a fait l’objet d’une appropriation privée.
Un peu d’histoire
Propriété de la caisse d’Amortissement à laquelle il a été cédé par la loi du 20 mars et du 12 juillet 1813, l’étang de Canet constituait alors « la Basse et l’Etang dit de Canet » il a été vendu sur adjudication le 2 août 1813.
L’acte d’adjudication stipule expressément :
« L’adjudicataire sera tenu d’ouvrir à ses frais le grau toutes les fois que les eaux de ladite basse, ou dit étang, dépasseront les limites ou bornes posées à l’étang pour l’intérêt du dessèchement du marais dit « le Cagarell » pour les habitants de Canet et pour empêcher la submersion des terres qui environnent le dit étang, et s’il s’élève à cet égard des difficultés, il y sera pourvu par le préfet par un règlement particulier d’administration,(…) »
Il s’agit en effet d’empêcher la mer, et donc le sel, d’entrer dans l’étang.
En 1813, le droit d’ouverture et de fermeture de l’étang sur la mer a été donné aux propriétaires de l’étang dont faisait partie Joseph Sauvy – Domaine de l’Esparrou, propriétaire majoritaire ; ce droit a été exercé par tradition par les propriétaires du Domaine de l’Esparrou, jusqu’à la vente d’une partie de l’étang au conservatoire du Littoral en 1978.
Propriété indivise, il a fait l'objet d'un partage partielle le 23 octobre 1886, partage conforme à un arrêté Préfectoral du même jour. Une partie de l'étang a été laissée indivise, pour permettre à chaque co-indivisaire de faire respecter ses droits. L'acte de partage reprend la stipulation impérative de l'acte d'adjudication:
"L'ouverture du Grau, pour jeter les eaux de l'étang dans la mer, se fera à frais communs, toutes les fois que la surface des eaux atteindra la partie supérieure d'une borne qui sera placée dans l'étang du coté de l'Esparrou, à un point qui sera repéré, à moins que les circonstances atmosphériques, telles par exemple que le vent marin qui pourrait porter préjudice, empêchent cette opération".
Le plan annexé à l'acte de partage de 1886 met en évidence qu'il n'existe alors aucun chenal entre l'étang et la mer, seulement une barrière de sable. Il s'agit physiquement et juridiquement d'un étang d'eau douce, fermé à la mer.
L'ouverture de l'étang par le "grau" se faisait manuellement.
Dans le respect de la stipulation de l'acte de 1813 : par vent d'Ouest, tramontane, les hommes du mas de l'Esparrou venaient, munis de quelques pelles, ils creusaient la barre de sable et, sous la pression de l'eau et du vent, la "barre fusible" de sable était emportée vers la mer; le courant charriait alors par l'ouverture, les tonnes d'alluvions, apportées notamment par le Réart, qui allaient "nourrir" les plages alentours. Une véritable vidange qui garantissait la propreté, la flore et la faune de l'étang.
Le "grau" se refermait naturellement par vent d'Est : le courant marin assurait la reconstitution progressive du banc de sable, empêchant l'entrée de l'eau de mer, mais en laissant entrer juste assez d'eau salée, de plancton et d'alevins pour peupler l'étang de loups, soles, dorades et anguilles qui y proliféraient.
Le fonctionnement spécifique de l'étang de Canet dont l'équilibre hydraulique était assuré par cet échange avec la mer et par l'eau douce des rivières, le distingue des autres étangs du Languedoc Roussillon qui sont des étangs salés, ouverts à la mer, strictement lagunaires, et, comme tels, tributaires des mouvements du littoral.