Lockdown
Par : Edith René
Par : Edith René
20 février 2091, 15h00
Tic-tac, tic-tac, tic-tac.
Depuis le début de la journée, le bruit constant qu’émet l’horloge à l’avant de la classe m’énerve. Je tente de me concentrer sur mon test de maths, mais les nombres pourtant si simples me semblent compliqués. Tout autour de moi, les élèves de la classe sont attelés à la tâche, et la fenêtre qui donne sur le terrain de football est à demi-ouverte, de sorte que les rayons de soleil me frappent le dos. Je jette un regard en direction du bureau de la maîtresse, et c’est son regard chaleureux qui m’aide à me calmer.
Je baisse la tête et me reconcentre sur la question six, et c’est à ce moment précis que le son des haut-parleurs qui retentissent, faisant vibrer les corridors, commence à répéter le même mot, comme s’il s’agissait d’un cri de ralliement : « LOCKDOWN ! LOCKDOWN ! LOCKDOWN ! »
Une vague de cacophonie envahit subitement la classe, qui s’agite frénétiquement. La maîtresse s’empresse de barrer la porte et de baisser les stores, éteignant les lumières, nous plongeant ainsi dans une semi-obscurité. Nous nous ruons vers son bureau pour se cacher, roulés en boule en chuchotant bruyamment. La maîtresse nous fait signe de nous taire, et le silence, perturbé uniquement par le tic-tac de l’horloge au-dessus de nos têtes, s’ajoute à la noirceur quasi complète.
Nous entendons des bruits de pas, espacés et feutrés, dans le corridor. J’ose espérer qu’il s’agit d’un policier, d’un enseignant, de quelqu’un qui vient nous délivrer, parce que je commence à avoir peur, roulée en boule dans une petite pièce qui devient suffocante. À côté de moi, une petite voix tremble, et je ne saurai jamais qui c’était.
Click-click-click
Ce n’est plus l’horloge. Le petit bruit métallique provient de la serrure de la porte. La tension est palpable dans la pièce - même l’horloge se tait pour écouter le bruit mystérieux.
Click-click-click
Je ne me permets plus de respirer. Tous nos yeux - les vingt-cinq paires d’yeux de la classe - sont fixés sur la porte, porte qui semble, elle aussi, trembler.
Click
En ouvrant, la porte produit un horrible grincement qui me fait grimacer, et la créature aux pas de loups entre dans la classe.
Ce n’est pas un humain. La créature a huit yeux gris argentés qu’elle fixe sur nous. J’ai peur. Je ne la regarde pas. Je dois être la seule. Tous les autres ne semblent pouvoir voir qu’elle.
Ils commencent à fondre.
Comme des chandelles la nuit de Noël : ils FONDENT, leurs traits se confondent, ils commencent à se répandre sur le sol. Je peux voir leurs yeux fusionnés ensemble, leurs cheveux devenir des morceaux de mélasse. Je me couche par terre pour tenter de les imiter, face sur le sol jonché de glu. J’entends la créature quitter la pièce, ses pas s’éloignant dans le couloir, pour attaquer une nouvelle classe. Je ne peux pas me lever. Je ne peux pas penser. Je ne peux pas pleurer.
Tout ce que je peux faire, c’est écouter. Écouter, dans la noirceur, dans la peur, dans la classe vide et gluante, le son continu que produit l’horloge…
Tic…tac…
Tic…tac…
28 février 2092, 7h00
En se levant dans la pénombre d’un ciel orageux, le soleil presque invisible marque le début d’une nouvelle journée.
Je me trouve dans une chambre lugubre et sombre, qui est loin d’être confortable et qui est mon seul chez-moi. Si je me fie à l’apparence des murs qui m’entourent, elle a connu des jours meilleurs. Par endroit, la peinture beige terne des murs s’effrite, et ailleurs, je crois apercevoir des bouts de tuyauterie. À deux places différentes, le feu a entièrement percé la carapace peu robuste de la pièce, dévoilant le ciel gris tacheté de noir qu’est notre réalité.
Les yeux fixés sur le plafond, je laisse mon esprit vagabonder, puis mes yeux se fermer. Je ne sens plus la froideur de l’air qui m’entoure, ni le sentiment d'impuissance qui m’envahit à mesure que les jours défilent. Je ne sens même pas le poids énorme qui pèse sur ma poitrine alors que je sombre dans l’inconnu qui réside en mes souvenirs…
À suivre…