Prix du pèlerinage de Vimy 2026
Par : Edith René
Par : Edith René
Du 3 au 11 avril derniers, j’étais partie en Europe sur un pèlerinage qui m’a énormément appris sur la Première Guerre mondiale, de l’assassinat de l’archiduc Franz Ferdinand à la signature du Traité de Versailles, en passant par les batailles d’Ypres, de Passchendaele, de Vimy, et de nombreux autres moments clés du conflit qui a décimé une génération. Comme à l’habitude, je vous écris pour vous résumer les moments clés et les souvenirs inoubliables de ce magnifique voyage. Je vous invite à vous imaginer une Europe resplendissante à m’en faire sentir mal, pensant à l’affreux destin des soldats qui sont morts noyés dans la boue à Passchendaele, ou qui ont dû se battre sous la pluie dans des tranchées sombres qui empestaient la maladie. Une Europe qui pleure encore la mort de ces hommes, devenus fantômes, pleurs que nous avons pu ressentir en pénétrant dans l’enceinte d’innombrables cimetières silencieux à en couper le souffle. Une Europe qui nous a accueillis les bras ouverts, nous qui venons comme symboles de paix dans un pays toujours empreint de guerre et de mort.
Mon aventure avec la Fondation Vimy a commencé longtemps avant le décollage de notre avion pour Paris. En effet, chacun des participants avait pour tâche de lire une variété d’articles portant sur de nombreux sujets reliés à la Première Guerre mondiale; de faire une recherche en groupe sur un thème spécifique, dans mon cas, le rôle des femmes pendant la guerre; et d’en apprendre plus sur un soldat canadien spécifique qui a participé à l’effort de guerre. Ma recherche a porté sur Frederick Lee, un soldat canadien chinois originaire de Kamloops, en Colombie-Britannique, et qui a servi dans le corps expéditionnaire canadien avant même que la conscription fût imposée à travers le pays. Il est mort lors de la bataille de la Colline 70, et même si son corps n’a jamais été retrouvé, son nom est immortalisé sur l’anneau de la mémoire et sur le mémorial Vimy. Il y a même un chemin nommé en son honneur sur la Colline 70, et c’est là que j’ai présenté son histoire, ainsi qu’une réflexion que j’ai écrite à son sujet, à mes camarades. J’ai énormément apprécié cette opportunité éducative, d’autant plus que j’ai pu découvrir de nombreux autres soldats, présentés par chacun des autres participants du programme. L’expérience était d’autant plus émotive puisque chaque personne a sélectionné un soldat qui avait une signification particulière à ses yeux. Par exemple, j’ai choisi Frederick Lee en raison de mon ascendance chinoise, ainsi que pour en apprendre davantage sur la participation des communautés minoritaires à l’effort de guerre canadien, un sujet peu abordé dans les cours d’histoire que j’ai pris. Mes camarades ont donc choisi des soldats qui venaient de la même ville qu’eux, qui étaient des ancêtres éloignés, ou qui partageaient une certaine autre caractéristique avec eux, comme l’ethnicité ou le genre. J’ai également été très intéressée par les nombreuses autres présentations en groupe, portant sur des sujets tels que la conscription, les raisons pourquoi les soldats ont choisi de servir, le rôle des personnes autochtones dans l’effort de guerre, et plus encore. Chaque groupe avait évidemment exploré leur sujet en profondeur, et a présenté les informations acquises de façon très engageante. Ma propre présentation sur la participation des femmes à la fois sur le champ de bataille et à la maison m’a permis d’en apprendre beaucoup plus sur des histoires qui sont souvent peu abordées lorsque l’on parle de la Première Guerre mondiale.
Le voyage en soi m’a également permis d’enrichir mes connaissances sur les facteurs qui ont mené au déclenchement de la guerre; les batailles clés; le rôle de la guerre dans le développement de l’identité nationale du Canada, qui était alors toujours très dépendant de la Grande-Bretagne; et les conséquences désastreuses du conflit. Le fil conducteur du voyage, cependant, fut la remise en question du récit dominant. Dans mon expérience précédant le pèlerinage, la majorité des personnes autour de moi évoquaient la guerre de manière stéréotypée, louant le service des soldats et les présentant comme des âmes patriotiques mortes pour leur pays sans hésiter. Mon pèlerinage avec la Fondation Vimy m'a permis d'envisager une autre perspective. Tout au long du programme, les participants étaient encouragés à reconnaître l'individualité de ces soldats, à explorer des perspectives et des sujets moins connus, et à prendre conscience de la brutalité et de l'inhumanité de la guerre. Nous avons exploré les histoires de soldats juifs allemands, victimes de nombreuses discriminations pendant et après la guerre; de soldats homosexuels, souvent cachés au public par des renvois ou le secret imposé; et de membres du Corps de travailleurs chinois, qui a également subi de lourdes pertes et de nombreux blessés en raison de leur travail périlleux de nettoyage des champs de bataille souvent encore jonchés de mines non explosées, et des villes aux bâtiments à moitié effondrés. À travers notre exploration de sites historiques préservés comme Beaumont-Hamel et Vimy; de musées détaillant les événements de la guerre; de tranchées et de tunnels sous-terrains, j’ai pû me faire une idée plus claire de l’impact humain de cette guerre, des conséquences qui endurent encore aujourd’hui. Toutes ces leçons ont culminé lors de ma présentation de l’engagement à se souvenir, lors de la cérémonie célébrant le 109e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy. Seule devant un stand faisant face à une foule de personnes, j’ai lu un texte qui illustrait, en quelques phrases seulement, le but de notre voyage à travers la Belgique et la France. « Ils étaient jeunes, jeunes comme nous. Ils ont servi, donnant généreusement d'eux-mêmes. Nous leur promettons, en dépit du temps qui passe, de porter le flambeau et de ne jamais oublier. Nous nous souviendrons d'eux ».
Le voyage m’a laissé avec des souvenirs merveilleux et de nouvelles amitiés enrichissantes, mais surtout avec des questions à n’en plus finir. Comment pouvons-nous réellement honorer un tel sacrifice et remercier à leur juste mesure ceux qui sont morts ou qui ont porté les séquelles des combats? Comment pouvons-nous éviter que le dévouement des soldats, infirmières et autres participants à l’effort de guerre ne soit oublié? Et surtout, surtout, comment pouvons-nous éviter qu’un tel désastre ne se répète? Je lis les informations sur les guerres en Ukraine, en Palestine et en Iran, et je ne sais pas comment je peux réparer tout ce qui a de brisé dans notre monde. Je ne sais pas où commencer. Et j’ai peur en sachant que malgré mon pèlerinage, malgré tout ce que j’ai appris grâce à ce dernier, je suis tout aussi impuissante que je l’étais auparavant. Mais en pensant ça, je commence à me questionner. Il est vrai que je n’ai pas beaucoup de pouvoir concret, mais peut-être que le véritable devoir n’est pas de réparer le monde seule, mais de ne jamais cesser de se poser ces questions, et de faire ma part pour que ces voix ne disparaissent pas. C’est pourquoi je vous encourage, si vous êtes intéressés par l’histoire et vous passionez pour les sciences sociales, de faire application aux programmes offerts par la Fondation Vimy, au sujet desquels vous pouvez en apprendre plus à l’addresse suivante : https://fr.vimyfoundation.ca/. Comme toujours, ma boîte de messages, à l’addresse email renedi18@ecolecatholique.ca, est ouverte à tous ceux qui auraient des questions.