Le « euh » soudain en conversation
Par : Enzo El-Boustani
Le « euh » soudain en conversation
Par : Enzo El-Boustani
Vous connaissez sûrement ce moment: vous êtes en pleine conversation et soudainement, vous dites « euh ». Vous cherchez vos mots, essayez d’expliquer une idée ou réfléchissez à la suite de votre phrase.
Ce petit son semble futile, mais il joue un rôle important dans notre façon de communiquer. En effet, le dire n’est simplement pas une mauvaise habitude ou un signe de nervosité. Il s’agit plutôt d’un phénomène lié au fonctionnement de notre cerveau, à nos interactions sociales et à nos processus cognitifs.
Un gain du temps de réflexion
L’une des raisons pour lesquelles nous disons « euh » est que parler demande un effort mental considérable. Nous ne formulons pas toujours nos phrases à l’avance. Notre cerveau doit simultanément organiser nos pensées, choisir les mots appropriés, construire des phrases et adapter notre discours à la situation. Ce son est particulièrement fréquent lorsque nous abordons un sujet complexe. Effectivement, plus la demande cognitive est importante, plus le risque d’hésitations dans notre discours peut augmenter.
Ce processus peut créer un décalage entre la vitesse à laquelle nous parlons et celle à laquelle nous préparons nos idées. Le « euh » permet alors de combler ce vide. Il nous donne quelques instants supplémentaires pour trouver le bon mot ou planifier la suite de notre phrase, tout en maintenant le contact avec la personne avec qui nous communiquons.
Un signal pour notre interlocuteur
Le « euh » ne sert pas uniquement à nous aider à réfléchir. Il remplit aussi une fonction sociale. Dans une conversation, le silence peut parfois être interprété comme un signe que nous avons terminé de parler ou que nous souhaitons la parole à quelqu’un d’autre.
En utilisant un « euh », on signale que notre intervention n’est pas conclue. C’est un moyen de transmettre à l’interlocuteur que notre idée n’est pas encore finie et qu’il doit patienter avant de prendre la parole. Le « euh » aide ainsi à coordonner les échanges et à éviter que les conversations deviennent une compétition où chacun essaye d’interrompre l’autre.
Une hésitation naturelle
Le « euh » n’est pas nécessairement un signe de nervosité. Même les personnes qui maîtrisent parfaitement un sujet hésitent lorsqu’elles parlent spontanément. Ce son peut refléter un effort de réflexion plutôt qu’un manque de connaissances ou de confiance en soi.
Cependant, il est important de savoir que le stress et l’anxiété peuvent augmenter sa fréquence. Lorsqu'une personne se sent observée ou évaluée, elle peut avoir davantage de difficulté à organiser ses pensées et à trouver ses mots. Cette charge mentale supplémentaire peut entraîner davantage d’hésitations, donnant ainsi l’impression d’incertitude ou de manque de préparation.
En fin de compte, la prochaine fois que vous communiquez avec quelqu’un et qu’un « euh » sort de votre bouche, sachez qu’il s’agit d’un phénomène naturel qui témoigne des efforts de votre cerveau pour transformer vos pensées en paroles. Plutôt que de chercher à l’éliminer complètement, il est plus utile d’apprendre à reconnaître quand il devient excessif et à mieux gérer les pauses lorsqu’on communique.