Les Molières de F-C
Écrit en collaboration avec les élèves ayant particié au concours Super Auteurs
Écrit en collaboration avec les élèves ayant particié au concours Super Auteurs
Crédits :
Marguerite - Kiara Licursi
Torse Nu - Thomas Clay
Les murmures du pénitent - Edith René
Couleurs - Edith René
Par : Kiara Licursi
Elle lui donna un carnet sur lequel était écrit un prénom. Intriguée, la vieille dame se mit à feuilleter les pages remplies de photos et d'entrées de journal d’un jeune couple heureux et de leur histoire. Elle aperçut, au milieu du carnet, une fleur fanée, oubliée peut-être, entre les pages. Une marguerite. Elle serra le carnet entre ses mains et, le levant vers son visage, ferma ses yeux et prit une longue inspiration. L’odeur la transporta.
C’était un doux jour de printemps, elle ne se souvenait plus de l’année. Elle était sur le balcon, assise sur une chaise, se berçant aux chants des oiseaux. Un jeune homme s’avança vers elle, les mains cachées derrière son dos. Elle lui sourit. Il y avait quelque chose chez cet homme qui la rendait heureuse, qui lui transmettait un sentiment de sécurité. Elle se souvenait de lui. Il la salua et déposa un baiser délicat sur sa joue avant de lui donner une belle marguerite, au parfum si doux…
La vieille dame expira et ouvrit les yeux. Elle tenait dans ses mains un carnet qui était ouvert à une page où se retrouvait une fleur fanée. C’était une marguerite. Elle prit le carnet entre ses mains et, le levant vers son visage, prit une grande inspiration. Son odeur la transporta.
C'était un beau jour d’été, elle était vêtue d’une longue robe blanche. Devant elle se trouvait un homme. Il était grand, musclé et ses yeux noisette souriaient, illuminant son regard. Alors qu’elle s’avançait vers lui, elle baissa les yeux, et vit qu’elle tenait entre ses mains un merveilleux bouquet de marguerites. Des marguerites… qu’avaient-elles de si familier, ces marguerites?
La vieille dame expira. Elle tenait entre ses mains un carnet rempli de messages et d'histoires écrites à la main. À la page où le livre était ouvert se trouvait une marguerite fanée, conservée. La vieille dame prit la fleur dans ses mains et, la soulevant délicatement vers son visage, fut transportée par l’odeur qu’elle inspira.
C’était un jour d'automne. La vieille dame se trouvait dans une chambre peinte entièrement en rose. Dans un coin se trouvait un berceau. La dame, assise sur un divan confortable, tenait dans ses bras une toute petite fille, si jolie. Elle ne pouvait pas avoir plus de quelques mois. L’enfant lui souriait de ses yeux noisette. Elle avait un éclat de rire tout petit et tout mignon. Une enfant si jolie, telle une fleur, ne pouvait porter un autre prénom que celui d’une Marguerite, tout aussi jolie et délicate.
La vieille dame expira et ouvrit ses yeux. C’était un jour d’hiver. Elle tenait un carnet, avec une marguerite fanée entre ses mains. Levant son regard, elle vit une femme aux yeux noisette assise à ses côtés. Elle semblait toute triste, mais si jolie. D’une main tremblante, la vieille dame lui fit signe de s’approcher:
ー Dites-moi, mademoiselle, comment se nomme une jolie jeune femme comme vous?
La jeune femme laissa échapper un souffle:
ー Tu ne t’en souviens vraiment pas?
Troublée, la vieille dame secoua sa tête. La jeune femme éclata en sanglots, pleurant dans ses mains. Elle se retourna, et embrassant la vieille dame, elle chuchota dans son oreille:
ー C’est moi, maman, Marguerite.
Par : Thomas Clay
Chaque branche de l’arbre devant lui était couverte de verglas. La neige brilla sur sa pelouse. Le vent porta l’orage tout près de sa maison. Viktor regarda la couverture de l’hiver envelopper le monde qui l’entourait de la sécurité de sa maison. La chanson mexicaine Alma Enamorada joua d’une radio à côté de lui. Sa face n'exprima aucune émotion; ni joie ni tristesse, ni confiance ni peur. Stoïque comme une sculpture grecque, il observa tous les mouvements minuscules dehors qui passaient sur la rue de son quartier. Des cahots soudains dans le vent, le rapetissement et l’augmentation de neige que le vent emportait, les petits tremblements des stalactites de glace. Tout à coup, un jeune couple promena la rue qu’il observait. Ils marchèrent sans être perturbés par la tempête incessante, armés de sourires et attaquants avec des rires. Pour combattre leur positivité agaçante, il ferma ses rideaux. Après une minute ou deux, il les rouvrit et vit la paire encore heureux d’être dans le no man’s land d’une guerre entre le ciel et le sol. Les deux amoureux se regardèrent avec une joie incommensurable. Après un moment de gêne, les deux s'embrassèrent. Ils s’embrassèrent longtemps. Sans même le réaliser, Viktor se fronça les sourcils. Sa grimace vide d’émotion commença à s'effondrer. Les deux amants ne se déplacèrent pas. Viktor inspira profondément. Il sut que les deux ne bougeraient pas. Il courra à sa porte en oubliant son manteau, et entra la tempête de neige.
Il est immédiatement accablé de flocons de neige et n’a pas vu les deux ados achalants. Il ne pourra voir que la blancheur infinie, tout autour de lui. Le vent le poussa. Il entendit le brouhaha du jeune couple l’entourer. Il couvrit ses oreilles, mais le bruit continua. Le vent l’attaqua avec une volée de poussière blanche froide et épaisse. Il trébucha sur la courbe de la rue et tomba dans une banque de neige. Il se remit sur ses pieds, couvert d’une couche de blanc. Maintenant en état d’hypothermie, Viktor s’en ficha des deux enfants et essaya de retourner à sa porte. Les murmures encore audibles, il marcha en petits pas tremblants. L’orage ne cessa pas. Ses yeux durcirent de glace, ses lèvres frissonnèrent de froid et son nez rougit de honte. La rue sembla infinie. Les murmures des deux amoureux arrêtèrent soudainement. Le seul son qui resta autour de Viktor fut le bruit du vent. Sans chaleur restante à l’aider, Viktor arrêta de marcher. Il se descendit au sol, plus dur qu’un diamant. En regardant en face de lui, il vit les deux amants encore dans la distance. Ils marchèrent dans sa direction. Les deux sont plus distants l’un de l’autre qu’avant. Ils s’approchèrent de plus en plus vite vers Viktor. Il essaya de dire quelque chose, mais ses lèvres furent gelées et sa langue ne le laissa pas parler. Brillants comme des lumières, les deux ados devinrent si proches qu’il pourra entendre leurs mots insensés incessants. Lors de ses derniers moments, il entendit un klaxonnement et ressentit un gros coup à la tête.
Par : Edith René
Le devoir avant tout.
Ces quatres mots représentaient pour moi bien plus qu’un serment - il s’agissait d’un engagement, d’une promesse, et même d’une vérité, vérité que j’étais prêt à défendre jusque dans la tombe. Alors que certains hommes ayant atteint mon âge vivaient la riche vie des mariés, moi, je m’étais dédié à la Bible, vénérant Dieu pour ses sacrifices et sa gentillesse. Oh, pas que je méprisais mes compatriotes d’avoir choisi une vie différente de la mienne, loin de là. Mais je constatais tout de même la différence - j’étais isolé, seul, différent, je n’avais pas d’amis auxquels je pouvais réellement me fier. Ma foi me séparait des autres, j’en étais conscient, et pourtant, je n’aurais échangé ma vie contre rien au monde.
En m'arrachant à ma réflexion empreinte de rêveries, je levai la tête pour admirer le monde qui évoluait devant mes yeux. Dansant à travers le ciel d’un bleu frais et piquant, les derniers oiseaux de l’automne piaillaient joyeusement, s’envolant lorsqu’ils furent chassés par un groupe d’enfants surexcités. Bien emmitouflé dans mon manteau, je parvins à éviter la pagaille qui régnait en bas de la rue, contemplant le spectacle alors que je m’avançais paisiblement, au gré des bourrasques de vent, jusqu’à ce que je débouche enfin sur l’endroit qui était devenu ma deuxième maison.
Machinalement, je me préparai en vue de la messe, révisant et relisant mes textes, m’assurant que tout était en place. Je priai ensuite, et je m’avançai vers l’unique confessionnal de la pièce, une énorme boîte en bois poli qui pouvait sembler menaçante mais qui, pour moi, représentait la pureté d’un esprit pénitent ainsi que la satisfaction de sortir de l’église cristallin, immaculé, et pardonné. Toutes les petites méprises, bourdes et aberrations du quotidien qui se glissaient entre les mailles d’une écharpe tricotée : oubliées, envolées, comme si elles n’avaient jamais réellement existé. C’était le sacrement le plus beau d’entre tous, d’après moi, vu qu’il conservait la pureté au lieu de la lancer dans le vide, durait plus longtemps que le baptême ou la confirmation, et permettait de renouer, à chaque mois, le lien précieux qui nous unissait à Dieu.
Je ne savais plus trop ce que je disais, ni qui j’étais, à mesure que les fidèles commençaient à pénétrer dans l’enceinte de la boîte, cachés de mes yeux qui ne sauraient les voir, pour me transmettre en un seul murmure leurs méfaits. Quelle importance, pour dire vrai, vu que j’étais le fils de Dieu, et que je ferais n’importe quoi pour lui. Que je sois un homme ou une femme, grand ou petit, maigre ou non, et peu importe ma couleur de ma peau - j’étais son enfant. Et je me dévouerais à lui jusqu’à ma mort.
Du moins, c’est ce que je croyais, avant que ma vision entière ne soit fracassée.
Il avait une voix rébarbative, bourrue et crispée, un ton maussade qui trahissait son amertume, et une façon acariâtre de prononcer les voyelles ainsi que les mots les plus courts. Dans sa bouche, la douceur et l’espoir qu'évoque le mot ‘printemps’ lui était enlevée - on penserait plutôt à une forêt ravagée, à un cimetière, ou même la fin du mois de novembre, quand tout est morose et sombre et qu’aucune lumière ne réussit à transpercer les énormes nuages et le ciel d’un gris cafardeux
ー J’ai tué un homme, a-t-il avoué. Je l’ai vu tomber, ensanglanté, s’étaler sur le sol en geignant. Je l’ai vu protester, se débattre, plaider pour que je lui laisse la vie sauve, jusqu’à ce que ses paroles deviennent des gémissements étranglés. Et, Père, je vous en assure, bien que je puisse voir ses yeux et son expression, bien qu’il soit humain tout comme moi - je n’ai point honte de l’avoir tué. Alors dites-moi, suis-je le fils de Dieu? Et si oui, pourquoi ne m’a-t-il pas aidé? Pourquoi n’a-t-il pas sauvé son autre fils? Lui qui est tout-puissant, pourquoi n’a-t-il rien fait pour te venir en aide quand tu étais seul, ou triste, ou fâché, ou malade? Pourquoi…
Si je pouvais me bloquer les oreilles, je l’aurais fait. Si je pouvais nier la vérité, sans hésitation, je l’aurais fait. Mais j’étais impuissant.
Tu ne tueras point.
ー Et si je vous révélais mon nom, Père? Est-ce que vous me dénoncerez aux autorités?
Le secret sacramentel est inviolable ; c'est pourquoi il est absolument interdit au confesseur de trahir en quoi que ce soit un pénitent, par des paroles ou d'une autre manière, et pour quelque cause que ce soit.
ー Un homme tel que moi mérite-t-il le pardon?
Tu ne tueras point. Tu ne tueras point.
ー Dans le silence accablant de Dieu, je me tiens impénitent, un prédateur parmi les moutons, et j'ai tué non seulement un homme mais aussi la foi aveugle du salut.
Inviolable.
ー Je pensais que mes péchés résonneraient dans les chambres de confession, mais tout ce que j'entends, c'est le silence tonitruant d'une divinité lointaine. Peut-être que, dans ce vide désolé, je ne suis pas le meurtrier, mais l'incarnation de l'indifférence de Dieu.
Inviolable. Inviolable. Inviolable.
ー J'ai osé croire, et tout ce que j'ai reçu en retour, c'est la réalité froide et inflexible qu'à la fin, nous sommes abandonnés au chaos que nous avons créé. Il n'y a pas de rédemption, seulement la vérité impitoyable que Dieu est aussi cruellement silencieux que le vide de mon âme.
Ses paroles remettaient en question non seulement les limites de mon sacerdoce mais aussi l'essence de la justice divine elle-même. Dans le silence qui a suivi, je devais réfléchir : l’absolution était-elle un cadeau accordé d’en haut, ou une construction fragile que nous avons créée dans les limites de nos croyances ? Dieu est-il vraiment silencieux, ou étais-je devenu sourd à ses murmures?
Après de longues minutes qui me semblaient éternelles, je suis sorti du confessionnal, portant non seulement le poids de mes propres péchés, mais aussi l'incertitude obsédante que la frontière entre sauveur et pécheur est plus fine que le voile qui sépare l'homme de Dieu.
Par : Edith René
À chaque moment sa couleur
Printemps : Vert, rose, bleu
À chaque seconde son humeur
N’est pas brillant ou doré qui veut
À chaque instant son sentiment
Été : Jaune, bleu, doré
Leurres et mensonges, le monde ment
Champs de fleurs et gerbes de blé
À chaque seconde son état
Automne : Rouge, orange, brun
Jusqu’à ce qu’elle franchisse son trépas
Infinité, noirceur. Vivant, défunt
À chaque minute sa vie et sa mort
Hiver : Bleu, blanc, gris
Aucun moment n’est incolore
Telle était ma philosophie
Mais toi? Je ne comprendai jamais
Bleu : Tristesse. Jaune : Joie
L’âme que tu avais, que tu possédais
Vert : Dégoût. Arc-en-ciel : Voix
Ton sourire brillant, qui étincelait
Rouge : Colère. Or : Victoire
La vive fureur que tu exprimais
Cyan : Matin. Violet : Soir
N’avaient d’égal que tes songes
Blanc : Neige. Pourpre : Vin
N’avaient d’égal que ta tombe
Vert : Nature. Gris : Rien
Tu m’as tout appris
Désorienté et seul, je survis
Sur la mort et sur la vie
Trahi par les couleurs, mes amies
Je croyais qu’elles savaient tout
Mille et une définitions
Mais leur savoir était flou
Aucune signification
Le monde ne peut être défini
Monde et mort
La vie n’a rien de précis
J’avais tort
Je ne peux rien contrôler
Bleu : Tristesse. Noir : Perte
Je vois ma philosophie se fracasser
Blanc, la couleur de ton corps inerte
Un monde de couleur, la couleur du monde
Ciel, mer, feu, terre
La couleur de tes yeux et celle de ta tombe
Azure, Bleu, Rouge, Vert
Les tables
Brunes
Le monde
Se retourne
L’incertitude éveille ma peur
La mort n’a
Aucune couleur