Les vestiges gallo-romains


Un secteur fréquenté depuis les temps antiques

Située dans un double méandre de la Saône, ce qui la rendait plus aisément défendable, la cité de Jonvelle a été habitée depuis des temps immémoriaux comme en témoigne le mobilier néolithique mis à jour, au nord du village, au début des années 1980, lors de la réalisation de la déviation du village.

Pourtant, c’est plus au sud, sur un coteau surplombant la rivière, que la villa gallo-romaine qui doit aujourd’hui sa renommée à Jonvelle, a été édifiée, sans aucun doute au cours du Ier siècle de notre ère, protégée, selon les abbés Coudriet et Chatelet «  par un petit retranchement dont on retrouve les ruines sur le coteau qui domine Jonvilotte (1) » en un lieudit autrefois dénommé « Les Châteaux ». C’est au long du IIème siècle, celui de la « Pax Romana », que cet établissement connut son apogée.

 La découverte des traces de la villa

A l’été 1968, l’abbé Emile Descouvières, curé du village, féru d’histoire locale et archéologue passionné, mit à jour les vestiges de cette villa et notamment les parties inférieures d’un balnéaire en excellent état de conservation.

« L’Histoire de la Seigneurie de Jonvelle » des abbés Coudriet et Chatelet ainsi que la mémoire locale témoignant que la source, située à proximité du site et qui alimente toujours le village, avait, lors de la réfection du captage en 1937, livré « des fragments de tuiles, de briques et de ciment romain (2)" l’avaient conduit à établir son champ de fouilles sur l’emplacement exact où est toujours située la magnifique mosaïque qui fait l’admiration des visiteurs.

 Le fonctionnement des bains

La partie balnéaire « bénéficie d’un état de conservation exceptionnel et permet d’appréhender aisément la physionomie d’une petite installation de bains privés en contexte rural (3) ». Des panneaux signalétiques, trilingues pour certains, permettent, en dehors des visites organisées pour les groupes, une bonne compréhension du fonctionnement des bains et notamment du système de chauffage par hypocauste.

L’eau qui alimentait les bains venait de la source ; elle arrivait d’abord dans un bassin de dérivation dont les traces apparaissent encore au niveau du perron de l’entrée du site. Cette eau, fortement chargée en calcaire, risquait de provoquer un entartrage rapide des installations. Ce problème avait été pris en compte par les constructeurs car, entre ce bassin de dérivation et les bains proprement dits, ils avaient établi un bassin de décantation  dans lequel l’eau déposait une partie de son tartre en se réchauffant à la température ambiante du balnéum.

L’eau ainsi décantée parvenait ensuite dans un petit réservoir, situé dans la salle de chauffe, avant d’alimenter la chaudière placée au-dessus du foyer. Une fois chauffée, elle était  conduite par une canalisation vers les baignoires de la salle des bains chauds.

De plus, l’air chaud et les fumées issus du foyer étaient dirigés sous les dalles supportant les bains : il s’agit du système de chauffage par hypocauste à pilettes.

Cet hypocauste,  situé sous la salle des bains chauds,  est remarquablement conservé. Il s’agit d’un espace de 60 cm de hauteur dans lequel circulait l’air chaud avant de remonter par des canalisations de terre cuite- les tubuli- dans les murs.

La dalle de support de 18 cm d’épaisseur est en fait constituée de trois dalles superposées : la première est constituée de plaques de terre cuite carrées, de 60 cm de côté environ et de  5 cm d’épaisseur. Elle repose directement sur les pilettes de section carrée de 60 cm de hauteur et  de 22 cm de côté. La  seconde est une dalle de « ciment romain » de 6 cm d’épaisseur et la troisième, de 7 cm d’épaisseur, est celle qui contient le pavement de mosaïque.

L’eau était ensuite évacuée par les différents orifices de vidange toujours visibles. Les différentes canalisations de plomb, dont on peut apercevoir également les traces, ont été arrachées durant la période 3ème / 4ème siècle, alors que les bains n’étaient plus utilisés.

 

 
 
 
 
 
 

Le rituel de la toilette

Contrairement à la structure habituelle des bains gallo-romains, le balnéum de Jonvelle ne comprend pas trois salles successives (bain froid / bain tiède / bain chaud) mais uniquement deux : bain froid et bain chaud.

Le baigneur pénétrait dans le vestiaire, pièce longue et étroite de 5,10 m X 1,20 m, ne comportant pas de bassin et dans laquelle il se déshabillait.

Ensuite, il traversait la salle du bain froid dans laquelle est située la mosaïque et, en contrebas, un bassin d’eau froide. Cette salle, qui ne comporte pas de chauffage par le sol, mesure 5,10 X 2,60 m. La proximité de la salle des bains chauds devait cependant tiédir l’atmosphère. Le baigneur devait y rester quelque temps avant de passer dans la salle suivante pour s’habituer progressivement à la chaleur humide et intense qui régnait dans la salle des bains chauds.

Il y entrait ensuite par la porte et se dirigeait vers la partie en forme d’abside dans laquelle il s’aspergeait le corps avec de l’eau tiède. Il s’en suivait une forte sudation qui favorisait le nettoyage des pores de la peau et le décollement des peaux mortes.

Ensuite,  il se rendait à l’autre extrémité et s’immergeait dans l’une des deux baignoires d’eau très chaude, situées directement dans le prolongement du foyer. Le corps était débarrassé de ses impuretés.

Le baigneur retournait dans la salle du bain froid et se trempait dans le bassin d’eau froide. Ce bain vivifiant et rafraîchissant avait pour effet de resserrer les pores de la peau.

Enfin, il allait s’habiller dans le vestiaire.

 

La mosaïque

Le tapis central de la mosaïque, carré d’environ 1,10 m de côté, est très élaboré : A l’intérieur du cadre, un cercle noir est divisé en six parties, chacune comportant son double en « vis-à-vis » : deux fleurs vues de profil, deux fleurs à 4 pétales vues de haut et deux sandales. Au centre, dans un médaillon sont représentés quatre poissons de rivière. Il n’y a ici aucune référence au symbole religieux, le christianisme ne s’étant implanté dans la région que plus tardivement.

Symétriquement, dans les coins du tapis, se trouvent deux cratères et deux dauphins stylisés. Cette dernière représentation est surprenante dans notre région. L’artiste qui a réalisé cette œuvre venait-il des bords de la Méditerranée ? Possédait-il un « catalogue » de modèles dont il aurait pu s’inspirer ?

 Et pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances, le livret «  Jonvelle, les bains d’une villa gallo-romaine en bord de Saône », réalisé par les services de la DRAC de Franche-Comté et publié aux Editions du Patrimoine, est en vente au Musée

  1. Abbés Coudriet et Chatelet : « Histoire de la Seigneurie de Jonvelle et de ses environs – 1864 – Réimpression Laffitte Reprints 1979
  2. Abbé Descourvières : « Vestiges gallo-romains de Jonvelle » - Brochure auto-éditée en vente au Musée
  3. DRAC Franche-Comté : « Jonvelle, les bains d’une villa gallo-romaine en bord de Saône » - Editions du Patrimoine

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Webmaster Musée Jonvelle,
27 oct. 2011 à 06:36
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