Dans l'histoire de la Grande Guerre, le prisonnier de guerre est souvent éclipsé par son frère d'arme le poilu. Lorsque l'on évoque la captivité, la mémoire collective évoque spontanément de longues rangées de fils de fers barbelés, des baraques, des uniformes : le camp. Dans cet espace, les prisonniers vivent et attendent. Cet isolement moral est associé à des privations.
La vie dans les camps est rythmée par les travaux quotidiens. Les prisonniers participent aux tâches d'entretien du camp ou sont dirigés vers d’innombrables détachements de travail.
Peu de place pour les loisirs, hormis le dimanche, jour de repos. Ce jour est consacré au courrier, à une toilette plus approfondie ou à des divertissements.
Debout, à gauche : Alfred Delfour, Toulonjacois, prisonnier à Grafenworhr, en Bavière.
Dès le début de la guette, des soldats de chaque pays belligérant sont faits prisonniers. Depuis 1907, la convention de La Haye, signée par 44 pays, définit la responsabilité des Etats vis-à-vis des prisonniers et règle les modalités de l’internement. Les armées allemandes, en envahissant la Belgique, la France, le Luxembourg, capturent de nombreux soldats français. Ils sont ensuite regroupés et envoyés dans des camps en Allemagne.
Les camps sont disséminés à travers toute l’Allemagne. Deux autres types de camps viennent compléter ce dispositif : les camps de représailles. Situés en Pologne et en Russie où sont placés une minorité de Français puis les chantiers de travail qui représentent environ 100 000 sites, subdivisés en détachements ou kommandos. Ces kommandos sont répartis pour l’agriculture dans 276 fermes, pour l'industrie dans 148 fabriques, pour l'extraction des mineras (charbon, manganèse, sel de potasse, argiles) dans 14 mines et pour les travaux publics dans 32 groupes.
Généralement, tes soldats dorment sur leur lieu de travail.
Dans ces camps, toutes les nationalités des pays belligérants se côtoient ; par exempte le camp de Munster 1 regroupe 8537 Russes, 7818 Français, 1496 Anglais, 904 Belges, 30 Serbes, 15 Portugais.
520000 prisonniers français ont été rapatriés entre l’armistice et le 16 janvier 1919. Ils représentaient entre 7,5% et 7,8% des mobilisés français et 25000 sont décédés en Allemagne.
Le taux de mortalité oscillait entre 3,2% et 6,5%. Les causes de décès sont multiples : les prisonniers blessés ou gazés ont pu décéder de leurs blessures, d'autres sont morts de maladies contractées durant leur captivité, ou encore du typhus dont des épidémies ont ravagé notamment le camp de Cassel et de Wittemberg.
Enfin certains ont succombé à des accidents de travail surtout pour ceux employés dans des usines.
De 1914 à 1920, près de 60000 civils résidant en France avant la mobilisation sont cantonnés, sur une durée variant de quelques semaines à plus de 5 ans, dans des camps dits de "concentration" ou "d'internement".
Le 1er septembre 1914, le gouvernement ordonne le brusque internement de tous les Austro-Allemands, les Alsaciens-Lorrains, les Polonais-Allemands, les Tchèques, les Bosno-Serbes..., ou encore les femmes françaises mariées à des Allemands.
Dépourvu de locaux, le ministère de l'Intérieur prospecte dans l'urgence des dizaines de dépôts aussi variés qu'inappropriés : hôtels, châteaux, établissements religieux, usines désaffectées...
En Aveyron, plusieurs dépôts de ce type sont ouverts de 1914 à début 1919 à Espalion, Millau, Saint-Affrique, Villefranche-de-Rouergue et seulement fin 1914 à Pont-les-Bains, au camp du Larzac et à Rodez. Des familles, des femmes avec des enfants ou encore d'anciens légionnaires arrivent en Rouergue.
De nombreux internés participent à l'économie locale, employés pour les travaux agricoles, dans l'industrie ou des petits commerces. Ils viennent compléter les contingents de prisonniers de guerre allemands.