Entre deux attaques, nos braves soldats cassaient la croûte, se reposaient, écrivaient à leur famille, entretenaient leur équipement. Certains notaient sur un carnet tout ce qu'ils voyaient et entendaient, leurs impressions, leurs espoirs et désespoirs... Ces carnets constituent des témoignages passionnants et souvent bouleversants.
24 août 1914, région de Valenciennes, Nord
« Tout d’un coup l’on entend la fusillade derrière nous; les chefs de section veulent faire face en arrière mais personne ne les écoute. Chacun se sauve, même le capitaine en tête. Arrivé en haut de la côte que l’on se croyait presque sauvé. Quand tout à coup le canon se met à tirer sur nous. Coup sur coup fallut traverser la mitraille pendant au moins 800 mètres. Beaucoup sont tombés morts ou blessés. J’ai eu deux camarades de tombés à côté de moi. »
Les Eparges, Meuse, le 6 avril 1915
" Mais La nuit est venue depuis longtemps, nous sommes toujours là ; la soif se fait sentir, la faim, on n’y pense pas. On serait si heureux d’avoir un quart d’eau ! La pluie tombe toujours mais impossible d’en recueillir seulement un demi-quart. Enfin ! on fait demi-tour ! Voilà dix heures que nous sommes là, dans la boue ! Lentement, nous revenons en arrière ; on nous dit de reprendre nos emplacements du matin. Facile à dire, mais pas du tout à exécuter.
Madame,
Je sais à quelles dures épreuves vous avez été soumise depuis le début de la guerre. Votre mari le sous-lieutenant Mairesse que j'avais connu officier adjoint depuis un mois m'avait confié combien toute votre famille a eu à souffrir de l'invasion étrangère. Mais une épreuve plus cruelle encore vous était réservée, épreuve pour laquelle il faut faire appel à tout votre courage, à toute votre résignation.
J'ai attendu quelques jours pour vous apprendre la terrible nouvelle, vous m'excuserez, Madame, mais j'avais moi-même besoin de me remettre de ces dures journées. Le sous-lieutenant Mairesse est mort au champ d'honneur le 29 Juillet dernier. Perte irréparable, je prends une très grande part à votre douleur, car votre mari était un officier que j'estimais beaucoup et que j'aimais. Il avait été pour moi un auxiliaire précieux d'un dévouement absolu, d'un zèle inlassable. Mais soyez fière de lui, Madame, sa conduite le 29 juillet a fait l'admiration de tous.
Pendant toute l'attaque (attaque du village de Grand-Rozoy) il a fait preuve d'un allant magnifique, d'une bravoure superbe, entraînant par son exemple les groupes qui se trouvaient à proximité de lui. Il n'est touché qu'en fin de journée, frappé en pleine poitrine de deux balles de mitrailleuse. Il n'a pas souffert, il a eu la plus belle mort que puisse rêver un soldat, il est mort en pleine victoire après avoir eu la satisfaction de faire de sa main de nombreux prisonniers. Il repose maintenant à côté des camarades du bataillon qui trop nombreux, hélas, ont payé de leur vie le succès de la journée.
Vous pouvez retrouver sa tombe à 200 mètres environ au Nord du village de Grand-Rozoy. Le service de santé du bataillon a recueilli les quelques papiers qu'il avait sur lui, l'officier de détail du régiment vous les fera parvenir. Dans le cas où vous auriez besoin de renseignements, je me mets à votre entière disposition.
Je vous prie de vouloir bien accepter avec mes hommages respectueux mes bien vives condoléances.
Signé .... commandant le 2ème bataillon du 16è- Régiment d'Infanterie - SP100.
1er février 1918, les Eparges, tranchée de Calonne
"Nous touchons une grosse ration de gniole, nous devinons ce qui va se passer. Une compagnie du 7ème colonial, vient prendre position à nos côtés dans la nuit, pendant que les crapouillots et nos 75 bombardent les tranchées d'en face." "Nous réparons les boyaux complètement écrasés. Il pleut à torrent et sommes trempés jusqu'aux os. Nous n'avons plus rien d'humain et sommes décidés à nous faire tuer sur place." 17 février 1918. "Le bombardement continue de toute part, malgré cela nous avons pu être ravitaillé en pain et en vin. Nous sommes couverts de boue. Si la mort venait, ce serait une vraie délivrance, car nous ne savons pas quand nous pourrons sortir de cet enfer."
7 juillet 1918
"Je reçois la croix de guerre avec citation à l'armée signée Pétain. Je n'en suis pas plus fier et décide de ne pas la porter, étant donné que je ne la mérite pas plus que ceux qui étaient avec moi."
Impossible de creuser, c’est toujours de la pierre. »
Tranchée de Champagne, 6 mai 1915
« Ce matin et hier, nous avons vu passer des prisonniers boches et avons 2 mitrailleuses et canon revolver leur ayant été pris hier. Cela fait plaisir de les voir se rendre et passer devant nous pantelants comme des loques humaines. » « C’est au bruit infernal du canon et des balles que je t’écris ce mot nous allons retourner ce soir dans une boue jusqu’à la cheville et même au dessus enfin nous arriverons avec la patience et le courage à les refouler et dégager notre liberté et celle de ceux qui sont fait pour mourir. »
26 mai 1918, carrières de Sancy, Aisne
« Le matin, dès la pointe du jour, le bombardement a relâché un peu car les boches avançaient et à huit heures du matin, ils nous avaient ramassé presque toutes les pièces d’artillerie. Alors là, nous avons reçus le premier choc ; ça a été un corps à corps terrible et le combat à la grenade car c’est tout ce que l’on avait. Les boches étaient en plus grand nombre que nous, on comptait dix boches pour un français ; d’ailleurs on ne pouvait pas résister »
Bouillancy, Oise, le 9 septembre 1914
" Mais le soir, les Allemands ayant eu du renfort, ouvrent un feu violent. Notre infanterie, affolée, s’enfuit de toute part, et nous laisse tête à tête avec l’infanterie allemande, mais nous ne perdons pas courage. Nous tenons tête à l’ennemie. L’infanterie allemande descend une colline en colonne par 4. Une terrible canonnade s’engage. Il y a tellement de fumée que l’on a bien de la peine à respirer. Enfin le succès vient couronner notre peine. Les allemands reculent en déroute."
"Je vais avec un camion faire un transport militaire pour le génie. Je pars à 8 h 30 de St-Rémy et passe par Toul, Francheville, les Quatre Vents, Tremblecourt, Avrainville, et Domèvre-en-Haye. Là, je suis sous la direction d’un capitaine du génie. Nous chargeons des tôles ondulées, des pompes et les conduisons à Marney, près de Pont-à-Mousson. Là, on entend les obus siffler au-dessus de nous. Il en tombe de tous les côtés, sur les maisons où nous sommes, dans les champs, partout. On en voit tomber plus de 130. Il y en a un qui tombe sur une cuisine d’infanterie qui se trouve dans les champs derrière les maisons. Un obus tombe sur la marmite. Les hommes sont balayés. Il y en a qui sont tués, les autres, blessés. Un autre tombe dans une grange et éclate peu après. Nous sommes dans une zone très dangereuse."
Les Dardanelles, le 21 juin 1915 :
" Le bombardement continue jusqu’à 6 heures. C’est l’heure de l’attaque : on nous donne l’ordre de marcher en avant. Nous croyions que nous étions pour rester en 1ère ligne, mais on nous fait sortir pour faire l’attaque : nous marchons en avant et nous gagnons la 1ère ligne turque. Nous tirons sur les Turcs pour essayer de continuer l’avance, nous tenons bien un moment, mais quelques temps après, par contre attaque, les Turcs, avec des renforts, nous ont presque entourés. Au dernier moment, quand on voit comment on est pris, on nous crie « Sauve qui peut ». Chacun se débrouille de son mieux : ceux qui peuvent, pour retourner.
20 juillet 1915
"..On commence l'attaque à 6 h du matin, à 9 h (...) Les boches se mettent à nous bombarder, il tombe des obus de toute part, il en tombe un sur le caisson de la première pièce, plusieurs obus prennent feu alors les hommes de la pièce sont effrayés et veulent sortir de l'abri. Au même moment une marmite arrive en plein sur la ... les met en miettes et on ne trouve qu'une main sur le moment. Mais le lendemain on trouve des morceaux de tous côtés. VILLAR a l'œil arraché. Il est mort en arrivant au poste de secours. FLANDRIN reçoit un éclat dans un bras, DURAND dans la cuisse. AURSAY reçoit un éclat en pleine poitrine, il est mort sur le coup."
Secteur de la Côte du Poivre, Verdun, mars 1916
« On prend les premières lignes à la Côte du Poivre. Pendant ce temps les boches nous lancent des gaz lacrymogènes. Tout le monde se trouve fort incommodé. Au début, je souffre, mais après une fois à Bras, je résiste et malgré mon masque, je tiens le coup. Nuit épouvantable, tranchée d’approche, patrouille, grosse pertes, pas d’abri. On a rien à croûter. On nous envoie du manger gelé comme les hommes, on ne peut qu’absorber de la gnole. Le rata et le plat ne font qu’un. Gelée terrible. On touche de l’alcool solidifié. Je fais chauffer un peu de vin chaud. Bras est bombardé à outrance. Les chevaux et bêtes de toutes sortes périssent dans les étables. Nos morts ? On ne peut les enterrer faute de temps.
Arras, le 6 octobre 1914 :
"Les Allemands commencèrent le bombardement de la ville, nous sommes obligés de quitter la caserne précipitamment et c’est sous une véritable grêle d’obus, tout flambe et s’écroule autour de nous que nous quittons la ville. Jamais jusqu’à présent je n’avais été émotionné comme ce jour là dans les rues. Tout le monde courait en s’appelant. Ici une vieille femme, les cheveux blancs, les yeux hagards appelait à grands cris ses petits. Plus loin une jeune maman qui est à genoux par terre devant son petit qu’un éclat d’obus vient de tuer.(...). Tout à coup, je vois arriver une jeune femme en courant et qui pleurait, elle vient vers moi et me dit qu’elle vient d’être blessé et elle me montre son cou, la malheureuse avait une affreuse entaille. Je la conduis à un magasin et je file le plus promptement possible"
15 Octobre 1917
« Le soir à 19 h nous montons en ligne, nous y arrivons à minuit. Là pas de tranchée, que des trous d’obus pleins d’eau et des macchabées. Pour le moment, je suis dans un trou d’obus avec deux autres. De la terre grasse jusqu’aux genoux, de la flotte et plusieurs macchabées qui sentent mauvais : et je vais rester là 6 jours et 6 nuits complètes sans pouvoir bouger, assis dans l’eau, impossible d’écrire car les lettres ne partent pas depuis ici. On nous apporte à manger une fois par jour à minuit.»
1er novembre 1914, parc du château de Fontenoy (Aisne)
« Les tombes qui s'y trouvent sont presque toutes du 292 RI. L'on y remarque beaucoup d'officiers de ce régiment. Le destin à semblé vouloir, en ce jour de fête des morts, nous placer là. Il fait beau. Les hommes, sans commandement, fabriquent des couronnes de lierre et recherchent des fleurs. A 12 heures ce vaste cimetière improvisé est propre et les vastes fosses communes sont recouvertes de fleurs. Ceux là auront eu leur fête, puisse-t'il en être de même partout. »
« MATHIVET Victor, matricule 06786, sergent à la 3ème compagnie du 121ème régiment d’infanterie ; excellent sous-officier qui a toujours fait preuve du plus grand courage et d’un haut sentiment de son devoir. Blessé très grièvement à son poste de combat, le 23 juillet 1916 au cours d’un violent bombardement. Amputé de la cuisse droite. »
13 septembre 1914, Waly (Meuse)
« Une douzaine de français sont dans une grange sur de la paille, qui est presque du fumier. Ils sont restés 3 jours sur le champ de bataille avant d’être ramassés par les Allemands qui les ont soignés. Mais leurs plaies sont infectées. Il y a un chasseur à pied, qui a une balle dans le ventre et qui demande à boire, et il nous maudit pour que je lui donne à boire avec un peu d’alcool de menthe. Je lui apporte tout ce que j’ai à boire, et finalement nous pouvons le transporter dans le château de la famille de Benoît qui a été pillé par les prussiens mais qui est au moins, propre. »