Le B400c était à la hauteur de mes espérances, mais après quelques années d'utilisation, il était temps que je passe à l'étape suivante solidement ancrée dans mon esprit depuis la genèse de ce projet : faire évoluer la partie optique. Cette évolution a par ailleurs été l'occasion d'améliorer certains points qui se sont révélés à son usage.
Dès le départ, j'avais envisagé de m'équiper d'optiques de qualité supérieure quand j'en aurai les moyens et la volonté. Outre la qualité, le choix des dimensions de ces optiques a été dicté par des constatations évidentes apparues suite à l'utilisation régulière du B400c.
Il s’ensuivit le nouveau cahier des charges suivant :
Me doter d'optique de qualité supérieure (améliorer le contraste de l'image issue de mes 400mm GSO).
Réduire le poids des miroirs en boite, 16kg chacune !
Réduire le poids du corps et des caisses, pièce indémontable la plus lourde.
Surtout, réduire la hauteur du point d'observation au maximum.
Introduire un système pour corriger la Coma, si possible pour mes Nagler 20 mm.
Ne pas perdre (ou peu) en qualité et en possibilités d'observation par rapport au B400c.
équilibrer si possible les dépenses inhérentes au projet par la revente des miroirs.
Pour répondre à ces exigences, j'ai fait les choix suivants :
Renouveler toute la chaine optique :
Commander 2 miroirs primaires de 355 mm de diamètre chez AstroReflect en Bulgarie.
Commander 2 miroirs secondaires de 104 mm et 2 miroirs tertiaire de 50 mm chez AntaresOptics aux USA.
Alléger la structure, par découpe et ajourage du corps, des caisses et des bras du B400c.
Raccourcir les deux bras du B400c.
Intégrer dans les têtes du binoscope la partie basse de deux Paracorr de type 1, pour corriger la coma.
Le reste de l'instrument, non impacté par ces choix, n'a pas ou peu évolué techniquement.
Ces deux pièces conditionnent tout le projet et le bon fonctionnement du binoscope.
Ma plus grande grande crainte, et de loin, était de commander deux nouveaux miroirs qui, au final, n'auraient pas des focales assez proches. C'est pourquoi j'ai particulièrement insisté auprès du fabriquant sur ce paramètre. Pour s'assurer de respecter la tolérance au mieux, il a décidé de les réaliser simultanément en utilisant les même outils.
J'ai donc eu le plaisir de recevoir deux miroirs d'excellente qualité mais surtout avec seulement 2 mm de différence entre les deux focales, ce qui est bien au-delà de la tolérance fonctionnelle attendue pour le B355c.
Caractéristiques des miroirs :
Diamètre : 355 mm
Epaisseur : 25 mm
Focale : 1560 mm
Poids : 5.3 kg !!!
Le gain de poids par rapport à mes 400 GSO est phénoménal : 7 Kg dans sa boite au lieu de 16 Kg !!
Ci-contre, le secondaire de 104 mm de petit axe et de ... 30 mm d'épaisseur, ce que j'ai découvert à la réception du colis et qui a rajouté un peu de poids en tête ! Ils ne vont pas plier !!
Le Barillet
La faible épaisseur de ces miroirs m'a amené à revoir les barillets qui les supportent : le barillet 18 points s'est naturellement imposé. Le réglage de la collimation se fait œil à l'oculaire par de très légères variations de la hauteur des deux extrémités de l'ossature principale triangulaire, via 2 longues tiges amovibles, guidées dans par des passants.
Les appuis latéraux
En raison de la faible épaisseur des miroirs, j'ai voulu revoir les appuis latéraux et tester une solution qui m'a semblé intéressante. Il s'agit de celle exposée dans l'article "Améliorer le support primaire", rédigé par Frédéric Géa, également visible sur l'incontournable site Altaz, qui m'a séduite malgré une mise en œuvre plus délicate que de simples roulements. Il s'agit d'appuis ponctuels dotés d'un très léger degré de liberté latéral permettant, à priori, de limiter au maximum l'astigmatisme que génèrent les appuis latéraux en position télescope basculé.
Composition de la butée latérale :
La butée est réglable en profondeur, par l'intermédiaire d'une vis acier de diamètre 10 mm, insérée dans une douille filetée, solidement fixée aux parois en fibre de carbone de la caisse. La tige, autorisant le léger déplacement latéral, est un rivet acier de 1.2 mm de diamètre dont j'ai retiré l'extrémité, sa raideur est comparable à une corde à piano de même diamètre. le rivet est encastré au centre de la vis de réglage de diamètre 10 mm, sur une profondeur de 15 mm. L'extrémité, en appui avec le miroir, est constituée d'un pion d'appui en nylon de 5 mm de diamètre (voir photo ci-dessus) encastré au bout du rivet.
Ces deux butées forment un angle de 90° et sont symétriques par rapport à l'axe "vertical" de la caisse.
Fonctionnement :
Pour positionner correctement le centre du miroir dans sa caisse, la butée peut donc être déplacée sur un axe passant par le centre du miroir. Pour ne pas fléchir et se plier, il est important que la tige acier souple soit quasiment perpendiculaire à la tangente au miroir en son point d'appui.
Cependant, l'intérêt de cette tige est d'autoriser de micros déplacements suivants cette tangente pour ne pas contraindre le miroir lorsque le télescope est basculé et que la charge maximale s'exerce sur les deux butées.
La réduction de la focale des miroirs primaires s'est répercuté directement sur sur la hauteur du point d'observation : le gain, de l'ordre de 25 cm, me permet maintenant de ne plus me retrouver "perché" dans une position inconfortable quand je pointe des objets proche du zénith.
De même, le poids des bras s'en est trouvé significativement réduit.
Ce qui me semblait être une opération bien moins compliquée que la réalisation initiale de ces éléments a vite tourné au cauchemar :
L'ajourage s'est avéré difficile, long et particulièrement ingrat (combinaison étanche, masque, chaleur, poussières de carbone).
La finition a été extrêmement pénible et difficile, la fibre de carbone, c'est très dur !
Le choix structurel a été compliqué pour garantir la conservation de la rigidité initiale de la structure.
Et pour être honnête, j'ai fini par me questionner quant au bien fondé de cette idée au regard du gain réel de poids et de l'équilibrage final de l'instrument.
Ceci étant, le gain a été de 5 kg en passant de 25 à 20 kg environ. Au final, l'alègement est appréciable lors du transport, mais c'est surtout le gain de largeur qui est le plus bénéfique lors des opérations de chargement et déchargement du matériel.
Mes oculaires Nagler 20 mm présentant une coma marquée en bord de champs, entre autre peu propice à une fusion correcte, l'idée me trottait dans la tête depuis les premières observations avec le B400c. Cependant, le poids mais surtout le diamètre excessif des Paracorr m'a toujours freiné.
Puis est arrivée dans mon atelier une petite imprimante 3D qui fait des merveilles. Il ne m'a pas fallu longtemps pour me rendre compte que je pouvais, en rajoutant une pièce ad hoc sur la base de la partie optique démontable de Paracorr de type 1, intégrer un correcteur de coma sur chaque le tête du binoscope. Possédant déjà, de longue date, un premier modèle, j'ai réussi à en trouver un deuxième et parvenir à mes fins.
Au final, la correction est très appréciable :
un champs étoilé bien corrigé et magnifique.
une plus grande facilité de mise au point des deux yeux, voire de fusion.
un petit gain de grossissement qui m'arrange bien.
Oui, et en voici les raisons :
La qualité des miroirs se ressent immédiatement sur le contraste des images en ciel profond mais aussi sur la finesse des détails planétaires.
Les grossissements, rendus possibles par la qualité des miroirs, permettent sans peine d'atteindre les mêmes qu'avec le B400c.
Lors du transport, la réduction du poids (surtout des miroirs) et la réduction en largeur de l'instrument sont de vrais atouts.
Le rabaissement du point d'observation améliore significativement le confort d'observation.
Enfin, la correction de la coma permet de magnifier l'image, l'effet de "hublot" est encore plus présent...
Remarque sur le choix du diamètre de l'instrument
Aller au-delà du binoscope de 400 mm de diamètre, bien que certainement fantastique en terme de vision, ne correspond à ma volonté et à ma capacité à transporter du matériel.
L'utilisation ces derniers temps à domicile d'un dobson 250, si simple à mettre en œuvre, m'a amené à repenser ma pratique et c'est tout naturellement que j'ai ressenti le besoin de réduire la taille de mon binoscope pour qu'il soit plus léger, moins encombrant mais toujours performant pour ne pas perdre par rapport au B400c.
J'ai donc longuement réfléchi au choix du diamètre et j'ai même réalisé un prototype personnel très simple sur la base de deux 250 mm pour mieux me faire une idée. Finalement, le 355 mm s'est imposé comme le meilleur compromis et a guidé ce dernier projet qui me semble abouti au regard de mes envies, ma pratique et ma personalité.
Petit point négatif
En diminuant la hauteur du point d'observation, j'espérais secrètement me délester des deux contrepoids amovibles de 5kg fixés au "cul" de l'engin. Malheureusement et c'était à prévoir, la réduction du poids des miroirs primaires, l'allégement du corps et en contrepartie le rajout de 2 Paraccorr combiné à une surépaisseur non voulue des miroirs secondaire et tertiaire, m'a obligé à les conserver.
Cependant, j'ai réussi à en éliminer un en utilisant un Sandow de rappel sans influencer la stabilité ni l'équilibre global de l'instrument.
Ci-dessous, quelques photos supplémentaires des différentes étapes de modification et réalisation.