J2 : Vendredi 12 mai 2023
Pour cette première (vraie) journée, j’ai prévu de partir en direction du nord. Cela est d’autant plus pertinent aujourd’hui car, dans ces conditions, nous ne serons pas tributaires des horaires de fermeture de la route au sud de Tijarafe.
Cap par conséquent vers le petit hameau de Las Tricias, à 15 kilomètres et à une petite demi-heure au nord de notre lieu d’hébergement. La randonnée retenue s’intitule « De Las Tricias à Buracas » dans le guide Rother. Classée « bleue » comme facile, bénéficiant d’une mention « top », elle devrait occuper la matinée.
La balade commence juste avant la petite église de Las Tricias.
Nous descendons tranquillement derrière de charmantes maisons et autant de jolis jardins, traversons une vieille finca où les chats sont plus nombreux que les poules avant d’atteindre la route LP-114 que nous suivons pendant quelques centaines de mètres.
Nous quittons ensuite la route pour suivre le GR130 balisé en rouge et blanc, grossièrement pavé, qui descend peu à peu dans le barranco del Corchete pour nous dévoiler les véritables objets de notre déplacement : d’impressionnants dragonniers centenaires !
Nous ne sommes qu’au début de nos découvertes. Au fur et à mesure de notre progression dans cette vallée des merveilles, nous en trouvons d’autres, parfois regroupés en bosquets, au milieu d’une nature foisonnante où sont également cachées quelques habitations se fondant parfaitement dans le décor.
Vue perpétuelle sur la mer pendant toute la descente.
Dans ce fouillis végétal, d’autres espèces retiennent également notre attention comme cette collection d'Aeonium.
Au bout d’une heure, nous atteignons la combe de Buracas. Là, un petit écart permet d’accéder aux Cuevas de Buracas, un vaste complexe d’intérêt archéologique et ethnographique comprenant plusieurs grottes naturelles, des sites de pétroglyphes et plusieurs nécropoles répartis sur plusieurs niveaux dans la paroi rocheuse.
Les grottes, découvertes en 1941, ont été occupées bien avant la conquête espagnole par les Guanches, ces populations indigènes des Canaries issues de tribus berbères d’Afrique du Nord. Dans les années 1960/70 des communautés hippies allemandes sont venues s’installer dans ce vallon retiré. Aujourd’hui encore, leurs descendants et/ou de nouveaux arrivants, amoureux d’une vie loin du monde et proche de la nature, occupent toujours une partie des cavités ainsi que de petites maisons aux alentours. D’une manière générale, il y a beaucoup d’Allemands présents à La Palma, pas uniquement touristes, mais aussi résidents.
Il faut aussi noter la présence de deux points d’eau permanents encore utilisés par les communautés environnantes, d’où la présence de nombreux jardins et potagers particulièrement luxuriants.
Il y a quelques années un café (Café Aloe) tenu justement par deux hippies allemandes permettait de se rafraîchir avant de poursuivre la boucle. Aujourd’hui il faudra attendre d’être de retour à La Tricias pour se désaltérer.
Car, oui, il faut maintenant remonter tout ce qu’on a descendu, pas par le même chemin mais par le versant opposé. Ça grimpe en permanence et il fait chaud, mais les paysages, encore ponctués çà et là de quelques beaux spécimens de dragonniers ainsi que les magnifiques vues panoramiques sur l’océan, nous aident à garder le cap.
Le sentier rejoint bientôt une petite route bétonnée qui s’élève en lacet jusqu’au pied d’une butte où trône un ancien moulin restauré et transformé en musée du Gofio.
Moulin de Las Tricias
Sur place, l’hôte d’accueil qui parle un peu le français nous explique tout sur l’utilisation, la composition, la production et la valeur nutritive de cet aliment typique constitué de différentes céréales torréfiées, qui constituait déjà la base du régime alimentaire des anciens Canariens et qui est encore consommé quotidiennement sous différentes formes. Visite très instructive !
Après avoir quitté le moulin, nous nous retournons une dernière fois pour l’admirer, perché sur sa butte dominant l’océan. Puis nous terminons la randonnée en partie par le même chemin qu’à l’aller.
Retour dans le centre de Las Tricias au bout de 3 heures (pauses, extension aux grottes et visite du musée comprises) pour une distance de 6,7 kilomètres et un dénivelé de 320 mètres.
Une balade très variée alliant botanique, archéologie, histoire et traditions dans un canyon bucolique aux airs de paradis auquel ce magnifique jacaranda en fleur, planté sur la place du village, vient apporter la touche finale.
Le bar « Camu Camu » sur la place tombe à point pour étancher notre soif avant de prendre la direction du restaurant « La Mata » perdu dans la campagne, une quinzaine de kilomètres plus loin. Plus que la cuisine de type familial (cabri et lapin en sauce), nous retenons surtout l’agréable terrasse ombragée sous les orangers. Une pause bienvenue pour recharger les batteries car la journée n’est pas finie.
Non, je n’ai pas prévu de nouvelle randonnée mais je veux monter au point culminant de l’île, au Roque de Los Muchachos (2428 m), ce qui implique encore, pour mon chauffeur, quelques heures derrière le volant sur des routes aux allures de montagnes russes, enchaînant les virages et passant sans cesse du niveau de la mer à la haute montagne ou presque en quelques dizaines de kilomètres seulement.
Mais les difficultés sont vite oubliées à la vue des paysages, à commencer par une belle forêt de pins canariens. En prenant de l’altitude, la pinède cède peu à peu la place à du maquis dominé par le « Codeso de cumbre » (Adenocarpe visqueux), un arbuste endémique des îles Canaries, plus précisément des zones d’altitude de Ténérife et de La Palma, qui ressemble au genêt. A cette saison, le spectacle des buissons en fleur est de toute beauté.
Codeso de Cumbre = Adenocarpus viscosus (endémique)
Vers 1700 mètres, nous découvrons avec émerveillement les hampes florales altières des vipérines, Echium wildprettii, tout particulièrement la variété trichosiphon qui ne pousse qu’ici, à proximité du Roque de los Muchachos, et qui se couvre de fleurs rose brillant au mois de mai.
Echium wildprettii...
... var. trichosiphon
A proximité du centre des visiteurs, nous dépassons les 2400 mètres d’altitude. Ici il n’y a plus d’arbres du tout mais la couleur jaune du Codeso continue à dominer et à sublimer le tableau.
A partir de là, je pensais prendre la route LP-401 vers les observatoires astronomiques jusqu’au parking au pied du Roque de los Muchachos afin de nous rendre au mirador del Espigon del Roque. Malheureusement, la route est fermée. J’apprendrai plus tard qu’entre le 8 mai et le 15 juin, elle est fermée ponctuellement à certaines heures, là encore, pour des travaux. Nous sommes tombés pile dans un créneau de fermeture. Dommage !
Pour nous consoler, nous poursuivons jusqu’au mirador de los Andenes où nous bénéficions également d’une vue plongeante vers l’intérieur de la Caldera de Taburiente d’un côté, et de l’autre, vers la côte Nord-Est.
Vue sur la côte nord-est
Caldera de Taburiente
Au fond, cherchez le Barranco de Las Angustias !
Nous avons atteint tous nos objectifs du jour : une jolie randonnée, un bon repas, une fabuleuse route d’altitude et des points de vue incroyables. Il est temps de rentrer à la villa, ce qui nous demandera encore un peu plus d’une heure. Vous l’aurez compris, les déplacements sur l’île, c’est toute une aventure. Nous la continuerons demain, car dans l’immédiat nous comptons profiter de la piscine et du calme de notre terrasse. 😊