J7 : Mercredi 17 mai 2023
Pour cette dernière journée à La Palma (demain nous migrons vers Tenerife), nous retournons une nouvelle fois dans le Nord, d’une part parce que la région est très belle et d’autre part parce qu’en prenant cette direction nous évitons aussi les contraintes liées aux horaires de fermeture de la route à l'entrée sud du bourg.
Comme objectif de la matinée, j’ai retenu, à la pointe nord-ouest de l’île, la randonnée intitulée « De Juan Adalid à la Playa de El Mudo » que le Rother décrit comme « une boucle éprouvante à la sublime pointe nord de La Palma ».
C’est un parcours normalement classé « noir » car l’accès à la fameuse plage, très raide et glissant, exige un pied sûr et une insensibilité au vertige. Afin d’adapter le circuit à nos capacités, nous décidons de faire l’impasse sur cette partie, nous contentant d’une boucle qui s’intitulerait « De Juan Adalid à la Punta del Mudo ». Ainsi expurgé, le tour devrait être à notre portée ! Il ne reste plus qu’à le vérifier sur le terrain.
Cap donc vers le nord de l’île en direction du hameau de Juan Adalid, au bout d’une étroite route en cul-de-sac partant de la LP-1 en direction d’un plateau à 300 mètres d’altitude. Le bout du monde !
Dès l’arrivée sur les lieux, l’imposante croupe de la Montaña de la Centinela ne peut pas nous échapper. La gravir est notre premier objectif puis nous reviendrons sur nos pas pour réaliser le parcours en boucle restant.
Au sommet de la colline se trouve un sanctuaire « Cruz de la Centinela » où se tient tous les ans au début du mois de mai un pèlerinage incontournable pour tout paroissien de la région.
Cruz de la Centinela
Le promontoire offre surtout une vue d’ensemble sur le nord de l’île et sur les paysages (gorges et plateau) que nous allons traverser.
Après cette mise en bouche, nous entrons à présent dans le dur en pénétrant, au pied de la montagne de la sentinelle, dans le Barranco de Santo Domingo flanqué de hautes parois rocheuses et garni d’une végétation luxuriante typique des zones arides où les euphorbes des Canaries tiennent le haut du pavé. L’itinéraire n’est pas balisé mais le tracé bien visible.
Barranco de Santo Domingo
A l’entrée du barranco, nous passons devant une vaste cavité (ancienne chèvrerie) où des bouquets de verdure profitent de la fraîcheur pour s’épanouir, créant un contraste radical avec la couleur sombre de la voûte.
Nous continuons notre progression vers le fond du canyon, retenus ça et là par des formations rocheuses remarquables, une vue imprenable ou une plante immanquable.
Palmier des Canaries
Une fois le fond du barranco atteint, nous remontons le versant opposé, en nous frayant un passage entre différentes variétés d’euphorbes. Le plateau d’El Mudo, abritant quelques habitations dispersées, se profile au-dessus de nos têtes.
Nous débouchons sur une large piste en terre que nous suivons un moment avant de l’abandonner pour une trace à peine visible dans un océan de végétation. De temps à autre, un cairn confirme que nous sommes sur la bonne voie en direction de la Punta del Mudo.
Euphorbes balsamifères en pagaille !
Nous en profitons pour dresser un petit inventaire détaillé des plantes rencontrées.
Figuier de Barbarie
Euphorbes des Canaries (endémiques)
Euphorbe des Canaries (détail)
Argyranthème succulent (endémique)
Statice pectiné (endémique de Macaronésie)
D’une observation à l’autre, nous finissons par atteindre la fameuse pointe. C’est ici qu’une trace descend quelque part à flanc de falaise vers une plage improbable. Nous préférons contempler le spectacle depuis le haut. 😊
Vue vers le sud sur le plateau laissé derrière nous
Vue vers le nord de la pointe
Nous quittons maintenant la Punta. Objectif : retrouver la base de la Montaña de la Centinela que nous apercevons dès à présent à l’arrière-plan. Nous avançons à vue, guidés ici ou là par un cairn et surtout par notre GPS.
Cherchez la Montaña de la Centinela !
Entre la pointe et la colline, nous recroisons à nouveau le Barranco de Santo Domingo, cette fois plus près de la mer.
Caleta de la Zorzita
A ce niveau, la gorge est moins profonde, sa traversée donc plus courte. Au milieu de tous ces bouquets d’euphorbes formant par endroits de véritables murailles, nous restons bouche bée devant ce jardin exotique harmonieusement organisé et pourtant sauvage ! Un véritable jardin d’Eden !
Une fois sortis du canyon, il ne nous reste plus qu’à contourner le pied de la Montaña de la Centinela sur une piste en terre pour regagner notre point de départ. La voie dessert des terrasses cultivées mais aussi des piscines naturelles très prisées des locaux. Jusqu’à présent l’accès n’était possible qu’avec un véhicule 4 x4. Cette piste est sur le point d’être bétonnée (en partie ou en totalité ?), des ouvriers sont à l’œuvre en cette fin de matinée, elle sera peut-être à terme accessible à tout véhicule.
Avec ses 7,7 kilomètres et ses 479 mètres de dénivelé, cet itinéraire était tout à fait à notre portée, il ne comporte aucune difficulté technique même s’il emprunte des sentiers non entretenus sans véritable balisage. Nous l’avons réalisé en 3 heures et demie.
Entre petit sommet panoramique et fantastique barranco que nous avons eu pour nous tout seuls du début à la fin, ce parcours recèle un réel goût d’aventure et clôt en beauté notre série de randonnées à La Palma.
Notre escapade dans le Nord n’est cependant pas terminée. Pour le déjeuner, j’ai retenu un établissement à la pointe nord-est de l’île, à La Fajana, un autre bout du monde qui compte en outre une série de piscines naturelles et de terrasses aménagées dans le littoral rocheux. Une baignade en perspective ?
Oui, mais il faut d’abord traverser tout ce Nord sauvage qui n’offre que peu de place aux installations humaines, tout au plus quelques villages ensommeillés, chacun installé sur sa crête, séparés de profonds canyons filant depuis l’axe principal de la LP-1 en direction de la mer. Selon l’altitude, la route joue aux montagnes russes, penchant tantôt côté pins canariens tantôt côté végétation rase, nous laissant tout étourdis à l’arrivée sur la côte.
Face à l’océan, la terrasse du restaurant « La Gaviota » (la mouette) tombe à point pour nous remettre de nos émotions et reprendre des forces avec des brochettes de daurade façon Teriyaki suivies d’un polvito canario (sorte de tiramisu à la mode canarienne que nous avions déjà goûté à Grande Canarie).
Après ce délicieux repas, nous ne résistons pas à une agréable baignade dans l’un des bassins d’eau de mer aménagés en contrebas.
Ainsi ragaillardis, nous sommes prêts à reprendre le volant dans les meilleures conditions et regagner notre villa pour une dernière soirée.
Nous pouvons d’ores et déjà dresser un premier bilan de cette semaine à La Palma. Nous avons été séduits par l’île, par la diversité de ses paysages allant des barrancos sauvages du Nord aux vertes pinèdes du Centre en passant par les sombres coulées de lave des volcans du Sud, le tout sur fond bleu atlantique. La qualité de notre lieu d’hébergement a également fortement contribué à l’agrément de notre séjour.
NB : quelques semaines après notre séjour, les alentours de notre lieu d'hébergement ont été ravagés par des feux de forêt. Les villages de Tijarafe et Puntagorda ont dû être évacués.