Des Figures italiennes de légende

Gino Soldà, Armando Da Roit, Bruno Detassis, Cassin, Aste 

 Robert Gabriel, Sonia et Gino Solda  (col Livanos)


 Armando da Roit (avant qu'il ne devienne sénateur) et le Grec à Vazzoler en face de la torre Trieste 1959 (col  Livanos)

Armando Da Roit par ses fillesCarla et Ottilia

(Livret de leurs souvenirs publié en août 2008 pour les dix ans de sa disparition)

 

une amie des Da Roit, Jacques Martin, Eric Vola, Carla Da Roit, Marcello Bonafede, Ottilia Da Roit, Jean Belleville, Claude  Deck,  le Grec, Maurice Negri, Armando, Sonia, (1963 camp de haute difficulté à Vazzoler col. Livanos)

    Les toscans noirs d'Armando étaient durs comme du bois, et tellement forts que je ne supportais pas plus d'une bouffée sans être malade. Armando était un grand monsieur, le seigneur de Vazzoler et de la Civetta. En 1963 à Vazzoler, lors du camp de haute difficulté  dont Lucien Devies avait confié l'organisation et la direction au Grec, je grimpais au début avec le plus jeune d'entre nous, Henri Paul Plathey qui venait juste d'être reçu à Polytechnique. Nous fîmes plusieurs voies ensemble dont avec Armando, le Grec et Sonia, la 4ème de sa voie à la Bussaza. Comme je n'étais pas très en forme (le temps minable du Pays de Gales n'avait pas été propice à mon entrainement) et que je n'avais pas envie d'aller avec Plathey à la Su Alto, ce dernier qui venait de faire la Ratti à la Su Alto en 7h30 et qui voulait à tout prix faire un 6 sup, persuada Marcello Bonafede de l'accompagner, ce que ce dernier accepta à son cœur défendant. La pire des tempêtes qu'Armando ait jamais vu à son refuge de Vazzoler éclata alors qu'ils venaient de franchir le toit de la Su Alto. Plus que 180 mètres et ils étaient sorti. Pendant plus de 36 heures, il neigea à jet continu. En plein mois d'août, il y avait 1 mètre de neige à Vazzoler. Mais Beppi (Beppi de Franchesch) , le Grec et Armando étaient confiants  dans  la capacité de Marcello Bonafede  de résister aux pires conditions.  Après deux jours, le temps  redevint  radieux.  M'étant levé tôt, sortant du refuge, j'aperçu Marcello, revenant  seul, les joues creusées, le teint hâve et  l'oeuil désespéré. Les tombereaux de neige qu'ils recevaient avaient bloquée leur progression une longueur au-dessus du toit. Ils bivouaquent. Le lendemain, c'est pire que jamais. La neige est partout et il fait très froid. Seule la descente peut assurer leur survie. Au dessus du toit, Plathey prend le rappel le premier, n'arrive qu'avec la plus grande difficulté à atteindre la paroi et s'effondre. Arrêt cardiaque, il meurt. Imaginez la situation de Bonafede, dans cette horrible tempête qui n'entend rien de son compagnon et dont la corde reste bloquée. Finalement après plusieurs heures, il descend le rappel à l'aide de prusiks, atteint le corps de Plathey, pendule avec lui sous le toit pour le fixer à un piton, réussit à récupérer la corde et bivouaque une deuxième fois. Le 3ème jour il parvient enfin à Vazzoler. 

   Carnet du refuge Vazzoler

    Pour Beppi et Armando, il était hors de question de faire comme à Cortina : descendre en rappel jusqu'au corps et le larguer jusqu'au bas de la paroi. Avec le Grec et Armando, ils organisèrent les secours pour récupérer le corps dans le meilleur état possible, par respect pour les parents de Plathey. Beppi demanda à une dizaine de ses amis montagnards (militaires) de Canazei (Marmolada) de nous rejoindre et le meilleur ami de Bonafede, Natalino Ménégus, le fit également 2 jours après. Le Grec et Armando prirent en charge l'équipement de tyroliennes sur les 400 m du socle avec les 10 volontaires de Beppi. Pendant ce temps, Bonafede qui avait tenu à passer devant faisait cordée avec Beppi et montait vers le toit avec une corde de 400 mètres pendant que Ménégus et moi-même, au bas du dièdre la déroulâmes au fur et à mesure de leur progression (le corps était à environ 190 mètres au dessus de nous : la boucle une fois le corps descendu jusqu'à nous faisait 380 mètres). 

 Su Alto - le toit

    En fin d'après midi, tout était prêt pour descendre Plathey. Il nous fallut tirer une bonne trentaine de mètres de mou avant de le sentir sur la corde et 100 mètres plus bas, il se bloqua en pleine paroi sur un gratton ! Descente à Tissi pour la nuit et retour le lendemain matin. Cette fois, c'est plus de 40 mètres de mou qu'il faudra tirer avant de le débloquer en tirant à quatre. Le reste se passe sans heurt. Les tyroliennes du Grec et des copains de Beppi étaient du travail de pros. Puis nous portâmes le corps de Plathey du refuge Tissi au refuge de Vazzoler, avant de le descendre à Agordo où l'on attendait son frêre ainé. A un moment, nous croissons un curé avec ses ouailles qui commence à nous mitrailler. Furieux, Armando, sans lâcher son habituel toscan, lui arrache son appareil et le fracasse sur un rocher. Son regard fulminant de grand escogriffe qu'il était empêcha heureusement toute velléité de rébellion du pauvre curé. Quel homme ! Ce n'est pas pour rien que l'on vint le chercher pour devenir le sénateur de la région quelques années plus tard. Les parents d'Henri Paul Plathey purent le revoir une dernière fois dans un état présentable. C'était peu, mais au moins nous l'avions fait. A l'époque cette attitude contrastait tellement avec les moeurs nauséabondes des responsables du secours en montagne de Chamonix que cela me rendit très fier de faire partie de ce groupe d'alpinistes généreux qui sans hésiter avaient donné une semaine de leur temps pour ramener un mort et sans demander la moindre compensation. Du coup, je me mis aux Toscans pour imiter Armando (mais verts, ils sont moins forts) et j'achetai à Belluno, un pull rouge avec un V noir, comme celui que portait le Grec et  les fameux  "scoiatoli"  d'Ampezzo (sauf que celui du Maître avait une "Grecque" sur une manche brodée par "Jeannot", la femme de Marcus et çà c'était impossible à trouver). 

PS : Sonia m'a rappelé récemment que j'avais emprunté de l'argent à Bonafede pour acheter un blouson à Agordo et qu'il a fallut que le Grec téléphone à ma mère pour qu'elle le rembourse (ce "prêt" représentait une lourde part du salaire très modeste du jeune guide qu'était alors Marcello et pourtant il n'avait pas hésité !) et qu'en plus j'avais emprunté à la gare de l'argent au Grec en le pressant urgemment avant le départ du train et qui, me voyant revenir avec des illustrés pour le voyage, dit à Sonia : "regarde ce que ce c... a fait de l'argent que je lui ai donné !"  Nous n'avions pas les mêmes intérêts littéraires. J'avoue avec honte que Preuss n'était pas ma tasse de thé, contrairement au Grec dont la connaissance de la littérature alpine était encyclopédique : avoir lu à 20 ans sir Francis Younghusband, il fallait le faire ! A l'époque j'étais toujours fauché car ma mère ne supportait pas que j'aille courir l'Alpe. Sonia m'a également rappelé d'autres faits similaires (qu'évidemment j'avais complètement oublié) qui me faisait une sacré réputation de pique-assiette. Malgré tout le Grec et Sonia m'aimaient bien et pour moi le Grec était le Dieu le plus grand, le plus sympathique et le plus prestigieux de l'Olympe alpinistique, et l'est toujours resté. Le Maître le voyait bien et je suppose que dans sa grande bienveillance, il tolérait les travers de ses plus grands fans. (E.Vola)  Rapport de stage à Devies

Avec Bruno Detassis à Brenteï (collection J.Brès) voir page Detassis

il ne passait pas le 7+++ mais il faisait 1000 m en 5+,6a avec10clous !!

 Bruno Detassis, le gardien et l'âme de la Brenta : l'ami aux 200 premières réalisées dans les années 30, la grande époque du "libera", "1 piton tout les 30 m pour être en sécurité en cas de chute". Sa devise : trouver le facile dans le difficile

 

 

avec la famille de Bruno et Stenico à Brenteï (col. J. Brès) 

 

 

 Cassin  (col. livanos)

On dira que Dieu était avec Cassin ? Si Dieu avait voulu faire le Badile, c'est Lui qui aurait eu de la chance en étant avec Cassin! 


 "des yeux d'acier et de ciel"  

(Cassin, il était une fois le sixième degré - Georges Livanos)

Lire "CINQUANT'ANNI DI ALPINISMO" critique du Grec  

Trento 1961 (col Livanos) en bonne place avec les "As" 

1ère rangée de gauche à droite :

(Claude Barbier, Gaston RébuffatOtto HerzogMarino StenicoMichel Vaucher

2ème rangée de gauche à droite :

Cesare Maestri, Georges Livanos, Toni KinshofferRiccardo Cassin,  Walter Bonatti, 

Toni HiebelerPierre Mazeaud

3ème et 4ème rangées de gauche à droite :

Gigi Alippi, Ales Kunaver, Pier Luigi Airoldi, Annibale Zucchi, Giancarlo Frigeri, inconnu, Yvette Vaucher, Sepp Inwyler, Pierre Marchard, René Dittert, Beppi de Franchesch, Aldo Klaus, Maria Teresa de Riso, Dino de Riso, Toni Serafini, Toni Masé, John Harlin, Luciano Ghigo, Romano Merendi.  

Allez sur le site de Claudio Barbier, le grimpeur belge le plus italien des Dolomites. Il est remarquable.

Le Grec m'avait raconté qu'un jour, il avait indiqué à Claudio sur une photo le point qu'il disait avoir réussi à atteindre sur une paroi qu'il estimait comme infaisable (En fait il n'avait même pas fait une longueur tellement cette paroi était infaisable). Quelques temps plus tard, il apprit que Claudio était parvenu presque au milieu de la paroi avant de renoncer. Le Grec s'attendait à ce qu'il fit une ou deux longueurs tout au plus ! C'est dire l'esprit de compétition de Claudio, alors. Quant aux "blagues" du Grec, elles étaient toujours aussi salées !

Claudio et le Grec dans les Calanques

Claudio et le Grec à Vazzoler

Solda, Armando Aste, Le Grec et Bertoldi (col. Livanos)

Armando Aste et Le grec étaient de la même génération

"Ma chapelle Sixtine !"

Grande salle de Vazoler avec les photos du Grec et d'Armando (photo J. Vaucher)