L’exploration du complexe se poursuivait. Avec chaque pas, la chaleur devenait plus suffocante, l’humidité alourdissait l’air, rendant chaque respiration plus laborieuse. L’atmosphère évoquait celle d’une jungle étouffante, un climat anormal en ces lieux souterrains.
Soudain, Madeleine s’arrêta net et leva la main, imposant le silence.
Devant eux, la caverne s’ouvrait dans une lumière trouble, sans source apparente. Une eau fumante miroitait faiblement au centre de la grotte, entourée de coussins en cuir et en fourrure, disposés avec une attention étrange. Plus loin, un laboratoire de fortune s’étalait, jonché de fioles aux reflets inquiétants et d’appareils grinçants. À quelques mètres de là, une geôle semblait attendre son prochain prisonnier.
Trois silhouettes voûtées s’agitaient dans ce capharnaüm, leurs gestes fébriles trahissant une excitation malsaine. Sous la lumière blafarde, leur peau cireuse luisait d’une lueur maladive.
Madeleine murmura :
— « Reculez. Ils ne nous ont pas vus… »
Un simple affrontement risquait de tourner à leur désavantage. Edgar croisa le regard d’Arthur, puis un sourire pâle effleura ses lèvres. Une idée venait de naître.
— « Il faut les attirer dans la salle des cocons. »
— « Comment ? » chuchota Madeleine.
Un silence pesant s'installa, brisé seulement par le cliquetis des fioles. Puis Edgar souffla :
— « Nous allons leur donner une raison d’y aller. »
L’Appât de l’Ombre
Edgar et Arthur s’éclipsèrent dans la pénombre, glissant sans un bruit jusqu’à la caverne des cocons. L’air y était plus lourd encore, chargé d’un relent de putréfaction et de mue ancienne. Autour d’eux, des formes indistinctes frémissaient, prisonnières de membranes translucides.
Madeleine, restée en arrière, leva sa torche et fit danser son ombre sur les parois. Le manège hypnotisa les dégénérés. Fascinés, ils s’immobilisèrent avant de s’avancer, lents et avides, les yeux écarquillés, la bave perlant à leurs lèvres distendues.
Mais alors qu’elle les guidait vers le piège, un son glaçant résonna derrière elle. Un râle profond, une respiration lourde et gorgée de haine.
Le Ghast.
Arthur réagit le premier :
— « Madeleine ! COURS ! »
La torche lui échappa des mains et s’écrasa au sol dans un éclat de braises. Derrière elle, les dégénérés hésitèrent une fraction de seconde. Mais déjà, le martèlement des sabots fendus du monstre vibrait contre la pierre.
L’Abomination Éveillée
Madeleine plongea dans l’obscurité. Derrière elle, la créature massive s’arrêta, reniflant l’air. Un grognement sourd roula dans sa gorge. Puis, lentement, ses orbites vides se tournèrent vers la caverne des cocons.
Les dégénérés, eux, battaient déjà en retraite.
Edgar serra les dents. Ils n’avaient plus le choix. Son regard tomba sur l’un des cocons à sa portée. Dans un geste brutal, il enfonça sa lame dans la membrane.
Une masse visqueuse en jaillit. Un être informe, encore couvert de mucus, tout en écailles verdâtres et membres tordus. Un bébé homme-serpent, prématuré.
Le Ghast marqua un temps d’arrêt. Puis il vit la créature.
Sa réaction fut immédiate. Un hurlement de fureur éclata dans la caverne tandis qu’il bondissait sur Edgar, toutes griffes dehors.
— « Maintenant ! »
Les coups de feu retentirent, brisant l’air moite. Madeleine et Arthur tirèrent à bout portant. Le monstre vacilla, un râle d’agonie s’échappant de sa gorge distendue. Il s’écroula enfin, secoué de spasmes grotesques.
Le silence tomba. Lourd. Oppressant.
Puis un bruit s’éleva. Un gong. Profond, ancien.
Et, presque aussitôt, des hurlements se propagèrent dans le complexe.
Madeleine échangea un regard avec ses compagnons.
— « Les renforts ne vont pas tarder… »
La Colère des Profanateurs
Sans un mot, ils s’élancèrent à travers les tunnels. Le gong résonnait encore, semblant faire vibrer la pierre elle-même.
À peine avaient-ils franchi l’arche de la grande caverne que les trois dégénérés réapparurent, encore haletants.
Leur stupeur ne dura qu’un instant. Dans un cri guttural, l’un d’eux brandit un scalpel rouillé, prêt à frapper.
Arthur raffermit sa prise sur son arme.
— « Trop tard pour reculer. »
Edgar, resté en retrait, agit sans hésitation. Ses doigts agrippèrent la grenade à sa ceinture.
Un déclic. Une goupille tirée.
Il jeta l’explosif dans la caverne des cocons et s’élança vers ses compagnons.
L’explosion secoua la roche. Une onde de choc souleva la poussière.
Dans la grande caverne, Madeleine évita de justesse la lame du dégénéré. Elle riposta à bout portant, projetant la créature en arrière dans une gerbe de sang noirâtre.
Arthur, lui, luttait contre les deux autres. L’un tenta de le mordre tandis que l’autre agrippait son bras. Il se débattit, frappant d’un coup de coude la mâchoire distendue de l’un d’eux, avant de l’abattre d’une balle.
Le Gardien des Abysses
L’eau soufrée s’agita violemment. Des bulles noires éclatèrent à la surface.
Une silhouette en émergea lentement.
Un homme-serpent adulte.
Sa peau écailleuse miroitait sous la lumière vacillante. Ses yeux reptiliens, d’un jaune froid, s’ouvrirent, observant la scène avec une intelligence inhumaine. Des stigmates rituels marquaient son torse musculeux.
Il siffla, puis bondit.
Madeleine tira la première. Arthur la suivit aussitôt.
Les balles frappèrent leur cible, perforant ses écailles épaisses. Mais la créature était d’une résistance surnaturelle. Elle tituba, son rictus déformé par la douleur. Puis, d’un geste fluide, elle posa sa paume griffue sur la paroi rocheuse.
Les symboles gravés dans la pierre s’illuminèrent.
Un portail s’ouvrit, tourbillonnant d’énergie spectrale, parcouru de glyphes en Naacal.
Sans un mot, l’homme-serpent plongea dans le vortex. La lumière s’éteignit aussitôt. Le silence revint. Pesant. Mais ce n’était pas la fin. Seulement le début d’un mal plus grand encore.
Les Portes de l’Inconnu
Le regard encore voilé par le choc des événements, Arthur s’avança lentement vers la paroi où le portail s’était refermé quelques instants plus tôt. Malgré son apparence redevenue inerte, la pierre semblait pourtant frémir sous une force invisible, comme si elle conservait en elle l’écho de l’énergie impie qui venait de s’y manifester.
Sans même prendre le temps de réfléchir à son geste, il leva une main tremblante et vint la poser sur la surface glaciale. Un frisson lui parcourut aussitôt l’échine, une sensation étrange et désagréable qui lui donna l’impression qu’un courant malsain remontait le long de son bras.
Puis, dans un souffle inaudible, le monde bascula.
Une force indescriptible l’arracha à la réalité en une fraction de seconde, le projetant hors de ce plan d’existence sans lui laisser le temps d’émettre autre chose qu’un cri étranglé. Son corps fut aspiré vers l’inconnu, happé par un vortex invisible avant que Madeleine ou Edgar ne puissent esquisser le moindre geste pour l’aider.
— « Arthur ! » hurla Madeleine, sa voix résonnant dans la caverne déserte.
Mais il avait déjà disparu.
Edgar, livide, ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son ne franchit ses lèvres. Il n’eut toutefois pas le loisir de se laisser envahir par la panique, car son regard fut brusquement attiré par un mouvement dans l’ombre épaisse qui tapissait le fond de la grotte. Derrière les barreaux d’une geôle de fortune, une silhouette amaigrie reposait sur le sol poussiéreux : Josh Winscott. Leur compagnon perdu.
Le Poids d’un Ami
Sans hésiter, Edgar se précipita vers la grille rouillée et actionna le levier qui retenait le verrou en place. Dans un grincement douloureux, la porte métallique s’ouvrit, libérant une odeur de moisissure et de fer oxydé. Il s’agenouilla aussitôt auprès du corps affaibli de Josh, cherchant à percevoir le moindre signe de vie.
Sous ses doigts, un frémissement. Un souffle ténu.
Son cœur battait encore, mais sa peau était glaciale, et son visage, creusé par la fatigue et la faim, témoignait des souffrances endurées durant sa captivité.
Edgar s’apprêtait à le soulever lorsque, derrière lui, un bruit guttural, profond, fit vibrer l’air chargé de soufre. Une respiration lourde et sifflante s’éleva dans la caverne, accompagnée d’un grognement rauque et affamé.
Très lentement, il releva la tête.
Dans l’encadrement de l’entrée, un Ghast venait de faire son apparition. Son corps massif, tout en chair boursouflée et moite, se détachait dans la pénombre, sa gueule béante exhalant un souffle fétide. Son regard vide glissa de l’humain agenouillé jusqu’au prisonnier étendu, et une lueur de plaisir sadique illumina ses traits difformes.
Madeleine surgit à cet instant, haletante et couverte de sueur. Son regard passa rapidement de Josh à Edgar, puis à la silhouette monstrueuse qui se préparait à bondir.
— « On doit l’emmener ! » lança-t-elle sans détour, serrant son arme dans sa main tremblante.
Edgar hocha la tête et, d’un effort combiné, ils hissèrent Josh sur leurs épaules, luttant contre le poids mort qu’il représentait. Chaque pas était un supplice, mais rester immobile n’était pas une option.
Le Ghast poussa alors un hurlement strident, un cri de prédation pure, et s’élança dans leur direction.
Le Saut vers l’Abîme
Le sol se mit à trembler sous l’impact de ses pas titanesques tandis qu’Edgar et Madeleine progressaient aussi vite que leur charge le leur permettait. La lumière du portail, qui quelques instants plus tôt semblait s’être éteinte à jamais, s’embrasa soudainement d’un éclat spectral, déchirant l’obscurité de la caverne.
Sans ralentir, Madeleine raffermit sa prise sur Josh, plia légèrement les genoux et, dans un ultime effort, franchit la barrière d’énergie, disparaissant instantanément dans l’inconnu.
Edgar, lui, n’eut pas cette chance.
Le monstre bondit, toutes griffes dehors, cherchant à l’agripper avant qu’il ne puisse s’échapper. Dans un réflexe désespéré, Edgar roula sur le côté, évitant de justesse une attaque qui éventra le sol à l’endroit même où il se trouvait un instant plus tôt.
L’adrénaline pulsait dans ses veines tandis qu’il se redressait en titubant, conscient que la moindre erreur lui serait fatale.
Un second rugissement retentit, plus proche encore.
Sans plus attendre, il prit son élan et se projeta vers la lueur irréelle du portail. Le souffle fétide de la créature lui brûla la nuque au moment où il franchit la surface vibrante du vortex.
Un hurlement de frustration explosa derrière lui.
Puis plus rien.
Seulement un silence profond et angoissant… et le vide infini au-delà du passage.
Le Réveil sous la Lune
L’air était différent. Plus sec. Plus léger.
Leurs corps réapparurent dans une vaste caverne naturelle, dont les parois n’avaient plus rien de commun avec celles du complexe souterrain qu’ils avaient fui. Pendant plusieurs secondes, aucun d’eux n’osa bouger, comme s’ils redoutaient que la moindre respiration ne les renvoie en arrière.
Lentement, la tension se relâcha.
La lumière blafarde d’un croissant de lune filtrait par une ouverture dans la roche, projetant des ombres mouvantes sur le sol irrégulier.
Edgar fut le premier à rompre le silence pesant.
— « Nous sommes revenus… Mais où ? »
Sous leurs pieds, le sol était marqué de profondes griffures, mêlées à des traînées de sang verdâtre. La piste était fraîche, et elle ne laissait aucun doute quant à celui qui les avait précédés.
— « L’homme-serpent, » murmura Arthur, sa voix teintée d’une fatigue insondable.
Sans échanger un mot de plus, ils suivirent les traces laissées dans la poussière. Elles serpentèrent à travers les roches avant de s’interrompre brusquement au bord d’une rivière.
L’eau noire s’étendait devant eux, immobile et insondable.
Madeleine s’accroupit, effleurant du bout des doigts les empreintes laissées sur le rivage.
— « Il a nagé… ou quelque chose l’a pris. »
Arthur observa longuement la surface de l’eau, où seules quelques rides brisaient la monotonie du reflet lunaire. Un frisson le parcourut.
— « Dans tous les cas, il est parti. »
Edgar, d’un geste mécanique, resserra sa veste autour de lui.
— « Et nous, nous devons rentrer. »
Et, sans un regard en arrière, ils prirent la direction de Providence, laissant derrière eux les vestiges d’une horreur qui, bien qu’invisible à présent, continuait de peser sur leurs âmes.
22 avril 1920 : Le Retour à Boston
L’aube ramenait un froid mordant sur Providence. Ils emmenèrent Josh à l’hôpital. Son corps était brisé, son esprit hanté par l’horreur de sa captivité, mais il respirait. C’était une maigre victoire.
Sans un mot de plus, ils prirent la route vers Boston. Mais une certitude pesait sur eux.
Cette histoire était loin d’être terminée…
Boston, 20 avril 1920
Le mois suivant leur retour à New York avait été marqué par un retour à la routine. Arthur passait ses journées à écrire, tentant de donner forme à ses visions sombres de l’occulte, tandis qu'Edgar, plus pragmatique, jonglait avec son travail de médecin tout en repensant à leurs missions passées. Mais tout allait changer ce matin-là.
Un appel inattendu de la part de John Sinclair :
Arthur, Edgar, nous avons une mission pour vous. Venez au bureau dès que possible.
Ils quittèrent leurs appartements pour se rendre directement au siège de la SEI. Lorsqu’ils entrèrent, ils furent accueillis par une atmosphère familière. L’endroit, autrefois déserté, bouillonnait maintenant d’activité. Le bruit des machines à écrire résonnait à nouveau, et de nouvelles têtes étaient visibles derrière les bureaux. Et, derrière l’un d’eux, se tenait Madeleine.
— Eh bien, qu’avons-nous là ? lança Arthur en souriant, le regard malicieux.
Madeleine leva les yeux de son bureau, un sourire en coin.
— Si je n’avais pas été là, cette société serait morte et enterrée, répondit-elle avec un ton qui trahissait sa satisfaction.
Les trois se dirigèrent ensuite vers John Sinclair, qui attendait avec une liasse de papiers à la main.
— J’ai une mission pour vous, expliqua-t-il d’une voix grave. Il s’agit de Josh Winscott, un homme de Providence. Il a récemment hérité d’une vieille maison, mais il semble que cette propriété cache quelque chose de plus… sombre. Il veut qu’on enquête sur les lieux en toute discrétion.
Madeleine se glissa dans la conversation.
— Je vous accompagne. Après tout, qui d’autre pourrait gérer une mission comme celle-ci ?
John acquiesça, satisfait de voir qu’ils étaient prêts à partir.
Providence – La Maison Winscott
Le trajet jusqu’à Providence fut rapide, mais l’atmosphère de la ville, imprégnée d’une brume légère, semblait figée dans le temps. La maison Winscott se dressait devant eux, un manoir ancien, imposant mais décrépit, une belle demeure dont les meilleures années semblaient loin derrière.
À peine arrivés, la porte s’ouvrit, laissant apparaître Josh Winscott. Un homme dans la trentaine, mal habillé et les cheveux en bataille, dégageait une impression d'oubli constant. Il les accueillit avec une sorte de confusion amicale.
— Ah, vous voilà ! Je pensais que vous arriveriez plus tôt… ou plus tard, je ne sais pas trop, dit-il d’un ton absent. Attendez, je vais faire du café.
Mais avant même qu’ils aient pu réagir, Josh s’engouffra dans la maison sans attendre. La pièce était encombrée de livres, de papiers et de divers objets, comme si le chaos régnait ici. L’air était lourd de poussière et de moisissure. Il avait dû oublier son café en route, mais il semblait avoir d’autres priorités en tête.
— Suivez-moi, dit-il finalement, pressé, tout en agitant la main.
Ils descendirent ensemble dans une cave sombre et humide, dont les murs de pierre semblaient trembler sous le poids du temps. Josh s’arrêta devant un trou dans le mur, son expression plus sérieuse soudainement.
— Voilà, expliqua-t-il d’un ton étrange, presque trop calme. Ce trou. Je pense que mes ancêtres ont construit des souterrains ici… Pour transporter des esclaves, après l’abolition de l’esclavage.
Les enquêteurs s’approchèrent, scrutant le tunnel sombre qui s’étendait devant eux. Les pierres étaient fissurées, comme si le passage avait été creusé à la hâte.
— Si c’est vrai, poursuivit Josh, cela pourrait nuire à la vente de la maison, ou pire… à sa réputation. Qui voudrait acheter une maison avec de telles histoires ?
Madeleine observa le trou, un air perplexe sur le visage.
— Vous croyez que vos ancêtres ont fait ça pour cacher quelque chose de plus… sinistre ?
Josh haussait les épaules, visiblement agité.
— Je ne sais pas. Mais cela ne me semble pas… normal.
21 avril 1920 - Recherche et découvertes
Le lendemain, après avoir quitté leur hôtel, les trois enquêteurs se mirent immédiatement au travail. Arthur se dirigea vers la bibliothèque privée de la ville. Edgar, de son côté, choisit la bibliothèque municipale, tandis que Madeleine se rendait au journal local, espérant y trouver des informations oubliées.
Ce qu'ils trouvèrent fut plus qu’ils ne l’avaient espéré. Les documents étaient clairs : la maison Winscott avait été construite par Elijah Winscott, un industriel textile respecté de Providence, avant de passer à son neveu, puis à sa tante et enfin à Josh. Mais une lettre attira particulièrement l'attention d'Arthur. Elle provenait d’un certain Jacob Bishop, un ancien associé d’Elijah. La lettre évoquait des détails terrifiants : Elijah était mort, mais avant sa disparition, il avait proposé de creuser des tunnels sous la ville pour faciliter ses négoces d’esclaves. Mais après la construction des souterrains, quelque chose avait mal tourné. Les esclaves n’étaient jamais arrivés. À la place, les tunnels avaient révélé des scènes d’horreur – des corps d’hommes déchiquetés, et des femmes disparues. Elijah, dans sa terreur, avait fait boucher le passage, murmurant une phrase étrange : « Un gouffre s’ouvre sous Providence. »
D’autres recherches menées par Edgar et Madeleine corroborèrent une autre partie du mystère. Un certain Brown, un homme d’affaires respecté dans la ville, avait injecté de l’argent dans des entreprises locales tout en gérant un commerce d’esclaves entre les Antilles et Providence.
Après un déjeuner rapide, les trois investigateurs se rendirent à la maison de Josh, espérant obtenir plus d’informations. Mais Josh n’était pas là. Intrigués, ils descendirent dans la cave. Le trou qui avait été là la veille était désormais agrandi. Il était assez grand pour laisser passer un homme.
— Il est descendu, murmura Arthur. Mais pourquoi ne pas nous avoir attendu ?
Le trio s'engagea dans le tunnel sombre et humide. Ils suivirent les traces de pas laissées par Josh et après quelques mètres, ils tombèrent sur un mégot de cigarette turque — la marque que Josh fumait habituellement.
Plus loin, ils découvrirent des restes humains, des os liés par des chaînes rouillées aux poignets et chevilles. Une fois passés cette macabre découverte, ils s’enfoncèrent plus loin dans un couloir où un étrange lichen luminescent éclairait faiblement les murs. Madeleine, éclairée par la lumière douce, s’éloigna pour explorer les recoins et découvrit des inscriptions étranges sur les murs. Des représentations d’hommes serpents se battant contre des dinosaures, avant de migrer sous terre. Elle en fit part à ses compagnons, qui la rejoignirent, perturbés mais déterminés à poursuivre.
Plus loin, un autre tunnel se déployait devant eux. Les murs étaient d’un noir profond, aussi lisses que de l’obsidienne. Des traces de sang marquaient le sol. Était-ce celui de Josh ? L'idée qu’il puisse être blessé renforça leur détermination. Mais après un court échange, ils décidèrent de revenir en arrière pour prévenir Caducée leur demandant d'envoyer une équipe dans les prochaines heures si rien n’était signalé.
Après avoir prévenu Caducée, l’équipe n’eut guère de temps pour se reposer. Ils revinrent dans les ténèbres du souterrain, déterminés à retrouver la trace de l’homme. Mais le labyrinthe semblait changer à chaque pas. Alors qu’ils avançaient, Arthur, Madeleine, et Edgar se retrouvèrent dans une salle étrange, baignée par une lumière surnaturelle. Des cristaux imposants, tels des géants, reflétaient la lumière comme des miroirs, illuminant la pièce d’une clarté glaciale.
Au centre de la salle, des tuyaux de bronze s’élevaient du sol. Chaque tube avait l’aspect d’un orgue ancien, mais à son bout, une tête humaine, gémissant de douleur, ses lèvres formant des mots inaudibles. Les runes en Naacal gravées sur le front de ces têtes scintillaient, leur pouvoir ancien dégageant une aura sinistre.
Ils prirent un autre chemin. Leurs pas les menèrent alors à un croisement étrange : d’un côté, des bruits de mastication, de l'autre, des pleurs de bébé. Madeleine, le cœur lourd, choisit de s’aventurer seule vers les pleurs.
Ce qu’elle découvrit la glaça. Dans une petite pièce obscure, une douzaine de personnes se tenaient, à l’apparence déformée, comme des êtres presque préhistoriques. Leurs yeux étaient d’un blanc laiteux, et leur démarche maladroite évoquait des créatures primitives. Ils parlaient à peine, leurs voix rauques, à peine intelligibles, comme des bruits brutaux. Leur odeur, immonde, envahissait la pièce. Madeleine, sous le choc, fit demi-tour, le ventre noué par ce qu'elle venait de découvrir.
Elle se rendit alors dans la pièce voisine, où des bruits de mastication l’avaient conduite. Là, trois hommes, à la silhouette frêle, se vautraient sur le sol, dévorant un animal de façon frénétique. Puis, dans un éclat de violence, une dispute éclata. Deux des hommes tuèrent le troisième dans une lutte sanglante, le déchiquetant avant de le dévorer.
Madeleine se faufila alors dans une autre pièce : un dortoir infect, où l'odeur de décomposition flottait. Sur le mur, une inscription attira son attention : "John Harper" était signé sous un message décrivant l’horreur qu’avaient vécue ces hommes. Harper expliquait que, sous les ordres d'un serpent, ils avaient été réduits en esclavage, forcés à se reproduire entre eux pour honorer ce serpent.
Madeleine retourna vers Arthur et Edgar, le visage marqué par ce qu'elle venait de voir. Ensemble, ils se lancèrent dans une exploration plus approfondie du labyrinthe, l’obscurité se refermant peu à peu sur eux. Ils finirent par découvrir une grande grotte. Là, des champignons gigantesques, aussi grands que des hommes, couvraient le sol et les parois. Le plafond était percé de trous par lesquels des jets de brume s’échappaient. Dans la lumière mourante, une dizaine d’hommes s’affairaient, récoltant les champignons dans un silence de mort.
Soudain, Madeleine aperçut quelque chose qui la fit sursauter : une silhouette massive se dessina dans l’ombre. Un Ghast. Une créature imposante de près de 2m50, aux longues griffes effrayantes. Il semblait être une sorte de contremaître. Les hommes, bien que terrifiés, travaillaient sous son regard implacable, ne montrant aucun signe de rébellion.
Le temple souterrain
Edgar, prenant soin de ne pas se laisser submerger par la peur, commença à tracer un plan des sous-sols labyrinthiques, se promettant de ne rien oublier, d'annoter chaque recoin, chaque tunnel.
Ils s'enfoncèrent encore plus profondément pour tomber sur une nouvelle salle. Madeleine entra en première, suivie de Edgar. La pièce était décorée d’une grande sculpture de serpent, luisant d’une lueur malsaine. Sur son front, une lune étrange était gravée. Dans l’air, des encens diffusaient une fumée lourde.
Edgar, pris de vertige à cause de la fumée, se sentit soudain envahi par des visions. Les serpents semblaient ramper sur lui, non pas comme des ennemis, mais comme des alliés. Puis tout devint flou, et il s’effondra, inconscient. Madeleine, paniquée, aida Arthur à l'extirper de cette pièce maudite.
Ils continuèrent leur chemin dans les tunnels, mais la peur les rongeait. L'un des passages suivants les mena à une pièce plus petite, où ils découvrirent des œufs translucides, baignés dans un liquide étrange. Ces œufs contenaient ce qui semblait être des hommes serpents…
Scénario : L'Ombre sous la colline (Source : supplément Aux Portes des Ténèbres)