Ceux qui restèrent debout
L’auberge assiégée
Dans l’auberge tremblante sous les échos du massacre, les héros se réunirent à la hâte dans la salle principale, accompagnés de Rodwen, de l’aubergiste Aldor, du jeune Haleth, et de quelques clients pétrifiés. Les cris de la place n’étaient plus que des râles étouffés, mais la menace approchait à grands pas.
Barwulf et Thorodin se hâtèrent de pousser les lourdes tables contre les fenêtres, calant des bancs pour bloquer les battants. Munan, l’oreille tendue, vérifiait les verrous, tandis que Tinúviel, le visage pâle, tentait de bander sa blessure encore fraîche — mais ses doigts tremblaient.
— « Verrouillez tout, et préparez les armes, » ordonna Barwulf. « S’ils veulent entrer, ce sera par le sang. »
Tinúviel se tourna vers Aldor, qui semblait secoué mais déterminé malgré son âge.
— « Il faut faire sortir les clients. La porte de service, derrière la cuisine. Qu’ils partent en silence. »
Les Ennemis du Soleil
À peine les derniers villageois s’étaient-ils faufilés dans l’arrière-cour que les coups commencèrent à pleuvoir contre la porte principale. Un bélier improvisé, des cris rauques, des sabots battant le pavé.
Puis, la porte céda dans un fracas de bois éclaté. Ils entrèrent. Des guerriers en armure rouge, aux visages à moitié dissimulés sous des casques à crête, les yeux sans éclat, froids comme la mort.
Et derrière eux, des silhouettes encore plus horribles : des gardes de Combefoin… ou ce qu’il en restait. Des squelettes animés par une magie impie, portant encore les couleurs de la ville, leurs orbites vides irradiant une pâle lumière verdâtre.
— « Par les Valars… que s’est-il passé ici ? » souffla Rodwen, son épée au clair.
Le combat fut bref et brutal.
Thorodin fendait crânes et casques. Barwulf hurlait comme un ours blessé. Munan, l’œil vif, visait les failles entre les plaques d’armure. Et Tinúviel… malgré sa blessure, décochait flèche après flèche, jusqu’à ce que la douleur la trahisse.
Un coup de masse frappa son flanc. Elle tomba lourdement, le souffle coupé, la vision brouillée.
Barwulf hurla son nom, mais déjà un cri puissant retentissait :
— « Assez ! »
Les Chaînes de l’Injustice
Un des chefs ennemis s’avança, son casque orné de plumes écarlates, une épée longue pointée vers Barwulf.
— « Déposez vos armes ou mourez. Il n’y aura pas de troisième voie. »
Rodwen, debout près de Tinúviel, la lame au poing, hésita… puis lâcha son épée. Munan la suivit, la gorge nouée. Thorodin jeta son bouclier au sol avec un grondement de colère. Et Barwulf, les poings serrés, finit par céder lui aussi.
— « Que le ciel vous maudisse… »
Ils furent désarmés, enchaînés, leurs bras liés dans le dos à l’aide de cordes poisseuses et rêches. Geb, le ménestrel, fut capturé alors qu’il tentait de fuir par les escaliers. Aldor, malgré ses supplications, fut frappé et jeté à terre. Rodwen, bien que noble, fut traînée comme une criminelle. Et Haleth, effondré, hurlait de terreur, serrant la jambe de Thorodin, qui tenta de le rassurer d’un murmure rauque :
— « Tiens bon, petit. Le mal ne triomphe pas. Il rugit fort… mais tombe plus vite qu’il ne croit. »
Les Portes de l’Enfer
Le groupe fut traîné dehors, au cœur d’une ville en feu.
Des bâtiments flambaient, les cris des survivants résonnaient entre les murs.
Et au sommet des marches du palais, l’Alderman les attendait, son visage figé dans un sourire trop large pour être humain.
La ville d’autrefois, si pleine de chants, de marchés animés et de cris d’enfants, fut plongée dans la nuit du fer et du feu.
Les hommes en armure rouge, inflexibles et méthodiques, déversèrent leur cruauté comme on abat la faux sur un champ mûr.
Les gardes transformés en revenants se retournèrent contre leurs familles, et les flammes consumèrent les halles, les granges, les temples, tout ce que les mains des Hommes avaient bâti avec foi.
Au matin, il ne restait de Combefoin qu’un squelette fumant, et un millier de captifs hagards, liés deux par deux par des chaînes de fer, encerclés de piques et d’yeux froids.
Aucun mot d’explication, aucun jugement prononcé.
Seulement un ordre, et la marche commença.
La Route Vers l’Est
Ce ne fut pas une marche, mais une lente hémorragie. Pendant plus de dix jours, la colonne serpenta à travers les collines pelées, les landes infestées d’ombres, les vallées asséchées par l’été cruel.
Chaque jour, le soleil brûlait les cous penchés, et la nuit glaçait les os épuisés.
Le fouet parlait pour les silencieux, et le bâton pour les hésitants.
Les soldats du Rhûn, hommes durs et cruels, marchaient en rangs disciplinés, tenant les prisonniers en joug avec une mécanique froide, presque dénuée de haine — car leur brutalité était un devoir, non une passion.
Chaque soir, ils comptaient les morts comme d’autres comptent les pièces d’or.
Et chaque matin, le nombre des vivants diminuait.
Aldor, le Résilient
Parmi les captifs, l’aubergiste Aldor luttait contre son propre corps. Dès le troisième jour, la fièvre le saisit, son visage ruisselant de sueur, ses jambes flageolantes, ses mains tremblantes comme les feuilles d’automne.
Il serait mort, comme tant d’autres, si Munan n’avait veillé sur lui.
Le bardide, silencieux mais tenace, le soutenait sous le bras, jour après jour. Il lui apportait l’eau des flaques, échangeait des miettes de pain contre des regards de pitié, et murmurait à son oreille :
— « Encore un pas, vieil homme. Le monde a besoin d’hommes comme toi. Les monstres n’aiment pas ceux qui se relèvent. »
Barwulf portait parfois Aldor sur son dos quand la fièvre l’écrasait.
Thorodin surveillait les gardes, prêt à mordre à la gorge au moindre coup de trop.
Et Tinúviel, quoiqu’encore faible, entourait son bras blessé d’une étoffe imprégnée de feuilles médicinales.
En silence, le petit groupe marchait. Ensemble. Comme une pierre contre le courant.
Le Goulet Maudit
Au dixième jour, quand l’ombre de la forêt s’épaissit en un manteau noir, la colonne atteignit le Goulet — une passe étroite où les arbres s’enlaçaient comme des bras de spectres, où les chants d’oiseaux se taisaient et où même le vent semblait retenir son souffle.
C’est là que les hommes du Rhûn, droits, disciplinés et silencieux, s’arrêtèrent.
Et de l’autre côté du goulet, ils apparurent, comme vomis par les troncs : les Orques.
Plus petits, plus courbés, plus fous. Leurs armures n’étaient que bric-à-brac rouillé, mais leurs yeux brillaient d’un éclat malsain, et leur cruauté n’avait ni ordre ni raison.
Ils ricanèrent en voyant les prisonniers exténués, les flairant comme un loup renifle le gibier.
Le relais fut bref. Un échange de quelques mots en noir parler, des coups, des grognements… et la colonne reprit sa marche, cette fois vers le sud, vers les racines mêmes de la peur.
Les Dents de Dol Guldur
Pendant cinq jours, la marche continua, mais l’espoir avait déserté les cœurs.
Les Orques hurlaient, mordaient, frappaient.
Ils jetaient les faibles à terre, et nul ne se retournait.
Des charognes étaient dévorées à même le sol, sous les rires rauques de leurs geôliers.
Et puis, ils s’en prirent à Haleth.
Un soir, alors que les chaînes furent détendues pour le repos, trois Orques s’approchèrent en grondant, les crocs luisant dans l’ombre. Le plus grand montra le garçon du doigt, en ricanant :
— « Celui-là… il a l’air tendre. Un peu de viande fraîche, ça changerait des vieux. »
Avant qu’ils n’aient pu poser la main sur l’enfant, Thorodin s’interposa, malgré la chaîne à son poignet.
— « Touchez à l’enfant… et je vous arrache les yeux à mains nues. »
Il y eut un silence. Puis un rire. Et un coup de masse. Les Orques ne tuèrent pas Thorodin… mais ils prirent sa barbe. À coups de dagues émoussées, ils lui arrachèrent les tresses sacrées, hurlant de joie devant l’humiliation infligée au nain. Il ne cria pas. Mais dans ses yeux, une flamme ancienne brûla plus fort que jamais.
Le Gouffre Sous la Terre
Enfin, à l’horizon se dressa : noir, dentelé, tordu. Dol Guldur. La Montagne de la Sorcellerie. L’antre du Nécromancien. Mais au lieu d’y monter, les Orques firent bifurquer la colonne vers l’est, jusqu’à une faille béante dans la roche. Un tunnel. On y entra comme on pénètre une tombe.
Des heures de marche sous la terre, sans lumière que celle des torches puantes des gardes. L’air y était épais, gorgé d’humidité, de moisissure et de sang séché.
Et puis, une grille de fer s’ouvrit avec un cri métallique, et les héros furent jetés dans une geôle.
Les Mailles de la Nuit
La cellule était vaste, mais à moitié inondée, ses dalles disjointes couvertes d’algues visqueuses. Des chaînes pendaient aux murs, rouillées mais solides. L’eau stagnante montait aux chevilles, glacée.
Une unique torche, dans le couloir adjacent, projetait des ombres dansantes et difformes. Autour d’eux, le silence n’était rompu que par les soupirs des captifs. Ils étaient là : Geb, le ménestrel, silencieux, l’âme brisée. Aldor, fiévreux, à peine conscient, soutenu par une pierre contre laquelle il haletait. Rodwen, blessée à l’épaule, mais droite. Haleth, blotti contre Thorodin, tremblant de peur et de fatigue. Et les quatre héros, liés, épuisés, mais vivants. Munan murmura, les yeux levés vers la grille haute :
— « Dol Guldur… Aucun conte n’en décrit l’odeur. »
Barwulf, le poing fermé, répondit :
— « Ce n’est pas la fin. Ce n’est pas ici que nous mourrons. »
Un Breuvage sans Nom
Le matin suivant — ou peut-être était-ce encore la nuit, car le temps, dans les entrailles de Dol Guldur, ne coulait plus comme ailleurs — un grincement écœurant réveilla les captifs. Un orque immense, la mâchoire pendante et les yeux jaunes injectés de fiel, ouvrit la grille de la geôle.
Dans sa main crasseuse, il tenait un gobelet grossier, taillé dans un os poli et noirci par les âges. Une vapeur rance s’en élevait, mêlant odeur de champignon moisi et de graisse rance.
Sans un mot, il traversa l’eau croupie, s’agenouilla à demi près d’Aldor, toujours allongé et délirant de fièvre, déposa le breuvage à ses côtés, puis repartit d’un pas traînant, refermant la grille dans un ricanement glaireux.
Tinúviel, méfiante mais déterminée, s’approcha. L’odeur était infecte, mais aucune magie noire perceptible n’en émanait, seulement une concoction brute.
Elle y trempa les lèvres.
— « Ce n’est pas empoisonné… mais ce n’est pas du vin du Dorwinion non plus, » dit-elle en grimaçant.
Elle soutint la tête d’Aldor, murmurant des mots doux, et le fit boire lentement.
Aucun changement notable. La fièvre restait là, tapie comme une bête.
Mais il vivait.
Le Temps se Tord
Dans cette prison sans jour ni nuit, le temps perdit sa forme. Les heures se succédaient comme des ombres sans nom, entrecoupées de silence, de gémissements, de fièvres et de murmures. Parfois, un orque venait jeter un quignon de pain sec.
Les héros se parlaient à voix basse, ou ne parlaient pas du tout. Les souvenirs se mêlaient aux cauchemars, et chaque goutte tombant de la voûte semblait mesurer un siècle. Et puis… il vint.
L’Homme au Sourire
La grille s’ouvrit doucement cette fois, sans grincement, comme poussée par le vent d’un rêve. Un homme entra. Pas un orque. Ni un spectre. Un homme.
Il portait une tunique propre, aux broderies discrètes, et une cape grise jetée sur l’épaule. Son visage était serein, ses yeux calmes, et son sourire… trop doux. Trop parfait.
— « Mes amis… quelle tristesse de vous voir ainsi. »
Les héros se redressèrent, stupéfaits. Même Rodwen fronça les sourcils, méfiante.
— « Qui êtes-vous ? »
— « Je suis Annatar, » répondit-il, s’inclinant avec grâce. « Serviteur du Maître des Lieux. Mais ne craignez rien… je ne viens ni pour torturer ni pour menacer. »
Il tira un petit sac de toile, et en sortit des vivres encore tièdes, de l’eau claire, et enfin un paquet de feuilles médicinales qu’il remit à Tinúviel.
— « Pour le vieil homme. Un tonique elfique. Ce serait cruel de le laisser mourir, non ? »
Aldor, pâle et hagard, ouvrit légèrement les yeux. Une étincelle de conscience revenait.
L’Offre de la Fin des Malheurs
Annatar s’installa sur un bloc de pierre, les mains jointes.
— « Je ne suis pas votre ennemi. Le Maître vous a observés. Il connaît vos souffrances… vos pertes… vos désillusions. Il ne cherche pas à vous briser. Il cherche à vous libérer. Il vous propose de vous soumettre à son autorité. En échange… plus de douleurs, plus de chaînes, plus de fuite. Vous serez accueillis, nourris, protégés. Vous vivrez… et en paix. »
Son regard se posa sur chacun d’eux.
— « Vous avez jusqu’à demain. Je reviendrai. »
Et il partit. Sans bruit. Sans menace.
Paroles dans l’Ombre
Dans la pénombre humide, la flamme du doute vacilla. Munan resta immobile, puis déclara d’un ton tranchant :
— « Il ment. L’Ombre ne donne rien. Elle dévore. »
Rodwen acquiesça.
— « Mieux vaut mourir libre que vivre esclave d’un esprit sans nom. »
Barwulf, serrant les poings.
— « Ce n’est pas pour ça que tant sont morts. »
Tinúviel, toujours pâle, murmura :
— « Il ne m’a pas regardée. Pas vraiment. Il cache un masque… et derrière, il n’y a pas un homme. Il y a… quelque chose d’ancien. »
Mais Geb, le ménestrel, recroquevillé dans un coin, dit d’une voix rauque :
— « Et si… il disait vrai ? Et si cette douleur pouvait s’arrêter ? Je suis fatigué. Je veux juste… dormir. » Le silence revint. Demain, Annatar reviendrait. Et ils devraient répondre.
Le Retour du Tentateur
Lorsque le grincement doux de la grille se fit entendre, tous se redressèrent.
Annatar était revenu, vêtu comme la veille, aussi calme qu’une brise sur un lac noir.
Ses yeux passaient sur chacun des visages, scrutant non les expressions, mais les cœurs.
— « Eh bien ? » demanda-t-il avec une douceur désarmante. « Le Maître vous écoute. Votre souffrance peut prendre fin… dès aujourd’hui. »
Tinúviel soutint son regard.
— « Nous ne sommes pas à vendre. »
Munan, raide, le regard dur comme l’écorce d’un vieux chêne, ajouta :
— « Dis à ton maître que l’espoir se plante comme une graine. Même ici. Même maintenant. »
Rodwen ne parla pas, mais son silence était un refus plus clair que mille mots.
Barwulf se contenta de cracher au sol.
Et Haleth, le petit Haleth, murmura en regardant Thorodin :
— « Je veux rester avec eux. Même ici. »
Annatar sourit tristement. Puis, se tournant vers le fond de la cellule :
— « Et toi, Geb ? »
Le ménestrel, les yeux rougis, se leva, hésitant, tremblant… puis s’avança.
— « Je… je veux vivre. »
Sans un mot, Annatar l’accueillit à ses côtés. La grille s’ouvrit. Geb franchit le seuil, jeta un dernier regard aux autres, et s’éloigna dans les ténèbres aux côtés de l’Homme des Bois au sourire parfait.
La Dernière Chaleur d’Aldor
Quelques heures plus tard — ou peut-être un jour — la fièvre revint.
Aldor, l’aubergiste jovial et brave, luttait contre un feu intérieur qui le consumait lentement. Son souffle était court, ses mains tremblaient. Il ne reconnut plus personne.
Rodwen lui posa un linge frais sur le front.
Tinúviel murmura un chant doux en sindarin.
Munan, qui l’avait tant aidé à marcher, ne parvenait plus à lui parler. Ses mots se coinçaient dans sa gorge. Ce n’était pas ainsi qu’un homme libre devait mourir.
— « Ma fille… » souffla Aldor, délirant. « Elle m’attend. Dites-lui… je n’ai pas eu le temps… » Thorodin posa sa main sur celle du vieil homme.
— « Vous l’avez eue, Aldor. Toute votre vie. Et elle le saura. »
Un soupir. Un dernier. Puis le silence. Il était mort.
Le Retour du Traître
Des heures passèrent. Ou des jours. Le temps, dans Dol Guldur, était un marais où les secondes se noyaient. Et puis, la grille s’ouvrit à nouveau. Geb était revenu.
Mais il n’était plus le même. Il était propre, rasé, vêtu d’un manteau de velours sombre, ses cheveux tirés en arrière, ses yeux creux mais brillants d’une lumière trouble.
À ses côtés, quatre orques brandissaient des chaînes. Geb leva la main et désigna, sans trembler :
— « Ceux-là. Barwulf. Thorodin. Le Maître veut les voir… jouer. »
Barwulf grogna. Thorodin serra les poings. Mais ils furent saisis, traînés hors de la cellule. Aucune explication. Aucun mot.
L’Arène de l’Ombre
Ils furent conduits à travers des couloirs sombres taillés dans la pierre, éclairés par des torches aux flammes verdâtres. Le sol était jonché de sang séché, les murs gravés de runes en noir parler. Et enfin, ils débouchèrent dans une arène souterraine, creusée à même la roche, encerclée de gradins où hurlaient des dizaines d’orques.
La clameur monta aussitôt. Des os furent lancés sur eux depuis les gradins. Un orque leur jeta une épée émoussée et une hache ébréchée.
— « Montrez qu’vous êtes pas bons qu’à mourir ! »
Ils n’eurent pas le temps de répondre. Une herse s’ouvrit à l’opposé.
Et deux wargs surgirent. Massifs, les yeux injectés, les crocs suintants, enragés et affamés. Barwulf sourit.
— « Ils auraient dû en envoyer quatre. »
Le Combat des Braves
Le combat fut bref… et terrible. Thorodin tourna autour du premier warg, l’amenant à mordre dans le vide, puis abattit son arme sur sa patte avant, la brisant. Le hurlement de la bête résonna comme un glas.
Barwulf, dans une rage froide, chargea le second. Il roula sous lui, planta sa hache dans sa gorge — et la lame resta coincée dans l’os. Il attrapa un os tombé des gradins et le planta à mains nues dans l’œil de la bête.
Les orques hurlèrent, de rage ou de joie, nul ne savait. Mais lorsque les deux wargs s’effondrèrent, la foule se leva comme une mer noire, criant, frappant, huant. Barwulf et Thorodin se tenaient debout, couverts de sang. Mais vivants. Et sans un mot, on leur retira leurs armes… et on les ramena dans leur cellule.
Le Silence Après la Fureur
Ils revinrent en silence, le regard vide mais l’âme intacte. Munan et Tinúviel les accueillirent d’un simple hochement de tête. Haleth murmura, en prenant la main de Thorodin :
— « Je savais que vous reviendriez. »
Le froid des pierres et la puanteur de l’eau croupie finissent par émousser même les pensées les plus vives. Barwulf, fatigué par le combat, les chaînes, la faim et le poids de l’humiliation, s’endormit, la tête posée contre la paroi ruisselante de la geôle.
Mais ce ne fut pas un sommeil paisible.
Un souffle glacé le traversa, et l’obscurité s’éclaircit d’une lumière spectrale.
Il se tenait soudain dans une salle sans murs ni sol, un lieu fait de vent et d’ombre, au centre duquel se trouvait Dame Irimë.
Elle flottait plus qu’elle ne marchait, drapée dans une robe d’argent terni, son visage tiré par la douleur, ses bras levés pour repousser une ombre qui grandissait derrière elle.
Un esprit informe, tordu, une flamme noire aux yeux multiples, s’enroulait autour d’elle comme un serpent ancien.
Elle vacilla… puis tourna la tête. Son regard croisa celui de Barwulf.
Ses lèvres remuèrent :
— « Ne perdez pas espoir. La lumière ne meurt pas. »
Puis le rêve se brisa, comme un miroir qu’on jette à terre, et Barwulf se redressa, haletant, dans la moiteur de la cellule.
Le Prix de la Cruauté
Quelques heures plus tard — ou était-ce le lendemain ? la grille s’ouvrit à nouveau.
Deux orques entrèrent, leur souffle court et excité. Ils passèrent entre les prisonniers, et désignèrent d’un doigt crochu :
— « Le gamin. À nous. »
Haleth sursauta, recula contre Thorodin, ses doigts tremblants s’accrochant à sa ceinture. Barwulf se leva d’un bond.
— « Il ne vous suivra pas. »
Thorodin s’interposa, les bras écartés. Mais les orques grognèrent :
— « Vous venez aussi. Pas d’arène. Pas d’armes. En haut, pour voir. Juste voir. »
Ils furent emmenés, menottés, escortés par d’autres gardes. La peur au ventre. Le cœur prêt à éclater.
Le Combat de l’Enfant
Ils ne furent pas conduits dans l’arène… mais dans les gradins. En contrebas, sous les hurlements des orques en liesse, une petite forme fut poussée dans le sable souillé.
Haleth. Nu-pied. En chemise.
À l’autre bout de l’arène, un orque trapu, armé d’un gourdin, ricanait déjà. Il ne s’agissait pas de combat. C’était une exécution spectacle.
Thorodin se pencha en avant, les chaînes tirées à fond.
— « Regarde-moi, Haleth ! »
Le garçon leva les yeux, terrorisé.
— « Ne le charge pas ! Évite ! Bouge ! Attends qu’il s’essouffle ! Puis vise ses jambes ! Comme je te l’ai montré ! »
Haleth hocha la tête, le visage baigné de larmes. Le combat commença. Le jeune garçon, vif et léger, parvint à éviter les premiers coups. Les conseils de Thorodin lui revinrent, et dans un moment d’audace, il ramassa une pierre et la lança au visage de l’orque. Celui-ci rugit, furieux. Il trébucha, grogna. Haleth saisit un bâton court dans le sable et frappa la jambe de la bête.
Un coup. Puis un second. Et l’orque hurla.
Les orques dans les gradins se levèrent, ricanant… ou grondant d’impatience.
Puis le sourire de Haleth s'effaça. L’orque se releva.
— « Assez joué. » grogna-t-il.
Il saisit Haleth à deux mains… Et l’écrasa contre le mur de l’arène.
Le Retour du Silence
Le corps sans vie fut jeté dans la cellule comme on jette un sac vide.
Il tomba dans l’eau croupie, ses cheveux sales collés à son front, ses membres tordus. Personne ne parla. Rodwen ferma les yeux de l’enfant.
Tinúviel détourna le regard, les larmes coulant sur ses joues blêmes. Barwulf frappa le mur jusqu’à s’en ouvrir les jointures.
Et Thorodin, agenouillé près du petit corps, dit d’une voix basse :
— « Tu es mort en combattant. Ce que peu d’hommes ont su faire. »
Munan, les yeux rouges, murmura :
— « Dol Guldur paiera. D’une façon ou d’une autre. »
Songes de Ténèbres et de Flammes
Le sommeil prit les héros comme un linceul. Non un repos, mais un vertige profond, une descente lente dans les brumes du désespoir.
Accablés par la mort d’Aldor et du jeune Haleth, brisés par la trahison de Geb, et enfermés dans le cœur même du mal, ils sombrèrent.
Et le rêve les saisit tous à la fois.
Ils virent Dame Irimë, seule au sommet d’une tour obscure, luttant contre un esprit immense et sans forme, un souffle noir, ourlé de flammes vertes. Elle récitait des chants oubliés, sa voix chevrotante, tendant ses mains comme pour retenir les souvenirs de la lumière.
Mais elle fléchissait. L’ombre l’enveloppait. Ses yeux croisaient les leurs, et une dernière fois, elle parla :
— « Ne perdez pas espoir… car l’espoir est l’aube des choses perdues. »
L’Épreuve de l’Esprit
Ils s’éveillèrent… ou crurent s’éveiller. La cellule était toujours là. Mais quelque chose avait changé. Une lueur verte et malsaine glissait par les interstices des pierres, comme si la montagne saignait.
Et soudain, un frisson d’horreur traversa leurs dos : le corps de Haleth… bougea. Ses yeux morts s’ouvrirent. Sa bouche s’anima.
Mais ce n’était pas Haleth. C’était une chose ancienne qui empruntait son visage.
— « Encore vous ? Encore debout ? Vous pourriez être libres. Il vous suffit d’abandonner Irimë. Une elfe… orgueilleuse. Qui se sert de vous. Qui attire le mal… et vous y entraîne. »
La voix était celle d’un enfant… mais les mots étaient ceux d’un démon.
Barwulf, debout, dit d’une voix grave :
— « Haleth est mort… en héros. Il n’a jamais parlé ainsi. »
Thorodin, les poings serrés, gronda :
— « L’espoir ne se troque pas. Il s’entretient. Comme la flamme sous la cendre. »
Munan ajouta, plus calme :
— « Tu ne comprends pas, esprit. Ce n’est pas l’elfe qui nous lie… c’est ce que nous avons traversé. Ce que nous avons choisi. »
Et enfin, Tinúviel, se redressant malgré la douleur, dit d’un ton clair :
— « Retourne dans les ténèbres d’où tu viens. Tu n’as ici ni place, ni proie. »
Alors, le maléfice se brisa. La cellule vacilla. Le monde s’effondra comme un mirage.
L’Aube sur Combefoin
Ils se réveillèrent dans la fraîcheur d’un matin de fin d’été, allongés sur le sol humide d’une clairière familière. Combefoin. Tel qu’ils l’avaient laissé. Le camp. Les pierres. Les hautes herbes. Le soleil montait lentement, dissipant la brume matinale, et peignant le ciel de couleurs d’ivoire et d’or.
Au centre de la clairière, Dame Irimë se tenait debout, vacillante, entourée d’une brume verte, le dernier relent de l’esprit ancien.
Mais soudain, une lumière éclatante jaillit derrière elle, pure et blanche, comme celle des étoiles d’Eärendil. La brume verte recula, sifflant de rage. L’ombre s’évanouit.
Irimë s’écroula, inanimée, les bras ouverts comme une colombe brisée.
Les Fils d’Elrond
Alors, des pas légers et silencieux approchèrent. Entre les arbres, des elfes d’Imladris parurent, bardés d’armures finement ciselées, leurs regards clairs et solennels. À leur tête marchaient deux frères, semblables comme l’eau et son reflet. Elrohir et Elladan, les fils du Seigneur Elrond. Ils s’approchèrent avec révérence, se penchant sur Irimë.
Elrohir parla d’un ton grave :
— « Nous avons ressenti son appel dans les vents des montagnes. Elle a tenu bon. Et vous… vous l’avez protégée. »
Elladan s’inclina devant les héros, ses yeux marqués par une tristesse ancienne :
— « Elle sera escortée à Imladris. Là-bas, elle reposera. Et l’Ombre ne l’atteindra plus. »
Le Calme Après la Tourmente
Le lendemain du départ de l’ombre, la montagne autour de Combefoin semblait avoir retrouvé un souffle ancien. Les chants d’oiseaux revenaient, timides. Le vent portait l’odeur du pin et de la mousse fraîche. Et les rayons du soleil, traversant les branches, dessinaient au sol des arabesques d’or et d’argent.
Dame Irimë, allongée sur un brancard tissé de rameaux et de soie elfique, dormait d’un sommeil profond, libérée de la poigne invisible qui l’avait si longtemps tourmentée.
Dans le camp improvisé, autour des feux légers des elfes d’Imladris, les héros reprenaient des forces, pansant leurs plaies, murmurant des souvenirs, regardant le ciel avec des yeux changés.
Ils savaient, au fond de leur silence partagé, que le temps des adieux approchait.
Quatre Chemins, Quatre Destins
À l’orée de Combefoin, les quatre compagnons se séparèrent. Ils n’avaient pas prononcé d’adieux longs. Mais leurs regards, leurs étreintes, leurs silences, étaient plus riches que les mots.
— « Nos routes se croiseront encore » dit Tinúviel.
— « Car les nœuds du destin, une fois liés, ne se dénouent pas si facilement, » répondit Munan.
— « Que vos pas soient lourds sur la terre des traîtres, et légers là où poussent les herbes, » murmura Barwulf.
— « Et si vous voyez un nain sans barbe… ne vous moquez pas trop fort, » ajouta Thorodin, un demi-sourire au coin des lèvres.
Et puis ils partirent. Vers l’ouest. Vers l’est. Vers l’avenir.
Vers l’Ouest : Les Gardiens de la Lumière
Tinúviel, encore pâle mais la tête droite, se leva à l’aube suivante, son regard perdu vers l’ouest, là où les brumes caressaient les monts lointains.
À ses côtés, Munan préparait ses affaires sans un mot, nouant son manteau, ajustant son arc.
Il lança un regard à la piste qui s’ouvrait entre les roches, puis à Tinúviel.
— « C’est un long voyage… mais il y a des voix à écouter, à Imladris. Et des vérités à comprendre. »
Tinúviel hocha la tête, puis, à l’adresse de ses amis :
— « Je veux voir les terres d’Elrond. Marcher dans les jardins où poussent les souvenirs du Premier Âge. Peut-être y trouverai-je la paix que cette ombre m’a volée. »
Les elfes d’Imladris, menés par Elrohir et Elladan, s’inclinèrent avec respect devant elle et Munan.
— « Vous serez les bienvenus. Et le souvenir de ce que vous avez fait pour Irimë ne s’effacera pas des chants de la Maison d’Elrond. »
Ainsi, Tinúviel et Munan prirent place dans l’escorte silencieuse, marchant au rythme des légendes vers les terres enchantées de Fondcombe.
Vers l’Est : Les Promesses à Tenir
Barwulf, quant à lui, regardait la même lumière avec d’autres yeux.
Son cœur battait au rythme de la terre et de ses serments. Quelque chose l’appelait vers les terres Béornides, vers l’auberge orientale, où s’échangeaient les nouvelles du monde et les rumeurs de guerre.
— « Je dois retourner vers les miens. Les vivants ont besoin de défenseurs autant que les morts d’hommages. »
Thorodin, son visage buriné par le feu et la cendre, lui serra l’avant-bras.
— « Je t’accompagnerai jusque-là. Une bonne bière avant la solitude des Montagnes ne saurait être refusée. »
Barwulf sourit.
— « Et si l’auberge est encore debout, je t’offre la première tournée. »
Ainsi partirent-ils ensemble, le Béornide et le nain, par les chemins pierreux de l’est, vers les rivières lentes, les champs fauchés, et les lieux où les histoires commencent… ou se terminent.
Au bout de la piste, Barwulf retrouverait son peuple, Thorodin, lui, poursuivrait vers Erebor, le royaume sous la montagne, là où l’honneur des nains se restaure, un marteau après l’autre.
La Marche d’Irimë
24 juillet 2948 – Départ vers l’Est
À l’aube du 24 juillet, les héros quittèrent Rhosgobel, leurs montures reposées, leurs sacs garnis, et le cœur encore chargé des décisions de l’Assemblée.
À leurs côtés trottait Dinodas Brandebouc. Son bâton de marche était déjà couvert de brins d’herbe fraîche et de bouts de fil rouge, souvenir de la Foire.
— « Une belle route s’annonce, et un beau prétexte pour ne pas rentrer trop vite ! » s’exclama-t-il gaiement en ajustant son sac, d’où dépassait une miche de pain et une outre bien gonflée.
La route vers l’Auberge Orientale s’annonçait paisible, une bénédiction après tant de chaos. Les territoires traversés étaient ceux des Hommes des Bois et des Beornides.
L’Alliance Sur les Chemins
Le voyage fut ponctué de haltes amicales, d’hospitalités sincères, et de retrouvailles discrètes.
À Fort-Bois, ils furent reçus par des chasseurs qui avaient entendu parler de la chute de Valter comme on écoute un conte devenu légende.
À Pierregué, les maisons reconstruites vibraient d’une activité nouvelle, et Brunhild, en les saluant à leur passage, leur offrit un pain de seigle encore chaud.
Au Vieux Gué, les gardes se levèrent d’un bond en reconnaissant les héros. L’un d’eux tendit un gobelet à Thorodin :
— « Pour ceux qui sont tombés, et pour ceux qui les ont vengés. »
Puis, chez Beorn, la halte fut silencieuse mais forte de sens. Le grand homme les accueillit d’un hochement de tête. Il n’y eut point de discours, seulement un repas partagé et la bénédiction du regard.
3 août – Auberge Orientale
Ils atteignirent l’Auberge Orientale au crépuscule du 3 août, accueillis par le crépitement d’un feu, l’odeur du potage d’orge, et les aboiements joyeux d’un chien.
La nuit fut douce, bercée de silence et de souvenirs, comme un dernier souffle avant l’épreuve. Le lendemain, au matin, ils quittèrent l’auberge et reprirent la route.
Au bout de quelques heures de marche, ils atteignirent l’entrée du Sentier des Elfes.
Une arche naturelle de branchages torsadés, couverte de feuilles argentées. Un passage entre deux mondes.
Barwulf s’arrêta net. Il fixa l’entrée du chemin, puis ses compagnons.
— « Je n’irai pas plus loin. L’hiver viendra bientôt, et je me suis promis de passer la saison parmi les miens. »
Il serra les mains de ses frères d’armes, et lorsqu’il vint à Tinúviel, il la regarda longuement, sans dire un mot, puis inclina la tête.
— « Merci… pour tout. »
Un silence lourd d’adieux flotta dans l’air.
Les Gardiens du Sentier
Mais avant que le groupe ne s’engage sur le sentier, des pas légers se firent entendre parmi les feuilles. À l’orée du Sentier des Elfes, là où les troncs élancés de la Forêt Noire se courbaient en voûte naturelle et que la lumière se tamisait en un jeu d’or et de vert, les voyageurs furent accueillis non par le silence, mais par une présence vigilante.
Une quinzaine d’elfes armés, drapés dans des tuniques de feuilles grises et de capes d’écorce, attendaient déjà. Leurs traits étaient beaux mais tendus, leurs mains effleurant la garde de leurs armes, leurs regards méfiants — surtout pour les mortels.
À leur tête se tenait Ruithiel, elfe de haute lignée, aux cheveux gris tressés comme la lame d’une épée, et aux yeux aussi froids qu’un ciel d’hiver.
— « Que font des étrangers à l’entrée de notre voie sacrée ? » lança-t-elle, sa voix tranchante, son regard glacial glissant de Tinúviel aux autres.
Tinúviel, droite et fière, s’avança d’un pas. La tension était forte, mais elle savait que les mots — et leur juste mesure — étaient parfois plus puissants que les lames.
— « Nous portons une missive du mage Radagast au roi Thranduil. Nous sommes amis de la forêt, et nos pas ne cherchent ni conquête ni trouble. »
Mais à l’écoute de ce nom, les traits de Ruithiel ne se radoucirent pas. Au contraire, son regard sembla se durcir davantage, comme si chaque mot ajouté pesait sur une corde déjà trop tendue.
Autour d’eux, les autres elfes jetaient des regards inquiets vers l’ombre des arbres. Quelque chose les suivait — cela se sentait, cela se devinait. Une menace tapie, un parfum de peur que même les Elfes ne savaient nommer.
L’Arrivée du Prince et de l’Ancienne
Alors que la tension frémissait comme une corde d’arc, un bruissement plus léger que la brise se fit entendre. Des pas souples, assurés, d’une grâce que rien n’égale parmi les Enfants d’Ilúvatar. Et Legolas, fils du roi Thranduil, apparut entre les arbres, la lumière dans son sillage, portant son arc comme une couronne silencieuse. À ses côtés marchait une femme que nul mot ne pourrait pleinement décrire.
Elle était grande et fine, drapée dans des étoffes blanches qui semblaient tissées de brume lunaire. Son visage portait les marques de l’éternité et de la perte, sa présence était à la fois lumière et silence. Elle ne parlait pas, et pourtant elle disait tout.
— « Voici Dame Irimë, des Noldor, ancienne et sage. Elle marche désormais vers l’ouest. Elle a choisi de quitter ces terres pour les rives des Terres Immortelles. »
Les mots de Legolas furent clairs et sans appel.
— « Il m’a été confié de l’escorter jusqu’à Combefoin, village discret au sud de Foncombe. Là-bas, des émissaires de la maison d’Elrond la prendront en charge pour son ultime passage. »
Mais son regard se fit plus sombre.
— « Hélas… nous sommes traqués. Depuis des jours, des orques nous poursuivent, plus nombreux qu’ils ne devraient l’être. »
Le Sceau du Destin
C’est alors que Dame Irimë leva enfin les yeux, et ses prunelles rencontrèrent celles de Tinúviel. On eût dit que les étoiles y chantaient encore, voilées d’un chagrin que même le temps n’efface.
Elle parla d’une voix basse, douce comme un ruisseau d’hiver :
— « C’est vous que j’attendais. Les étoiles l’ont murmuré… au moment où j’ai franchi les portes de la forêt. »
Les héros, troublés, échangèrent des regards. Thorodin fronça les sourcils, et Barwulf gronda presque :
— « Vous… nous attendiez ? Pourquoi nous ? »
Mais Irimë ne répondit plus. Elle s’était déjà retirée dans son silence.
Et Legolas, les mâchoires contractées, les poings serrés, répondit à sa place.
— « C’est folie. Vous êtes des mortels, et vous ne connaissez pas les ténèbres que nous fuyons. Mais si elle vous a choisis… je ne puis contredire la volonté des étoiles. »
Il se tourna vers Tinúviel, l’œil brillant de défi.
— « Mais sachez-le : ce fardeau n’est pas léger. Et je garderai les orques à distance… non pas pour vous, mais pour elle. »
Le Passage des Ombres
Avant de les quitter, Tinúviel remit la missive de Radagast à Legolas. Munan s’y opposa d’abord.
— « Ce message devait être pour Thranduil.»
Mais Tinúviel, ferme, répondit :
— « Le prince est son sang. Et les jours pressent. »
À contrecœur, Munan céda. Legolas prit le message, le regard pesant.
— « Je le remettrai à mon père. Mais n’attendez pas de réponse. Pas avant l’hiver… ou pire. »
La troupe elfique escorta ensuite les héros jusqu’à la tombée de la nuit, longeant l’orée de la forêt sans jamais en sortir pleinement. Au soir, ils parvinrent à une clairière vaste, éclairée par les derniers feux du couchant. Des nappes de lin furent déployées sur de longues tables de bois. Des mets simples mais raffinés les attendaient, et nul bruit ne troubla le dîner, sinon le bruissement du vent.
Les héros mangèrent, puis tombèrent un à un dans un sommeil profond, comme bercés par une chanson silencieuse chantée par les arbres eux-mêmes.
5 août - Le Matin du Départ
Lorsqu’ils s’éveillèrent, le camp était vide. Les nappes avaient disparu, les braises étaient froides, et les arbres semblaient s’être refermés sur un secret. Seule Dame Irimë restait, droite et silencieuse, ses yeux levés vers l’ouest. Elle les attendait, sans un mot. Et désormais, le voyage commençait.
4 août 2948 – L’orée oubliée de la Forêt Noire
Aux premières lueurs du matin, les héros reprirent leur voyage, Dame Irimë marchant à leur tête, droite comme une lance d’argent, muette mais présente, comme une étoile encore suspendue dans le ciel d’aube. Aucun mot n’avait été échangé à son réveil. Aucune instruction. Et pourtant, tous savaient qu’il était temps.
Ils quittèrent les derniers chênes vénérables de la Forêt Noire, traversant l’orée brumeuse comme on franchit un seuil sacré. Mais lorsque leurs pas foulèrent l’herbe libre de la plaine, un étrange malaise les saisit.
Munan, fronçant les sourcils, consulta sa carte, ses repères et ses souvenirs. Thorodin, qui avait compté chaque heure de leur marche, posa sa lourde main sur son épaule.
— « Cela ne peut être… »
— « Et pourtant, nous sommes ici, » répondit Munan, incrédule. « Au bord de la Vieille Route des Nains… il nous faudrait cinq jours pour cela, non une journée. »
Barwulf, plus taciturne, regardait en arrière. Il n’y avait plus rien que le murmure des arbres derrière eux.
— « Une magie d’Elfes… ou quelque chose d’autre. »
Tinúviel, elle, gardait le silence, observant Irimë qui avançait comme en songe, le regard tourné vers l’horizon.
Souvenirs d’un Vert-Bois Oublié
Ce ne fut que plus tard, alors que les collines grises du Vieux Gué apparaissaient à l’horizon, qu’Irimë rompit son mutisme. Sa voix, presque un souffle, semblait s’adresser au vent plus qu’à ses compagnons.
— « Ici, le Vert-Bois touchait la rivière… Quand les étoiles étaient jeunes, cette forêt était claire, et les chants y étaient nombreux. On l’appelait Vert-Bois-le-Grand… »
Tinúviel, attentive, osa demander doucement :
— « Vous parlez du Premier Âge, Dame ? »
Mais Irimë ne répondit pas. Elle semblait avoir oublié qu’on l’écoutait. Ses yeux voyaient autre chose : des arbres disparus, des visages perdus, des langues mortes.
Le reste du jour se déroula dans un silence sacré, ponctué seulement par le chant discret des alouettes, et parfois, la mélodie lointaine d’un souvenir qu’Irimë murmurait en quenya, cette langue haute et ancienne qui semblait plus proche des étoiles que de la terre.
7 août – Soir tombant sur le Vieux Gué
Lorsque le Vieux Gué se profila dans la lumière dorée du soir, les héros ralentirent le pas.
— « Nous ne dormirons pas ici, » trancha Barwulf. « Trop de regards, trop de rumeurs. Nous portons une flamme rare… et fragile. »
Ils s’écartèrent de la route, trouvant refuge dans une petite clairière couverte de fougères, à l’abri des regards et du passage.
Alors que le feu crépitait doucement, Irimë s’était assise sur une pierre plate, les mains croisées sur les genoux, le regard fixé vers le nord. Et à nouveau, elle parla — pour elle-même, ou pour les arbres, nul ne savait vraiment.
— « Ici, jadis, s’élevait un pont bâti par les Nains… plus large que le fleuve, orné de runes de Khazâd. Il fut détruit… longtemps avant que les Hommes ne posent leur première palissade. Le temps efface les œuvres, mais pas leur souvenir. »
Une Présence Détachée
Durant tout ce périple, la Dame demeura distante, non par mépris, mais comme si ses pas sur la terre étaient déjà ceux d’un fantôme. Elle mangeait peu, parlait encore moins, et lorsqu’elle dormait, son visage était serein, comme s’il n’avait jamais connu les larmes, seulement la nostalgie.
Elle parlait parfois dans cette langue qu’aucun d’eux ne maîtrisait, et pourtant chaque mot semblait éveiller en Tinúviel un frisson de mémoire, comme des échos d’un temps où la lumière n’était pas encore brisée.
Leur mission prenait désormais un autre visage : ce n’était plus un simple message, ni une escorte, mais une procession.
Ils accompagnaient un souvenir vivant, une lumière ancienne, vers l’extrémité de son chant.
8 août 2948 – À la lisière du fleuve ancien
Lorsque le soleil se leva sur les terres baignées de brume, le groupe atteignit l’Anduin, large et paresseux, serpentant à travers les plaines comme un dragon d’argent sous les nuages. Le courant était fort, mais les eaux basses en cette saison permettaient un passage, non sans prudence.
De l’autre côté, ils se retrouvèrent sur la rive ouest des Terres Sauvages, là où la civilisation reculait, et où seuls les vents et les bêtes osaient régner en maîtres. Un territoire à l’abandon, parsemé de collines, de ravines perfides, et de pierres battues par des pluies anciennes.
Dame Irimë traversa sans un mot, la tête levée vers les cieux comme si elle cherchait une lumière que les mortels ne voyaient pas.
Torches dans la Nuit
La nuit venue, le groupe établit un camp discret sous les branches noueuses d’un bois rabougri, à l’abri du vent, mais non de l’inquiétude.
Lors de son tour de garde, Tinúviel, aux sens affûtés comme des cordes tendues, perçut une lueur au sud, un scintillement de flamme dans les ténèbres.
Elle se figea, ses yeux perçant les ombres.
Des torches. Vingt, peut-être plus.
Des formes lourdes, brutales, avancent avec prudence, comme des chasseurs suivant une piste invisible. Des orques. En marche.
Elle réveilla doucement Munan.
— « Ils arrivent. Plus proches que je ne l’aurais cru. Moins de deux jours s’ils forcent la marche. »
Munan hocha la tête, grave.
— « Nous ne sommes pas seuls dans ces collines. »
Le Mauvais Sentier
Le lendemain, la fatigue et la tension pesaient comme une brume lourde sur les épaules de chacun.
Munan, peu habitué à ces terres sauvages, tenta de trouver un passage discret à travers les collines de l’ouest, évitant les routes trop ouvertes.
Mais il se fourvoya. Un ancien sentier de bergers s’était écroulé, dissimulé par les hautes herbes. Et Thorodin, qui marchait en éclaireur, ne dut qu’à un réflexe fulgurant – ou à une improbable chance – de ne pas choir dans une ravine étroite au flanc d’un précipice.
— « Par la barbe de mon oncle ! Encore un pas et j’étais plus bas qu’un tombeau de gobelin ! »
L’Ombre du Nord
En fin d’après-midi, alors que le soleil déclinait dans un ciel tourmenté, Tinúviel s’arrêta net, le regard tendu vers le nord.
Une colonne en mouvement. Des formes sombres, plus nombreuses encore que celles aperçues la veille.
— « Un autre groupe… Et ils convergent. »
Les orques n’étaient pas en patrouille. C’était une chasse.
Munan, pâle, jura entre ses dents.
— « Ils nous encerclent. Ces deux groupes sont frères. Une mâchoire. Et nous sommes la proie. »
Vers les Dents de Pierre
Il ne fut plus question de repos ni de prudence. Le groupe força l’allure, grimpant les contreforts pierreux qui marquaient l’entrée des montagnes.
Dame Irimë ne vacilla pas, même lorsque les pierres tranchantes blessèrent ses pieds.
Elle marchait avec la gravité d’un chant funèbre, comme si elle avait vu ces terres brûler bien des siècles auparavant.
Et lorsque la nuit tomba, ils virent l’inévitable. À flanc de montagne, des dizaines de gobelins jaillissaient d’une crevasse, descendant vers eux en grondant comme une marée noire. Derrière eux, les deux groupes d’orques sud et nord s’étaient rejoints.
Leur feu éclairait la vallée d’un sinistre éclat orangé. L’affrontement n’était plus à éviter.
Le cercle était fermé. Les ténèbres tombaient.
Crépuscule sur les contreforts des Montagnes Grises
Thorodin, le plus aguerri à lire les courbes du relief, guida ses compagnons vers un dernier espoir : un éperon rocheux au flanc d’une colline, surplombant une gorge étroite.
Ce n’était ni fort, ni sûr, mais c’était le seul lieu où la roche, la pente et les bras d’acier pouvaient encore tenir un instant.
— « Ici, ou nulle part, » dit Thorodin, posant son bouclier contre un bloc de granit. « Si nous tombons, ce ne sera pas sans faire payer leur sang. »
Barwulf hissa Dame Irimë derrière une pierre, tandis que Tinúviel banda son arc avec une lenteur solennelle. Munan tirait aussi son arc, silencieux, les traits tendus par l’attente.
Et alors… la Dame chanta.
La Voix des Étoiles Oubliées
Ce ne fut pas un chant pour les vivants. C’était un murmure ancien, issu des jours avant le soleil, lorsque les Elfes se réveillèrent sous les étoiles et que la lumière n’était pas soumise au temps. Une mélopée lente, tissée de douleur et de beauté, qui fit frémir les feuilles mortes et vaciller les flammes lointaines.
La terre même semblait s’arrêter. Et pourtant, en contrebas, les orques se massaient, une mer noire et hideuse, grossie par les cohortes venues du nord et du sud.
Un cri les fit taire.
— « Donnez-nous l’elfe ! L’Ancienne ! »
Leur chef, un Uruk au heaume brisé et à la lame large comme un marteau, s’était avancé, sa voix tonnant comme un cor fendu.
— « Donnez-la-nous… et vous vivrez. »
Ce ne fut pas Dame Irimë qui répondit, mais Thorodin, dont la hache vibrait d’impatience. Il cracha au sol et hurla en khuzdul :
— « Viens la chercher, charogne de grotte ! »
La Lumière contre la Lame
Alors les orques chargèrent. Une marée noire, poussée par la haine et le nombre. Le sol trembla, les hurlements montèrent. Mais Dame Irimë leva les mains, et la bague à son doigt brilla comme une étoile tombée du ciel. Une lumière blanche, froide et pure, jaillit de la pierre et inonda les collines. Les orques, aveuglés, hurlèrent de rage et de terreur. Les plus faibles tombèrent à genoux, d’autres prirent la fuite, secoués par une peur qu’ils ne comprenaient pas. Mais les plus féroces chargèrent encore. Et le combat s’engagea.
Le Combat des Désespérés
Ce fut une mêlée furieuse, au bord de l’abîme, à la lueur tremblante de la lune. Thorodin fendait les crânes comme on fend le bois, rugissant à chaque coup. Barwulf, enragé, défendait la position de Dame Irimë avec la fureur d’un loup pris au piège.
Tinúviel, l’arc dégainé, abattait ses flèches avec la grâce d’un chant de vent — mais un cri brisa sa concentration. Un javelot la transperça au flanc. Elle tomba, le souffle brisé.
Munan, l’armure rougie par le sang, tenta de la rejoindre… mais une masse orque le frappa à la tempe. Il s’effondra dans un silence de plomb, les yeux déjà clos. Les héros vacillaient. L’espoir semblait perdu. Et Irimë… continuait de chanter.
Les Ailes du Salut
Et alors, un cri fendit le ciel. Un cri aigu, vaste, ancestral. Un cri qui n’appartenait ni aux orques, ni aux hommes. Les orques s’arrêtèrent net, certains tombant à genoux de terreur. D’autres hurlèrent vers le ciel… juste à temps pour voir l’ombre passer devant la lune. Des Aigles. Immenses, royaux, leurs ailes frôlaient les étoiles.
Ils fondirent sur les orques comme la tempête venue des Montagnes du Nord, saisissant les plus lents, frappant de leurs serres les plus audacieux. Leur bec fendait les armures comme le vent fend la neige.
Et soudain, un vent souleva Tinúviel. Elle flottait, dans les bras d’un géant ailé.
Un autre serra Barwulf dans ses serres puissantes. Deux autres s’emparèrent de Munan et Thorodin. Et enfin, Dame Irimë elle-même fut emportée comme une feuille d’argent.
Le Dernier Geste de Haine
Alors que les héros s’élevaient dans les airs, arrachés aux crocs de la mort par les griffes du ciel, le chef Uruk, noir de rage et de sang, poussa un cri guttural — dernier écho de sa fureur défaite. D’un geste puissant, il lança sa lance noire vers les cieux, visant l’ombre ailée qui portait Thorodin.
Le trait fendit l’air avec une précision terrible, et frappa l’aigle au flanc. Un cri d’agonie retentit, noble et déchirant, mêlé au frisson du vent. L’oiseau chancela, ses ailes battant l’air de façon irrégulière. Mais ses frères vinrent à sa rescousse, guidant son vol, soutenant sa charge. Et ainsi, ensemble, ils prirent de l’altitude, disparaissant dans les brumes des sommets.
10 aout - Le Sommeil des Survivants
Le vol fut un cauchemar et un miracle, un rêve d’altitude mêlé de douleurs et de larmes. Les corps brisés, les esprits éteints de fatigue, les héros perdirent conscience dans les bras du ciel. Ils ne sentirent pas le moment de l’atterrissage, ni les serres qui les déposaient avec une délicatesse insoupçonnée sur les pierres froides de haute montagne.
Ce ne fut qu’au matin du 10 août qu’ils reprirent connaissance.
Ils étaient couchés dans une aire de nidification, un promontoire suspendu entre ciel et roche, la peau mordue par un vent glacial. Barwulf se redressa en grommelant, les doigts engourdis. Thorodin haletait, le bras en sang, son flanc rougi sous sa tunique lacérée. Tinúviel, pâle comme la lune, fut la dernière à ouvrir les yeux, le souffle court et tremblant.
Dame Irimë, agenouillée auprès d’elle, posait ses mains fines sur son front, murmurant un chant de soins en quenya, d’une douceur étrange, presque enfantine. Une lumière pâle semblait affleurer de ses paumes. Tinúviel, bien que faible, sentit la douleur s’apaiser comme sous un baume venu des temps anciens.
L’Appel du Seigneur des Cimes
Alors que les brumes matinales s’effilochaient, une ombre plus vaste obscurcit le ciel au-dessus d’eux. Et du battement régulier des ailes, Thorondor, le Roi des Aigles, se posa sur le roc, majestueux et silencieux.
Son plumage était d’or et d’ombre, ses yeux profonds comme les lacs de l’hiver. Il échangea de longs regards avec Dame Irimë, comme deux anciens se reconnaissant sans mots. Aucun d’eux ne semblait parler à voix haute, et pourtant une conversation fluide s’installa, portée par le souffle du vent, invisible et limpide comme une rivière de pensées.
Alors, Thorodin s’avança, boitant légèrement, les épaules redressées malgré la fatigue.
— « Seigneur des Cimes… je ne peux offrir ni or ni chant, mais je vous donne ma lame, mon sang s’il le faut, pour celui qui m’a sauvé. »
Thorondor inclina la tête, en un geste solennel. Mais malgré les soins prodigués, l’aigle blessé n’ouvrirait plus jamais ses ailes. Il rendit l’âme à midi, dans le silence de tous, et fut emporté par ses frères au-delà des nuées.
Vers les Ruines de Combefoin
Par respect pour leur courage et à la demande de Dame Irimë, les Aigles acceptèrent d’escorter les voyageurs un peu plus loin, refusant toutefois de les déposer directement à Combefoin, lieu de malheur et d’ombres anciennes selon leurs traditions.
Ils les déposèrent à une heure de marche des ruines, sur un col herbeux, baigné de la lumière mourante du jour.
Au coucher du soleil, les héros atteignirent les vestiges silencieux de Combefoin, où les pierres effondrées parlaient d’un temps oublié. Là, Irimë s’arrêta longuement, les yeux humides.
— « Il fut un temps… il y a cinq siècles ou plus, où ces collines résonnaient de chants humains. Les Éothéods régnaient sur les terres de l’ouest de l’Anduin. Combefoin était un de leurs joyaux. »
Elle caressa un mur moussu de ses doigts fins.
— « Ils avaient le cœur pur, la main ferme. Et ils ont disparu… comme la rosée aux premiers feux du jour. »
La Nuit des Murmures
La nuit tombée, les héros montèrent un camp modeste, adossé à un mur écroulé, à l’abri du vent. Le sommeil les gagna vite, épuisés par la fuite et le combat, malgré les étoiles claires au-dessus de leur tête.
Mais Tinúviel, à peine assoupie, fut tirée de ses songes par une voix douce, une mélodie étrangère à la mélancolie d’Irimë — un chant d’autrefois, joyeux, presque dansant.
Elle se leva, chancelante, et aperçut Dame Irimë marchant entre les ruines, le sourire aux lèvres, le pas léger, comme si les siècles s’étaient effacés, comme si la gloire d’antan revivait sous ses yeux.
— « Il y avait là… une fontaine. Et là, les enfants des hommes jouaient à la guerre sans la connaître. », murmurait-elle, presque à elle-même.
Mais soudain, un vent glacial se leva, transperçant Tinúviel jusqu’aux os. Les ombres des pierres s’étirèrent, la lumière pâle de la lune se teintant d’un vert malsain — la même lueur que celle aperçue jadis dans la tente de Valter.
Et alors qu’elle cherchait Dame Irimë des yeux, celle-ci se figea brusquement, le sourire éteint, son regard empli d’une terreur muette.
Leurs yeux se croisèrent — l’un plein d’angoisse, l’autre noyé de stupeur.
Et Tinúviel s’effondra, engloutie dans l’ombre d’un rêve brisé.
Réveil d’Outre-Temps
Ce fut le tumulte étrange d’une ville en éveil — cloches lointaines, sabots martelant la pierre, voix vives d’enfants et de marchands — qui arracha les héros à un sommeil qu’ils avaient cru encore au creux des ruines.
Mais lorsqu’ils ouvrirent les yeux, ce n’étaient plus les murs brisés, les pierres froides et les souvenirs de Combefoin qu’ils contemplaient… mais une cité vivante.
Les toits d’ardoise scintillaient sous la lumière du matin. Des bannières aux couleurs de la maison des Éothéods flottaient au vent. Les rues étaient pleines d’âmes, les échoppes animées, les chevaux sellés. Et là, juste devant eux, la grande porte de Combefoin, intacte, vibrante, debout.
— « Que s’est-il passé ? » souffla Munan, la main sur son front, comme pris de vertige.
Dame Irimë avait disparu.
Des Visages d’un Âge Révolu
Munan, le cœur battant, s’approcha de deux gardes vêtus de cottes de maille claires, lances au poing, visages fermés mais courtois.
— « Dites-moi, soldats… quel jour sommes-nous ? En quelle année ? »
Le plus jeune le regarda avec surprise.
— « Nous sommes au cœur de l’été… de l’an 2485 du Troisième Âge. »
Munan recula d’un pas, le souffle coupé.
— « Cela ne peut être. Nous sommes près de cinq siècles dans le passé… »
Pendant ce temps, Thorodin questionnait un vieillard qui promenait une jument grise.
— « Avez-vous vu une dame elfe, vêtue de blanc, l’air ancien et noble ? »
L’homme plissa les yeux.
— « Elle est à l’auberge, il me semble. Là-bas, sur la place, à la Chèvre qui Choit. »
La chèvre qui choit
L’auberge en question était une large bâtisse à colombages, d’où s’élevaient des effluves de bière chaude, de pain et de soupe d’orge. À l’intérieur, l’ambiance était vive, pleine de voix rieuses, de boucliers appuyés contre les murs et d’odeurs de vie.
Un vieil homme jovial au ventre rond et au crâne dégarni, les accueillit d’un rire sonore.
— « Bienvenue à la Chèvre qui Choit ! Je suis Aldor, aubergiste de père en fils depuis… eh bien, depuis toujours ! Prenez place, amis ! »
Soudain, Thorodin, encore tout couvert de poussière et de cicatrices, fut arrêté par une petite voix émerveillée.
— « Messire ! Êtes-vous un chevalier des Montagnes Grises ? Un chasseur de dragons ? »
Le nain se retourna pour découvrir un jeune garçon aux cheveux pâles et au regard clair, tenant à deux mains un vieux bâton qu’il faisait passer pour une lance.
— « Mon nom est Haleth ! Un jour, je serai capitaine dans l’armée de Combefoin ! »
Thorodin, flatté malgré la gravité de l’instant, posa la main sur l’épaule du garçon et répondit avec un demi-sourire :
— « Tu as l’œil vif, Haleth. Si tu continues à t’entraîner avec sérieux, tu pourras peut-être me remplacer un jour. »
Le regard du garçon brilla d’un feu nouveau.
— « Je m’en souviendrai, messire ! »
Et dès lors, Haleth suivit Thorodin comme son ombre, observant chacun de ses gestes, comme s’il marchait à côté d’un héros des légendes.
Pendant ce temps, Tinúviel, au regard attentif, vit déjà une elfe attablée au fond de la salle, seule, drapée dans un manteau aux broderies sylvestres. Ce n’était pas Dame Irimë…
Elle s’approcha, suivie par Munan et Barwulf.
— « Êtes-vous de la Maison de Thranduil ? »
L’elfe leva les yeux, révélant un regard perçant, presque amusé.
— « Je suis Rodwen, émissaire du Roi Sylvestre.»
Tinúviel inclina la tête.
— « Nous cherchons Dame Irimë. »
— « Irimë ? » dit Rodwen, surprise. « Elle réside au palais, et n’en sort guère. Pourquoi viendrait-elle dans cette province reculée ? »
Mais les questions s’interrompirent lorsqu’un ménestrel se leva sur l’estrade. Il portait un manteau à franges et une harpe de chêne gravée de runes.
— « Je suis Geb, fils d’Elric. Écoutez mon chant : la Légende de Scatha le Ver, et de Fram, Seigneur des Eothéods, qui le tua d’une flèche d’os. »
Et dans le silence admiratif de l’auberge, la voix du poète s’éleva, tissant les mots anciens, mêlant la gloire à la mort, les flammes aux larmes.
L’Ombre parmi les Clameurs
Alors que le dernier accord mourait, un tumulte s’éleva à l’extérieur. Des acclamations, des cris de joie, des rires. La foule se pressait sur la place.
— « L’Alderman revient ! Il est de retour de l’Est ! »
Thorodin, suivi de près par le jeune garçon Haleth, qui le regardait avec admiration, monta à l’étage avec Barwulf pour voir la scène depuis les balcons. Tinúviel et Munan restèrent en bas, non loin de Rodwen.
Sur la grande rue pavée, une armée s’avançait. Des étendards claquaient au vent, des cors sonnaient. Au centre, un char attelé de deux chevaux blancs portait l’Alderman, un homme en armure dorée, debout, le regard triomphant.
Autour de lui, ses guerriers l’accompagnaient… mais pas seulement.
— « Ces hommes… leurs armures sont rouges. » murmura Barwulf, l’œil sombre. « Ce ne sont pas des Eothéods. ». Et soudain, le chant de la foule se brisa. Des cris. Puis des hurlements.
Le Masque tombe, le Couteau frappe
Les hommes en armure rouge dégainèrent leurs lames.
Et l’Alderman, toujours debout sur son char, leva la main… pour frapper.
Les gardes, les femmes, les enfants — nul ne fut épargné. Les lames tombèrent, le sang jaillit comme un torrent. La place de Combefoin se transforma en un champ de carnage.
Du Sang versé à la Paix fragile
Le Piège se Referme
6 juillet, à l’aube, la lumière peinait à filtrer entre les hauts escarpements de la carrière abandonnée, connue des anciens sous le nom de la Faille Sombre. L’air était lourd, immobile, comme si la nature elle-même retenait son souffle.
Et puis, ils apparurent.
L’armée de Valter, menée au pas par des hommes de guerre sans bannière, des pillards, des traîtres, et des vétérans exilés, s’engouffra lentement dans la gorge.
À sa tête, Valter, imposant dans sa cotte de mailles, avançait d’un pas assuré, escorté de ses plus fidèles gardes. Et non loin, à la surprise de certains, Odéric marchait avec lui, libre, visiblement confiant.
Mais il les avait menés là, au cœur du piège.
— « Il a tenu parole… » murmura Munan.
Barwulf, le regard fixé sur la colonne ennemie, souffla, rauque :
— « Alors que les corbeaux se préparent à festoyer. »
L’Embrasement
Le signal fut donné. Un sifflement strident fendit l’air, et aussitôt une pluie de flèches s’abattit sur l’avant-garde ennemie.
Les Béornides bondirent de leurs caches, hurlant comme des loups, brandissant haches, épées et javelots.
Les héros durent immédiatement se séparer pour tenir les deux fronts.
Munan et Thorodin prirent le flanc est, luttant avec détermination contre des adversaires nombreux, tandis que Tinúviel et Barwulf, dans un ballet mortel, s’élançaient au cœur des lignes ennemies sur le flanc ouest.
Sang et Fureur
Dès la première vague, Barwulf fut frappé d’un coup de lance au flanc. La douleur fut brutale, brûlante. Il tituba, puis rugit. Quelque chose en lui se déchira. La rage l’envahit, ancienne, viscérale. Son regard se voilà, et il se jeta dans la mêlée tel un berserk, fauchant les ennemis à coups de hache comme un ouragan de mort.
À ses côtés, Tinúviel, blessée elle aussi, restait d’une précision chirurgicale. Ses flèches trouvaient la gorge, l’œil, le cœur. Aucune perte de mouvement.
— « Barwulf ! Reste avec moi ! » cria-t-elle, son souffle court.
Mais le guerrier n’entendait plus. Il ne pensait plus. Il frappait. En quelques minutes, la première vague fut brisée.
La Seconde Marée
Mais il n’y eut pas de répit. Une seconde vague, plus disciplinée, plus dangereuse, s’élança.
Munan et Thorodin, encerclés, reculaient pas à pas, couvrant les flancs, soufflant comme des forges en feu.
— « Par la barbe de mes ancêtres, ils viennent encore ! » grogna Thorodin.
— « Ne cède pas ! On les tiendra ! » répliqua Munan, tirant une flèche dans l’estomac d’un Dunlending.
Barwulf et Tinúviel, de leur côté, luttaient dans un véritable mur de chair et de fer, mais malgré les blessures, malgré la fatigue, ils taillèrent un chemin à travers la horde, jusqu’à apercevoir enfin la silhouette de Valter, dressé sur une avancée rocheuse, l’épée à la main.
La Trahison du Fils
Et puis, tout bascula. Alors que Valter reculait avec ses deux gardes, Odéric se retourna brusquement… et abattit l’un des hommes d’un coup de lame dans le dos.
— « Pour Brunhilde ! » cria-t-il, sa voix vibrante d’émotion et de rage.
Valter se retourna, furieux, et brandit aussitôt son épée pour frapper Odéric, mais une silhouette surgit entre eux.
— « Non ! »
Helmgut. Le père adoptif. Le vieil homme brisé qui avait tout perdu. Il prit le coup de plein fouet. La lame de Valter lui traversa le torse. Il tomba dans les bras d’Odéric, dans un silence déchirant.
— « Père… »
Valter gronda :
— « Tous ceux qui doutent périront. »
Le Duel Final
Le combat s’engagea. Tinúviel, Barwulf et Odéric face à Valter, ce seigneur de guerre rongé par l’Ombre.
Chaque coup était un ouragan. Chaque parade, un grondement de tonnerre. Le sol tremblait sous leurs pas. Barwulf saignait, mais tenait bon. Tinúviel tournoyait, harcelant Valter de ses flèches. Odéric, les larmes encore fraîches, luttait comme un damné.
Le Rugissement du Nord
Et soudain, un fracas terrible s’éleva de la colline voisine.
Des cris de guerre, des boucliers martelés, et une clameur qui déchira le ciel :
— « BEORN ! BEORN ! BEORN ! »
Et alors… Un ours gigantesque surgit. Massif, noir comme la nuit, les yeux brûlants d’intelligence et de colère. Béorn, dans sa forme véritable, fonça dans les lignes de Valter, balayant les soldats comme des fétus de paille. La terre trembla. Les cœurs vacillèrent.
La Flèche de Justice
Au sommet de la colline, Valter chancela sous les coups combinés. Et alors que Barwulf tombait à genoux, exténué, Tinúviel banda une dernière flèche. Le vent se tut. Le temps s’arrêta.
— « Pour ceux que tu as fait pleurer. » souffla-t-elle.
Elle tira. La flèche transperça l’air…et s’enfonça dans la gorge de Valter, qui s’écroula dans un râle guttural.
L’Armée en Déroute
À la mort de leur chef, l’armée de Valter se désagrégea. Certains fuirent en hurlant, d’autres jetèrent leurs armes, d’autres encore moururent sous les griffes de Béorn ou la lame des Béornides. Le piège avait fonctionné. Le peuple avait tenu. Et le Vieux Gué était sauvé. Mais à quel prix ?
La Victoire Silencieuse
Le tumulte de la bataille s’était éteint, laissant place au souffle rauque des survivants et au cliquetis des armes tombant des mains tremblantes. La poussière soulevée par le combat flottait encore dans l’air, irisée par les derniers rayons du soleil couchant.
Parmi les Béornides, la victoire arrachée ne trouvait ni cris, ni chants.
Quelques-uns gisaient encore au sol, la vie quittant leurs yeux ouverts vers le ciel.
D’autres, blessés, tenaient à peine debout, soutenus par des compagnons d’armes.
Thorodin posa une main lourde sur l’épaule de Munan, tous deux haletants.
— « Nous avons tenu. Mais à quel prix… »
Munan hocha la tête, regardant les corps épars d’hommes qu’ils connaissaient à peine, mais avec qui ils avaient partagé l’acier et la peur.
— « Le prix de la liberté, peut-être. Mais jamais de la joie. »
L’Objet de l’Ombre
Avant de quitter la Faille Sombre, les héros s’approchèrent du cadavre de Valter, étendu dans une flaque de sang noircie, son regard vide pointé vers le ciel qu’il n’aurait jamais conquis.
Barwulf, encore pâle mais debout, se pencha pour fouiller le corps.
— « Il ne portait pas que des armes… » souffla-t-il.
Dans une bourse de cuir nouée contre sa poitrine, ils découvrirent un crâne humain, de petite taille, poli par le temps, et incrusté de minuscules runes à peine visibles, qui glaça le sang de Tinúviel.
— « C’est ça… la source. L’écho de l’Ombre. »
Munan acquiesça, grave.
— « Il faudra le garder. Et comprendre ce que c’est. Un tel objet… ne devrait pas être laissé au hasard. »
8 juillet – Les feux du soir sur les berges du Grand Fleuve
Les héros reprirent la route vers la maison de Béorn, accompagnés des blessés et des survivants. Ils marchaient lentement, comme on revient d’un enterrement.
Lorsqu’ils arrivèrent, le grand homme aux yeux d’ours les attendait, debout sur le seuil de sa demeure. Il ne parla pas tout de suite, observant longuement chacun d’eux, jusqu’à croiser le regard d’Odéric, revenu sous escorte.
— « Ce soir. Au Carrock. » déclara-t-il simplement.
Le Jugement d’un Fils Perdu
Le Carrock. Haut lieu sacré des Béornides. Dressé au milieu du fleuve comme un trône de pierre façonné par les anciens dieux.
À la lueur des torches, la communauté Béornide s’était réunie. Les guerriers, les anciens, les familles. Et au centre, Odéric, enchaîné, debout, le regard droit.
Béorn siégeait sur la pierre du Jugement, immense et silencieux. Ava, droite et glaciale, s’avança la première. (Voir le discours d'Ava en entier)
— « Odéric, fils sans sang de Helmgut, a trahi les siens, livré nos secrets à l’ennemi, et mené une armée sur nous. Si vous n’étiez pas intervenus… nous ne serions plus là. Il a du sang sur les mains. La justice exige une sentence. »
Son regard croisa celui d’Odéric, mais elle ne vacilla pas. Le silence tomba.
Puis Thorodin s’avança.
— « J’ai vu ce garçon combattre aux côtés de ses frères. Il a trahi, oui. Mais il s’est racheté. Il a amené cette armée dans un piège, il a combattu, il a saigné. Il a perdu son père. Il n’a pas fui. Et cela… vaut quelque chose. »
Puis Munan parla, sobrement, avec une force tranquille.
— « La justice ne doit pas être vengeance. Il a failli. Il a agi. Maintenant, il doit réparer. L’exclure, ce serait trancher la branche au lieu de la redresser. »
Enfin, Brunhilde, le visage marqué de fatigue et de larmes, s’avança d’un pas incertain. (Voir le discours de Brunhilde en entier)
— « Je ne le défendrai pas par amour. Je le défends parce qu’il est plus qu’un traître. Il a compris. Il veut changer. Et… il mérite une autre chance. »
L’Exil et l’Espoir
Béorn se leva, imposant, éternel. Il regarda Odéric, puis la foule. Et parla d’une voix calme, profonde, immuable.
— « Odéric est coupable. Et pourtant… il a agi avec bravoure. Il a payé. Mais pas assez. Il quittera les terres Béornides. Il errera un an, en exil. Et s’il revient vivant… alors il pourra me prêter serment, et devenir l’un des nôtres. Un vrai. »
Un murmure parcourut l’assemblée. Ni joie, ni colère. Acceptation.
Odéric baissa la tête. Puis il releva les yeux vers les héros.
— « Merci. Pour m’avoir laissé une chance. Une dernière. »
Il enlaça Brunhilde une dernière fois, longuement, silencieusement. Puis, il prit la route, seul, dans la nuit, sans se retourner.
16 juillet 2948 : Les Foires de l’Anduin - Sous les Arbres de Rhosgobel
Après des jours de chevauchée paisible le long des méandres de l’Anduin, les héros approchèrent des bois parfumés de Rhosgobel, la demeure du mage brun Radagast, bien que rarement visible.
Leurs montures fatiguées ralentirent à la vue d’une grande clairière bordée de tonnelles en bois, d’étals improvisés, de rires d’enfants et d’effluves de viande grillée.
Car en ce jour, le 16 juillet, débutait un événement rare et précieux :
les Foires de l’Anduin.
Les Clans Rassemblés
Autour d’un grand espace dégagé, des tentes, pavillons de toile et wagons de bois formaient un cercle vivant, coloré, bruissant de voix et d’activités.
Quatre clans des Hommes des Bois avaient envoyé chacun une délégation d’une quinzaine d’individus, représentant leur village, leur fierté et leurs traditions : Fort-Bois,
Bourg-les-Bois, Rhosgobel et Castel-Pic. Mais les Hommes des Bois n’étaient pas seuls : les Béornides étaient là aussi, menés par le Thain Igwar Longue-Foulée.
Plus au sud, on reconnaissait les tentes colorées de Bourg-eaux-Noires, la communauté lacustre, menées par la charismatique Amaleoda.
Et, non loin, le camp de Bourg-Radieux, sous la garde de Ceawin le Généreux.
Au total, plus de deux cents âmes s’étaient installées autour du grand marché. Un foisonnement de peuples, d’accents, d’armes, de rires et de regards méfiants.
Marché, Jeux et Murmures
Les étals offraient des poteries, des outils, des épices, du gibier séché, des étoffes colorées, des armes forgées à la main.
Les enfants couraient en tous sens, s’essayant à des épreuves d’adresse : tir à l’arc miniature, courses de boucliers glissants sur l’herbe humide, bras de fer entre adolescents en devenir.
Des conteurs avaient dressé un cercle de pierres, où se murmuraient des légendes anciennes, des louanges aux anciens rois et des récits d’ombres rôdant encore dans la forêt.
L’Assemblée à Venir
Ces trois jours de foire n’étaient qu’un prélude. Un souffle d’unité avant la gravité.
Le quatrième jour, l’Assemblée de Rhosgobel serait ouverte.
Tous les chefs, anciens et porte-parole des communautés réunies, devraient s’exprimer. Des décisions seraient prises. Des alliances nouées… ou brisées. Mais pour l’heure, les héros posèrent pied à terre, observant ce monde vivant qui fourmillait de sons, de senteurs et de souvenirs à venir. Ils n’étaient plus dans la bataille. Mais une autre guerre se jouait ici : celle des voix, des volontés… et de l’avenir de la Vallée.
Du 16 au 19 juillet 2948 - Un Souffle de Paix après la Tempête
Pendant trois jours, la guerre fut oubliée. Les lames furent rangées, les armures suspendues, et le tumulte de la Faille Sombre ne fut plus qu’un murmure lointain dans la mémoire des héros.
Leur arrivée à Rhosgobel, accueillie par la douceur des bois, les senteurs de pin et de tourbe, avait le goût d’un repos bien mérité.
Le tumulte de la foire les enveloppait : rires d’enfants, chansons rustiques, effluves de gibier rôti, bière au miel et pain de châtaigne. Ils vivaient enfin parmi les vivants, loin de la peur, du sang, et de la trahison.
Visages du Passé
Au détour des allées du marché, les retrouvailles furent nombreuses et émouvantes.
Ils tombèrent d’abord sur Baldor et son fils Belgo, tout sourire, installés non loin d’un étal de bois sculpté. Baldor, jadis affaibli par la forêt noire, semblait ragaillardi.
— « Nous partirons bientôt vers Dale, » dit-il en serrant chaleureusement la main de Munan. « Ceawin nous escorte à travers la forêt noire. Une route risquée… mais prometteuse. »
Ceawin le Généreux, justement, les salua peu après, vêtu d’un manteau aux motifs éclatants, accompagné d’hommes bien armés et bien élevés.
— « Toujours entourés de héros, n’est-ce pas ? » dit-il en souriant à Tinúviel. « Cette foire a meilleur goût que les batailles. »
Plus tard, un rire guttural bien connu leur parvint depuis un comptoir à bière.
Boffri, le nain, toujours aussi trapu et obstiné, leva une chope en les voyant.
— « Par la barbe de Durin ! Vous avez survécu, encore ! Alors… la Route des Nains n’est pas pour tout de suite, mais j’y crois toujours ! »
Ils levèrent leur verre à cette promesse, un peu irréaliste, mais pleine d’espoir.
Un Frère Retrouvé
Barwulf les mena ensuite vers le camp de Castel-Pic, où il retrouva Hartfast, son ancien chef de clan, un homme sévère mais droit, dont la voix grave évoquait les rochers de sa vallée.
À ses côtés se tenait Érik, demi-frère de Barwulf. Plus jeune, la mâchoire fière, l’épée en bandoulière. Lorsqu’il aperçut son aîné, il accourut sans hésiter.
Les deux hommes se serrèrent longuement, dans un silence plus fort que mille mots.
— « Six ans… Tu es revenu plus fort que jamais. », dit Hartfast.
— « Ou plus cassé que jamais, » répondit Barwulf avec un sourire en coin. « Mais je suis là. »
Des Jeux, des Rires… et Quelques Défaites
Durant ces trois jours, les héros participèrent aux nombreuses épreuves festives, parmi les acclamations de la foule et les rires des enfants.
Malheureusement, la gloire n'était pas toujours au rendez-vous.
Dans le Gardien Aveugle, une épreuve de vigilance où les yeux bandés doivent discerner les pas d’un voleur dans un cercle de silence, Tinúviel se hissa en finale, guidée par son ouïe elfe… mais échoua sur la dernière feinte.
— « Il avait l’odeur d’un chaton. Comment pouvais-je me méfier ? », souffla-t-elle, mi- amusée, mi- amère.
Munan, Thorodin et Tinúviel firent bonne figure à l’épreuve de nage dans l’Anduin, atteignant la finale avec peine… mais furent vaincus par le champion de Bourg-les-Bois, un géant barbu nommé Fridric le Poisson, acclamé par tous.
En revanche, Barwulf remporta haut la main le jeu de piste, découvrant des symboles cachés dans les arbres, suivant des traces effacées, et se jouant des leurres.
— « On n'oublie pas six ans de survie en solitaire, » commenta-t-il.
Et, à la surprise générale, Thorodin remporta l’épreuve de tonte de mouton, éclipsant les bergers professionnels.
— « C’est pareil que tondre un gobelin. Faut juste tenir la tête fermement. », déclara-t-il sous les rires hilares.
Un Peu de Savoir dans le Marché des Bois
Profitant des derniers instants de tranquillité, Munan et Tinúviel arpentèrent les étals du marché, à la recherche de plantes rares, herbes médicinales et extraits floraux.
Munan trouva un baume de cica-flamme, réputée pour ses vertus cicatrisantes.
Tinúviel acheta des souffles de vent, capable de réveiller une personne inconsciente en quelques instants.
— « Ça peut toujours servir… », murmura-t-elle, en observant les visages autour d’elle. « La paix ne dure jamais longtemps. »
Et ainsi passèrent les jours de la Foire, entre jeux, sourires, et présages. Bientôt viendrait le temps des décisions, des alliances et des voix levées. L’Assemblée de Rhosgobel allait s’ouvrir et avec elle, l’avenir de la vallée de l’Anduin.
20 juillet 2948 – L’Assemblée s’ouvre : à l’aube de décisions lourdes de conséquences
Les festivités s’étaient tues. Les rires s’étaient dissipés comme des volutes de brume matinale. En ce matin solennel, le cœur de Rhosgobel battait au rythme grave de l’Assemblée.
Dans la Maison Longue, vaste structure de bois noueux aux poutres décorées de runes anciennes et de symboles forestiers, les clans des Hommes des Bois étaient réunis.
Ingomer Briseur-de-Hache, le patriarche de Fort-Bois, imposant, au visage buriné par les ans et les batailles, ouvrait la séance, assis dans un siège taillé dans une souche millénaire. Sa voix, bien qu’âgée, résonnait encore comme un coup de hache sur le tronc d’un vieux chêne.
Autour de lui, prenaient place : Fridwald de Bourg-les-Bois, Hartfast de Castel-Pic et enfin Radagast, figure énigmatique de Rhosgobel, assis en retrait, encapuchonné, ses yeux pétillant d’une sagesse étrange, presque animale.
À leurs côtés siégeaient les anciens de chaque clan, des hommes et des femmes à la barbe blanche ou aux cheveux d’argent, mémoire vivante des générations passées.
Invités à titre d’observateurs et de conseillers, se tenaient également : Boffri, l’infatigable nain, encore et toujours plaidant pour la réouverture de la Route des Nains. Igwar Longue-Foulée, Thain Béornide, austère et droit, représentant l’autorité de Béorn et enfin, les héros eux-mêmes, appelés à témoigner si besoin était, et à observer les décisions qui allaient modeler le destin de toute la vallée.
Les Petites Discordes du Matin
Les premières heures furent consacrées à des sujets pratiques, mais essentiels, à l’équilibre précaire de cette fragile alliance entre communautés. Le péage du Vieux Gué fut vivement débattu.
— « Trop élevé pour les petits commerçants de Castel-pic ! », lança Hartfast.
— « Nécessaire pour l’entretien de la route et de la sécurité ! », répliqua Igwar.
Radagast, sans intervenir verbalement, esquissa un sourire amusé derrière sa barbe, observant les tensions s’élever puis s’apaiser, comme les souffles d’un vent capricieux.
Puis vint le besoin en fer des communautés forestières : outils, clous, armes rudimentaires. Le minerai devenait rare, et les convois depuis les Montagnes Grises, sporadiques. Boffri intervint avec un enthousiasme nain tout en hochant son crâne luisant :
— « Rouvrez la Route des Nains, et vous n’en manquerez plus jamais !
Des rires étouffés fusèrent. Même Hartfast esquissa un rictus.
Les Voix de l’Extérieur
Après le repas frugal du midi — viande fumée, galette de glands, compote d’églantine — Ingomer frappa le sol de son bâton noueux.
— « Deux voix étrangères ont demandé à être entendues. C’est maintenant. »
Amaleoda se leva la première, droite comme une flèche, drapée dans un manteau brodé aux couleurs de l’eau et du roseau.
Son regard embrassa la salle avec calme.
— « Peuple des Bois. J’apporte la voix de Bourg-aux-Eaux-Noires, de ses pêcheurs, de ses guérisseuses, de ses enfants. Nous ne sommes pas nés de votre sang, mais nous sommes vos frères de destinée. Nous avons repoussé les créatures de la forêt, bâti nos foyers au bord du lac noir. Aujourd’hui, nous demandons à faire partie de votre peuple. De partager vos lois. Vos chants. Vos combats. »
Elle marqua une pause,
— « Nous avons du poisson, du bois d’orme, des mains prêtes à travailler. Et en retour, nous demandons protection. Fraternité. Et un nom commun. »
Un silence pesant suivit sa déclaration. (Voir le discours d'Amaleoda en entier)
Puis ce fut Ceawin le Généreux qui se leva, un sourire avenant sur les lèvres, les bras grands ouverts.
— « Mes amis ! Mes alliés ! Je viens de Bourg-Radieux, au-delà de la forêt, dans les plaines où les collines dorées murmurent le nom des anciens rois. Ma communauté a grandi, aujourd’hui, nous tendons la main à ceux que nous avons regardés de loin. »
Il se tourna vers les chefs, posant une main sur sa poitrine. (Voir le discours de Ceawin en entier)
— « Nous n’avons ni tour d’ivoire, ni rivière d’or. Mais nous avons le cœur, l’honneur et l’envie de bâtir un avenir commun. Offrez-nous une place à votre table, et nous vous aiderons à la défendre. »
Sa voix s’éteignit doucement, et le silence retomba, plus lourd encore qu’avant.
20 juillet – Fin d’après-midi : Un Cor dans le Soir
Le jour faiblit sur les frondaisons de Rhosgobel, les derniers rayons dorés du soleil s’étiraient sur les troncs noueux, lorsqu’ un long cor rauque fendit l’air, écho sinistre répercuté par les collines voisines.
Ingomer Briseur-de-Hache, encore drapé de son manteau d’autorité, se dressa au centre du village, suivi de Fridwald, Hartfast, Radagast, et des héros. Tous convergèrent vers la porte sud de Rhosgobel, cette palissade de bois vivant qu’on n’ouvrait jamais qu’à ceux de confiance.
— « Ce n’est pas un son venu des bois… » souffla Munan, l’oreille tendue, la main déjà sur la garde de son arc.
— « Ni des hommes des bois, ni des hommes de bien, » renchérit Thorodin.
Tinúviel fronça les sourcils, le regard perçant les ombres de la lisière. Et lorsque les lourdes portes furent ouvertes… le choc fut total.
La Marche du Dragon
Quinze cavaliers s’avancèrent lentement, en silence, en ordre de guerre.
Tous en armure sombre, caparaçonnés de cuir renforcé, leurs casques ornementés d’ailerons, leurs capes battant au vent. Une dizaine de molosses les précédait, lourds, massifs, le museau couvert de cicatrices, la langue pendante entre des crocs menaçants.
À leur tête, un homme en cotte de mailles noire, coiffé d’un heaume en forme de tête de dragon.
Mais ce ne fut pas lui qui troubla le plus les héros.
Parmi ses suivants se tenait Dagmar, l’impitoyable lieutenante que les héros avaient déjà affrontée. Elle leur jeta un regard chargé d’arrogance, une lueur de provocation au fond des yeux. L’homme mit pied à terre. Il ôta son heaume. Et l’impensable fut prononcé.
Le Fils Perdu
— « Je suis Mordred, seigneur de la Colline du Tyran. Autrefois, je me nommais Imgold, fils d’Ingomer. »
Un frisson traversa les rangs. Ingomer chancela légèrement, les traits décomposés.
— « Imgold est mort… il y a quinze ans… » balbutia-t-il, le souffle court.
Mordred leva les bras.
— « Mort ? Non. Oublié. Jeté aux geôles de Dol Guldur par ceux qui devaient me protéger. Moi, votre fils. »
Les murmures s’élevèrent comme une vague.
Mordred continua, implacable.
— « J’ai survécu à la nuit, j’ai vu l’Ombre de près. Et je vous le dis : elle n’est pas morte. Elle se rassemble. Elle gronde. »
Il fit un signe. Deux de ses guerriers s’approchèrent, et sans un mot, vidèrent deux grands sacs de cuir au sol.
Des dizaines de têtes d’orques, certaines encore dégoulinantes, roulèrent sur la terre battue. Une vision d’horreur. Une offrande de guerre.
— « Les orques marchent. Ils se rassemblent à Château Pont-Marais. Dol Guldur respire encore. »
Un silence pesant s’abattit.
Puis Mordred reprit, d’une voix plus froide.
— « Je ne viens pas les mains vides. Je viens réclamer ma place. Un siège au conseil des Hommes des Bois. Du métal de Castel-Pic. Et des femmes de Bourg-aux-Eaux-Noires pour fonder une nouvelle génération. »
Le Choc des Silences
Ingomer n’eut pas de réponse à donner. Il était figé, brisé. L’annonce de son fils revenu en seigneur, flanqué de chiens de guerre et d’ombres passées, l’avait atteint au cœur.
Ce fut Hartfast, digne et solide, qui brisa enfin le silence.
— « L’Assemblée a été convoquée pour juger des demandes d’Amaleoda et de Ceawin. Qu’il en soit de même pour… Mordred. Le conseil débattra demain. Rien ne sera tranché dans la peur ou la hâte. »
Mordred acquiesça, un sourire glacial au coin des lèvres.
— « Très bien. Nous ne demandons qu’à être entendus.
Puis il remonta en selle, fit demi-tour sans un mot de plus, suivi par ses cavaliers, qui se dispersèrent comme une volée de corbeaux sur le chemin.
Ils établirent leur camp à deux cents mètres au sud de Rhosgobel, dans la clairière rougeoyante, tels des vautours installés en lisière d’un festin.
20 juillet, soirée à la lueur des feux de camp
Alors que le camp de Mordred s’installait dans une clairière au sud, sous la surveillance vigilante des sentinelles de Rhosgobel, les héros, eux, n’attendirent pas le matin pour agir.
Le choc de la révélation passée, ils passèrent la soirée à parler, sonder, interroger discrètement les chefs de clan, les anciens, et ceux qui, quinze années plus tôt, avaient connu le jeune Imgold.
Car pour comprendre l’homme qu’il était devenu, il fallait d’abord se souvenir de l’enfant qu’il avait été.
Le Fils Brillant du Briseur de Hache
Ils commencèrent par Fridwald de Bourg-les-Bois, qui trinquait sous une tonnelle avec deux anciens de Fort-Bois. À la mention du nom « Imgold », l’homme reposa son verre, plus grave que de coutume.
— « Imgold ? Oh, nous le connaissions bien. C’était un flambeau. Rapide, brave, un esprit vif et la langue bien pendue. Tous pensaient qu’il deviendrait un jour le chef de Fort-Bois, ou même davantage. »
Un des anciens ajouta, les yeux dans les flammes :
— « Il maniait la lance comme d’autres portent la cuillère. Il avait… du feu. Mais jamais de cruauté. »
Une Quête Vers les Ténèbres
Au fil des conversations, une histoire commune se dessinait. Une disparition brutale, un départ sans retour.
Imgold avait quitté Fort-bois quinze ans plus tôt, jeune homme intrépide, en compagnie de Harald, son mentor d’armes, ancien porteur de Mâche-Loup, une hache ancestrale forgée pour chasser les bêtes des ténèbres.
Ils étaient partis traquer un loup-garou que l’on disait rôder dans la Forêt Noire, à la frontière sud.
Et depuis… rien.
— « Les bêtes ont dû les prendre, ou la forêt elle-même, » souffla une ancienne de Fort-Bois. « Harald était fou, trop sûr de lui. Peut-être a-t-il mené Imgold à sa perte. »
Les héros, eux, savaient ce qu’était devenu Harald. Ils l’avaient croisé, éructant seul dans la nuit noire des bois, Mâche-Loup brisée contre un tronc, l’esprit fendu par la peur, perdu dans des souvenirs déformés.
Thorodin, plus sombre que jamais, grogna à voix basse :
— « Si Harald est devenu ce que nous avons vu… quel enfer a bien pu engloutir Imgold ? »
L’Amertume du Père
Lorsque les héros abordèrent enfin Ingomer, ils ne trouvèrent pas le chef, mais le père.
L’homme, d’ordinaire droit comme une hache levée, était assis seul, les yeux noyés dans l’ombre, ses mains massives tremblant légèrement.
Munan l’aborda avec respect.
— « Nous avons entendu beaucoup… mais peu de vous. »
Ingomer ne répondit pas tout de suite. Puis, d’une voix rauque :
— « J’ai fouillé les bois. Envoyé des traqueurs. Payé des chasseurs. Supplié Radagast de sonder les rêves des bêtes. Rien. Pas un os. Pas une trace. La forêt ne rend pas toujours ceux qu’elle prend. »
Il tourna les yeux vers eux, creusés de fatigue et de culpabilité.
— « Il était mon fils. Et aujourd’hui, il est… ce qu’il est. Mais est-ce encore lui ? Ou juste ce que Dol Guldur a laissé en vie ? »
Une Nuit Lourdement Chargée
Cette nuit-là, les héros ne trouvèrent pas le sommeil.
Dans leurs tentes, ils échangeaient peu, réfléchissant aux fragments de vérité, aux silences douloureux, aux cicatrices que même les chants des bardes n’avaient jamais su refermer.
Munan gravait dans son carnet ce qu’il savait, ce qu’il voyait, ce qu’il pressentait.
Tinúviel, agenouillée sous un vieux chêne, sentait encore dans l’air la trace d’un cœur autrefois noble, aujourd’hui engourdi par les chaînes d’une haine apprise.
Et Barwulf, assis au bord du camp, regardait les torches lointaines du camp de Mordred.
— « S’il n’était pas mort là-bas… alors peut-être qu’il meurt encore, chaque jour. »
21 juillet 2948 – L’Aube des Résolutions : Maison Longue de Rhosgobel
Le soleil filtrait à peine entre les feuillages de Rhosgobel que la Maison Longue se remplissait à nouveau, chargée cette fois d’une gravité palpable. Les chants des oiseaux matinaux semblaient retenir leur souffle, comme s’ils savaient que ce jour marquerait un tournant dans l’histoire des Hommes des Bois.
Ingomer, silencieux, avait cédé sa place de président à Hartfast de Castel-Pic, qui se leva lentement lorsque tous furent installés.
— « Que le conseil reprenne. Trois décisions, trois voix à peser. Que la vérité s’exprime sans crainte, et que la forêt nous juge équitablement. »
Les murmures se turent. L’Assemblée commençait.
Une Dame et un Fleuve
Amaleoda de Bourg-aux-Eaux-Noires fut la première à se lever. Elle s’exprima avec calme, force et dignité. Elle parla de ses terres marécageuses, de ses gens travailleurs, de son désir de paix, de commerce, de solidarité, et des dangers toujours tapis dans les brumes du sud. Le vote fut rapide. Chacun des chefs de clan, des anciens, et même les observateurs, levèrent la main à l’unisson.
À l’unanimité, Bourg-aux-Eaux-Noires rejoignait la communauté des Hommes des Bois.
Des applaudissements sobres résonnèrent dans la Maison Longue. Amaleoda baissa la tête avec émotion, une larme discrète roulant sur sa joue.
— « Nous vous servirons avec loyauté, et marcherons à vos côtés dans les ombres comme dans la lumière. »
Le Chant de l’Union
Ce fut alors le tour de Ceawin de Bourg-Radieux, qui s’avança d’un pas franc, ses bottes de voyage encore salies par la route. Mais avant qu’il ne parle, Tinúviel demanda la parole.
On lui fit place au centre du cercle, et elle entonna doucement un chant ancien, dans une langue que peu connaissaient, mais que tous comprenaient par le cœur.
C’était un chant d’union, de retour au foyer, de frères séparés par les vents du temps, mais réunis par l’appel du destin. Les mots flottaient comme les feuilles sur un ruisseau, portés par la grâce elfique, et un silence religieux emplissait la pièce.
Lorsque le chant s’acheva, personne ne parla. (Voir le chant de Tinúviel en entier)
Hartfast, la voix plus douce qu’à l’habitude, rompit le silence.
— « Bourg-Radieux est des nôtres. Que sa lumière éclaire l’est. »
Ceawin hocha la tête, la voix émue :
— « Nous marcherons avec vous. Et nous bâtirons ensemble quelque chose de plus grand que nos clans dispersés. »
Le Silence du Fils Déchu
Puis vint le tour de Mordred. Il ne parla pas. Il ne demanda pas la parole. Il se contenta d’avancer lentement, droit et froid dans son armure noire, le regard d’acier, le silence pour seule armure.
Et ce silence parlait plus fort que bien des discours. Les votes furent lourds. Hésitants pour certains. Déterminés pour d’autres. Mais au final, la majorité parla. Et elle dit non. Mordred ne serait pas des Hommes des Bois.
Il ne montra ni colère, ni dépit. Il se contenta de fixer Ingomer, longuement. Un regard sans haine, mais sans pardon. Puis il tourna les talons. Sans un mot, sans une plainte, il quitta la Maison Longue, franchit les portes de Rhosgobel, et disparut avec les siens dans les bois sombres du sud, comme une ombre effacée par le vent.
22 juillet - L’Envol des Alliés
Au petit matin, la vallée s’éveilla au son des adieux. Amaleoda reprit la route vers Bourg-aux-Eaux-Noires, flanquée de ses hommes et d’une demi-douzaine de familles venues de Fort-Bois et de Rhosgobel, prêtes à s’installer avec elle pour bâtir une Maison Longue digne de leur nouvelle appartenance.
Des charpentiers, des tisseurs, des herboristes, et des guerriers l’accompagnaient — des bras, des cœurs, et de l’espoir.
Ceawin, quant à lui, partit vers l’est, vers les plaines dorées de Bourg-Radieux, accompagné de Baldor et de son fils Belgo, et d’une dizaine d’hommes courageux des autres clans, décidés à renforcer les liens, tracer des routes, et poser les premières pierres d’un avenir partagé.
Avant de partir, Ceawin serra la main de Tinúviel.
— « Vous avez chanté pour nous. Nous nous en souviendrons. »
23 juillet 2948 - L’Appel du Mage Brun
Au lendemain des grands départs, alors que les feux du camp s’éteignaient lentement et que les chemins des Hommes des Bois s'étaient à nouveau dispersés comme les branches d’un vieux frêne, les héros furent convoqués par Radagast.
Sans attendre, ils se dirigèrent vers sa hutte, cette étrange construction à demi vivante, bâtie de racines enlacées, de plumes, de mousse et d’écorce. L’air y sentait la fougère humide, la terre retournée… et quelque chose d’autre. Quelque chose de plus ancien.
Le Crâne de l’Ombre
Dès leur arrivée, Munan tendit le crâne trouvé sur le cadavre de Valter, enveloppé dans une étoffe de lin.
Tinúviel, qui l’avait porté depuis la Faille Sombre, ne put s’empêcher de frissonner au moment où le mage écarta le tissu.
Radagast ne dit rien pendant de longues minutes. Il fit le tour de l’objet, passa sa main au-dessus, murmura des mots dans une langue que même l’elfe ne reconnut pas. Les oiseaux aux fenêtres s’étaient tus. Même le vent semblait attendre.
Puis, lentement, il releva les yeux vers eux.
— « Il a porté l’Ombre… mais elle l’a déserté. »
Sa voix était plus rauque qu’à l’accoutumée, plus lourde.
— « Ce crâne… a été un réceptacle. Une balise. Une sentinelle de ténèbres. Quelque chose, ou quelqu’un, y a dormi… puis s’est réveillé. Et s’est envolé. »
Thorodin fronça les sourcils.
— « Est-ce dangereux ? »
Radagast acquiesça, en repliant le tissu.
— « Ce n’est plus un poison… mais c’est encore un parfum. L’Ombre pourrait le chercher. Je le garderai. Je le cacherai. »
Il prit l’objet avec une gravité quasi religieuse et le glissa dans une boîte d’écorce refermée par des lianes enchantées. Puis il soupira, profondément.
Un Message pour un Roi
Radagast s’assit sur une souche couverte de mousse, ses mains croisées sur ses genoux, son regard perdu dans le vide.
— « Ce que vous avez vu… ce que vous avez vécu… n’est pas une guerre terminée. C’est un commencement. »
Il prit un parchemin roulé, cacheté de cire brune, et le tendit à Tinúviel.
— « Emmenez ceci à Thranduil, roi de la Forêt Noire. C’est une demande d’aide. Pas seulement pour les Hommes des Bois. Pour tous ceux qui vivent à l’ombre des arbres. »
Tinúviel baissa la tête en entendant ce nom, respectueuse.
— « Le roi écoutera… mais il exigera des preuves. »
— « Montrez-lui vos plaies. Parlez-lui de Valter. D’Odéric. De Dol Guldur. Il comprendra. »
Tinúviel récupéra le message et le glissa dans un étui de cuir.
— « Quand devons-nous partir ? »
Radagast leva les yeux vers le ciel, où les nuages glissaient lentement, lourds d’ombres et de secrets.
— « Dès que vos jambes le permettront. Car l’Ombre, elle, ne se repose jamais. »
Un Nouveau Voyage Commence
Lorsque les héros quittèrent la hutte de Radagast, le monde semblait plus calme… et plus inquiet. Ils avaient vaincu une armée. Ils avaient sauvé des villages. Mais ils sentaient, au fond d’eux, qu’une tempête plus vaste s’annonçait.
Une tempête qui ne se combattrait pas seulement avec l’acier, mais aussi avec les alliances, la foi, la mémoire… et la volonté de ne pas redevenir des proies.
Et dans leur sac, la missive scellée attendait d’être remise au roi de la forêt.
Un simple parchemin. Mais peut-être la première pierre d’un rempart à bâtir… contre la nuit.
Alliances et Trahisons : l’Ombre de la guerre
30 juin 2948 – La Vallée Ouest de l’Anduin
La traque d’Oderic se poursuivait. Les terres sauvages de l’ouest de l’Anduin étaient vastes, imprévisibles, et à chaque heure qui passait, les héros savaient qu’ils perdaient du terrain sur leur proie.
Le soleil entamait sa lente descente lorsque, au détour d’un sentier bordé de fougères, ils trouvèrent les restes d’un feu de camp. Munan s’accroupit, inspectant les environs du bout des doigts. Puis, son regard s’arrêta sur un objet partiellement enfoui sous des branchages. Une dague beornide. Barwulf la ramassa, pesant l’arme entre ses mains. Il échangea un regard avec ses compagnons. Ils avaient enfin une confirmation tangible de la présence d’Odéric.
Le lendemain, à l’aube, ils reprirent la piste, qui semblait désormais se diriger vers Castel-Pic.
1er juillet – Vestiges d’un Massacre
Alors que le soir tombait, Barwulf décida de partir chasser seul, s’enfonçant dans les sous-bois à la recherche de gibier. Sur le chemin du retour, alors que la lueur de la lune filtrait à travers les feuillages, il sentit une odeur âcre flotter dans l’air. Une odeur de cendres, de bois brûlé… et de chair calcinée. Intrigué, il s’écarta du sentier et finit par tomber sur les vestiges carbonisés d’une cabane de chasseur. Les poutres étaient effondrées, noircies par les flammes. Tout avait brûlé, jusqu’aux moindres recoins.
Mais le pire se trouvait à l’intérieur. Trois cadavres. Calcinés, méconnaissables. Ce n’était pas un simple accident. Quelqu’un avait voulu que ces hommes meurent ici.
La porte de la cabane avait été barricadée de l’extérieur. Les occupants avaient été piégés, enfermés et condamnés par les flammes. Barwulf examina les alentours, cherchant d’éventuelles traces des coupables. Environ six hommes. Ils avaient attendu dehors, laissant leur œuvre funeste se consumer avant de disparaître dans la nuit.
Il resta un moment figé devant la scène, son poing se serrant lentement. Ce n’était pas une simple exécution. C’était un massacre méthodique.
Lorsqu’il revint auprès de ses compagnons, son visage était grave, marqué par ce qu’il venait de voir. Il leur raconta tout. Un silence pesant s’abattit sur le camp.
Barwulf ajouta :
— Nous ne pouvons pas laisser ces corps sans sépulture. Personne ne protesta. Au matin, ils retournèrent sur les lieux.
2 juillet – Matinée funèbre
Les héros passèrent une bonne partie de la matinée à offrir une sépulture décente aux trois cadavres.
Il n’y avait personne pour leur donner un nom, personne pour pleurer leur perte. Mais l’honneur exigeait qu’ils ne soient pas laissés aux charognards.
Après avoir creusé de profondes tombes sous un vieux chêne, Munan récita quelques paroles en hommage aux défunts. Lorsque tout fut terminé, ils reprirent la traque.
Un Combat Récent et une Piste Inquiétante
Alors que le soleil déclinait, la piste les mena sur une clairière dévastée.
Les marques d’un combat récent étaient visibles partout. Des traces de lutte dans la terre meuble, des branches brisées, du sang séché sur l’herbe. Les empreintes de plusieurs hommes encerclant un seul adversaire. Barwulf, agenouillé, suivit du doigt la trajectoire des pas.
— Il s’est battu… mais il a perdu.
L’homme a été fait prisonnier et traîné vers le sud.
Thorodin serra les poings.
— Cela pourrait être Oderic.
Mais où l’avaient-ils emmené ?
Munan, le regard sombre, releva doucement la tête.
— Le Bois au Loup.
Les autres se tournèrent vers lui.
— Un endroit qui porte un nom sinistre, expliqua-t-il. Peu de gens s’y aventurent. Les rumeurs racontent qu’il est hanté, mais aucune histoire véritable ne le prouve.
Tinúviel plissa les yeux.
— Les rumeurs cachent souvent un fond de vérité.
Sans perdre un instant de plus, les héros suivirent la piste.
L’Orée du Bois au Loup - Crépuscule aux portes de l’inconnu
Le Bois au Loup se dressait devant eux, sombre et menaçant sous la lueur déclinante du jour. Mais ce ne fut pas son atmosphère inquiétante qui alarma les héros. Thorodin, le premier, remarqua les signes : des arbres récemment coupés, des souches éparses, témoins d’une activité inhabituelle.
Des haches brisées, abandonnées sur le sol. Quelqu’un avait abattu ces arbres en grand nombre. Munan s’agenouilla, inspectant l’un des outils abandonnés. Son regard se durcit.
— Ceci n’est pas une hache beornide.
Les autres se penchèrent.
— Dunlending, confirma-t-il.
Un long silence s’abattit sur eux. Le peuple du Dunland, des hommes rudes et belliqueux, n’avait que rarement de bonnes raisons d’être si loin de leur terre d’origine.
Et pourtant, ils étaient là. Barwulf posa la main sur le manche de sa hâche.
— Nous ne sommes pas seuls.
Tinúviel hocha la tête, scrutant l’ombre des bois.
Le vent soufflait doucement entre les arbres. La chasse venait de prendre un tournant bien plus dangereux.
Crépuscule sous la canopée
Le soleil s’effaçait lentement derrière la cime des arbres, plongeant le Bois au Loup dans une pénombre inquiétante. L’air était chargé d’humidité et le silence n’était brisé que par le bruissement du vent dans les feuillages.
Les héros avancèrent prudemment dans l’obscurité croissante. Tinúviel et Barwulf ouvraient la marche, progressant en éclaireurs, tandis que Thorodin et Munan les suivaient à plusieurs dizaines de mètres derrière, attentifs au moindre signe de danger.
Les bois avaient quelque chose d’anormal. Une tension sourde pesait sur la forêt, comme si elle-même retenait son souffle.
Soudain, Tinúviel perçut un bruit ténu dans l’obscurité. Un craquement. Un murmure étouffé. Quelqu’un approchait. Elle n’hésita pas. D’un geste rapide et silencieux, elle attrapa Barwulf par le col et le plaqua contre le tronc rugueux d’un grand arbre. Le guerrier, surpris, serra les dents mais ne protesta pas. Une patrouille venait droit vers eux.
Des Visages Inconnus
Quatre hommes avançaient entre les arbres, leurs silhouettes se découpant faiblement sous la lumière déclinante.
Ils n’étaient pas des Beornides. Leurs armures rapiécées témoignaient d’un butin de guerre disparate : des pièces de métal, du cuir tanné, des morceaux d’équipement provenant de multiples origines. Mais ce furent leurs visages aux traits étrangers qui alertèrent Tinúviel. Barwulf, moins discret, recula lentement pour rejoindre leurs compagnons en arrière. Tinúviel, quant à elle, décida de suivre la patrouille à distance. Si ces hommes étaient ici, d’autres les attendaient plus loin.
Mais alors qu’elle progressait en douceur sur la mousse humide, elle comprit son erreur.
Un mouvement trop brusque. Un reflet fugace sur la lame de sa dague. Les hommes l’avaient repérée. L’un des archers siffla entre ses dents, et d’un geste rapide, les quatre hommes se mirent à sa poursuite.
Chasse et Piège
Tinúviel bondit en arrière, esquivant une flèche qui vint se ficher dans le tronc d’un arbre. Elle courait aussi vite que le vent, ses pas à peine perceptibles sur le sol meuble.
Les cris des poursuivants résonnaient derrière elle, leurs voix rauques mêlant excitation et menace.
Elle fendit les fourrés, les ombres dansant autour d’elle et aperçut enfin ses compagnons, cachés dans l’obscurité. Elle n’eut que le temps de s’arrêter.
Les quatre hommes déboulèrent derrière elle, leurs armes levées, sûrs de leur victoire.
Ils souriaient. L’un d’eux, un guerrier à la barbe épaisse, s’avança d’un pas.
— Nous allons bien nous amuser avec toi avant de te livrer à Valter.
Tinúviel ne bougea pas. Elle les regarda droit dans les yeux, impassible. Un silence. Puis, un bruit derrière elle. Munan, accroupi, bougea légèrement, réveillant l’engourdissement dans ses jambes. Un froissement de tissu. Un craquement sous son pied. L’attention des hommes se détourna. C’était le moment.
L’Assaut Éclair
L’air se remplit d’un sifflement mortel. Des flèches et des haches jaillirent des ténèbres, fondant sur les quatre hommes.
Le premier guerrier s’écroula immédiatement, une flèche enfoncée dans la gorge.
Le second recula, tentant de lever son bouclier, mais Thorodin, rugissant, fendit sa hache en travers de son torse. Les archers réagirent rapidement, mais trop tard.
Seul un homme survécut. Voyant la situation tourner, il lâcha son arc et s’enfuit à toutes jambes, disparaissant entre les arbres. Tinúviel ne lui laissa aucune chance.
Elle s’élança, légère comme l’air, bondissant entre les troncs avec une fluidité surnaturelle. L’homme courait, son souffle court, le désespoir au ventre. Un bruissement dans l’ombre. Une flèche fusa. Elle atteignit son mollet, et il chuta lourdement au sol, roulant dans la mousse humide.
Une seconde plus tard, Tinúviel était sur lui, son arc levé. L’homme leva les mains en tremblant.
— Je… je me rends !
Elle ne dit rien. Son regard glacial le fixait, implacable. Puis, sans un mot, elle fit signe à ses compagnons de venir. Ils avaient un prisonnier. Et avec lui, peut-être des réponses.
L’Ombre de Valter
Le prisonnier se tenait à genoux, solidement attaché, son visage marqué par la fatigue et la peur. Autour de lui, les héros s’étaient rassemblés. Barwulf, les bras croisés, brisa enfin le silence.
— Parle. Qui êtes-vous ?
L’homme hésita, son regard cherchant une échappatoire, mais il savait que la fuite était impossible. Il déglutit et finit par lâcher dans un souffle rauque :
— Un camp… à quelques lieues d’ici.
Tinúviel s’accroupit face à lui, scrutant son expression, à l’affût du moindre mensonge.
— Quel genre de camp ?
— Des hommes… des guerriers, des pillards, des exilés.
Un silence pesant suivit. Munan serra les poings.
— Combien sont-ils ?
Le prisonnier baissa la tête, puis lâcha :
— Au moins une centaine.
Thorodin pesta entre ses dents. C’était une armée en devenir.
— Et qui les dirige ?
L’homme leva les yeux vers eux, une lueur étrange dans son regard.
— Valter.
Ce nom résonna comme une menace.
— Il se dit héritier du trône. Il prétend que Bard est un usurpateur, que Dale lui appartient.
Barwulf s’approcha, les sourcils froncés.
— Et Oderic ?
— Ils l’ont capturé hier. Il est toujours vivant.
Un soulagement ténu passa dans le groupe.
— Où est-il ?
Le prisonnier hésita encore un instant, puis lâcha :
— Il est… avec Valter.
L’Approche du Camp
Ils n’avaient pas de temps à perdre. Tinúviel partit en éclaireuse, avançant avec la légèreté d’un vent d’été, ses pas silencieux sur l’humus humide.
Derrière elle, les trois autres suivaient à bonne distance, traînant leur prisonnier solidement bâillonné. Plus ils avançaient, plus les signes d’une présence humaine se multipliaient. Des arbres fraîchement abattus. Des traces de sabots et de bottes lourdes dans la boue.
Le murmure lointain d’un camp en éveil. Puis, la forêt s’ouvrit brusquement sur une clairière artificielle. Le spectacle qui s’offrit à Tinúviel lui serra la gorge.
Le Camp des Rebelles
De nombreuses tentes étaient éparpillées au centre de la clairière.
Là, des hommes armés discutaient autour des feux, des sentinelles patrouillaient entre les abris, des armes étaient affûtées sous la lumière de torches tremblotantes.
Mais ce n’était pas seulement un camp de guerriers. Des femmes, des enfants… des hommes réduits en esclavage y étaient également présents. C’était un repaire de pillards. Un lieu où la loi du plus fort dictait sa justice. Le regard de Tinúviel se porta alors vers la plus grande des tentes, dressée au centre du camp.
Devant celle-ci, une estrade grossière avait été érigée, sur laquelle trônait un siège en bois massif. Un trône. Et sur ce trône, un homme. Valter.
Valter était vêtu d’une cotte de mailles usée mais imposante. Il mangeait avec l’aisance d’un souverain, parlant d’un ton décontracté avec un homme assis à sa droite. Oderic. L’œil tuméfié, mais libre de ses mouvements.
Tinúviel plissa les yeux. Il n’était pas enchaîné. Pas traité comme un simple captif.
Non loin, un homme surveillait Oderic, le suivant comme son ombre, le regard méfiant. Un geôlier discret ? Un espion de Valter ?
La scène était étrange. Pourquoi Valter traitait-il Oderic avec autant de considération ?
Un Départ Troublant
Tinúviel vit Valter reposer sa coupe bruyamment. Il se leva lentement, échangea quelques mots à voix basse avec un de ses hommes, puis s’étira avant de disparaître derrière les lourds rideaux de sa tente. À cet instant, Oderic se leva à son tour.
L’homme qui l’avait observé depuis le début se leva aussitôt et le rejoignit.
Ce n’était pas un simple garde. Il surveillait Oderic comme son ombre. Sans un mot, ils quittèrent la table et s’éloignèrent de l’estrade, longeant le camp vers l’extérieur. Où allaient-ils ? Tinúviel se crispa légèrement. C’était le moment de rentrer. Mais alors qu’elle se reculait lentement, quelque chose d’étrange attira son regard.
Lumière Maudite
À travers les fentes de la tente de Valter, une lueur étrange s’échappait. Une lumière verte. Tremblante, surnaturelle, malveillante. Un frisson lui parcourut le corps. Elle connaissait cette sensation. L’Ombre était ici. Et Valter n’était pas un simple rebelle.
Sans perdre plus de temps, Tinúviel recula et disparut dans l’obscurité, retournant vers ses compagnons. Oderic était toujours en vie. Mais ils venaient de mettre le pied dans quelque chose de bien plus grand. Quelque chose de dangereux. Et peut-être même… quelque chose de bien plus ancien.
Un Traître Dévoilé
Les héros étaient réunis, tendus, silencieux, absorbant chaque détail du rapport de Tinúviel. Un camp de pillards nombreux et organisés. Un chef charismatique, porté par une haine viscérale de Bard. Une lueur surnaturelle, manifestation certaine de l’Ombre. Et Oderic, assis à la table d’un traître. Il n’était pas prisonnier.
Munan fronça les sourcils.
— Nous devons lui parler. S’il est encore possible de le ramener à la raison, nous devons essayer.
— Il ne sera pas seul, souffla Barwulf. Mais s’il se promène hors du camp, c’est notre seule chance.
Thorodin hocha la tête, le visage fermé.
— Alors faisons vite.
Une Rencontre sous les Étoiles
Sous la couverture des arbres, Tinúviel ouvrait la marche, invisible dans la nuit. Elle était la première à l’apercevoir. Oderic était là, assis contre un tronc, le regard perdu vers le ciel. Il semblait las, torturé par des pensées qu’il n’arrivait pas à chasser.
L’Elfe s’approcha, prudemment, sans un bruit. Mais à l’instant où son pied effleura une branche brisée… Une ombre surgit.
L’Assaut Foudroyant
Un sifflement fendit l’air. Une lance jaillit des ténèbres et entailla violemment l’épaule de Tinúviel. Elle recula d’un bond, serrant les dents sous la douleur soudaine.
Un homme se dressait devant elle, la lance levée pour frapper à nouveau. Son regard brûlait d’une haine sourde, un guerrier féroce et déterminé.
Oderic bondit sur ses pieds, les yeux écarquillés par la surprise.
— Faron, arrête !
Mais le guerrier n’écoutait pas. Il leva sa lance, prêt à abattre un coup fatal sur Tinúviel.
L’Elfe, affaiblie par sa blessure, n’eut que le temps de murmurer :
— Brunhild…
Oderic se figea.
— Quoi ?!
Mais il était trop tard. Un sifflement. Un impact sourd. La lance de Faron s’immobilisa dans l’air. Une flèche était fichée dans sa gorge. Il s’effondra sans un cri. Munan baissa son arc.
La Vérité Révélée
Oderic fixa le corps sans vie de Faron, puis leva des yeux hantés vers les héros. Barwulf, Thorodin et Munan le rejoignirent, encerclant le jeune homme. Son regard oscillait entre la peur, la colère et l’incompréhension.
— Vous… vous n’auriez pas dû venir.
Munan s’avança d’un pas, fixant Oderic droit dans les yeux.
— C’est Brunhild qui nous envoie. Elle s’inquiète pour toi.
Oderic serra les poings.
— Brunhild ? Il secoua la tête, visiblement troublé. Non… c’est trop tard.
Thorodin fronça les sourcils.
— Trop tard pour quoi ?
Un silence pesant. Puis, finalement, Oderic lâcha la vérité.
— Je les ai rejoints.
Un choc traversa le groupe.
— Tu es avec eux ?! cracha Barwulf.
— Ici, je suis respecté. Ici, j’ai ma place.
Son regard se durcit.
— J’ai donné à Valter des informations sur les défenses des Beornides. Il sait comment attaquer le Vieux Gué.
Le silence qui suivit fut glacial.
L’Ultime Tentative
Munan avança encore d’un pas, cherchant à capter la moindre hésitation chez Oderic.
— Tu réalises ce que tu as fait ? Des dizaines d’innocents vont mourir à cause de toi.
— Valter m’a promis qu’il n’attaquerait pas Pierregué.
Tinúviel, malgré la douleur, se redressa, sa voix tranchante comme une lame.
— Et tu le crois ? Tu penses qu’un homme qui brûle des innocents dans leur cabane va tenir parole ?
Oderic détourna le regard. Une lutte intérieure se lisait sur son visage. Mais il ne bougea pas.
— Je ne peux pas partir.
— Alors tu es un traître, gronda Barwulf, sa rage montant en lui.
Le Jugement de Barwulf
Il n’attendit pas plus longtemps. Dans un élan de fureur, il abattit le revers de sa hache sur Oderic, l’assommant net. Le jeune homme s’effondra sans un mot. Un silence s’abattit sur le groupe. Barwulf rengaina sa hache, le regard brûlant.
— Nous ne lui laissons plus le choix.
Rapidement, ils ligotèrent Oderic, serrant ses poignets et le soulevant sur les épaules de Barwulf.
— Nous devons partir.
Tinúviel jeta un dernier regard vers le camp. Les torches brillaient toujours au loin. L’armée de Valter dormait encore. Mais plus pour longtemps. Elle murmura, comme une funeste prophétie :
— Ils partiront demain pour attaquer le Vieux Gué.
Et sans un mot de plus, les héros s’enfoncèrent dans la nuit. Ils avaient Oderic. Mais la guerre venait de commencer.
Lutte contre le Temps
La fatigue pesait sur les corps, les muscles brûlaient, mais aucun des héros ne ralentit.
Ils devaient prendre de vitesse l’armée de Valter. S’ils échouaient, le Vieux Gué tomberait avant qu’aucune défense ne puisse être levée.
Oderic, toujours ligoté, avançait d’un pas hésitant, prisonnier d’un destin qu’il ne maîtrisait plus. Personne ne parlait. Seuls les bruits de leurs pas précipités troublaient la nuit.
Une Course Contre la Mort
La nuit était encore profonde lorsque les héros reprirent la route. Il n’y avait pas de temps à perdre. Derrière eux, l’armée de Valter se préparait, et dans quelques heures à peine, elle se mettrait en marche vers le Vieux Gué.
Oderic, toujours ligoté et silencieux, était forcé de suivre le rythme infernal du groupe.
Leur objectif était clair : Devancer Valter. Avertir Pierregué et organiser une défense, aussi désespérée soit-elle.
Ils avancèrent sans relâche, à travers forêts et vallées et après deux jours d’une marche exténuante, les toits de Pierregué apparurent enfin à l’horizon.
4 juillet - Le Dernier Avertissement
Munan et Barwulf entrèrent seuls dans le village.
La tension était palpable. Les habitants de Pierregué ne s’attendaient pas à une telle menace. Ava, la cheffe du village, les accueillit avec un regard perçant. Munan ne tourna pas autour du pot.
— Valter et son armée marchent vers le Vieux Gué. Ils comptent massacrer les Beornides qui s’y trouvent.
Un silence glacial s’abattit. Ava serra les dents, son regard passant du visage dur de Barwulf à celui, plus grave, de Munan.
— Nous devons partir, finit-elle par dire.
Sans perdre de temps, les villageois commencèrent à préparer l’évacuation. Mais Ava ne comptait pas fuir sans se battre.
— Je viens avec vous.
Elle désigna quatre de ses meilleurs guerriers qui l’accompagneraient.
— Si nous devons mourir, autant que ce soit en défendant notre peuple.
Munan hocha la tête. Ils auraient besoin de chaque lame.
Le Poids des Retrouvailles
Avant de quitter Pierregué, Munan et Barwulf eurent un dernier entretien en privé. Dans la petite maison de Brunhilde, ils lui révélèrent la présence d’Oderic. Son souffle se coupa.
— Il… est ici ?
Munan hocha lentement la tête.
— Il t’attend à l’extérieur du village.
Sans un mot de plus, elle quitta la pièce, ses pas précipités trahissant l’émotion qui la submergeait.
Entre Amour et Haine
Lorsque Brunhilde arriva à l’orée du village, elle aperçut Oderic. Il était là, les poignets encore liés, affaibli, brisé… mais vivant. Sans hésiter, elle courut vers lui, tombant dans ses bras. Il murmura son nom, une détresse profonde dans la voix.
Mais Ava, qui venait d’arriver avec ses guerriers, n’avait pas le cœur aux retrouvailles.
Son regard se posa sur Oderic, et la fureur l’envahit.
— Qu’il brûle en enfer.
Elle porta la main à son épée, prête à trancher la gorge du traître, mais Barwulf s’interposa.
— Nous avons fait un choix. Et j’en prends l’entière responsabilité.
Ava recula, les poings serrés, mais elle ne parla plus.
Le Pari Fou d’Oderic
Lorsqu’ils furent seuls, Brunhild et Oderic s’entretinrent en privé. Ils pleurèrent ensemble. Ils se murmurèrent les regrets et les douleurs d’un passé qui ne pouvait être changé. Puis Oderic fit une proposition insensée.
— Laissez-moi repartir.
Munan et Barwulf le regardèrent, interdits.
— Quoi ? gronda Barwulf.
— Je retournerai auprès de Valter. Je le convaincrai d’amener son armée dans une zone propice à une embuscade. Il inspira profondément, son regard fiévreux cherchant l’approbation de ses anciens frères.
— Je veux me racheter. Et si je dois mourir pour cela… alors ce sera une mort honorable.
Un silence pesant. Tinúviel l’observait, cherchant à percer la vérité de son âme. Il était sincère. Mais était-il prêt à sacrifier sa vie… ou jouait-il un double jeu ? Thorodin garda le silence. Munan hésita. Barwulf, lui, secoua la tête, la rage montant en lui.
— Je refuse.
— Nous n’avons pas le choix, répondit Munan.
— Si nous le laissons partir, il peut tout aussi bien nous trahir à nouveau.
Oderic serra les poings.
— Je n’ai plus rien à perdre.
Finalement, après un long silence, les héros décidèrent de prendre ce pari risqué. Malgré l’opposition farouche d’Ava et Barwulf, ils détachèrent Oderic… et le laissèrent partir.
5 juillet - Le Vieux Gué : Le Dernier Rempart
Le voyage reprit au rythme effréné d’une course contre la mort lorsqu’ils atteignirent le Vieux Gué. Là-bas, ils trouvèrent les maigres forces armées du peuple Béornide : onze hommes, fatigués, mais prêts à se battre. Ava et ses guerriers les rejoignirent, portant leur nombre à seize.
Le plan était simple : Oderic devait amener l’armée de Valter dans les carrières, une zone idéale pour une embuscade. Pendant que les guerriers se préparaient, les héros poursuivirent leur route.
6 juillet – Le Maître des Ours
Leur arrivée chez Beorn fut bruyante et précipitée. Barwulf, porté par la rage et l’urgence, prit la parole en premier. Il expliqua tout. Valter. Son armée. L’attaque imminente du Vieux Gué. Et le pari insensé qu’ils venaient de prendre en relâchant Oderic. Beorn resta silencieux. Ses yeux noirs fixaient Barwulf, pesant le poids de chaque mot. Puis, finalement, il hocha lentement la tête.
— Vous avez pris un risque. Un risque insensé.
Il laissa planer un silence. Puis il déclara :
— Mais vous n’aurez pas à porter ce fardeau seuls.
Il leur donna neuf guerriers supplémentaires et si l’embuscade échouait, il rassemblerait les forces Béornides.
7 juillet – Les Carrières : L’Attente du Jugement
Montés sur les chevaux de Beorn, les héros chevauchèrent à toute vitesse, atteignant enfin les carrières, lieu de l’embuscade. Leur regard balaya les falaises abruptes, les recoins sombres, les positions stratégiques où leurs hommes attendaient.
Tout était en place. Mais la question restait en suspens :
Oderic les avait-il trahis une fois de plus… ou était-il réellement prêt à mourir pour se racheter ?
Le destin du Vieux Gué dépendait de sa réponse. Et bientôt, ils auraient la réponse.
21 juin : Départ sur l’Anduin
Les héros embarquent sur une barque plate pour descendre l’Anduin en direction du Vieux Gué. Le fleuve s’écoule paisiblement, reflétant la lueur dorée du soleil couchant. Autour d’eux, les rives bordées de forêts épaisses et de landes sauvages offrent un spectacle à la fois majestueux et inquiétant. Le courant les porte doucement vers l’ouest, leur permettant de ménager leurs forces après les épreuves passées.
La deuxième nuit, le groupe installe un campement sommaire sur une berge sablonneuse. Thorodin, de garde, perçoit un bruit étrange porté par le vent descendant du fleuve : un battement sourd et irrégulier, semblable à un léger tambour.
Le nain se tend, scrutant l’obscurité. Il tente de localiser l’origine du son, mais celui-ci semble se fondre dans les méandres du vent. Après plusieurs minutes d’écoute attentive, le bruit s’évanouit complètement.
Matin du 23 juin : La Barque Échouée
À l’aube, Thorodin partage ses observations avec le groupe. Déterminés à en savoir plus, ils poursuivent leur route et découvrent bientôt une embarcation échouée sur une rive caillouteuse. La scène est macabre : deux corps de Béornides gisent à bord, criblés de flèches noires marquées du sceau des orques. Seuls le bruissement des roseaux et le chant lugubre d’un corbeau troublent le silence pesant.
Les héros fouillent la barque et relèvent plusieurs indices :
L’épée manquante : L’un des Béornides porte encore son fourreau, mais son arme a disparu.
Des liens tranchés : Plusieurs morceaux de corde, sectionnés net par une lame affûtée, traînent sur le fond de la barque.
Les cadavres de deux orques : Sur la rive, un peu plus loin, deux corps d’orques gisent dans l’herbe, transpercés par une lance.
Le groupe échange un regard grave. Qui étaient ces Béornides ? Pourquoi ont-ils été attaqués ici, loin des sentiers battus ? Tout porte à croire qu’ils escortaient quelque chose… ou quelqu’un.
Conscients de l’importance de leur découverte, les héros décident d’honorer les traditions des Béornides en ramenant les corps à la demeure de Béorn. Déviant quelque peu de leur route, ils rassemblent les dépouilles, nettoient la barque et reprennent leur voyage vers le nord-ouest. L’air est lourd, la traversée silencieuse.
En fin d’après-midi, ils atteignent les vastes prairies Béornides, où les hautes herbes ondulent sous la brise. La demeure de Béorn se dresse au loin, massive et imposante, telle une forteresse de bois ancrée dans la vallée.
À peine franchissent-ils la grande porte que des hurlements retentissent. Une dizaine de chiens massifs surgissent, leurs muscles tendus, crocs luisants. Ils s’arrêtent net devant la barque, redressent la tête et poussent de longs hurlements funèbres. Un à un, leurs voix s’unissent en une complainte lugubre qui résonne à travers la vallée. Il n’y a pas de doute : ces créatures reconnaissent leurs maîtres tombés.
Le silence revient peu à peu. Et alors, sur le seuil de la demeure, une silhouette gigantesque apparaît.
Sa stature dépasse de loin celle des plus grands hommes. Sous la lumière déclinante, son visage buriné semble taillé dans la roche. Ses yeux sombres et perçants balayent la scène, s’attardant sur les cadavres, puis sur les héros. Aucun mot ne franchit ses lèvres, mais l’air devient plus pesant encore. Barwulf brise enfin le silence :
— Nous sommes venus rendre les corps de ceux qui sont tombés. Nous les avons trouvés échoués sur l’Anduin, victimes d’une attaque d’orques. Nous voulons comprendre ce qui s’est passé.
Béorn les scrute longuement, sondant leur sincérité d’un regard pénétrant. Puis, lentement, il ouvre la porte en grand.
— Entrez.
À l’intérieur, la chaleur du grand hall contraste avec la froideur de leur hôte. Un immense foyer brûle en son centre, projetant des ombres mouvantes sur les murs. Béorn désigne un long banc en bois.
— Asseyez-vous. Mangez. Puis, nous parlerons.
Les héros prennent place. Peu à peu, d’autres Béornides se joignent à eux, leurs visages marqués par la rudesse de la vie sauvage. Le silence est brisé par des récits et des chants murmurés en l’honneur de Merove et Odo. Des cornes de bière sont levées en hommage aux disparus.
Béorn, lui, reste en retrait. Il écoute, mais ne parle pas. Lorsque le dernier hommage est rendu, il prend enfin la parole :
— Merove et Odo étaient parmi mes meilleurs guerriers. Ils parcouraient nos terres pour résoudre les conflits et protéger notre peuple.
Sa voix est calme, mais son ton trahit une colère sourde.
— S’ils sont morts, c’est que notre paix est menacée. Et je veux savoir par qui.
Après le festin, Béorn se lève.
— Vous pouvez dormir dans l’étable attenante. Mais écoutez-moi bien : je ne veux voir personne dehors cette nuit. Pas un pas hors de l’enceinte.
Les héros acquiescent et s’installent dans l’étable. L’odeur du foin et de la terre humide emplit l’espace. Dehors, le vent souffle doucement. Les premières heures passent dans le calme… Jusqu’à ce que Tinúviel ouvre brusquement les yeux. Quelque chose cloche. Un son, léger mais bien réel, vibre dans l’air : un grognement sourd, profond, comme celui d’un animal immense rôdant près de la maison. Prudente, l’Elfe se lève et approche discrètement de l’entrée. Elle écarte légèrement les planches de bois, tentant de percer l’obscurité de son regard perçant. Silence. Les bruits ont cessé. Tout ce qu’elle voit, ce sont les ombres des arbres, balançant doucement leurs branches sous la lumière froide de la lune.
25 juin – Aube grise sur la vallée
Les héros étaient attablés dans la grande salle de Beorn, la chaleur réconfortante du foyer central contrastant avec la sinistre pile de dix casques orques posée à côté d'eux. Sur la table, du pain noir, du miel épais et du lait chaud étaient disposés, tandis que ces trophées sombres et cabossés témoignaient de la traque nocturne de Beorn. Nul ne savait quand il avait quitté la maison, ni comment il avait trouvé sa proie dans l’obscurité, mais il était revenu avant l’aube, silencieux, et avait déposé les casques comme une réponse tacite à la menace qui pesait sur ses terres.
D’un geste lent, Beorn prit un siège et posa son regard sombre sur les héros.
— Il manque un homme.
Un silence lourd s’installa. Beorn croisa les bras, sa voix grave résonnant comme un écho dans la grande salle.
— Merove et Odo n’étaient pas seuls. Ils escortaient un prisonnier. Un homme, un traître… Il s’est enfui vers le sud lors de l’attaque.
Il marqua une pause, laissant l’instant se charger de tension avant de conclure d’un ton sans appel :
— Retrouvez-le. Ramenez-le-moi.
Il n’y avait ni supplication ni menace dans ses paroles, seulement une certitude brute : ce fugitif devait être livré à la justice des Beornides.
Les Cérémonies du Deuil
Tout au long de la journée, le domaine de Beorn vécut au rythme des rites funéraires. Les corps de Merove et Odo furent placés sur de larges tables couvertes de peaux d’ours, entourées de bougies vacillantes. Guerriers, chasseurs et familles beornides affluaient, venant rendre hommage aux défunts. Des chants funèbres résonnaient sous les poutres de la grande salle, tandis que certains se couvraient le visage de charbon en signe de deuil.
Bien que les héros fussent des étrangers, ils furent traités comme des frères d’armes. On leur offrit de partager la douleur du peuple Beornide, de boire et de pleurer avec eux.
Lorsque la veillée funeste arriva, une grande assemblée s’installa autour du feu central. Les torches crépitaient doucement dans la nuit tombante, projetant des ombres mouvantes sur les visages fermés.
C’est Barwulf qui se leva le premier. Il scruta un instant la foule, puis prit la parole, sa voix rocailleuse brisant le silence :
— Merove et Odo étaient des hommes droits, comme il en existe peu. Ils ont combattu, ils ont protégé, et ils sont tombés sans jamais reculer. Nous n’avons pas eu le privilège de les connaître, mais nous savons ce qu’ils valent. Ce soir, nous leur devons plus qu’un adieu. Nous leur devons justice.
Un grondement d’approbation parcourut l’assemblée. Thorodin se leva à son tour, une chope de bière à la main.
— Un guerrier ne meurt jamais tant que son nom est porté par ceux qui restent. Que Merove et Odo voyagent en paix vers les grandes salles de leurs ancêtres.
Il leva sa chope. Dix, puis vingt, puis cinquante Beornides l’imitèrent, unissant leurs voix dans un cri rauque et solennel. Le nom des deux guerriers résonna dans la nuit.
26 juin – Aube brumeuse sur l’Anduin
Le vent du matin balayait les cendres des derniers feux de la veille. Equipés et silencieux, les héros quittèrent la demeure de Beorn. Ils allaient suivre la piste du fugitif, revenant sur les lieux du crime, là où la barque échouée et les corps mutilés avaient marqué le début de cette énigme. Ils ignoraient encore qui était cet homme et pourquoi il avait été captif, mais une certitude les guidait : Il était là, quelque part. Et ils allaient le retrouver.
Thorodin et Barwulf ouvraient la marche, avançant d’un pas lent mais assuré sur une piste incertaine. La terre sèche conservait peu de traces, et la progression s’avérait difficile. Le fugitif, rusé, avait su couvrir ses traces s’il avait bien fui vers le sud. Le soleil déclinait lorsqu’ils pénétrèrent dans une ravine rocailleuse, où le vent sifflait entre les pierres. C’est là que la traque prit une tournure inquiétante. Allongé dans la poussière, à moitié dissimulé par des buissons épineux, gisait le cadavre d’un orque décapité. Quelqu’un l’avait tué d’un coup net, précis, sans hésitation.
27 juin – Une Traque Laborieuse
Au matin, les héros reprirent leur traque, suivant la piste au sud. Quelques traces de pas dans la boue, les vestiges d’un feu de camp… des indices maigres, mais suffisants pour les guider.
Cependant, l’homme qu’ils cherchaient connaissait bien le terrain, et la poursuite s’avéra plus difficile que prévu. Plusieurs fois, ils durent rebrousser chemin, tâchant de distinguer les traces récentes parmi les plus anciennes.
La journée se passa ainsi, marquée par l’échec et la frustration. Lorsque la nuit tomba, ils décidèrent de dormir à la belle étoile, économisant leurs forces pour le lendemain.
Un Vieil Homme et un Nom
Au crépuscule, la piste les mena à une petite ferme isolée, perdue au cœur d’un vallon boisé. La lumière déclinante du soleil embrasait les champs alentours d’un éclat doré. Une maison simple, de pierre et de bois brut, se dressait au centre de la clairière.
Barwulf se porta volontaire pour s’y présenter seul. Il frappa à la porte, et après un instant, un vieil homme bourru apparut sur le seuil. Son regard, méfiant, détailla l’étranger d’un air peu engageant.
— Je ne donne pas l’hospitalité aux voyageurs.
Sa voix était sèche, sans appel. Mais il n’était pas hostile, simplement fatigué des hommes et de leurs histoires. Barwulf, patient, baissa légèrement la tête en signe de respect.
— Nous ne demandons pas le gîte, seulement des informations. Un homme est passé par ici, il y a peu. Peut-être l’avez-vous vu ?
Le vieillard haussait un sourcil, semblant hésiter. Puis il soupira.
— Un jeune homme est venu. Il y a quelques jours. Il s’appelait Oderic. Peu causant, mais poli. Il est reparti vers le sud au matin.
Oderic. Un nom, enfin. Barwulf remercia l’homme et rejoignit ses compagnons. Ils installèrent leur camp à l’orée du bois, veillant à ne pas troubler davantage leur hôte réticent.
28 juin – Un Drame à Pierregué
À l’aube, ils reprirent leur traque. La piste évitait le Vieux Gué et continuait vers le sud, une direction inquiétante, car elle les menait loin des terres les plus sûres des Beornides. En fin de matinée, alors que le soleil était déjà haut, ils croisèrent un groupe d’hommes des bois en route vers Castel-Pic.
Ces voyageurs, dix en tout, portaient des arcs et des lances, leurs visages marqués par la rudesse de la vie en forêt. L’un d’eux, un chasseur du nom de Fridwald, s’arrêta en les voyant. Après une brève discussion, le chasseur passa une main sur sa barbe, l’air grave.
— Nous nous sommes arrêtés hier au village de Pierregué. Un drame s’y est produit. Un certain Oderic a tué un homme, Raftic, il y a plusieurs jours. Les hommes de Beorn sont venus le chercher pour le traduire en justice au Carrock. Un silence lourd s’installa sur le groupe. Un meurtrier ? Était-ce pour cela que Merove et Odo l’escortaient ? Les regards se croisèrent. Une nouvelle piste émergeait : Pierregué.
— Nous allons nous y rendre.
Le chasseur hocha la tête sans ajouter un mot, et les deux groupes se séparèrent.
Le village de Pierregué apparut enfin. Un petit hameau fortifié, composé de quelques maisons éparses et d’une grande salle commune, dominait une colline surplombant une rivière sinueuse.
Le Poids du Passé
À l’entrée du village, trois personnes attendaient les héros, leurs postures contrastant nettement les unes avec les autres. Le premier, un jeune guerrier à l’armure légère, tenait sa hache avec une hésitation visible. Willifrel, ainsi qu’il se présenta, tentait d’afficher une prestance martiale, mais son regard fuyant et la crispation de ses doigts sur le bois de son arme trahissaient son manque d’assurance. À ses côtés se tenait Hartwulf, un vieil homme à l’air sombre, dont les rides profondes et l’expression renfrognée rappelaient un chêne usé par les tempêtes. Mais c’est la troisième personne qui attira immédiatement l’attention des héros : Ava. Droite, le menton levé, son regard vif balayait le groupe avec une assurance que ni Willifrel ni Hartwulf ne partageaient.
Barwulf hocha la tête.
— Nous avons suivi la piste d’Oderic depuis plusieurs jours. Nous voulons savoir la vérité sur ce qui s’est passé.
Ava croisa les bras, un rictus ironique effleurant ses lèvres.
— La vérité ? La voici : Oderic est un meurtrier. Il a tué un homme du village, et il a été emmené au Carrock pour être jugé. Voilà tout ce qu’il y a à savoir.
Le ton était sec, définitif. Mais les héros savaient que les vérités évidentes étaient rarement les plus complètes.
— Et pourtant, il n’est jamais arrivé au Carrock, fit remarquer Tinúviel d’une voix calme.
Ava haussait un sourcil, puis échangea un regard rapide avec Hartwulf. Finalement, après un court silence, Ava soupira et hocha la tête.
— Vous pouvez passer la nuit au village. Mais ne cherchez pas à semer le trouble. Nous avons eu notre lot de malheurs.
Elle fit un signe à Willifrel, qui sembla soulagé, et tourna les talons.
— Venez. Vous mangerez avec nous ce soir.
Un Dîner Sous Surveillance
Les habitants prenaient place autour de longues tables en bois. L’atmosphère était lourde, et les conversations restaient discrètes. Les regards des villageois ne quittaient jamais complètement les héros, certains les observant avec curiosité, d’autres avec une méfiance palpable.
Lorsque le repas fut servi – un ragoût simple mais copieux –, les questions commencèrent. Barwulf, Thorodin et Munan menèrent l’interrogatoire avec subtilité, glissant leurs questions entre deux bouchées de pain. Petit à petit, le drame autour d’Oderic se révéla sous leurs yeux. Oderic n’était pas né à Pierregué. Ses parents avaient été tués lorsqu’il était enfant, et il avait été recueilli par Helmgut, un fermier respecté du village. Helmgut l’avait élevé comme son fils, aux côtés de sa propre fille, Brunhild. Brunhild était tout pour Oderic. La seule personne qu’il considérait comme une véritable famille. Son repère, son ancre. Mais plusieurs années plus tard, Raftic était arrivé au village. Un homme venu de Castel-Pic, fort, habile au combat, charismatique. Rapidement, il s’était imposé comme le meilleur guerrier de Pierregué. Et il avait épousé Brunhild.
C’est là que les choses avaient changé. Oderic avait toujours eu un tempérament ombrageux, fier et jaloux. L’arrivée de Raftic et son ascension dans le village n’avaient fait qu’exacerber ses frustrations.
— Il ne supportait pas de voir Brunhild épouser un autre, expliqua un vieil homme en secouant la tête. Il disait que Raftic n’avait pas sa place ici.
— Il était comme un loup blessé, ajouta une femme. Toujours en colère, toujours seul.
Barwulf fronça les sourcils.
— Et que s’est-il passé le jour du meurtre ?
Un silence lourd s’installa. Les villageois échangèrent des regards furtifs. Finalement, Ava prit la parole.
— Oderic a tué Raftic.
Sa voix était tranchante.
— Il l’a poignardé lors d’une dispute, devant Brunhild. Il n’y avait pas d’ambiguïté.
Thorodin hocha lentement la tête.
— Et après ?
Ava croisa les bras.
— Nous avons prévenu les hommes de Beorn. Ils sont venus l’emmener pour être jugé. Mais il n’est jamais revenu.
Les Ombres du Passé
Munan et Barwulf décidèrent d’aller rendre visite à Helmgut. Le vieux fermier, père adoptif d’Oderic, était l’un des derniers à pouvoir leur fournir des réponses. Mais en approchant de sa maison, un mauvais pressentiment s’insinua en eux.
La bâtisse, modeste mais solide, portait les marques du temps et du chagrin. Une odeur âcre de bière fermentée s’échappait de l’entrebâillement de la porte, et le silence pesant des lieux leur indiqua qu’ils n’étaient pas les bienvenus. Munan frappa doucement. Aucune réponse. Il échangea un regard avec Barwulf, puis frappa plus fort. Soudain, la porte s’ouvrit violemment dans un fracas sourd.
Le battant de bois heurta Munan en plein visage, le projetant en arrière sous la force du choc. Avant qu’il ne puisse se redresser, une silhouette massive apparut dans l’encadrement : Helmgut. L’homme n’était plus que l’ombre du père protecteur que les villageois avaient décrit. Ses yeux rougis par l’alcool et la fatigue trahissaient un esprit tourmenté. Son souffle était court, irrégulier, et dans sa main tremblante scintillait une hache bien trop affûtée pour être une simple arme d’apparat.
— Foutez-moi la paix ! rugit-il d’une voix rauque.
Sans attendre, il leva sa hache dans un geste de rage incontrôlée. Barwulf réagit avant que la lame ne s’abatte. Il se jeta sur l’homme, agrippant son poignet d’une poigne de fer. Munan, malgré la douleur, se redressa et attrapa l’autre bras du fermier. Ils luttèrent quelques secondes, tentant d’éviter de le blesser tout en le maîtrisant.
Finalement, des villageois accoururent et arrachèrent l’arme des mains de Helmgut avant de le tirer à l’intérieur de sa maison. On le força à s’allonger, et après quelques protestations, l’alcool et l’épuisement eurent raison de lui.
— Il n’est plus en état de parler, grogna un vieil homme en secouant la tête. Laissez-le dormir. Peut-être que demain, il sera plus lucide.
Munan et Barwulf échangèrent un regard frustré. Leur seule chance d’en apprendre davantage venait de sombrer dans l’ivresse.
Les Confessions de Brunhild
Pendant ce temps, Tinúviel s’était rendue au cimetière du village, un petit lopin de terre où de simples pierres marquaient les tombes des défunts. La silhouette fine d’une femme en deuil se tenait devant l’une d’elles. Brunhild. Elle était droite, le regard perdu dans l’inscription gravée dans la pierre. Le nom de Raftic. Tinúviel s’approcha lentement, veillant à ne pas troubler son recueillement.
— Vous êtes venue pour poser des questions, n’est-ce pas ? murmura Brunhild, sans même tourner la tête.
L’Elfe resta silencieuse un instant, puis hocha la tête.
— Je cherche à comprendre ce qui s’est réellement passé cette nuit-là.
Brunhild prit une longue inspiration, comme si elle redoutait ce moment depuis longtemps.
— Oderic est venu me voir, tard ce soir-là. Il voulait que je parte avec lui.
Elle baissa légèrement la tête, son regard s’assombrissant.
— Il voulait fuir Pierregué. Il parlait d’aventure, d’un nouveau départ loin d’ici. Il m’a suppliée de l’accompagner.
Tinúviel resta immobile, écoutant avec attention.
— Et c’est à ce moment-là que Raftic est entré.
La voix de Brunhild se fit plus tremblante.
— Il était fou de rage. Il m’a giflée. Fort.
Elle porta une main à sa joue, comme si la douleur était encore présente après tout ce temps.
— Oderic s’est jeté sur lui. Ils ont lutté, frappant, roulant au sol… puis, soudainement, c’était fini.
Tinúviel plissa légèrement les yeux.
— Que voulez-vous dire ?
Brunhild tourna enfin la tête vers elle, et Tinúviel put voir l’ombre d’une peur ancienne dans ses yeux.
— Raftic était allongé. Oderic était au-dessus de lui. Il tenait un poignard, enfoncé dans sa poitrine.
Un frisson glissa le long de la nuque de l’Elfe.
— L’a-t-il fait exprès ?
Brunhild hésita, le silence s’étirant entre elles.
— Je… ne sais pas.
Elle détourna les yeux.
— C’est à ce moment-là que Helmgut est entré. Il a maîtrisé Oderic et l’a livré aux hommes de Beorn. Tinúviel l’observa attentivement. Brunhild lui cachait quelque chose. Elle attendit un moment, puis posa une dernière question.
— Pensez-vous qu’Oderic aurait pu revenir ici après sa fuite ?
Un éclair d’émotion traversa le visage de Brunhild. Elle ouvrit la bouche, puis se ravisa. Elle recula d’un pas, puis sans un mot de plus, s’éloigna du cimetière, laissant Tinúviel seule devant la tombe de Raftic. L’Elfe serra doucement les lèvres. Quelque chose clochait dans cette histoire. Et elle comptait bien découvrir quoi.
Nuit tombante sur Pierregué
La nuit était tombée sur Pierregué, enveloppant le village dans un calme inquiétant. Quelques lueurs vacillantes brillaient faiblement derrière les volets clos, témoignant des veillées tardives de ceux qui, comme les héros, portaient le poids des événements récents. Après une journée de questions sans fin et de vérités incomplètes, Thorodin et Munan choisirent de se reposer. Mais pour Barwulf et Tinúviel, la nuit était encore jeune.
Une Ombre dans le Cimetière
Le guerrier et l’Elfe se tenaient à l’orée du village, leurs regards scrutant les ruelles silencieuses et les toits de chaume. Aucun bruit suspect. Aucune lumière mouvante. Aucun signe qu’Oderic ait pu revenir. Pourtant, au fil des heures, une silhouette familière se détacha de l’ombre. Helmgut. Le vieil homme avançait lentement, presque comme s’il était hanté par quelque chose de plus lourd que sa propre fatigue, se dirigeant vers le cimetière où reposait Raftic. Un regard échangé entre Tinúviel et Barwulf suffira pour qu’ils décident de le suivre.
Un Pardon Murmuré
Helmgut était agenouillé devant la tombe, le dos courbé sous un fardeau invisible, ses mains tremblantes posées sur la pierre. Tinúviel et Barwulf s’approchèrent avec précaution, évitant de troubler son moment de recueillement.
— Il est bien tard pour venir se recueillir, murmura Barwulf, sa voix calme et posée.
Helmgut ne réagit même pas. Ses yeux restaient fixés sur la pierre gravée du nom de Raftic.
— C’est à cette heure que les morts écoutent le mieux, répondit-il après un long silence, sa voix fatiguée et usée par le poids du regret.
Un silence pesant s’installa entre eux, troublé seulement par le bruissement du vent.
— Nous avons parlé avec Brunhild, reprit Tinúviel avec douceur. Elle nous a raconté ce qui s’est passé cette nuit-là.
Helmgut ne bougea toujours pas.
— Alors vous savez tout, lâcha-t-il, un soupir de résignation dans ses mots.
— Je suis fatigué, laissez-moi en paix.
Barwulf serra les poings, frustré par les mystères non résolus et les vérités murmurées dans l’ombre. Après un dernier regard vers le vieil homme, ils partirent, le laissant seul face à ses regrets et ses souvenirs.
La Nuit de la Veilleuse
Alors que Barwulf rentrait se reposer, Tinúviel choisit de rester éveillée. Quelque chose dans cette affaire ne lui semblait pas juste. Elle se glissa silencieusement sur le toit d’une maison, choisissant une position idéale pour surveiller le village. Dans l’ombre, seule la lueur de ses prunelles azur se détachait sous la pâle lumière de la lune. Les heures passèrent, lentes et silencieuses. Le vent soufflait doucement. Les torches s’éteignaient une à une. Le village s’endormait paisiblement. Mais dans cette tranquillité apparente, Tinúviel ne pouvait se débarrasser du sentiment que la vérité lui échappait.
29 juin – Matin paisible, vérités dévoilées
Le soleil se levait à peine sur Pierregué, baignant les maisons de chaume dans une douce lumière dorée. L’air frais du matin apportait avec lui une sensation de renouveau, mais pour les héros, la fin de leur séjour approchait. Munan et Tinúviel décidèrent de retourner voir Brunhild, espérant qu’elle se montrerait plus ouverte à la discussion maintenant que la nuit était passée. La jeune femme semblait épuisée, perdue dans ses pensées, son regard errant vers l’horizon comme si une partie d’elle-même s’était déjà éloignée du village.
Lorsque Tinúviel l’aborda, elle ne chercha pas à fuir.
— Vous êtes encore là ? murmura-t-elle, un sourire triste effleurant ses lèvres.
Munan hocha la tête.
— Nous avons besoin de savoir, Brunhild. Toute la vérité.
Un silence lourd s’installa entre eux. Puis, enfin, elle soupira et se laissa tomber sur une souche d’arbre, comme si le poids de ses souvenirs devenait insupportable.
— C’était un accident, dit-elle d’une voix douce, presque fragile.
— Oderic ne voulait pas tuer Raftic. Oui, il le détestait. Oui, il était jaloux. Mais… ce n’était pas un meurtrier.
Elle leva les yeux vers eux, ses yeux brillants de peine et de certitude.
— Il est revenu. Il y a quatre jours.
Tinúviel se figea.
— Il est venu ici ?
Brunhild hocha la tête.
— Il voulait me dire qu’il était désolé. Qu’il n’avait jamais voulu cela. Il savait qu’il ne pouvait pas rester, mais il voulait me voir une dernière fois, pour me dire adieu.
Munan croisa les bras, son regard insistant.
— Où est-il allé ?
Brunhild inspira profondément, rassemblant son courage.
— Il a traversé l’Anduin. Il est allé dans les terres sauvages de l’Ouest.
Un silence lourd tomba sur le groupe. L’endroit où il s’était dirigé était périlleux, un lieu où seuls les plus désespérés ou les inconscients s’aventuraient.
Puis Brunhild releva les yeux vers eux, sa détermination transparaissant.
— Si vous le retrouvez et l’amenez à Beorn… alors je témoignerai en sa faveur.
Munan hocha lentement la tête.
— Nous ferons tout pour le ramener vivant.
Les Rumeurs de l’Anduin
Pendant ce temps, Barwulf avait choisi un autre chemin. Plutôt que de poser encore des questions aux villageois, il décida de marcher seul le long de l’Anduin, profitant du calme du matin pour observer le courant et réfléchir aux épreuves à venir. Tandis qu’il s’asseyait sur une grosse pierre, lançant sa ligne dans l’eau, il surprit une conversation entre deux pêcheurs proches.
— Je te dis qu’on me l’a volée ! maugréait l’un d’eux. Ma barque a disparu il y a trois jours !
— Trois jours ? fit son compagnon, surpris. Tu l’as peut-être juste oubliée quelque part.
— Oubliée ?! s’étrangla le premier. Je ne suis pas encore assez vieux pour ça ! Quelqu’un l’a prise, je te dis.
Barwulf laissa échapper le poisson et s’approcha doucement.
— Qui a volé ta barque ? demanda-t-il d’une voix calme.
Les deux pêcheurs sursautèrent, surpris par l’intrusion.
— Aucune idée, grogna le pêcheur. Mais si je devais parier, je dirais quelqu’un qui voulait traverser l’Anduin discrètement.
Le puzzle commençait à prendre forme.
Oderic avait fui vers l’Ouest. Et il avait eu besoin d’une barque pour y parvenir.
Traverser l’Anduin, Reprendre la Traque
Lorsque les héros se retrouvèrent, ils mirent en commun toutes les informations qu’ils avaient récoltées. Oderic était bien vivant. Il avait traversé l’Anduin il y a quatre jours, utilisant une barque volée. Brunhild était prête à témoigner en sa faveur, si jamais ils parvenaient à le retrouver. Une piste était enfin en vue.
Sans plus tarder, ils se rendirent auprès des pêcheurs de Pierregué pour leur demander de l’aide. Un vieil homme accepta, et bientôt, les héros prenaient la mer à bord de petites barques de bois, voguant vers l’inconnu. Le vent soufflait doucement sur les flots, portant avec lui l’écho lointain des pas d’un fugitif.
La traque pouvait reprendre. Et cette fois, ils savaient où chercher.
Dans les clairières de Thranduil
Tinúviel, dans le royaume sylvestre, goûte à la paix des bois anciens. Elle passe les nuits sous la voûte étoilée, participant aux fêtes elfiques où les clairières résonnent de chants anciens et de danses éthérées. Là, elle compose Sous les étoiles unies, un chant empreint de sagesse pour les futurs conseils, tissant l’espoir d’une alliance durable entre les peuples. Ses vers, portés par la brise de la Forêt Noire, résonnent comme une promesse murmurée aux étoiles elles-mêmes.
À Erebor, sous le marteau et l’enclume
Dans les profondeurs de la Montagne Solitaire, Thorodin consacre l’hiver au perfectionnement de son art de la forge, sous l’œil vigilant d’un maître artisan d’Erebor. Jour après jour, son marteau chante contre l’acier, sa technique s’affinant à chaque coup. Entre deux créations, il tente de percer le mystère de la créature du puits, questionnant les anciens et fouillant les bibliothèques des nains. Hélas, les échos de cette créature restent cachés, comme si même les archives d’Erebor n’avaient jamais capturé son souvenir.
Dans les marais brumeux près d’Esgaroth
À Dale et Esgaroth, Munan et Barwulf traversent l’hiver ensemble, en quête de savoirs et d’alliances. Munan rassemble ses amis aventuriers pour fortifier les liens d’amitié et d’entraide. Puis ils s’enfoncent dans les marécages accumulant des connaissances précieuses sur les plantes médicinales. Barwulf, de son côté, interroge les anciens, espérant en apprendre davantage sur l’héritage de Mâche-Loup, dont la légende semble s’ancrer plus profondément encore que les racines des arbres de la forêt.
Aux confins de l’hiver
Les premiers jours d’avril amènent la réunion des compagnons. Tinúviel les rejoint, porteuse d’une nouvelle réjouissante : le nid d’araignées rencontré lors de leur passage en Forêt Noire a été éradiqué par les patrouilles des elfes.
Chroniques du printemps 2948 : L'Appel de Gloïn et la Mission de la Princesse
Au cœur de Dale, les héros reçoivent un message inattendu. Gloïn, noble émissaire des Montagnes Solitaires, leur confie une mission cruciale : escorter une jeune princesse du Dorwinion, terre légendaire de vins et de richesse, à travers la région jusqu'à Dale. Sa rencontre avec le roi Bard pourrait sceller de nouvelles alliances précieuses entre les royaumes, promesses d’amitié et de prospérité. C’est une mission d’importance, où l’honneur et la diplomatie doivent être aussi affûtés que leurs lames.
Le Conseil de Dale
Le 2 mai, à l’invitation de Gloïn, les compagnons se présentent devant le conseil de Bard. Dans la grande salle de Dale, sous les regards inquisiteurs des conseillers, ils exposent leur expérience, leur dévouement à la sécurité des routes et leur connaissance des contrées sauvages. Tinúviel, avec la noblesse et l’éloquence des Elfes, parle de l’importance de la paix pour chaque peuple libre. Thorodin, de son côté, fait valoir leur capacité à résister aux embuscades et à la traîtrise des orques, tandis que Munan et Barwulf rappellent leurs compétences dans les bois et les marais. Le roi Bard, attentif et juste, écoute en silence, pesant la décision.
Les Réserves et la Condition de Bard
Malgré leur ferveur, quelques conseillers se montrent réticents, cependant, le roi Bard, avec sa sagesse coutumière, tranche en leur faveur, convaincu par leurs exploits passés. Il impose toutefois une condition : les héros devront opérer sous le commandement d’un jeune sergent nommé Sigmund, un soldat plein de zèle mais sans réelle expérience. Les regards échangés entre les compagnons, et surtout entre Thorodin et Tinúviel, trahissent une certaine perplexité : peuvent-ils réellement confier la direction de cette escorte à un novice ?
Ainsi commence leur mission, teintée de doutes et d’anticipation, mais aussi de l’espoir d’une alliance à bâtir. Ils savent que les routes vers le Dorwinion regorgent de dangers insoupçonnés. Cependant, c’est le choix de Bard, et en serviteurs fidèles des Royaumes Libres, ils sont prêts à servir, veillant dans l’ombre pour protéger l’espoir naissant d’une alliance durable.
La Route vers Celduin et les Premiers Doutes
Le 3 mai, les héros entament leur voyage vers Celduin, village situé au bord de la Rivière Courante, où les attend la princesse Uma du Dorwinion. Escortés par le sergent Sigmund et cinq soldats bardides, le groupe chevauche le long des plaines, tandis que le printemps enrobe les paysages d'une verdure nouvelle. Le chemin vers Celduin est long et parfois ardu, et bien que la traversée soit calme en apparence, des tensions naissent au sein du groupe.
L’Autorité Rigide de Sigmund
Sigmund, malgré son jeune âge, exerce son commandement d’une main ferme. Chaque décision, qu’il s’agisse du lieu de campement ou de la vitesse de la marche, est prise sans consulter les héros, qu'il semble considérer davantage comme des étrangers que comme des alliés. Il impose son rythme, insensible aux besoins du groupe et surtout de Tinúviel et de Thorodin, qui, partageant un même cheval, peinent parfois à suivre. Tinúviel, dont le calme elfe masque mal l’agacement, laisse Thorodin exprimer en sourdine son mécontentement.
Chaque soir, ils arrivent souvent une ou deux heures après le reste du groupe, fatigués et affamés. Les soldats les accueillent avec une indifférence mal dissimulée, et Sigmund, toujours de marbre, ne semble ni s’inquiéter de leur retard ni se soucier de leur état.
Le Signe des Forces Obscures
Au troisième jour de marche, alors qu’ils longent les sombres lisières de la Forêt Noire, un incident vient troubler leur parcours. Tinúviel et Thorodin, seuls en arrière, distinguent dans le ciel une nuée de corbines – ces noirs corbeaux liés aux forces obscures. Les oiseaux tournoient un moment avant de plonger vers eux dans un bruissement sinistre d’ailes et de croassements. Le cheval, pris de panique, se cabre violemment, menaçant de projeter ses cavaliers au sol. Mais Tinúviel, avec la grâce et la précision des elfes, murmure des mots apaisants, sa main douce sur l’encolure de l’animal, qui finit par se calmer. Elle observe alors les oiseaux s’éloigner, leur vol traînant une ombre oppressante sur les cimes des arbres.
Thorodin, bien que mécontent du comportement du sergent, devine qu’un tel présage ne peut être ignoré. Le soir venu, il tente d’évoquer l'incident auprès de Sigmund, mais ce dernier, inflexible, balaie les inquiétudes naines, les réduisant à des « superstitions de guerriers fatigués ».
Les jours suivants se déroulent dans une même tension, le groupe avançant d'un même pas mais sous une unité trompeuse, chacun tenant ses pensées secrètes.
Accueil et Tensions
Le 10 mai, après plusieurs jours de chevauchée, la troupe atteint enfin Celduin. Ce village, bien qu’habité par une petite communauté d’une centaine d’âmes, révèle son opulence discrète dans ses entrepôts et maisons bien entretenues, grâce à sa position de passage entre le Dorwinion et les terres du nord. Le groupe approche des portes avec un mélange de fatigue et d’anticipation.
L’Accueil d’Erik, Chef des Frontières
À l’entrée de Celduin, les héros et leur escorte bardide sont accueillis par un vieil homme à moitié aveugle, à la barbe grise et aux yeux perçants malgré leur voile brumeux : Erik, fils d’Elrand, chef du village. À ses côtés se tiennent deux jeunes filles jumelles, l’air curieux et malicieux, ainsi que deux hommes imposants, armés de simples gourdins mais au regard farouche. Dès les premiers échanges, les tensions montent. Erik, d’un ton sévère et sans détour, fait clairement comprendre qu’il ne reconnaît pas l’autorité du roi Bard sur ces terres, arguant qu’ici, seule la loi de Celduin a valeur.
Sigmund, vexé par cette défiance et peu habitué à ce type de résistance, se raidit, tentant d’imposer le nom du roi avec toute la fermeté de son jeune rang. Mais Erik, inébranlable, coupe net ses discours en annonçant qu’un péage sera exigé dès l’arrivée de la princesse, Dorwinion ou non. Une tension palpable se tisse entre le jeune sergent et le chef du village, qui semble avoir l’avantage dans ce jeu d’autorité.
Tinúviel : Une Voix pour l’Équilibre
Voyant la situation dégénérer et les regards s’assombrir, Tinúviel s’avance calmement, son visage serein malgré le regard acéré d’Erik et la posture menaçante des hommes armés. Sa voix, douce mais ferme, résonne avec l’assurance des anciens jours, et ses paroles mesurées apaisent les deux camps. Elle évoque l’importance des échanges entre peuples, le rôle protecteur de Bard et la neutralité qui pourrait être profitable pour tous. Peu à peu, les visages se détendent, et même Erik semble céder un peu, hochant la tête avant de murmurer quelque chose en réponse et d’inviter finalement les visiteurs à profiter de l’hospitalité du village.
Une Auberge pour la Nuit
Ainsi, les héros et les soldats bardides trouvent refuge à l’auberge locale, où l’atmosphère semble moins tendue. Sigmund, le regard pensif, observe Tinúviel d’un air nouveau, comme s’il entrevoyait pour la première fois la valeur de ses compagnons. Il murmure quelques mots de remerciement, et, quoique maladroit, son geste n’échappe ni à Tinúviel ni aux autres héros.
La nuit tombe doucement sur Celduin, et tandis que les discussions s’éteignent dans la chaleur de l’auberge, le groupe sait que le lendemain apportera une nouvelle étape dans cette mission diplomatique – et sans doute d’autres tensions à désamorcer.
Bas du formulaire
Embuscade et Fureur du Rhûn
Le matin du 11 mai, alors que la lumière douce de l’aube se répand sur le village de Celduin, un carrosse richement orné franchit le pont de la Rivière Courante. Quatre cavaliers en armure étincelante escortent le véhicule, montés sur des pur-sang majestueux, symboles de l’élégance et de la puissance du Dorwinion. À l'arrêt du carrosse, deux dames de compagnie descendent et aident une jeune femme d’une beauté sereine et gracieuse à mettre pied à terre : la princesse Uma. Parée de tissus fins et de joyaux discrets, son regard intelligent capte brièvement celui de Sigmund, avec qui elle échange quelques mots brefs et mesurés. Aussitôt, l’escorte royale reprend la route pour Dale
15 mai : Une Menace Enfouie
Quatre jours plus tard, alors que le convoi progresse lentement le long d’un chemin bordant des collines sombres, Tinúviel, qui veille discrètement à l’arrière-garde, distingue une ombre mouvante. Plus bas, une troupe d’une dizaine d’individus suit discrètement le convoi. Le danger imminent semble inévitable. Sigmund décide de faire face à la menace et s’élance avec ses soldats pour confronter ces mystérieux poursuivants. Le convoi continue lentement sa route, escorté par les héros et les gardes du Dorwinion.
La Frayeur des Fauves
Mais la paix est de courte durée. Alors que le groupe s’engage sur un terrain plus escarpé, une odeur âcre et sauvage parvient aux narines des chevaux, qui se cabrent sous l’effroi. Un garde du Dorwinion chute lourdement de sa monture tandis que les chevaux du carrosse, pris de panique, se lancent dans une course désordonnée, emportant la princesse dans une fuite incontrôlable. Avant que les héros n’aient le temps de réagir, une volée de flèches fend l’air et des cris de guerre retentissent : une embuscade vient de se déployer autour d’eux.
L’Assaut des Hommes du Rhûn
Le groupe fait soudain face à une dizaine de guerriers farouches, au teint hâlé et aux vêtements aux couleurs sableuses et vives. Ces hommes du Rhûn, des Bédouins venus des terres arides, lancent l’assaut avec des cris sauvages. Leur chef, monté sur un lion au pelage fauve, s’avance majestueusement, tenant en main une épée recourbée et étincelante. Sous cette vision imposante, les héros se regroupent, épaulés par les deux gardes du Dorwinion restants, préparant leurs armes avec une détermination glacée.
La Fureur et le Triomphe des Héros
Un combat acharné s’ensuit. Thorodin, brandissant sa hache avec rage, fend les rangs ennemis sans faiblir, chaque coup résonnant dans l’air. Barwulf, dans un élan sauvage, affronte deux hommes à la fois, sa stature imposante créant un rempart de puissance brute. Tinúviel, avec une précision mortelle, manie son arc, chaque flèche frappant sa cible sans faille. Les hommes du Dorwinion se battent vaillamment à leurs côtés, protégeant leur princesse et leurs alliés.
Le chef des Bédouins du Rhûn, malgré la férocité de son lion, ne résiste pas longtemps. Sous un assaut concerté, les héros viennent à bout des assaillants, blessés mais victorieux. Seul demeure un silence lourd, brisé uniquement par le souffle court des combattants et le frémissement des branches alentour.
Les Vestiges de la Bataille
Lorsque la poussière retombe, le groupe prend un moment pour panser ses plaies. Tinúviel et Munan vérifient l’état du carrosse et rassurent la princesse Uma, qui s’en sort indemne mais marquée par l’intensité de l’attaque. Sigmund et ses hommes, de retour après leur vaine expédition, constatent la fureur de l’embuscade et la détermination avec laquelle les héros ont protégé le convoi.
Le chemin vers Dale reste semé d’embûches, mais les épreuves renforcent la loyauté des compagnons et la reconnaissance des bardides envers eux.
22 mai : Arrivée Triomphale à Dale
Après des jours de péripéties et de dangers, le convoi parvient enfin aux portes de Dale sous un ciel clair et radieux. La population en liesse s’est massée pour accueillir la princesse Uma du Dorwinion et ses vaillants protecteurs, acclamant avec enthousiasme l’arrivée de cette alliance nouvelle entre les peuples. Le roi Bard, vêtu de ses plus riches atours, attend avec impatience l’arrivée de la princesse. Munan, observateur discret, remarque dans les yeux du roi une lueur d’admiration à la vue de la princesse Uma, éclatante de grâce et de noblesse. Le silence s’installe un bref instant, empli d’une intensité nouvelle.
Les héros, éprouvés mais fiers, sont conviés à suivre le roi jusqu’au palais, où on les accueille pour se restaurer et se reposer après ce long périple. Une grande fête se prépare pour la soirée, dédiée à la princesse Uma, qui marque la promesse d’une union durable entre Dale et le Dorwinion. La tradition du Dorwinion est mise à l’honneur : celle du port du masque, symbolisant mystère et harmonie, charme et élégance.
Le Bal Masqué au Palais
À la tombée de la nuit, les salles du palais s’illuminent de chandeliers dorés, et les invités affluent vêtus de leurs habits les plus somptueux, chacun arborant un masque orné de plumes, de pierreries ou de motifs élégants. Les héros, parés eux aussi de masques qui dissimulent leurs traits marqués par les combats, évoluent au sein de la foule, recevant les remerciements et les regards admiratifs de nobles et de dignitaires.
Au cours de la soirée, le roi Bard et la princesse Uma s’avancent, rayonnants, pour remercier personnellement les héros de leur courage et de leur loyauté. Le roi Bard, d’un ton solennel, s’adresse aux convives, vantant le dévouement de ceux qui ont su protéger avec honneur la future alliée de Dale. La princesse Uma, quant à elle, gratifie chaque membre de l’escorte de quelques mots empreints de gratitude, leur reconnaissant le rôle essentiel qu’ils ont joué dans son arrivée en sécurité.
Les masques, les éclats de rire et les danses s’éternisent jusque tard dans la nuit, tandis que les liens entre les peuples de Dale et du Dorwinion, symbolisés par cette alliance et cette fête, se resserrent autour de l’espoir et de la promesse d’un avenir commun.
25 mai : Départ pour les Terres de l’Ouest
Après la liesse de Dale et les réjouissances au palais, les héros, accompagnés de Dinodas, se préparent à prendre la route vers l’Assemblée de Rhosgobel, convoquée pour le cœur de l’été. L’esprit de la route les appelle de nouveau, porteur de promesses et d’inconnues.
Traversée de la Forêt Noire sous la Protection des Elfes
Le chemin vers l’ouest les mène une nouvelle fois aux abords de la sombre et dense Forêt Noire. Mais cette fois, en guise de reconnaissance pour les services rendus, les elfes offrent aux héros une escorte digne des plus grands voyageurs. Leur passage à travers les ombres épaisses de la forêt est illuminé par la présence gracieuse des elfes, qui les guident à travers les sentiers discrets et les protègent des périls cachés sous le couvert dense des arbres. Les jours se teintent d’un calme mystique, ponctués par des chants elfiques qui résonnent parmi les branches, allégeant leur progression.
18 juin : Accueil à l’Auberge Orientale
Au terme de cette traversée, les héros atteignent les portes accueillantes de l’Auberge Orientale. Là, ils sont chaleureusement reçus par Dodinas, pour qui leur retour est une réjouissance partagée. Le hobbit, fidèle à sa générosité, leur propose un projet inattendu : devenir partenaires dans la gestion de l’auberge. La proposition, riche en promesses de stabilité et de camaraderie, laisse les héros songeurs. Bien qu’ils n’acceptent ni ne déclinent cette offre, chacun entrevoit dans ce projet une nouvelle voie, une alternative à la vie d’errance. C’est un choix auquel ils reviendront, une réflexion à mûrir, entre deux aventures.
21 juin : En Route vers le Vieux Gué en Descendant l’Anduin
Peu de jours après, les héros décident de poursuivre leur voyage vers le Vieux Gué. Grâce à une nouvelle initiative de l’Auberge Orientale, ils embarquent sur une barque plate, un service récemment mis en place pour descendre les eaux de l’Anduin en toute sécurité. La descente du fleuve promet un voyage à la fois apaisant et exaltant, un moment de répit et de contemplation au milieu de la nature sauvage.
Scénario 1 : La Délégation de la Princesse Uma (Source : Création inspirée du supplément Les Ténèbres de la Forêt Noire)
Scénario 2 : Fratricide et mauvaises nouvelles (Source : issu du supplément Contes et Légendes des Terres Sauvages)
Scénario 3 : L'Assemblée de Rhosgobel (Source : Création inspirée du supplément Les Ténèbres de la Forêt Noire)
Scénario 4 : Ceux qui s'en vont (Source : issu du supplément Contes et Légendes des Terres Sauvages)