Le 20 octobre 2017, l’école alternative L’Agora accueillait à son tour une rencontre conjointe. L’équipe-école a souhaité proposer un questionnement aux membres du réseau concernant les procédures de recrutement et d’admission des élèves dans les écoles alternatives.
En effet, ces procédures semblent à priori assez diverses et peuvent avoir une incidence sélective sur le profil socioéconomique et culturel des familles de l’école ainsi que sur le profil cognitif des élèves recrutés. Quelques anecdotes concernant des situations locales avaient depuis quelque temps fait monter ce questionnement au sein du REPAQ : perceptions d’avoir une population scolaire dans les écoles alternatives plutôt “blanche” et “favorisée”, ou ailleurs, impressions d’accueillir en forte proportion des élèves en difficulté trouvant “refuge” dans les écoles alternatives, voire au contraire, sensations d’être plutôt favorables aux élèves d’emblée autonomes et/ou prédisposés à apprendre par projet, apprenant volontiers et facilement. Ces “ombres d’un doute” diffuses alimentaient chez plusieurs comme un scrupule, une gêne éthique : l’école alternative n’était-elle pas parfois en contradiction avec ses propres valeurs si elle ne s’organisait pas pour être accueillante à toute famille souhaitant précisément offrir à ses enfants une scolarité imprégnée de ces valeurs ? Ce questionnement rejoignait incontestablement celui de la dimension inclusive des écoles alternatives. A savoir : dans quelle mesure les écoles alternatives sont-elles inclusives dans leurs procédures de recrutement et d’admission, ainsi que dans leurs pratiques pour accueillir et intégrer leurs nouveaux inscrits ?
Ce questionnement parut d’autant plus pertinent qu’il venait rencontrer l’alerte sonnée par deux études, celle de l’IRIS et celle de la FSE-CSQ prouvant hors de tout doute que la ségrégation scolaire (public, privé, projets particuliers) qui écrème l'école publique québécoise de ses ‘’meilleurs éléments’’ puisque les élèves plus ‘’faibles’’ ne bénéficient plus de l’apport de leurs amis ’’plus forts et plus motivés’’, entre autres. Il en serait ainsi dans les classes, mais également dans les activités parascolaires et en ce qui concerne l’engagement des parents. Or, l’école alternative fait partie des écoles à projets particuliers, selon la Loi de l’Instruction Publique ou loi 180. Ce qui fait dire à certains de ses détracteurs qu’elle écrème elle aussi à sa façon l’école publique en attirant les parents les plus ‘’participatifs’’.
Ainsi la matinée fut-elle consacrée aux questions générales suivantes :
Comment l’école alternative se positionne-t-elle devant cette problématique?
A-t-elle quelque chose à faire pour arrêter cette hémorragie de l’école publique au nom de l’inclusion sociale dont elle se réclame?
L’école publique a-t-elle quelque chose à apprendre de l’école alternative pour apporter les correctifs nécessaires?
Ces questions furent traitées en plénière avec table ronde réunissant les panélistes Charles Caouette, co-fondateur de la première école alternative, l’école Jonathan, son fils Olivier Bégin-Caouette, ancien élève de l'école Jonathan et chercheur doctoral au CIRST-UQAM, Alec Larose de la FSE-CSQ et auteur de l’étude Les projets particuliers à l’école publique en contexte de concurrence scolaire : un état des lieux et enfin Stéphane Vigneault, initiateur du mouvement L’école ensemble.
Ci-dessous, le compte-rendu rédigé par Philippe Savard. (avec l'aimable autorisation de l'auteur).
Et l’après-midi reprit les choses en détail dans les focus groupes à travers le prisme de la dimension inclusive selon les indications données aux participants dans le document suivant :
“Dans la continuité de la table ronde du matin, nous nous demanderons dans quelle mesure nos écoles se font inclusives en ce qui concerne particulièrement le recrutement et l’accueil. Quelles sont nos pratiques et réalisations qui soutiennent ce processus inclusif visant à s’ouvrir à la diversité ? Quels sont les limitations, les obstacles, les difficultés rencontrés ? Ces questions concernent tous les participants à la vie scolaire : enseignants, service de garde, directions, parents, élèves, acteurs de la communauté, responsables institutionnels, etc., car tous ont un rôle à jouer pour que l’éducation soit l’affaire de tous au profit de tous.”
Avec l'accord signé de tous les participants, conformément au certificat éthique, nous avons pu enregistrer les échanges des 6 focus groupes de 8 à 10 participants qui se sont formés.
Ci-dessous, la présentation du professeur Olivier Bégin-Caouette (avec l'aimable autorisation de l'auteur)