Après avoir traversé Bandar-e Anzali, nous décidons à la faveur de la plaine côtière de Rasht de faire une petite excursion sur les routes de campagne de l’arrière-pays afin de quitter la circulation abrutissante de la route littorale. Alors que notre imaginaire associe l’Iran à un pays uniquement désertique, il fut impressionnant de noter les ressemblances des campagnes locales avec celles de certaines parties du pays d’auge normand, dès lors que l’on remplace les champs de blé par des champs de riz. Le paysage est typiquement bocager et des petites rivières sillonnent le territoire parsemé de-ci de-là de petits hameaux, dont la route principale est occupée en général par les aïeuls trompant l’ennui en discutant et buvant du thé. Cette incursion a par contre pour inconvénient de nous faire ralentir drastiquement notre progression, mais qu’importe, nous nous lèverons plus tôt le lendemain, et rattraperons notre retard, les possibilités de faire des détours se restreignant.
Nous passerons finalement Dursar, où nous prendrons une chambre d’hôtel afin de nous reposer un peu, malgré la proposition insistante d’un sympathique monsieur de nous héberger dans sa maison de campagne, mais sans électricité. Pierrot, à qui le confort électrique manque parfois cruellement pour pourvoir recharger sa panoplie de voyageur 2.0, mis immédiatement son veto à cette aimable invitation. Tant pis ! A la fin de journée suivante, les montagnes se jettent à nouveau directement dans la mer, la route littorale est donc l’unique option afin d’avancer parallèlement à la mer. Cette bande de terre en concentre donc d’autant les habitations. Nous aurons donc toutes les peines du monde à trouver un emplacement fût-t-il à la limite de l’acceptable. La nuit est déjà tombée, la circulation importante, aucune pause urbanistique ne se rencontre, les bâtiments résidentiels et commerciaux s’enchaînent sans discontinuer. Une route, enfin s’ouvre sur notre droite (unique possibilité, vu qu’à gauche, il y a la mer et son cortège de plage privatisées plus ou moins légalement). Nous tournerons donc dans un quartier résidentiel, et finirons par demander de l’aide à un homme sortant de chez lui. Celui-ci nous invite aimablement à prendre le thé et, passant plusieurs coups de téléphone, nous trouve une solution assez étonnante, à 1500 m de chez lui. Ne comprenant pas tout ce qu’il nous explique, celui-ci nous accompagne jusqu’à l’emplacement convoité. Surprise, il s’agit ni plus ni moins que du parvis de la mosquée du village, dont l’imam nous accueillera avec un grand sourire ! Il va sans dire qu’une partie de la population du village vient assister à notre installation pendant la soirée. Nos tentes seront donc attenantes au mur de la mosquée, sous les haut-parleurs destinés à diffuser l’appel à la prière (« Azan »). Le propriétaire du petit commerce situé face à la mosquée nous propose immédiatement de conserver nos vélos pour la nuit et nous invite à prendre un thé supplémentaire (on ne les compte plus !). Devant nos essais laborieux à prononcer quelques phrases en farsi, celui-ci nous confie un dictionnaire anglais-farsi pour la nuit ! Finalement, revenus à nos tentes et sur le point de nous faire à manger, l’imam revient avec un plateau contenant des fruits et un repas de riz et légumes ! Adorable !
Le lendemain, les oreilles situées à quelques mètres des haut parleurs, l’azan nous réveille subitement à 5h. Nous entendons les gens venir à la mosquée à travers la toile de nos tentes, probablement un peu surpris de nous trouver à cet endroit, mais nous n’osons trop sortir. Nous attendrons que le calme revienne pour sortir de nos tanières.
Nous reprenons la route en quittant le petit commerçant, après, il va sans dire, quelques thés. Les enfants du village sont cette fois-ci de la partie et nous faisons une petite photo de groupe. Le petit commerçant a sur eux cette influence paternelle mêlant autorité et bienveillance tout à fait particulière d’un instituteur.
La route jusqu’à Chaloos se poursuit tout d’abord sous des nuages menaçants, puis un véritable déluge s’abat sur nous, après la pause de midi. Nous n’avons plus un poil sec, mais le vent nous est favorable et c’est pourtant à la nuit tombée que nous parviendrons à cette cité balnéaire réputée des habitants de Téhéran. En effet, la route franchissant les monts Elbourz (et non Elbruz, sommet de la chaîne caucasienne) depuis Téhéran aboutit directement ici. Nous trouvons rapidement une chambre chez l’habitant que nous transformerons en sauna en faisant sécher toutes nos affaires. La cité ne semble néanmoins pas présenter un intérêt extraordinaire, et se compose, comme de nombreuses villes de la cote, de grands immeubles résidentiels peu charmants, impression renforcée par la fade lumière de la soirée.
Nous discuterons quelque temps avec un marchand de légumes, vétéran de la guerre Iran-Irak, nous comptant les ravages inutiles de celle-ci dans la population et dans sa propre famille.