Notre premier jour de la semaine ne fut pas mirobolant, les orages et les pluies incessantes nous firent rester une bonne partie de la journée à l’hôtel. A 19h, mon ventre commence à gargouiller, j’ai faim !
Il est temps d’aller se restaurer, mais avant de se délecter d’une petite pita brochette, nous passons par la case pub! Nous nous arrêtâmes devant un bar allemand, un peu trop clinquant pour Thib, pour moi cela fera bien l’affaire! Nous refaisons le monde, jusqu’au moment où la douloureuse arrive. Mon ministre des finances d’un air placide me regarde et décide de ne plus me parler en drahms (la monnaie arménienne) mais en nuits d’hôtels et j’avoue que le prix d’une nuit d’hôtel passée dans les bières m’a nettement refroidi …
Le jour suivant, la Fourmi me réveille tel un lieutenant dans une caserne (et par chance il ne possède pas de clairon, ni les couleurs de notre magnifique patrie). La mission de notre matinée consiste à nous rendre à l’ambassade d’Inde afin de préparer les visas. Nous chevauchons nos destriers délestés de leurs bagages, Thibaud toujours en tête comme s’il était constamment sous perfusion d’EPO. Arrivés à 8h30 pétantes devant l’ambassade, la personne de la sécurité nous dit de repasser vers 10h car le service des visas n’ouvre pas avant. Pas de problèmes, nous profiterons de ce temps-là pour chercher la pièce manquante à notre dossier, une photo… Une fois toutes les pièces en main et de retour à l’ambassade, la personne de l’accueil nous fait gentiment comprendre que nous ne pourrons pas disposer d’un visa de 6 mois, car nous ne sommes pas des résidents arméniens, elle nous dirige vers un visa électronique valable 2 mois. Nous rentrons à notre cahute, nos plans légèrement modifiés, mais ce n’est pas bien graves, les imprévus sont souvent à la clef de belles choses…
Une fois à l’hôtel, nous mangeons et finissons de préparer nos bagages, il est déjà 16h et le soleil se couche à 18h30 ! Nous reprenons la route, jusqu’à Artashat à 40 kms au sud de Yerevan ou nous réussissons à trouver un endroit pour planter notre tente tout juste avant la tombée de la nuit. C’est drôle mais la route nous manquait, pourtant nous avions de l’eau chaude et un toit. Mercredi, le réveil se fit sous la pluie, et comme dit le dicton « la patience mène à bien, la précipitation à rien », je mis 45 minutes pour sortir de la tente une fois l’averse ayant prit fin ! Dehors un beau rayon de soleil fit sécher nos tentes en 30 minutes, le temps de prendre le petit déjeuner et ce matin-là ce fut huile d’olive, pain, tomate avec un petit thé bien sûr ! La pluie nous ayant retardé nous pliâmes nos tentes rapidement et je vis lors du rangement de la tente de mon compère, un bel excrément que celui-ci n avait point vu ! La nuit tous les chats sont gris, sa myopie lui avait encore joué un tour… Une fois sur nos vélos, nous prenons le cap de la ville d’Ararat, avec sur notre droite la frontière Turque, ainsi que le majestueux mont du même nom qui culmine à 5165mètres ! Pour la légende, l’arche de Noé se serait échouée dessus après le déluge.
La ville d’Ararat n’est pas très jolie et nous passons sans mettre le pied à terre. Le temps s’améliore d’heure en heure et un léger petit vent de dos nous permet de maintenir une vitesse de 30 km/h pour nous rendre à Dvin. Cette ancienne capitale arménienne fut ravagée par des tremblements de terres ainsi que diverses invasions. Les ruines que nous découvrons nous laisse imaginer l’ampleur de cette citée engloutie par le temps.
Nous reprenons notre chemin en direction de Vedi. Il est 16 h et mon ventre me rappelle que c’est l’heure du 4 heure ! Je commence à lorgner sur les vignes qui m’entourent, lorsqu’une petite mamie me fait signe de m’arrêter. J’ai tout de suite compris ce que voulaient dire ses petits yeux en amandes ! « Tiens mon p’tit gars, mange et savoure ! ». De mémoire de glouton, je ne me souviens pas avoir mangé de raisin aussi bon :-). Thib et moi sommes repartis les sacoches débordantes de raisin noir et blanc, heureux et rassasiés ! Une fois arrivés dans la petite ville de Vedi, nous faisons le plein de nourriture et d’eau, puis nous choisissons de prendre la direction de Garni à travers les montagnes désertiques via une piste afin de ne pas repasser par la capitale et surtout d’éviter le trafic routier !
Au milieu des montagnes nous fîmes la rencontre de trois compères à l’apéro au milieu de nulle part ! Ils nous firent arrêter en pleine montée et ce fut le début de la fin… 1 vodka, 2 vodkas, 3 vodkas, 4 vodkas et une bière ! Mais que faisaient-ils au milieu de cet endroit totalement désertique là où le téléphone ne passe pas ? Ils devaient certainement se cacher de leurs bobonnes respectives… Après des « au revoir » chaleureux, ils repartirent, totalement éméchés et nous, guère mieux !
Ce soir-là, nous trouvâmes notre plus beau bivouac. La pleine lune nous permit d’admirer les chaînes de montagnes à perte de vue mais le plus spectaculaire fut le silence ! Nous étions seuls à des kilomètres à la ronde et le vent était aux abonnés absents. Ce moment restera gravé dans ma mémoire.
La matinée suivante le soleil rayonna tellement fort qu’il transforma ma tente en étuve! Hum, il est temps de sortir ! Le rituel peut alors commencer doucement. Thibaud, toujours le premier levé, fait chauffer l’eau pendant que je m’étire tel un chat après sa sieste. Au petit déjeuner, mon compère dévore son pain de 2 livres avec du miel pendant que je confectionne avec soin mes tartines à la tomate, ail, oignon et huile d’olive. Une fois que nous sommes rassasiés, nous nous octroyons du temps pour jouer à la guitare ou bien lire. Pendant ces moments-là nous oublions le temps, Thib écarte sa montre de son regard et pour ma part j’ai laissé la mienne au placard ! Nos activités terminées, les tentes pliées, nous reprenons la piste en direction de Garni.
Une fois de plus la route qui était indiquée sur la carte n’existe plus ! Nous cherchons un moyen pour tant bien que mal traverser ces montagnes mais les locaux sont formels, cela ne sera pas possible ! Un couple d’arméniens nous explique qu’il y a une possibilité, pas très loin de Dvin (la vieille citée en ruine), cette route-ci n’existe par contre pas sur notre atlas, ils nous expliquent donc la direction à prendre et nous offrent au passage 1 kilo de pêche chacun ! Je décide d’en manger la moitié, histoire de me donner du courage pour les prochains dénivelés mais aussi pour alléger mes sacoches. Nous retournons légèrement sur nos pas, un routier nous aide et nous met sur la bonne voie. Les itinéraires sont parfois compliqués car tous les panneaux sont en arméniens et ils sont peu fréquents voire inexistants, mais grâce aux Arméniens et à notre bonne vieille carte de l’armée soviétique que notre ami Christo nous a imprimée, nous trouvons toujours un chemin ! Après une cinquantaine de kilomètres nous trouvons un superbe emplacement à côté d’un cimetière.
Le paysage est superbe et, cerise sur le gâteau, nous disposons d’une fontaine. Nous profitons de ce luxe pour nettoyer la vaisselle convenablement mais surtout pour une toilette intégrale même si l’eau ne fait pas 10 degrés…
Le jour souvent, nous reprenons notre route, dans une vallée près du réservoir d’Azat via une piste, car la route a subi un éboulement et a terminé sa course 50 mètres plus bas.
Nous quittons les champs d’abricotiers et nous commençons l’ascension sous un magnifique soleil. Une fois arrivé sur Garni, Thibaud décide de faire le plein d’essence pour notre réchaud, le pompiste commence à me parler et insiste pour que nous prenions un café dans sa petite cahute ! Je sens le guet-apens via son haleine qui porte plus sur l’éthanol que sur le jus d’orange, mais il ne me lâche pas, alors bon ! « Ok pour un café, mais juste un café! ». Nous prenons place dans ses quartiers, nous bavardons pendant qu’il prépare le café, lorsque, soudain, il nous sort une bouteille de soda avec un liquide translucide, je n’ai pas le temps de dire « Ouf », que mon verre est déjà devant moi ! Hum, il est difficile de refuser quand le verre est servi. Nous prîmes notre verre cul sec, et la baffe qui suivit fut mémorable ! Cette vodka artisanale était aussi forte que de l’absinthe. Il voulut réitérer et vit mon regard changer. Quand je dis non c’est non ! Il comprit rapidement qu’il fallait passer au café! Une fois notre café turque fini, nous reprîmes aussitôt la route pour nous diriger vers le temple de Garni. Ce temple dont l’entrée était onéreuse fut un attrape-touristes, nous nous sentîmes tels deux gros pigeons posés sur une branche le jour de l’ouverture de la chasse !
Le lendemain, la route vers Geghard fut de toute beauté. L’entrée dans la réserve de Khosrov avec ses forêts ainsi que ses gorges immenses nous laissa sans voie !
La route prit fin sur le monastère Geghard. Ce monastère classé patrimoine mondiale de l’UNESCO, détruit par différents tremblements de terre, ainsi que diverses invasions fut rebâtit à plusieurs reprises ! On ne connaît pas la date exacte de la fondation, mais elle est estimée vers le 4ᵉ siècle. Cet endroit fut une belle surprise autant pour son paysage, que pour ce très bel édifice rénové dans les règles de l’art.
Le temps passe vite et la nuit n’attend pas, après quelques heures passées au monastère nous reprenons la route pour retourner à Yerevan . La route est belle et sinueuse Thibaud me fait une petite farce en me disant : « T’inquiète, mon Pierrot, on aura juste une petite côte ». Nous commençons l’ascension de pentes à 10 % et après quelques centaines de mètres de dénivelés et un bon litre de sueur, nous finissons par atteindre la capitale. Celle-ci étant totalement saturée par les embouteillages, nous sommes obligés de passer de manière un peu cavalière entre les voitures. Quel bonheur de se faufiler quand les autres sont à l’arrêt… De retour à l’hôtel Sakharov, une bonne nouvelle arrive via nos boites mails. Nos lettres d’invitations pour les visas iraniens que nous attendions depuis 15 jours sont arrivées, il ne nous reste plus que les formalités. Nous nous mettons à rêver de ce monde que nous connaissons pas devant une petite bière bien méritée.