Pour les Chercheurs de la Vérité,
sans connaissance préalable requise.
L’antoinisme est un culte né en Belgique au début du XXᵉ siècle, autour de Louis Antoine (1846-1912), ouvrier devenu pour ses fidèles « le Père ». Son enseignement est rassemblé dans La Révélation et Le Développement de l’Enseignement. Dans les temples, il n’y a ni prêtre ni sermon : un desservant ou une desservante lit à voix haute un chapitre de la Révélation, puis chacun est libre de le méditer.
Cette page s’appuie sur trois textes :
« Le Couronnement », qui clôt La Révélation (pp. XV-XVII) ;
« L’Arbre de la Science de la Vue du Bien », dernier chapitre de La Révélation (pp. 183-195) ;
« La solidarité peut-elle entraîner la responsabilité ? », chapitre du Développement de l’Enseignement (pp. 133-146).
Elle présente l’enseignement tel qu’il se dit lui-même, sans chercher à le défendre ni à le contester. Le chapitre de l’« Arbre » présente d’ailleurs « Le Couronnement » comme la véritable lumière, celle qui instruit de tout ce qui est indispensable. C’est par lui que nous commençons.
(Le Couronnement)
Dans l’enseignement, Adam et Ève ne désignent pas d’abord un homme et une femme : deux « individualités » présentes en chaque être humain. Adam est le « moi conscient », la part réelle de nous. Ève est le « moi intelligent », la part apparente, liée à l’incarnation et à la matière, que le texte appelle notre imperfection.
Un regard singulier pour son époque. Cette lecture rompt avec l’interprétation courante du récit de la Genèse, où Ève est la femme tentatrice et Adam l’homme tenté. Ici, le récit ne parle plus de deux sexes mais d’un dédoublement intérieur, commun à tous. Il y a là une intuition qui, au début du XXᵉ siècle, allait à contre-courant des représentations dominantes. L’idée d’un être humain partagé entre plusieurs instances intérieures rappelle d’ailleurs, de loin, les recherches que Sigmund Freud menait à la même époque sur la division de la vie psychique. Les concepts diffèrent : le « moi conscient » antoiniste est une faculté morale et spirituelle, non l’inconscient freudien. Mais le parallèle montre à quel point cette façon de penser l’intériorité était novatrice.
Le texte en tire une conséquence : « Tout ce qui existe en réalité n’a pas de sexe. » Le sexe apparaît quand Adam « va à Ève », c’est-à-dire quand l’être se tourne vers l’intelligence et la matière. Il appartient donc à l’apparence, et non à ce que nous sommes réellement.
On peut en déduire que, dans cette perspective, aucun sexe n’est supérieur à l’autre ni plus proche de Dieu : homme ou femme, chacun porte les deux « moi » et a le même chemin à parcourir. Le texte ne formule pas cette égalité en ces termes, elle en découle.
(Le Couronnement)
Pour l’intelligence, nous ne comprenons les choses que par leur opposé : le haut par le bas, la santé par la maladie. Le bien et le mal fonctionnent de la même façon : ce sont des « termes de comparaison », créés par l’intelligence, et ni l’un ni l’autre n’existe réellement. Ce qui est un bien pour l’un peut être un mal pour l’autre.
De là une consigne simple, à savoir ne pas s’efforcer de « faire le bien », car le vouloir le dénature, mais résister à la pensée qui nous fait dévier, et chercher à voir le bien en tout. Toute souffrance est alors une épreuve d’autant plus profitable que nous en cherchons la cause en nous-mêmes, et non chez notre prochain. Le texte conclut :
« Voyons le bien en tout et nous résoudrons le problème de l’existence. »
(L’Arbre de la Science de la Vue du Bien)
Pour l’enseignement, le récit d’Adam n’est pas seulement une histoire ancienne : il décrit ce que nous continuons de faire, voir le mal dans le bien et le bien dans le mal. Cette « vue du mal » nous éloigne de la réalité, que l’enseignement appelle Dieu.
(L’Arbre)
C’est l’idée la plus déroutante, et la plus centrale. L’épreuve n’est pas une punition. Selon le texte, c’est Dieu qui cherche à « s’établir » en nous et qui doit, pour cela, défaire ce que nous avons construit en dehors de la réalité. Ce travail nous fait souffrir parce que notre imperfection s’y oppose. D’où la maxime : « Sans épreuve, point d’avancement. »
Cela éclaire une autre phrase familière : « aimez vos ennemis ». Ce qui nous heurte chez l’autre serait ce qu’il y a de réel et de divin en lui.
(L’Arbre)
Le passage distingue deux facultés :
L’intelligence, liée au cerveau et aux cinq sens, nous sert pour la vie matérielle : comprendre, comparer, découvrir. Elle est indispensable, mais elle ne voit que la matière et ne peut donc pas atteindre le spirituel. C’est pourquoi, selon le texte, la science seule ne peut pas « trouver Dieu ».
La conscience est la faculté morale. Elle perçoit le bien, surtout chez autrui.
Le texte ne demande pas de rejeter l’intelligence. Elle a eu son utilité : en nous faisant connaître le mal, elle nous apprend à apprécier le bien, comme la maladie fait apprécier la santé ou l’obscurité la lumière. Mais elle doit maintenant « abdiquer en faveur de la conscience ».
(L’Arbre)
Si nous voyons du mal chez les autres, c’est, d’après l’enseignement, que nous le portons nous-mêmes : le mal que l’on perçoit mesure celui que l’on possède, « semblable à un manomètre ». Or, quand nous en voyons chez quelqu’un, nous voudrions qu’il change et qu’il fasse le bien à notre convenance. C’est là que naît l’envie de lui faire la morale. Mais cette démarche cherche chez l’autre la cause de ce qui nous froisse, alors qu’elle est en nous : en nous croyant plus élevés que celui qui nous écoute, nous montrons plutôt le contraire. La morale ne s’enseigne donc pas par la parole mais par l’exemple, en s’exerçant à ne voir le mal en rien.
Cela vaut aussi pour la devise du culte, l’arbre de la science de la vue du mal. Elle n’affiche pas une prétention à valoir mieux que les autres : elle invite à reconnaître avec sincérité le mal qui est en nous.
(Le Développement de l’Enseignement)
Le mot « solidarité » revient souvent dans l’enseignement, et il ne signifie pas ce qu’on croit. Dans ce chapitre, un fidèle demande au Père comment concilier solidarité et justice : si nous étions responsables les uns des autres, ce ne serait pas équitable.
La réponse commence par corriger ce point de départ : comprendre la solidarité comme une responsabilité mutuelle, c’est l’interpréter « intellectuellement ». L’enseignement dit qu’on ne le comprend vraiment que par la pratique.
Selon lui, la solidarité est le principe qui fait que les êtres incarnés ont besoin les uns des autres pour progresser. Nous ne pouvons nous améliorer que par l’épreuve, et pour cela le contact de notre semblable est indispensable : les êtres sont là pour « se réformer les uns par les autres ». Chacun est, pour l’autre, l’instrument de son progrès.
La responsabilité au sens courant, celle qui fait la culpabilité, n’a alors plus de raison d’être, puisque l’enseignement repose sur la non-existence du mal. Chacun n’a à répondre que de lui-même et à agir selon son naturel, sans prétendre montrer ce qu’il n’est pas.
Ce point prolonge ce que nous avons vu sur la « vue du mal ». Quand quelqu’un nous blesse, l’enseignement nous propose de regarder la situation autrement : notre souffrance vient moins de l’acte de l’autre que de la façon dont nous le percevons. Comme le dit le Père : « Ce n’est pas le monde qui change, c’est nous qui changeons » (La Révélation, « Être ou paraître », p. 64). Cette personne nous donne l’occasion de progresser, et c’est pourquoi le texte la dit plutôt digne de reconnaissance que de rancune. Voilà ce que veut dire ici la solidarité : non pas une charge qui pèse sur nous, mais le fait que chacun aide l’autre à avancer, souvent sans le savoir.
(L’Arbre)
Louis Antoine dit n’apporter aucune morale nouvelle et ne rien venir détruire, mais accomplir l’œuvre commencée par ses devanciers. Pour lui, toute révélation émane de la même source : « les mots ni les phrases n’y sont rien », seule compte la morale qui en découle, l’amour. Il rappelle un principe commun aux enseignements du passé : celui qui veut être le plus grand doit se faire le serviteur des autres.
Lire les textes complets dans La Révélation et Le Développement de l’Enseignement.
Assister à une lecture dans un temple, ouverte à tous et sans engagement.
Photo de presse du Daily Mirror du 14 décembre 1910 : An "adept" comforting a child at the church door. (Une « adepte » réconfortant une enfant à l'entrée du temple de Jemeppe).