Adresse : 2, rue de Tavier (coin rue de la Colline, au bout de la rue du Pairay) - 4100 Seraing
Style : Art Nouveau, Néo-Roman
Panneau : LECTURE DE L'ENSEIGNEMENT DU PÈRE
tous les dimanches à 10 heures
et les 4 premiers jours de la
semaine à 19 heures
OPERATION GENERALE
les mardis, jeudis de la
semaine à 10 heures
Tout le monde est reçu
gratuitement
Temple sans photo au sercice réduit (Lecture dimanche à 10 heures ; Recueillement le mardi à 10 heures)
Date de consécration (par Mère) : le 10 octobre 1915
Anecdote : la Belle Pierre se trouvait aux coins des rues Colline et Tavier avant le Temple et n'a rien à voir avec le Temple, celle-ci symbolise le travail des mineurs. Voir le Temple sous la neige, sur le site http://antoinisme-documentation.skynetblogs.be/post/6606417/seraing-le-temple-antoiniste
En 1930, il y avait une demi-douzaine d'adeptes costumés fréquentant le temple (Pierre Debouxhtay, p.288)
Un article de la ville de Seraing indique qu'une colombe surmontait autrefois le clocheton du temple. Les antoinistes les mieux renseignés n'ont pas de souvenir de cette colombe girouette.
On ne peut pas quitter le site sans regarder l'étrange chapelle au clocher modeste qui se trouve derrière elle. Il s'agit du temple antoiniste de Seraing érigé en 1915 dans ce quartier ouvrier. Antoine, dit le guérisseur (Mons-Crotteux, 1876 – Jemeppe, 1912), d'abord catholique puis inspiré par le spiritisme, est à l'origine d'une sorte de religion superstitieuse qui s'implantera surtout dans les villages ouvriers de la région, puis le long du sillon industriel wallon, et à travers la France. On compte plus de 30 temples antoinistes en Belgique. Ils expriment, à leur manière la mentalité d'hommes frustres qui peinaient leur vie durant au fil d'un labeur éreintant.
Brochure : seraing.be
SERAING
UNE EXPULSION. – Il y a un mois que le concierge du temple antoiniste a été expulse. Huissier et policiers étaient de la partie.
Aucune habitation n'étant disponible, le concierge expulsé a dû se réfugier avec sa famille dans un wagon, rue de la Forêt.
A la vérité, des antoinistes lui ont offert une maisonnette de briquetiers dans un petit patelin à 10 km. de Barvaux. Mais l'ex-concierge, qui est architecte de son métier, n'y trouverait rien à faire.
Son expulsion a produit un joli pétard dans le landerneau antoiniste. Il paraît que c'est la Mère qui l'a désigné pour le sacrifice. Elle n'a tenu aucun compte du fait que, depuis trente ans le concierge se dévouait pour la nouvelle religion et qu'il est l'auteur du portrait du Père qui est placé sur les tribunes dans tous les temples.
Que doit se dire le père Antoine s'il rôde encore par ici, car, pour être désincarné, il n'en continue pas moins à s'occuper de ce que fait sa femme !
La Wallonie, 9 août 1928 (source : Belgicapress)
L'article ne donne pas plus d'explication quant au motif de Mère. Il semblerait que François Tinlot continuait a pratiquer le spiritisme expérimental, ce que le Père avait abandonné. Mère aurait alors dit "si je ne le fais pas de mon vivant, personne ne l'expulsera."
Je connais des zautes qui ne vont pas à la messe et qui sont bien braves comme on le dit partout dans la rue. C'est vraie que c'est un peu des drolles : le dimanche ou même parfois un aute jour, ils s'habillent tout noir comme s'ils allaient à un enterrement et ils s'en vont comme pour aller faire des courses! Lui, il a mis un grand chapeau buse et ils montent la rue Boverie, je ne sais pas pour où aller. Ça fait, comme ça que je l'ai demandé à mon grand père qui sait bien tout ce que se passe puisqu'il est tout la journée assis sur sa chaise en paftant sur sa pipe, quand il ne pleut pas!
- Ça, m'fi, c'est des antoinisses.
- C'est quoi comme métier ?
Passe que j'ai déjà vu des gens tout noir habillé, mais jusse rien que des hommes. Ils montent sur les toits et vont ramoner ta cheminée pour pas qu'il y ait du feu dedans. Sinon, ce serait grave et ta maison brûlerait tout si tu ne les faisais pas venir chez toi. Je sais bien que mon père, il le fait parfois lui-même mais comme le disait un de ces hommes là, comme ce n'est pas un spécialisse, il risque d'oublier quelque chose.
Mon grand père, il ne me laisse pas tuser plus longtemps :
- C'est pas un métier. Les antoinisses, c'est des gens qui vont prier dans un temple pour faire du bien aux autres.
- Comme les protestans de la rue Ferrer ?
- Si tu veux, mais c'est pas la même religion.
Comme je vois l'affaire, j'aurais encore bien des tracas pour mettre de l'ordre dans ma tête pour comprendre qui na des autes religions que la bonne et que des gens y vont. Passe qu'il y a encore un autre temple rue Glacière que c'est même des Mormons et que nous zautes, on ne peut pas passer sur ce trottoir là quand tu vas dans cette rue passe que tu ne sais pas ce qui pourrait t'arriver si tu entrais chez eux. Sûr être damné pour le restant de tes jours.
Bon! Mais mon grand père, lui, il ramteye toujours sur les antoinisses.
- Voilà l'histoire du Père Antoine, qui me dit : Lui, c'était un ouvrier mineur. Il travaillait fort dur et quand il s'a marié, un peu après, il a eu un fils. Malheureusement, celui-ci est mort quand il avait vingt ans. Et Antoine a voulu e savoir plus sur ce qu'il était devenu et il est allé voir des spirites.
- Des spirites ?
- Oui, c'est des gens qui font revenir les esprits et tu peux même leur parler !
- Et toi, t'as déjà été voir des spirites ?
- Mi ? Nenni !
- Pourquoi ?
- Laisse moi continuer. Comme il était devenu spirite aussi, il a commencé à rassembler des gens chez lui. Les ceusses qui étaient malades il mettait ses mains dessus et ils étaient guéris. Sa fait que, comme ça, sa maison devenait trop petite pour les recevoir tous. C'est alors que les docteurs se sont fâchés passe qu'ils n'avaient plus personne à soigner et on a même fait passer Antoine au tribunal. Il a été condamné et il ne pouvait plus rien faire. Mais c'était un tigneu et les gens venaient maintenant de partout, même de l'étranger. Avec tout l'argent qu'on lui a donnait, il a fait construire un grand temple à Jemeppe. Et tous les jours y avait de plus en plus de monde. Parfois même plus de mille. Antoine, qui s'avait habillé tout en noir écoutait ce que les gens lui racontaient sur leur maladie et leurs emmerdements. Puis, il disait quelques mots et il te regardait comme s'il allait passer au travers de ton corps. Il te donnait aussi des papiers que tu devais mettre dans de l'eau. Elle devenait miraculeuse et t'était guéri. Puis il disait qu'il fallait être bon et toujours honnête.
Comme il y en avait de plus en plus qui le suivaient, il les a nommé ses disciples et il leur a dit d'aller prêcher partout et qu'ils devaient soulager le maladies et les drolles de pensées.
Maintenant, t'as des temples antoinisses comme au coin de la rue Tavier, dans d'autres villes et même à Paris ! Chaque année aussi, tous les antoinisses se réunissent aux Quabre-Bras et ils se voient tous pour que les autes deviennent meilleurs.
- Et lui, qu'esse qu'il est devenu ?
- Il est mort maintenant, mais il a donné ses pouvoirs à sa femme et c'est elle, qui, maintenant, guérit les gens à Jemeppe.
- Pourquoi qu'on n'y va pas quand je suis malade ?
- Sans doute pour faire viquer les docteurs aussi, qu'il me répond en tournant sa chaise et en paftant encore plus sur sa pipe.
N'a pas à dire, mais les grandes personnes c'est quand même des drolles. Faudrait peut-être deux ou trois Pères Antoine de plus !
Paul BIRON & Louis CHALON, Tout a changé, Mononke, p.61
source : Google Books