Sur cette photo prise le 22 octobre 1907, on reconnaît Louis Antoine (au mouchoir) et son épouse Jeanne-Catherine quittant le Palais de Justice de Liège après son acquittement. À la gauche de Jeanne-Catherine se tient le frère du Père Antoine, Éloy-Joseph Antoine, alors âgé de 66 ans. À la droite du Père, la femme au col blanc est très probablement Zoée-Joséphine Mombret, épouse d’Éloy-Joseph Antoine et grand-mère maternelle du peintre liégeois Robert Crommelynck.
Origines familiales et lien avec le Père Antoine
Robert Crommelynck naît le 17 mars 1895 à Liège, dans une famille modeste marquée par l’héritage spirituel et ouvrier. Il est le fils de Napoléon Bernard Robert Crommelynck (1856-1935), ébéniste et artiste amateur, et de Marie Joséphine Antoine (1868-1938), petite-fille d’Éloy-Joseph Antoine (1841-????) frère de Louis Antoine, le Père. Par sa mère, il est donc le petit-neveu du fondateur de l’Antoinisme, un lien familial qui, bien que discret dans sa vie, resurgit dans ses écrits intimes.
Sa mère, Marie Joséphine Antoine, issue d’une famille de mineurs de Mons-lez-Liège, incarne la dureté de la vie ouvrière. Son portrait, peint par Crommelynck, révèle une femme au « caractère autoritaire et peu accommodant », marquée par des années de sacrifices. « Pôve mame ! », comme il l’appelait, symbolise pour lui la misère des corons et la résilience face à l’adversité. Ce contexte familial difficile, entre pauvreté et rigidité maternelle, influence profondément son œuvre et son engagement politique.
Robert Crommelynck, Gosse (non daté)
Une enfance dans la précarité et un art marqué par la mélancolie
Crommelynck grandit dans un environnement instable et modeste, entre Liège et Flémalle, où sa famille déménage souvent. Ses souvenirs d’enfance, qu’il décrit comme « une ambiance misérable », sont marqués par « la gêne, l’incommodité, la propreté approximative » et « la misère », sa « compagne trop fidèle ».
Son art, souvent comparé à un « Courbet estompé et nuancé », reflète cette austérité. Ses toiles, aux gammes assourdies et aux compositions dépouillées, expriment une profonde crise morale, peut-être nourrie par les épreuves de sa jeunesse. Bien qu’il se défende de tout sentiment religieux, une influence indirecte de son grand-oncle, le Père Antoine, transparaît dans ses carnets. Après l’incendie de son atelier en 1946, il écrit :
« Mon désespoir fut profond. J’appelai à moi tous les secours que je pus. Seuls ceux qui n’avaient nulle matérialité me joignirent : le Père Antoine que je suppliais de m’aider, quand, couché à même un plancher étrange, je sentais tout le poids de la nuit et de ma solitude m’écraser. »
Ce passage révèle une connexion spirituelle tardive et inattendue avec l’héritage antoiniste. Pourtant, toute sa vie, il a affirmé ses convictions communistes et cultivé une haine viscérale des exploiteurs, en mémoire des souffrances endurées par sa mère dans les corons liégeois. Une sensibilité sociale qui rappelle celle d’autres Liégeois, comme Berthe et Fernand Vandaul, dont l’histoire avec le peintre Edgard D’Hont est racontée ici.