Malgré la volonté du Père qui voulait éviter toute forme de dévotion à son égard, l'intelligence toujours à l'œuvre ne put s'empêcher de voir apparaître dans l'antoinisme certaines formes de religion. Presque tous les sens matériels ont donc pu assouvir leur pouvoir :
- La vue : avec la vente de photocarte du Père et de la Mère, puis leur présence grand format dans les cabinets et à la tribune du temple,
- L'ouïe : avec des chants entonnés à certaines occasions.
- Le toucher : caresser la photo de Père ou les médailles, ou même les photos dans les temples.
- Le goût : avec la fameuse fontaine dans le Temple de Jemeppe.
Seul l'odorat n'a pas encore trouvé d'expressions superstitieuses.
Pourtant le Père le précise dans la Révélation : Aussi longtemps que nous nous attachons au prophète plutôt qu'à ce qu'il nous a révélé, notre amour ne pourrait être réel, nous aimerons ceux qui partagent nos idées et nous n'aimerons pas les autres, nous sèmerons la division. Cependant aucun n’a le droit de blâmer personne puisque si arriérés que nous soyons, nous croyons tous être dans la vérité. (La Révélation, La foi comparée à la croyance, Unitif 2 Série A).
Et rappelons également le premier principe :
DIEU PARLE
PREMIER PRINCIPE
Si vous m'aimez,
Vous ne l'enseignerez à personne,
Puisque vous savez que je ne réside
Qu'au sein de l'homme.
Vous ne pouvez témoigner qu'il existe
Une suprême bonté
Alors que du prochain vous m'isolez.
(interprétation par Frère A. Smet : chaque homme doit chercher Dieu dans son cœur et l'y découvrir)
Mère, sentant que la pensée des adeptes et des affligés s’appuyait plus sur le guérisseur du Temple que sur le Père, fit placer dans tous les Temples, vers 1925-1926, l’image du Père Antoine au milieu de la tribune, à la place de l’emblème qui fut déporté sur la gauche.
Elle fit placer également cette image dans les cabinets de consultation. Cette image, dessinée par le frère Tinlot, portait la mention suivante : Le Père Antoine, le grand guérisseur de l’Humanité pour celui qui a la foi.
C’est à cette époque également que l’on commence à se recueillir debout devant l’image du Père, en rentrant dans le Temple, alors qu’auparavant on s’asseyait dès qu’on rentrait dans un Temple.
Temple of the Antoinistes, Liège: the priest faces a portrait of Father Antoine, entreating him to help heal a sick follower. Photograph by Kurt Lubinski, 1920/1940.
Temple of the Antoinistes, Liège, Belgium - healing in a cell. The prayer in which the priest entreats the spirit of Father Antoine to help in the healing of a sick follower is said. The priest, who is now in a trance, begs the spirit of Father Antoine to enlighten him about the illness from which the believer suffers. An enormous portrait of the so-called 'Great Healer of Mankind' who passed on in 1912, hangs on the wall of this consulting room [...] Photographer's printed stamp on verso. Lettering giving information attached to photograph.
Cantique antoiniste : La Paix au tombeau ou Le Père Antoine
A l'origine, peu après la désincarnation du Père ANTOINE, les Antoinistes prirent l'habitude de faire, en pèlerinage, le trajet entre JEMEPPE et NANDRIN (dernière sortie du Père) en passant par la source dite "du Père ANTOINE"). Là, on chantait cette chanson. Ce pèlerinage ne fut jamais officiellement reconnu par le CULTE ANTOINISTE mais qui laissait faire. Cela allait même en contradiction avec les principes du Culte qui prône la simplicité. Je vous laisse juges :
LA PAIX DU TOMBEAU
1° Couplet
Fils de ce peuple où chacun peine,
Sans espérer quelque idéal,
Un pauvre enfant, l’âme sereine,
Se crut né pour guérir le mal,
De son berceau naquit l’idée,
D’unir les hommes d’un grand amour
Par qui la terre régénérée
Vivrait d’bonheur sans plus d’retour
Refrain
La paix du tombeau
Repose ton âme
Oh bon Père ANTOINE
A qui nous d’vons tant
De ceux dont la barque
Eurent besoin de ta rame
Reçois les regrets
Comme du pur encens.
2° Couplet
Aussi le Temple ou à tout l’monde
Le Père ouvrait large son cœur
Devint la source toujours féconde
De la santé et du bonheur
Il sut guérir la maladie
Ramener la paix dans les foyers
Son seul salaire était qu’on prie
Qu’on fît le bien, la charité.
3° Couplet
Partout son culte a comme un lierre
Jeté des bras, fait des heureux
Qui le connaît et le vénère
S’attache à lui comme à son dieu
Le sillon qui dans la pensée
Il sut creuser pacifiquement
Reste profond comme l’idée
Dont il poursuit l’avènement.
source : http://antoinisme.20six.fr/antoinisme/art/66123/
Pierre Debouxhtay précise les deux airs possibles : Le Premier amour ou Le Petit Ballon rouge (composition de Henri Mailfait qui daterait de 1912)
À écouter en cliquant sur ce lien et sur FaceBook (Temple Antoiniste de Retinne : Philosophie Spiritualiste).
Un autre chant antoiniste est en hommage à Mère Antoine.
Le chant est évoqué dans un article du magazine A-Z Hebdomadaire illustré.
Des cailloux furent emportés de la tombe de Louis Antoine pour être emmenés en relique.
Certains juifs religieux embrassent les rouleaux dans le me'il (le manteau de la Torah), parfois aussi les vêtements d'un rabbin vénérable. Dans la religion orthodoxe, il est aussi d'usage d'embrasser les icônes.
Des adeptes se souviennent que dans le temple de Liège Hors-Château, certains antoinistes, avant de s'asseoir, s'approchaient de la photo du Père et l'embrassaient de la main comme on le fait d'une icône. On voit également un adepte caresser un tableau du Père dans un épisode de Strip-Tease.
Déjà à sa mort, on avait pris des précautions : " Des lauriers disposés tout autour [du cercueil du Père] par ordre de grandeur, laissaient le corps bien en vue et formaient un fond de verdure d'où l'emblème du Culte, l'Arbre de la science de la vue du mal, se détachait nettement ; cette disposition avait été prise pour empêcher les visiteurs de toucher le corps par superstition. " (Pierre Debouxhtay, p.197).
Nul n'est prophète en son pays, dit-on, ce proverbe est vrai pour Antoine, car si les étrangers accourent en foules, les Jemeppiens ne semblent guère disposés à se déranger (remarque de l'Express, 2-7-1912). Il est vrai qu'en restant chez eux les habitants peuvent remplir leur escarcelle : devant les fenêtres ouvertes ou sur le pas des portes, de petits étalages sont dressés : on peut s'y procurer des souvenirs d'Antoine que presque tout le monde achète ; le long du chemin, des nuées de camelots vendent le portrait du Père.
Sur le cortège, il y avait plusieurs opérateurs de cinéma et de très nombreux photographes. "Sur le parcours, des fenêtres se louèrent cinq et dix francs." (La Meuse, 1-7-1912).
Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.200-01 et 203
Sans rien imposer, je donne simplement des renseignements, je pense qu'en ne respectant pas la pensée du costume antoiniste nous pourrions arriver à ne plus l'aimer, un changement que nous apportons de nous-mêmes vient de l'intelligence, celle-ci ne cesse de créer et le lendemain suggère encore une autre nouveauté et insensiblement nous ferons de nos bonnets des chapeaux et de nos robes amples à plis devant et à manches pagodes, des robes de ville, on le fait déjà, j'ai vu sur des robes antoinistes s'étaler de gros boutons, des chaînes en argent supportant le portrait du Père, etc. Si nous ne cessons cet état de chose nous en souffrirons, nous croyons servir l'oeuvre du Père et nous la dénaturons. Ne nous faisons pas d'illusion, les tailleuses et les modistes ont puisé en nous et nous on servies, nous étions sur place et nous devions copier Mère et nous en l'avons pas fait, aussi, mes soeurs, disons-nous bien franchement : tout coquetterie n'est pas abolie en nous et réparons les coins par ci, des plis par là.
L'Unitif, III, 3, p.12-13 (in Pierre Debouxhtay, p.244)
AVIS
Cette fontaine n'a d'autre destination que de désaltérer ceux qui viennent dans ce temple.
En faire un autre usage est un manque de foi qui porterait plutôt obstacle à la guérison.
Votre foi en l'opération du Père seule vous guérira.
Le Conseil
Si Antoine s'accommoda de la situation créée par le jugement, si le parquet se déclara satisfait du changement de méthode, il n'en alla pas de même du public. Le populaire aime à donner aux pouvoirs invisibles une expression concrète, matérielle; il avait si bien pris l'habitude de recourir aux vertus curatives de l'eau qu'il continua de lui faire confiance, même après que le Guérisseur eut cessé d'insuffler son fluide dans cet élément. Lorsqu'Antoine fit placer un robinet pour permettre aux visiteurs de se désaltérer, ceux-ci s'empressèrent d'emporter l'eau du temple, à laquelle ils attribuaient des qualités que le thaumaturge ne voulait plus lui accorder. Ce robinet a toute une histoire qui nous est contée par l'Unitif (L'Unitif III, 3, p.9-10 (Article reproduit ci-dessous). Cfr L'Unitif I, II, 8)
Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme, p.102
La Fontaine du Temple de Jemeppe
Lorsque le Père fit placer une fontaine dans le Temple nous ne vîmes que l'effet, son intention charitable de désaltérer ses chers malades, mais nous nous dîmes aussi que cette fontaine avait sa place marquée dans le porche, plutôt que dans le Temple. Le Père n'agissait pas sans motif, cette fontaine est encore de l'Enseignement. L'installation de robinets d'eau alimentaire munis de tasses à peine achevée, qu'arriva-t-il? peu à peu bien des malades ses détournèrent de l'opération du Père et mirent leur foi dans l'eau de la fontaine, qu'ils burent non pas pour se désaltérer mais pour se guérir, ils en emportèrent, finalement ils obstruèrent le fond du Temple car ils venaient avec des bouteilles et des bidons de toutes espèces. Les adeptes prévinrent ces visiteurs de leur erreur, leur disant que cette eau ce possédait aucune vertu curative, qu'elle était l'eau alimentaire de la commune. Rien n'y fit, c'était une forme. Arrêter cette idée préconçue d'eau miraculeuse, rendue telle parce que le Père opérait dans ce lieu, était chose difficile. On fit part au Père de ce qui arrivé. Il laissa faire. Bientôt on annonça de toutes parts des guérisons extraordinaires attribuées à l'application de cette eau en compresses ou à son absorption. Ces personnes étaient convaincues que l'eau du Temple était miraculeuse et qu'elles guérissaient non par l'opération du Père, mais par ce qu'elles imaginaient être un remède, c'était à l'effet il est vrai. Le but était atteint, la foi matérielle dûment constatée et démontrée. Alors seulement le Père intervint. Il laissa la fontaine dans le Temple, signe de la crédulité humaine, et fit inscrire par le comité cet avis : "Cette fontaine n'a d'autre destination que de désaltérer ceux qui viennent dans le Temple. En faire un autre usage est un manque de foi qui porterait plutôt obstacle à la guérison. Votre foi en l'opération du Père seule vous guérira". Cette fontaine a sa place et sa raison d'être, tout dans ce Temple sacré démontre la rénovation, la foi réelle opposée à la foi apparente.
Située à Mons-crotteux, elle a forcément beaucoup changé depuis que la famille du Père n'y habite plus (elle appartient à Frère Delanaye, ancien voisin et famille du Père).
Des recueillements y était organisés lors des grandes occasions et une Lecture spéciale y fut faire avant sa rénovation en 1988.
Une plaque mentionne : "Afin de respecter la pensée de Père et Mère Antoine, nous vous demandons de ne rien déposer sur cette tombe."
Les ex-votos et autres plaques ont été enlevés. Une grande plaque portant les portraits de Père et de Mère a été retirée après deux incendies (volontaires ?) en août 1989 et juin 1990.
Des processions étaient organisées lors de la Fête du Père (25 juin), après la visite de ses appartements derrière le Temple de Jemeppe et avant un passage à la source au bois d'Esneux (Neupré), puis la Lecture au Temple de Nandrin (Quatre-Bras).
Cette source se trouve sur le territoire de la commune de Seraing, sur la route que le Père emprunta lors de sa dernière promenade en voiture , quelques semaines avant sa désincarnation. Elle se trouve sur le bord de la route allant de Jemeppe, via Seraing, en direction de Nandrin.
Le Père était déjà très malade et, sur le chemin, il se sentit mal, très fiévreux. On s'arrêta auprès de cette source qu'il connaissait pour avoir fait plusieurs fois ce chemin lorsqu'il travaillait pour son dernier patron et qu'il partait en courses pour celui-ci. On s'arrêta et on put lui rafraîchir le visage.
Une autre marque de dévotion peut être le nombre de biographies pour une seule vie d'homme.
Non seulement chaque livre sur l'antoinisme se fait un devoir de rappeler les faits marquants de sa vie (ainsi Jacques Cécius et parfois en la rapprochant de la vie de Mary Baker, qui fonda la Science Chrétienne, ainsi Régis Dericquebourg ou Anne-Cécile Bégot). Mais en plus, on lui compte pas moins de 5 biographies :
- la biographie officielle (publié d'abord dans l'Unitif, puis reprise en introduction de la Révélation, en 1910) ;
- la biographie de Pierre Debouxhtay, Antoine le Guérisseur et l'Antoinisme. Les Faits, d'après des Documents inédits (1934) ;
- la biographie (proche de l'hagiographie) de Robert Vivier, Délivrez-nous du mal, Antoine le guérisseur (1936) ;
- Louis Antoine et l’antoinisme. Données historiques rassemblées par le frère J. M. Boffy, document interne à l’antoinisme (1997-2003), et également d'autres plus anciennes et moins faciles d'accès ;
- Roland A E Collignon, Un homme est venu, La vie tourmentée de Louis Antoine (2009) (plus disponible).
- On peut aussi y inclure ce site qui évoque en détail tous les événements de la vie de Louis Antoine, illustré abondamment.
Encore une fois, rappelons ce passage de la Révélation, La foi comparée à la croyance :
"Aussi longtemps que nous nous attachons au prophète plutôt qu'à ce qu'il nous a révélé, notre amour ne pourrait être réel, nous aimerons ceux qui partagent nos idées et nous n'aimerons pas les autres, nous sèmerons la division. Cependant aucun n’a le droit de blâmer personne puisque si arriérés que nous soyons, nous croyons tous être dans la vérité."
C'est la raison pour laquelle l'antoinisme français conserve les photos dans les temples, pour permettre au personne qui le désire encore, d'avoir une figure pour progresser. Viendra le temps où ils pourront s'en passer. En Belgique, revenu au culte comme au temps du Père, l'Enseignement est pris à la lettre, et on considère que les photos ne doivent pas être nécessaires aux antoinistes.