Psychosie & Fraternisme
Au début du XXe siècle, dans le bassin minier du Nord de la France, un mouvement de guérison spirite voit le jour sous le nom d’Institut des Forces Psychosiques (ou Psychosie, Fraternisme). Influencé par l’exemple de Louis Antoine (1846-1912), le Père fondateur de l’antoinisme, ce cercle se développe à Sin-le-Noble, près de Douai. Antoine, ancien mineur belge devenu thaumaturge, soignait par imposition des mains et avait rompu avec le spiritisme traditionnel pour fonder un culte centré sur la foi et le fluide. Ses pratiques de guérison médiumnique marquent profondément les ouvriers de la région, confrontés à la mort et à la souffrance.
Jean Béziat (1877-1926), spirite, fonde vers 1910-1912 l’Institut à Sin-le-Noble. Il est rapidement rejoint par Paul Pillault (1854-1922), négociant de Douai, et Henri Lormier. Ensemble, ils reçoivent gratuitement jusqu’à 300 malades par jour, par imposition des mains et intermédiaire de l’au-delà. Des conférences d’initiation et des « Fraternelles » (cercles locaux) se multiplient en France et en Belgique. Le journal Le Fraterniste diffuse leur doctrine de fraternité et de forces psychosiques.
Après la guerre de 1914-1918, le mouvement se disperse. Béziat s’installe à Avignonet (Lauragais) et continue les guérisons et conférences, parfois avec le Dr Pierre Vachet, médecin qui étudie « la pensée qui guérit ». Pillault se tourne vers un « Déterminisme Divin » proche de l’antoinisme et publie Le Biéniste à Aubervilliers. Lormier assure la continuité du Fraterniste avec des maximes sur la bonté et la guérison de l’âme.
Dans le même milieu, des médiums-peintres comme Augustin Lesage (mineur, créateur d’un institut à Béthune), Fleury Joseph Crépin et Victor Simon pratiquent aussi la guérison et peignent sous inspiration. Tous s’inscrivent dans l’effervescence spirite du Nord, nourrie par l’exemple d’Antoine le Guérisseur, sans pourtant constituer un culte organisé comme l’antoinisme.
Ainsi, la Psychosie apparaît comme un fruit voisin et contemporain de l’antoinisme : même terre ouvrière, même recherche de guérison par le fluide et la foi, même héritage spirite, mais une voie plus souple, centrée sur les Instituts et les Fraternelles plutôt que sur des temples et un Enseignement codifié.
Auteur : Collectif, dont Jean Vilbas
Titre : Des Douaisien.nes en quête d'absolu (1880-1970) (p.92-98)
in Lesage, Simon, Crépin - Peintres, spirites & guérisseurs
Éditeur : LaM (Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut), Villeneuve-d'Ascq, 2019, 264 pages (19,2 cm × 26,0 cm × 2,1 cm)
Le catalogue est publié à l'occasion de l'exposition Simon, Lesage, Crépin : un jour tu seras peintre présentée au LaM du 5 octobre 2019 au 5 janvier 2020. Il propose au lecteur de partir à la découverte des oeuvres de trois peintres spirites originaires des Hauts-de-France : Augustin Lesage (1876-1954), Victor Simon (1903-1976) et Fleury Joseph Crépin (1875-1948). Mineur de fond, plombier-zingueur ou cafetier au moment où les voix leur commandent de peindre, ils vont sous la conduite de l'au-delà changer le cours de leur vie.
Ils ont en commun d'être tous les trois guérisseurs. Conçues comme des édifications spirituelles leurs peintures concentrent (associent) des influences et motifs d'origines chrétiennes, hindoues, islamiques ou bien encore inspirées par l'Egypte antique. A partir de ces oeuvres étranges et d'une grande qualité plastique le catalogue chemine à travers les sociétés spiritualistes, le bassin minier, les guerres mondiales, les expositions universelles avant de parcourir le Maroc, l'Algérie et L'Egypte où ces créations spirites ont rencontré un succès étonnant.
Leurs peintures seront collectionnées par André Breton, Jean Dubuffet qui les classa dans l'art brut ou Nicolas Schöffer, elles connaissent maintenant un rayonnement international.
cf. https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/nord-0/villeneuve-ascq/villeneuve-ascq-lam-expose-oeuvres-adeptes-du-spiritisme-appeles-voix-peinture-1740351.html
cf. https://www.musee-lam.fr/fr/lesage-simon-crepin
et la vidéo https://www.youtube.com/watch?v=fhDn36azo64&feature=youtu.be
Un chapitre notamment nous donne des indications intéressantes sur le foyer qu'à été la région pour la pratique et la philosophie du spiritisme (avec Théophile Bra, auteur de la statue de la grand'place de Lille) et du Fraternisme de Jean Béziat et Paul Pillault de Sin-le-Noble (à côté de Douai). Les dernières lignes sont consacrées à l'Antoinisme à Douai :
"Un dernier avatar du spiritisme, le culte antoiniste ne s'est implanté que tardivement à Douai, malgrès un indéniable succès dans le bassin minier wallon (1). Le mineur Louis Antoine (1846-1912) a fondé à Jemeppe-sur-Meuse, près de Liège, un groupe spirite dénommé Les Vignerons du Seigneur ; en 1906, il se proclame le Père, détenteur d'une nouvelle révélation qui complète celle du Christ (2). Une partie de son succès est due aux pouvoirs de thaumaturge que lui reconnaissent ses disciples. Secondé par son épouse Catherine Collon, dite la Mère, il ouvre en Belgique et en France de nombreux temples, où les souffrants sont reçus gratuitement par des adeptes costumés, et des salles de lecture où l'on étudie son enseignement. Le groupe douaisien se réunit dans l'arrière-salle d'un estaminet de la rue des Ferronniers, dans l'immédiat après-guerre. Il ne rassemblera qu'un nombre réduit d'adeptes et sera incapable d'ouvrir un temple dans la cité douaisienne.
(1) On y trouve encore une vingtaine de temples en activité.
(2) Le roman Délivrez-nous du mal : Antoine le guérisseur de Robert Vivier, publié pour la première fois en 1936, évoque la figure du père Antoine. Le sociologie lillois Régis Dericquebourg a consacré de nombreuses études à l'antoinisme, dont : Les Antoinistes, Maredsous, Brepols, 1993, et Religions de guérison, Paris, Cerf, 1998.