Mondialisation, globalisation et internationalisation du monde
Guylaine Guay © sociologue sites.google.com/site/logiquesociale
Mondialisation de la culture
Les plus grandes et les plus anciennes expansions ne sont pas économiques, mais culturelles et religieuses (expansion chrétienne, expansion de l’alphabet, du latin, du grec, de l’arabe, du chinois) grâce à la capacité des religions à s’appuyer sur le bras séculier de puissants pouvoirs étatiques et sur de grands réseaux établis de négociants qui les font progresser (Margolin 1999). La période entre le 4e et le 7e siècle est cruciale. Le christianisme devient dominant en Europe, l’indouisme s’étend de l’Indochine à l’Asie du Sud-est, et le bouddhisme s’étend de la Chine à l’Inde et de la Corée au Japon. Des croyances, des normes sociales, des langues littéraires se transmettent (latin, sanscrit, arabe) et des civilisations transcontinentales s’établissent (Therborn, 2000).
Mondialisation économique
La mondialisation économique se laisse néanmoins entrevoir dans l’ambition d’anciens États à étendre leurs réseaux marchands. De fines toiles mercantiles firent l’Europe tout autant que les monarchies de l’époque des Croisades du 12e siècle. Les réseaux arabo-persans couvraient déjà à la fin du premier millénaire l’espace compris entre l’Afrique orientale et la Chine du Sud. Les Indiens négociants ont fait naître par le commerce, des normes politiques et culturelles les peuples d’Asie du Sud-est. C’était l’âge des premiers marchands qui donna naissance à des cités mythiques (Venise, Tombouctou) plus ou moins capables de se soustraire aux prélèvements des grands États. Leur espace était très étendue et cette spatialité ainsi que leur prospérité suscita partout une contre-attaque des pouvoirs territoriaux. Faute de pouvoir s’appuyer sur un grand État peuplé et prospère, ce précapitalisme d’aventuriers fut marginalisé ou soumis (Margolin, 1999).
Les conquêtes coloniales qui ont débuté au 15e avec le commerce des épices, l’extraction de métaux et les plantations de sucre constituent, après l’expansion culturelle, un seconde vague de mondialisation. Sur deux continents du monde, on assiste au commerce des esclaves et la création d’un nouveau monde, l’Amérique, qui bouscule le nouvel empire européen. Cette vague dériva en mercantilisme et en impérialisme colonial des pays colonisateurs qui se concurrencent pour la monopolisation du monde (Therborn, 2000). La troisième vague a donc résulté des luttes de pouvoir intra-européennes par une série de premières guerres qui toucha le monde entier (Amérique du nord, Caraïbes, Inde, France, Afrique du Sud et Asie du Sud-est). Ce sont les guerres d’Espagne, de la Succession d’Autriche et les guerres de Napoléon (de 1700 à 1815) qui culminent à la dernière moitié de cette période (Therborn, 2000).
État-nation et impérialisme
En principe, c’est dans le cadre des son État-nation, et sur la base de marchés nationaux, que la logique du capitalisme a trouvé des espaces d’implantation et d’expansion d’économies nationales capitalistes (Beaud, 1997, 117). Avant même qu’il n’y ait pu avoir une quelconque expansion, il aura fallu la construction de superstructures qui regroupe des parties importantes de populations (Perse, Rome, Chine, Ottomans, Mongolie, Inde d’Ashoka). Ces empires peuvent alors réaliser des interactions économiques à grande distance (Margolin, 1999 : 124). Lorsqu’il se constitue, le capitalisme national utilise d’abord les ressources de son pays. Il se développe ensuite hors de son État-nation à travers les échanges économiques et financiers internationaux, puis avec les firmes multinationales et aujourd’hui avec la finance (Beaud, 1997). Le commerce extérieur est donc depuis fort longtemps la première forme d’expansion hors territoire.
Capitalisme et impérialisme
L’impérialisme continental d’Europe (sur le seul continent) n’a pas été précédé comme l’impérialisme d’outre-mer (d’exportation de capitaux, d’implantation de comptoirs maritimes et commerciaux) par une exportation de capital excédentaire à investir et d’exportation de populations (impérialisme colonial) et s’est donc développé en dehors de tout soutien capitaliste (Arendt, 1982, p.172-173). L’impérialisme continental d’Europe a plutôt été engendré par les ambitions frustrées des pays qui n’ont pu prendre part à la brusque expansion des années 1880. Tel fut le cas de la Russie et de l’Autriche-Hongrie. Ainsi l’impérialisme continental se transforma en mouvements annexionnistes lorsque les nations d’Europe centrale et de l’Est décidèrent que, si elles ne pouvaient posséder de colonies outre-mer, elles avaient le même droit à l’expansion et que, si elles ne pouvaient le faire à l’extérieur du continent européen, elles le ferait de l’intérieur (ibid.,p. 172). Mais ces pays n’avaient jamais connu de gouvernements constitutionnels de sorte que leurs chefs croyaient que le gouvernement et le pouvoir se prenaient par des décisions arbitraires (ibid., p.203).
Inversement, l’impérialisme d’outre-mer a pris naissance lors d’une crise inhabituelle de sur-épargne et d’excédentaire de capital à investir qui força les États à chercher de nouveaux marchés en dehors de leurs frontières. Les financiers juifs avaient été les pionniers de ce premier mouvement pré-impérialiste alors qu’ils avaient réussi à bâtir leur fortune en dehors du système capitaliste et que les États-nations en essor leur avaient emprunté des sommes d’argent sous garantie internationale. Mais il n’y a jamais eu de lutte de pouvoir entre les Juifs et les hommes d’État, car les seconds refusaient de concéder le pouvoir aux premiers qui, de toute façon, n’en voulaient pas. Qui plus est, seul l’État-nation était en position de prendre les risques qui viennent avec les sommes importantes investies. Cette situation entraîna néanmoins une diminution de la position des financiers en général et des Juifs en particulier. L’entreprise impérialiste eut alors le champ libre pour passer aux mains des bourgeois. Mais cette entreprise n’est devenue politique que lorsque les investisseurs demandèrent aux gouvernements de protéger leurs investissements. Ce qui fit passer la fonction première de l’État « d’instrument de la loi en instrument de la nation » (Arendt, 1982 : 182).
Bref, le premier stade du capitalisme est passé par la domination politique de la bourgeoisie. Tout ce qui vient avant - sur-épargne, excédentaire de capital et emprunts sur garantie aux Juifs - est considéré par Arendt comme des conditions pré-impérialistes. Après cela, l’argent superflu ainsi que les hommes se sont mis à quitter ensemble le pays (ibid., p.54). Mais pour la première fois de l’histoire, ce n’est pas l’argent qui a suivi docilement l’expansion du pouvoir, mais l’expansion du pouvoir qui a suivi le chemin de l’argent exporté. C’est là la thèse d’Arendt qui, en réalité est celle exposée par Hobbes il y a de cela trois siècles selon laquelle «le processus illimité d’accumulation de capital a besoin de la structure politique du « Pouvoir illimité». Cette conclusion dit-elle n’a rien perdu de sa logique (Arendt, 1982 : 43).
Mais dans l’Europe des années 1860-1880 les conditions étaient particulières. Car tous les gouvernements d’Europe savaient que leurs États et tous les corps politiques étaient en train de se désintégrer de l’intérieur. Il leur fallait choisir entre voir le système entier s’écrouler ou trouver de nouveaux marchés non soumis encore au capitalisme. L’expansion était la solution rêvée pour résoudre les crises intérieures. Les impérialistes s’appuyèrent alors sur les slogans nationalistes sur la base d’intérêts économiques communs d’expansion favorable à la nation. Même les hommes d’État non impérialistes se laissaient persuader (Arendt, 1982 : 51). Les impérialistes disaient alors qu’ils se situaient « au-dessus-des partis » et qu’ils étaient les seuls capables de parler au nom de la nation, notamment dans les pays de l’Europe centrale et orientale qui n’avaient pas ou avaient peu de comptoirs outre-mer.
Impérialisme colonial et mondialisation avortée
Margolin (1999), considère que cette période (de 1850 à 1914) constitue une mondialisation avortée en Europe, une mondialisation inégalitaire, distordue et incomplète qui indique bien que des régressions sont possibles après des avancées majeures et qui montre aussi la fragilité de l’emprise coloniale et les conquêtes aux quatre coins du monde. Car ce fut le choc des haines :
La Première guerre mondiale éclatée en 1914 par la déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie le 28 juillet (après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche-Hongrie) et à la Russie (5août), puis de l’Allemagne à la Russie (1er août) et à la France (3 août), puis de la Grande-Bretagne (4 août) et du Japon (23 août) à l’Allemagne qui violera la neutralité belge et la neutralité italienne. Une guerre qui impliquera la Bulgarie en 1915, la Roumanie contre l’Autriche et l’Italie contre l’Allemagne en 1916, et qui, finalement, impliquera les États-Unis en 1917. Bien qu’au début cette guerre fut essentiellement européenne entre la triple alliance (France-Grande-Bretagne-Russie) et les puissances centrales (Allemagne et Autriche-Hongrie) elle a fini par impliquer toutes les grandes puissances, sauf l’Espagne, les Pays-Bas, les trois pays scandinaves et la Suisse (Hobsbawn, 1994 : 46).
Voilà un phénomène qu’il est difficile de qualifier autrement que comme un phénomène global, mondial, total, un phénomène qui par sa survivance donnera lieu également au totalitarisme de Staline et d’Hitler.
La Première guerre mondiale a donc été suivi par une déglobalisation, une forte régression du PIB dans le commerce international et le renforcement des États (Therborn, 2000). Mais si on n’est pas certain ce que peut signifier la mondialisation du monde, on n’a qu’à se remémorer les bousculements et déchirements du monde lors de la Deuxième guerre mondiale. Alors là les indicateurs ne sont plus dans le PIB, mais dans les appétits annexionnistes. Rappel des faits marquants :
Le premier septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale est déclenchée par l’Allemagne alors qu’elle envahit la Pologne. Hitler veut de dominer l’Europe. Deux jours plus tard, déclarations de guerre britannique et française à l’Allemagne, 28 septembre, conclusion du pacte germano-soviétique du partage de la Pologne et l’URSS annexe la Pologne orientale, les États baltes, la Carélie, la Bessarabie et la Bucovine du Nord. L’URSS attaque la Finlande le 30 novembre et le Japon entre en guerre avec la Chine. Les événements se bousculent et en 1940 l’Italie déclare la guerre à la France et à la Grande-Bretagne, le trio Allemagne-Italie-Japon forme ensemble un pacte de guerre et on assiste au démentèlement de la Roumanie au profit de la Hongrie et de la Bulgarie, à l’entrée en guerre de la Chine contre l’Allemagne et la réélection aux États-Unis de Roosvelt, secrétaire-adjoint à la marine de 1913 à 1920. En 1941, la guerre devient mondiale avec l’entrée en scène des États-Unis, de la Chine contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon et l’attaque de l’Allemagne en URSS en juin 1941 malgré le pacte germano-soviétique d’avril 1939. 1942 sera marquée par l’implication de l’Afrique et par les déportations organisées en France, 1943 par la démission de Mussolini, la victoire de l’Armée rouge lors de la bataille à Stalingrad, 1944 par la reconnaissance de la souveraineté de la Syrie et du Liban par la France, l’échec d’un coup d’État contre Hitler, la mainmise de Hitler sur la Hongrie, la proclamation du gouvernement provisoire de la République française, l’extermination massive de déportés en Allemagne, la progression des forces soviétiques en Europe orientale et l’occupation de la partie orientale de l’Allemagne, mais aussi par l’Indépendance des Philippines et d’es Armistices avec la Bulgarie, la Roumanie et la Finlande. La dernière année de guerre (1945), sera marquée par la guerre entre la Turquie, les pays arabes, l’Allemagne et le Japon, la guerre de l’URSS contre le Japon, les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, le suicide d’Hitler et de nombreux Traités d’accord : entre l’URSS, la Bulgarie, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, le Traité de Paris entre les Nations Unies, l’Italie, la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Finlande, le Traité de San Francisco entre les Nations Unies (sauf URSS) et le Japon et le Traité d’État rétablissant l’indépendance d’Autriche. L’année 1945 sera également marquée par le procès de Nurenburg au cours de laquelle, pour la première fois de l’histoire, un État put être jugé pour des crimes commis pendant la guerre.
Toute la période qui couvre 1914 à 1971, le gros demi-siècle qui va de la Première Guerre[1] jusqu’à la fin du système de parités fixes de Bretton Woods[2] (années 1970) est une période qui régresse et qui est marquée par des déchirements successifs : deux méga guerres, la révolution russe, la crise des années trente, la révolution chinoise et la Guerre froide (Margolin, 1999).
La prochaine vague de mondialisation n’aura pas lieu avant d’être sorti de la guerre. La part du commerce extérieur a repris et les coûts de transport et de communication ont déclinés. Ne reste que la Guerre froide entre USA et URSS et leurs alliés respectifs.
La dernière vague de mondialisation a commencé à prendre place avec l’effondrement du système de Bretton Woods dans les années 1970, mais s’est surtout implantée lors de la seconde moitié des années 1980 avec l’expansion du commerce étranger. Le néo-libéralisme s’est manifesté avec l’abolition du contrôle du marché des capitaux et l’ouverture du marché au monde financier et la compétition globale (Therborn, 2000). Mais, qu’est-ce donc au juste que la mondialisation, voire même la globalisation ?
Histoire et sens du concept
Le terme de mondialisation et de globalisation ne faisait pas partie de notre vocabulaire il n’y a pas plus de 40 ans. Pour décrire les échanges entre nations on parlait de commerce international (Dagorn, 1999); ce qui traduisait tout commerce entre pays (biens, services, capitaux). Les mots mondialisation et globalisation apparaissent à la fin des années 1950 pour traduire des phénomènes régionaux qui deviennent mondiaux (années 1950). Ils ne seront utilisés dans les cercles universitaires que vers 1980 et seront largement utilisés dès 1995 pour décrire un nouveau fonctionnement économique et un nouveau type d’entreprise. Généralement, on utilise mondialisation en français et globalisation en anglais.
Le terme globalised quota n’est apparut qu’en 1959 pour faire référence au volume d’importation des voitures en Italie. En 1983, Levitt publie The Globalisation of Markets qui décrit un nouveau type d’entreprise qui vend partout de la même manière, et qui ne s’adapte aux marchés locaux que si elle y est contrainte. Il y voit une mondialisation des marchés, les firmes devant faire comme si le monde était un marché unique. Selon Milani (1999), le mot sera utilisé pour désigner la gestion des multinationales et la convergence des marchés dans le monde entier. Kenichi OHMAE étend la notion de la convergence à l’ensemble de la chaîne de création de la valeur, incluant recherche, développement, ingénierie, production, marchandisation, service et finance. Il développe l’idée de la vision globale que doit posséder l’entreprise sans frontière qui à sa dernière étape d’intégration devient globale (Dagorn, 1999).
La globalisation concerne donc d’abord le domaine de la gestion des firmes afin d’y analyser le système international dans son ensemble. Dans ces conditions, la globalisation désigne alors le processus à travers lequel les entreprises internationalisées échappent aux règles imposées par les États-Nations (Miliani, 1999). Plus tard, il marquera une nouvelle configuration qui marque une rupture par rapport aux régimes qui se sont succédé depuis l’émergence du capitalisme commercial.
Ce n’est donc pas le changement d’échelle des firmes ou des espaces nationaux et des firmes qui fournira le contenu largement utilisé au terme de globalisation. Au milieu des années 1980, ce qui est très nouveau, c’est l’évolution de la sphère financière et c’est celle-ci qui donne tout son sens au mot anglais «globalisation» (Dagorn, 1999, 191-192). Il décrit alors les changements produits dans la répartition des mouvements des capitaux entre les grandes régions du monde.
Trois modifications fournissent alors le contenu au concept de globalisation : l’accroissement du mouvement des capitaux, le changement de cap de ceux-ci (du Nord-Sud en 1980, ils deviennent des mouvements du Nord-Nord de la Triade) et le renoncement de l’État au contrôle de ceux-ci. Ce que les anglophones saisissent avec ce concept, c’est le processus de régulation marchande d’ordre mondial renforcée par la vague du néolibéralisme économique depuis le début des années 1980 qui se base sur la dichotomie entre l’efficacité des forces du marché d’une part et l’ineptie de l’État d’autre part (Margolin, 1999). L’économie va vite et accélère et l’État va lentement et ralenti.
Bartelson (2000) a aussi fait cette analyse de sens du terme et de ses contextes d’apparition. D’abord compris comme une intensification des échanges entre pays, il sera analysé ensuite comme un processus de changement qui affecte tout le système et ses parties constituantes. Un troisième sens le fera apparaître comme un système qui déspatialise et détemporalise les pratiques humaines. La globalisation change alors l’identité même du système. Dans sa première acceptation (intensité des échanges), le système monde reste le même tant que les différentes parties (pays, industries, acteurs) restent les mêmes : des économies nationales avec leurs spécificités. L’État-nation assure la continuité. Mais lorsqu’on le voit comme processus de changement, le système est inextricablement lié à ses unités. La globalisation devient supérieure à la somme de ses parties et la souveraineté des États est relative. L’État-providence est vu comme un État orienté vers le marché toujours susceptible de perdre son caractère autonome. Il prendra donc, troisièmement le sens de transcendance des unités du système où il n’y a plus de frontières entre l’intérieur et l’extérieur de celui-ci. Le découpage du monde en autant de catégories (économie, politique, culture, social) correspondant aux disciplines des sciences sociales n’y trouve plus sa pertinence (Bartelson, 2000). Il y a au contraire davantage d’interdépendances politiques, militaires, économiques, culturelles, et ethniques (migrations) entre nations.
Cinq sujets sont donc couramment discutés autour du terme : la compétition économique mondiale dans laquelle sont impliqués les travailleurs et la mobilité du capital dans tous les pays qui font les adaptations structurelles l’exigeant; les critiques morales ou religieuses autour de l’aspect socioéconomique de la globalisation; la culture, les styles de vie, les pratiques culturelles, la détérioration culturelle ou l’impérialisme culturel de l’Américanisation (Cocalonisation ou la McDonalisation) (Therborn, 2000); la globalité et l’écologie planétaire qui cherche à faire comprendre que la société globale fait partie d’un écosystème planétaire; l’impotence étatique face à l’économie globale et la crainte que les États soient en train de perdre leur capacité à gouverner et à contrôler. Certains avancent l’idée de la fin de l’État-nation alors que d’autres soutiennent que le principal déterminant de l’économie mondiale est encore le développement des différentes nations.
C’est dans ce contexte qu’apparaîtra l’idée de culture globale. La société s’est identifiée à des modèles et des buts communs (justice, égalité, éducation) et des droits humains communs qui ont donné lieu à des vagues de politiques nationales. Ces choix orientés ont beaucoup d’impact. Ces modèles auraient surgi parce que la société mondiale est apatride, sans État. L’intérêt de l’organisation des États est davantage de créer des politiques mondiales qu’un puissant État-monde souverain (Meyers 2000).
Les termes de mondialisation et de globalisation provoquent cinq grands débats (Kébadjian, 1999) : on cherche à savoir si le phénomène de la mondialisation est récent ou ancien, de même que son étendue. On cherche également à savoir si les phénomènes de régionalisation de l’économie s’opposent ou expriment une même tendance que la mondialisation de l’économie, à savoir un mouvement interne à la mondialisation. Le régionalisme tel qu’on le connaît fait preuve d’ouverture aux économies nationales, mais chacun conserve sa consistance alors que le nouveau régionalisme suivrait plutôt une logique d’intégration et de dépérissement de régulations marchande et monétaire. Mais l’État, ne disparaît pas pour autant. Au contraire, son hégémonie est renouvelée, mais la tyrannie des marchés vient davantage de son absence de régulation internationale institutionnalisée. Ce qui ouvre sur l’idée de convergence ou de divergence entre États par rapport à leurs structures économiques alors même que les formes de capitalismes et d’économies de marché diffèrent. C’est aussi ce qui amène le débat sur le dualisme pays riches et pays pauvres où on ne cesse de répéter que l’écart entre les deux se creuse. Ce débat n’est pas indépendant des inégalités salariales : baisse des demandes pour les salariés non qualifiés et baisse de la rémunération de la catégorie des bas salaires. Reste à se positionner sur la puissance des États. L’hégémonie des États-Unis s’exercerait davantage de manière plus systématique et moins hiérarchique, de manière plus douce et plus subtile en faisant partager ses options.
Alors quels sont les indicateurs qui permettent de conclure à la nouveauté du phénomène ?
Kébadjian, (1995) a noté que le mouvement actuel des capitaux marquait même un recul par rapport à des phases antérieures d’ouverture. En fait, l’économie mondiale contemporaine de la fin des années 1990 est même moins intégrée que ce qu’elle était au cours de la décennie qui a précédé la Première Guerre mondiale (Giles et Maschino,1998).
Kébadjian distingue trois phases historiques marquantes : de 1879 à 1913 qui se caractérise par son extrême ouverture au marché mondial. L’entre-deux guerres et l’immédiat après-guerre se caractérise par la fermeture et la fragmentation de l’économie mondiale. Pendant la période qui commence au milieu des années 1950, il se met en place une dynamique d’ouverture comparable à la période du 19e siècle, mais il faut attendre jusque dans les années 1960 pour que le ratio du commerce mondial sur le PIB mondial retrouve le niveau de 1913. Donc l’économie actuelle est à peine plus élevée que ce qu’elle était en 1913 tandis que les migrations de main-d’œuvre et de capitaux étaient beaucoup plus fortes. Et même «l’intégration financière dépassait les niveaux actuels» «grâce à la prédominance de l’étalon-or, l’intégration financière» (Kébadjian, 1995 : 53-54).
Des statistiques pour le dire : la mondialisation n’est pas récente
En ce qui concerne le court-terme, pour les pays de l’OCDE, le volume d’exportation a augmenté de 1972 à 1997, passant de 10,8 à 16,7 du PIB. Les ventes des multinationales ont plus que doublé entre 1982 et 1994, de 2 432 milliards US à 7 412 milliard. Cela ne représente toutefois qu’une augmentation de 1,05 % à 1,35 % sur l’ensemble des exportations à l’étranger. C’est donc une augmentation modérée, voire « insignifiante» selon Bairoch (2000 : 202), davantage attribuable aux pays en développement (1,61 à 1,65 %).
Ces pays (États-Unis, United Kingdom, Japon, Allemagne), ont réalisé en 1996, des investissements directs à l’étranger (flux du commerce) de 12,9% du PIB. En 1913, l’ensemble de ces pays ont réalisé de 15 à 20 % du PIB en investissement direct à l’étranger. Les pourcentages étaient plus près de ce qui a été réalisé en 1973 (10%) et pour la période 1967-69. En fait, ce taux ne sera atteint à nouveau qu’en 1974 (14%). Même l’exportation de biens (marchandises) et de services (bancaires, financiers) était plus élevé en 1913 (12,9% du PIB) qu’en 1970. Ceci montre donc une tendance amorcée bien avant la guerre de 1914 (Bairoch, 2000).La globalisation n’est donc pas aussi récente qu’on le note dans les cercles universitaires.
Ce qui est remarquable cependant, c’est la moindre hégémonie des États-Unis, même si ce pays demeure une puissance mondiale. Car la part des États-Unis diminue par rapport à d’autres pays : en 1960, les États-Unis réalisaient 60 % des investissements directs à l’étranger. Entre 1970 et 1996, cette proportion est passée de 47 % à 27 % (Bairoch, 2000).
En 1992 la majorité des investissements japonais étaient dirigés vers les États-Unis, la faiblesse du dollar américain aidant. Alors que le Japon tenait une place insignifiante dans les années 1970 sur le marché des capitaux, il connaît une montée plus importante que l’Allemagne dans les années 1980 même si l’Allemagne prédomine jusqu’en 1991. Entre 1986-1991, le Japon a même doublé ses investissements à l’étranger (de 6 à 12 %) et ce comportement l’a amené à dépasser l’Allemagne. Ce qui change en réalité, ce n’est pas seulement l’augmentation des investissements dans les années 1980 par rapport aux années 1960, c’est le fait que les États-Unis ne sont plus les seuls joueurs et qu’il y ait davantage d’interdépendance entre les pays (Bairoch, 2000).
À court terme, il y a donc eu augmentation du commerce international depuis le milieu des années 1970 (depuis 1989 pour l’Europe de l’Ouest et l’URSS). Mais à long terme, les taux demeurent comparables à ceux d’aujourd’hui si on compare avec l’avant-guerre.
Nous concluons donc que la mondialisation est un processus d’intensification des échanges qui a repris son cours après avoir été ralenti pendant la période des deux guerres. Le phénomène n’est donc ni nouveau ni récent. Malgré une certaine intensification entre les pays, il n’en résulte pas pour autant un monde globalisé. Sachant que le mot mondial renvoie à un phénomène relatif à « la terre entière», et que mondialement signifie «partout dans le monde», tant qu’il y aura des régions exclues on ne pourra conclure à la mondialisation du monde.
L’intégration et la régulation économique
Et encore comment les échanges qui en prennent la mesure peuvent-elles être qualifiées d’indicateurs d’intégration économique ? Quel indicateur permet d’affirmer que ces échanges soient intégrées, formant une seule unité (Giles et Machino, 1998, 12) ? Bien que l’intensité du volume du commerce de marchandises entre pays de l’ALÉNA (Canada, États-Unis, Mexique) fait du commerce nord-américain la région la plus active en matière d’échanges commerciaux, et que cette circulation de capitaux se fait pratiquement sans restrictions, notamment parce que «le marché des devises et des capitaux a été intégrée à l’échelle mondiale» (Giles et Machino, 1998, 17), ce sont davantage les investissements directs étrangers qui constituent selon les auteurs, des indicateurs « d’intégration profonde » qui témoignent des efforts des entreprises pour s’établir dans d’autres pays. Pour eux, la circulation internationale de biens, services, capital, monnaie, personnes et informations ne constituent que des indicateurs « d’intégration de surface» et même si le commerce est une forme d’intégration économique entre pays, et même si cela provoque des interactions et interdépendances, ce ne peut être la véritable mesure.
Les investissements directs étrangers du Canada et des États-Unis au Mexique sont passés de plus de 5 milliards à près de 20 milliards entre 1985 et 1994 alors que ceux du Canada et du Mexique aux États-Unis sont passé de 17,6 milliards à 44,5 milliards et que ceux des États-Unis et du Mexique au Canada sont passé de 68 milliards à plus de 100 milliards de dollars. Ce qui témoigne d’une préférence des investisseurs pour l’intégration profonde. Ce qui a été également constaté dans les pays de l’Ouest de l’Europe qui ont davantage réalisés d’investissements directs étrangers (85%) que d’exportations ( 69%) (Giles et Machino, 1998). Le port d’attache d’une entreprise n’est d’ailleurs pas le seul indicateur d’intégration. Tout le système de production qui traverse les frontières en est un autre : pensons à l’industrie automobile, à la production de pièce dans un pays et la production de camionnette, de grosses voitures ou de petites dans un autre, comme le Canada, les États-Unis et le Mexique savent le faire ( Idem).
Si le phénomène est ancien, quels sont donc les caractéristiques qui rendraient l’étape actuelle de globalisation différentes des périodes passées ? Selon Milani, ce serait la transformation des politiques de frontières, le changement de structure de l’économie globale et l’évolution du cadre temporel au sein duquel les changements ont lieu. Pour sa part, Kébadjian ( 1999) répond que le cœur du problème ne vient pas de l’ouverture des économies nationales, mais d’une décomposition de l’espace de régulation nationale : de l’espace de régulation monétaire, marchand, de production et de construction de formes institutionnelles et de compromis sociaux.
Pour Beaud (1997), la mondialisation recouvre trois types de processus : 1) l’internationalisation des échanges, du crédit et des paiements, qui a constitué la forme majeure de capitalismes nationaux du 16e jusqu’à la Seconde Guerre mondiale 2) la multinationalisation des firmes après la Seconde guerre mondiale avec la prééminence américaine, la montée de la puissance de l’URSS et la décolonisation 3) la globalisation qui se constitue dans l’ordre monétaire et financier à partir des années 1970, où on abandonne le système de parité fixes.
La nouveauté du phénomène est donc très fortement associée à l’abandon de la parité fixe, à la dérégulation des États et la libéralisation de la finance. De plus en plus on introduit dans la définition de la mondialisation le progrès de la technologie, la libéralisation et la déréglementation du commerce, de la finance et des investissements privés, sans racines géographiques, avec un consensus mondial sur des normes de gestion publique (Théret, 2000).
Un concept idéologique et stratégique
Mais la mondialisation est aussi un concept idéologique et stratégique qui est présentée comme une tendance irréversible alors même qu’elle est confondue avec la révolution technologique. Elle devient alors un processus devant lequel il n’y a pas d’autres choix que de s’adapter (Théret, 2000, 86). On est alors face à une fatalité et le politique est alors réduit à l’impuissance face à un phénomène qui nous serait tombé dessus pour lequel on n’aurait pas ou peu d’emprise.
Des économistes ont avancé l’idée que l’apparition récente de la thématique de la mondialisation s’expliquerait par « la fonction idéologique que le patronat et les gouvernements des pays capitalistes lui feraient jouer pour rendre acceptables les politiques d’austérité mises en place un peu partout dans le monde en vue de «flexibiliser» le marché du travail et renverser le partage salaires-profits en faveur du capital (Kébadjian, 1999, 54). Selon Beaud ( 1997, 130), «le couple libéralisme-mondialisation a été utilisé dans le monde entier pour faire supporter des sacrifices accrus aux composantes les plus désarmés des sociétés pour obtenir la réduction des contraintes pesant sur les entreprises, leurs dirigeants et le détenteurs de capital ». Ainsi la mondialisation pèserait énormément pour revendiquer partout moins de réglementation en entraînant la diversification des concurrences et l’accentuation des contraintes extérieures. De la sorte, « elle sert à justifier de nouvelles mesures nationales de déréglementation et facilite la mise en cause, par les fractions les plus dures du patronat, de divers pans du compromis social de l’après-guerre. Elle permet enfin de donner un caractère inéluctable à l’alternative offerte à de larges fractions du monde du travail : chômage massif ou flexibilité des salaires, notamment des bas salaires» (Beaud, 1997, 130). Son caractère exogène, irréversible et incontournable lui donne son autorité et la mondialisation devient alors un paradigme dominant pour appréhender le monde (Théret, 2000 : 77).
Dans ce contexte, la mondialisation devient «une tentative pour dépasser de profondes difficultés liées à la dynamique de la concurrence des années 1970-80 et devient un « concept stratégique » pour aller vers une adoption progressive et accélérée d’une vision plus large de la demande et de la concurrence, toujours appuyée sur une approche globale de la diversité nationale ou régionale des contraintes sur les marchés (Veltz, 1996, 110).
Ce qui ne fait que traduire une instrumentalisation d’un terme à des fins de politiques internes (Théoret, 2000). La globalisation financière et les accords de libre échange ont beau être des sources de contraintes qui pèsent sur les budgets et les finances publics, et même menacer la stabilité du fédéralisme budgétaire, ces phénomènes découlent de stratégies déployées par les États eux-mêmes.
Les alliances stratégiques et la richesse
Que l’on parle des accords[3] de l’ALENA, du CARIOM ou de MERCOSUR, ces accords ont été réalisés afin de réduire les obstacles à la libre circulation des échanges et se sont accompagnés d’un processus d’intensification de l’intégration régionale, allant du renforcement et de l’expansion de l’Union européenne au soutien de la zone de libre échange asiatique et à l’ALENA.
La régionalisation tendrait à devenir un phénomène global qui condamnerait les pays en développement à se rattacher à un pôle économique privilégié (Kebadjian, 1999,97). En fait, selon Veltz (1996), les flux économiques se concentrent autour d’un réseau d’archipel de grands pôles qui s’accompagne du déclin des zones à faible densité et d’une remontée des inégalités. Car il ne serait pas vrai que les flux d’investissements se dirigeraient vers les zones où les ressources sont les moins chères, au contraire, elles se dirigent vers les pays les plus riches et vers les grands pôles urbains. Les villes mondiales concentrent de plus en plus de pouvoir et de richesse.
Pour expliquer l’unification du monde on a souvent pointé la chute du mur de Berlin en 1989 qui a mis fin à la séparation de l’Est et de l’Ouest et au long retrait des échanges mondiaux entre les deux mondes. Mais généralement, on préfère citer l’abandon de Bretton Woods qui a permis la libéralisation, la déréglementation et la privatisation des échanges, la globalisation et l’autonomie de la finance par rapport au contrôle étatique.
La finance globalisée
Le cas de la crise au Mexique en 1995 montre bien l’effet de l’abandon de cette barrière protectrice que représentait le taux de change fixe entre les monnaies des grands systèmes internationaux. Le peso devait être dévalué de 15 %, avait annoncé le Mexique quelques jours avant Noël et cinquante milliards de dollars investis dans des emprunts d’État, actions et obligations risquaient de subir des grosses pertes. Tous ceux qui le purent sortirent leur argent du pays, et le peso a perdu 30 % de sa contre-valeur en dollars. Une douzaine de monnaies furent entraînées en même temps et tous les investisseurs revendirent leurs actions dans les pays émergents du Sud et de l’Europe centrale. La chute de la valeur des actions entraîna à son tour la chute des monnaies dans lesquelles elles avaient été émises. Même des pays sans lien économique entre eux furent entraînés (Hongrie et Indonésie) et ont du renchérir artificiellement en haussant les taux d’intérêt. L’Argentine, le Brésil et la Pologne ont suivi. Pour éviter un « krash mondial », sauver les emplois qui dépendaient du commerce avec le Mexique, et pour éviter la faillite du Mexique, des milliards ont été avancés en urgence : Clinton (20 milliards), le FMI (10 milliards) et la Banque des règlements internationaux (10 milliards) ont pris de gros risques. On a qualifié cette crise du plus grand programme d’assistance par crédit jamais accordé depuis 1951 et de la manœuvre la plus audacieuse jamais effectuée dans l’histoire de l’économie pour éviter une catastrophe. Mais on l’a qualifié aussi d’un audacieux hold-up contre les caisses fiscales des pays bailleurs de fonds, en faveur d’une minorité fortunée (Hans Peter et Schumann, 1997, 65). Cette crise a donc levé le voile sur le nouvel ordre mondial à l’ère de la mondialisation. Michel Camdessus (directeur du FMI) admet que ces milliards de crédits ont servi aux spéculateurs, mais que voulez-vous « le monde est entre les mains de ces types là» ajoute-t-il.
Ce qui se déroule sur les marchés financiers a été provoqué par les gouvernements des pays capitalistes eux-mêmes au nom du libre marché, sans frontière, en abattant toutes les barrières permettant de réguler le trafic international des fond et des capitaux et de les rendre maîtrisable. Les monétaristes estiment qu’ils sont les arbitres qui sanctionnent les erreurs de politique par la dévaluation et la hausse du taux d’intérêt. Les gouvernements ont tout simplement perdu leur capacité d’abuser de leur pouvoir en augmentant les impôts et en contractant des dettes génératrices d’inflation pense-t-on. Mais plus l’État dépend des investisseurs, plus il doit favoriser une minorité déjà favorisée qui cherche une fiscalisation basse et des profits élevés. Ils deviennent objet de chantage sous la pression de l’industrie financière. L’impuissance relative de l’État n’est que la rançon de la globalisation financière qui en fait un prisonnier en liberté surveillé. Certains investisseurs provoquent eux-mêmes des crises financières par anticipation et par réaction en chaîne ( crises auto-réalisatrices, crises de fondamentaux) en sanctionnant les incohérences des marchés par des vagues d’anticipations capables ensuite d’auto-valider leurs calculs (Bourguinat, 1995 : 54).
Les places financières offshores représentent d’une certaine façon une frustration envers l’État pour une imposition trop élevée où 200 milliards s’évadent à partir des réseaux informatiques des banques et des entreprises (Hans Peter et Schumann, 1997).
Les réseaux électroniques et la finance
Aujourd’hui, les marchés (emprunts, actions, affaires à terme) sont directement liés entre eux. Le système monétaire des banques, des assurances, et des fonds d’investissements des nations du monde entier est relié par des réseaux électroniques. Vingt quatre heures sur vingt quatre on peut interroger les données de toutes les places boursières sur la planète. « Voilà pourquoi une baisse des taux d’intérêt aux USA peut faire monter le cours des actions à l’autre bout du monde, par exemple en Malaisie» (Hans Peter et Schumann, 1997, 70). Si des créances d’un pays sont moins rentables,on peut les convertir en actions étrangères. On peut passer d’un marché à l’autre, d’une monnaie à l’autre, du dollar au yen et du yen au franc suisse au dollar, déplacer des milliards en pressant sur une touche, transformer des créances britanniques en actions japonaises ou en obligations turques émises en deutschemark. Les courtiers ont accès aux taux les plus élevés ou les plus bas, exprimé en dollar ou en marks, la valeur de la vente la plus basse et l’identifié de l’offreur en appuyant sur buy ( idem).
On comprend que certains souhaitent une bonne gouvernance, participative, transparente, efficace, disciplinée et régulée, une gouvernance qui engloberait l’État, la société civile, et le secteur privé, une gouvernance orienté dans trois perspectives principales : gouvernance économique, gouvernance politique et gouvernance administrative du trio démocratie, marché et équité dans une perspective d’ouverture des marchés, de l’ajustement structurel, et de l’adaptation de l’État à la nouvelle donne internationale néolibérale.
CONCLUSION
La globalisation, surtout relié au monde de la finance, permet d’accomplir ses activités, échanges et commerces avec qui on veut sans se soucier des barrières puisqu’on les a fait tomber. La mondialisation ne veut pas dire qui inclut le monde entier, mais plutôt un ensemble de conditions qui font en sorte que l’on peut parler d’un phénomène global ou total. Statistiquement, on sait bien qu’il y a intensification des échanges et interdépendances plus grandes des économies nationales, mais qu’il n’en résulte pas un monde globalisé pour autant. Ce qui est global, c’est plutôt l’effet de ces changements; des pays sont entraînés dans les crises économiques de pays avec lesquels ils ont peu d’échange lorsqu’elles surviennent. Ce qui en fait un phénomène global, c’est qu’il touche à tous les domaines de l’existence. La vision du monde a changé, les aspects qui le touche sont abordés comme une réalité humaine planétaire comme si on réalisait tout à coup qu’on n’était pas tout seul. La mondialisation économique touche au secteur industriel, commercial, financier. La mondialisation c’est aussi l’internationalisation et l’intégration profonde de la firme qui a compris qu’elle pouvait avoir la société-monde comme client.
Mais il nous semble que ce qui a le plus caractérisé la globalité actuelle, c’est le monde de la finance qui crée une interdépendance qui soit telle que nul ne peut être à l’abri des fluctuations générées par elle simplement par anticipation des conséquences d’une annonce faite par un ministre par exemple. On devrait peut-être davantage parler d’effets globalisés, tel un krash mondial; ce qui rend nerveux les investisseurs, les banques, les marches boursiers et les assureurs.
Le phénomène appelle lui-même à une vision globale capable d’interpréter les dimensions économiques, financières, commerciales, politiques, culturelles, structurelles, géographiques et industrielles sous une même réalité et d’y discerner les causes des conséquences. On aura remarqué aussi que chez un même auteur on peut passer du mot mondialisation à globalisation dépendamment de la dimension abordée : de l’intégration économique à la régulation de la finance.
BIBLIOGRAPHIE
AREND’T, Anna, 1982. Les origines du totalitarisme, L’Impérialisme, Paris, Fayard, 348p.
BAIROCH, P., 2000.The Constituent Economic Principles of Globalization in Historical Perspective: Myths and Realities, dans International Sociology, vol.15, no2, June, pp.197-214.
BEAUD, M., 1997. « États, firmes et sociétés dans le maelström de la mondialisation » de son ouvrage Le Basculement du monde. De la Terre, des hommes et du capitalisme, Paris, La Découverte, pp.116-135.
DAGORN, R. 1999. « Une brève histoire du mot mondialisation », dans Mondialisation, Les mots et les choses, coordonné par Michel Beaud et al., Paris, Editions Karthala, pp.187-204.
GILES, ANTHONY, DALI MASCHINO, 1998. L’intégration économique en Amérique du Nord et les relations industrielles. Défi de gestion, de représentation et de régulation. Dans Rodrigue Blouin et Anthony Giles, (« dir. »), L’intégration économie en amérique du Nord et les relations industrielles PUL, Sainte-Foy, pp.5-37.
HANS-PETER, M., SCHUMANN., H. 1997. Le piège de la mondialisation. L’agression contre la démocratie et la prospérité, Solin, Actes sud.
KÉBADJIAN, G., 1999. « Analyse économique et mondialisation : six débats » dans Mondialisation, les mots et les choses, coordonné par Michel Beaud et al., Paris, Editions Karthala, pp.51-77.
MARGOLIN, J.-L. 1999. «Mondialisation et histoire : une esquisse, dans Mondialisation, les mots et les choses, coordonné par Michel Beaud et coll., Paris, Edition Karthala, pp.123-139.
THERBORN, G. 2000. Globalizations : Dimensions Historical Waves, Regional Effects, Normative Governance, in International Sociology, vol.15, no 2, June, pp.151-179.
MEYER, J. W., 2000. Globalization: Sources and Effects on National States and Societies; International sociology; 15: 233-48.
MYLES, J.,1996. Après l’échec des marchés : la Sécurité sociale au Canada et aux États-Unis, traduction du chapitre 5 de l’ouvrage de Esping Andernsen (« dir ».), Welfare State in Transition National Adaptation in Global Economies, Londres, Thousand Oaks/New Dehli, SAGE Publications, pp.116-140.
THUROW, LESTER, 1992. La Maison Europe, Superpuissance du XXIe siècle, Calmann-Lévy, Paris.
THÉRET, BRUNO, 2000. « La mondialisation comme discours organisateur d’une stratégie d’État : L’exemple du Canada », dans Les Temps modernes, janvier-février, pp.77-96.
VELTZ, P. 1996. Mondialisation. Villes et territoires. L’économie d’archipel, Paris.
[1] La Première Guerre mondiale a néanmoins permit d’établir la première organisation globale des États, la ligue des Nations Unies, l’organisation internationale du travail et une série de normes globales envers les minorités nationales. La Seconde Guerre a été suivie par un court moment de paix globale avec les Nations Unies,et ses organisations comme The Nuremberg Trials et Un Declaration of Human rights.
[2] Bretton Woods avait résulté d’un accord en 1944 entre 44 pays et qui donnait aux monnaies une parité fixe avec le dollar, en assurait la stabilité et le contrôle par l’État. En retour, les États-Unis garantissaient l’échange des dollars contre l’or. Le commerce des devises, les échanges et les transferts de sommes importantes étaient donc soumises à la surveillance étatique. Pour les grandes banques, c’était un frein gênant même si en 1944 c’était apparu comme une solution au chaos financier créé dans les années 1930. Le Canada, l’Allemagne fédérale, les États-Unis et la Suisse ont abandonné ce système dès 1970, les Britanniques en 1979, le Japon en 1980. Le reste fut l’œuvre du FMI : à chaque fois qu’il a accordé du crédit, il l’a assorti de l’obligation de rendre la monnaie du pays aidé convertible. La France et l’Italie ont tenu jusqu’en 1990, l’Espagne et le Portugal jusqu’en 1992 (Martin et Schumann, 1997, 69).
[3] L’ALENA est un accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique en 1992. Ces pays sont aussi membres de l’OCDE, de l’OMC, et de l’APEC (coopération économique Asie-Pacifique). Le CARIOM est un accord de libre échange intervenu en 1973 entre treize pays des Caraïbes.
Le MERCOSUR est une entente intervenue en 1991 entre l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay. Le Mexique a ensuite signé une entente de libre-échange avec le Chili en 1991, avec la Bolivie en 1994, la Costa Rica la même année, et formé le groupe des trois avec la Colombie et le Vénézuela en 1994. Les États-Unis eux ont signé un accord de protection des investissements avec Panama en 1982, l’Argentine en 1991 et la Jamaïque en 1994. Le Canada s’est lié au Chili par une entente de libre-échange en 1996 et avec l’Argentine bien avant, en 1991. En 1994 les chefs d’État se sont entendus pour créer une zone de libre échange des Amériques (ZLEA) à partir de 2005 qui serait formé de 34 pays, un marché évalué à 17 billions de dollars canadiens (Giles et Machino, 1998). Une étape a été franchie en 2005 avec l’Accord de libre-échange d'Amérique centrale (République dominicaine, Nicaragua, Salvador, Guatemala, Honduras, Costa Rica) et les États-Unis.