Extrait de Mes pouvoirs sont en vous (Mon combat pour une médecine plus humaine)
par Michel Carayon (Le Courrier du Livre, Paris, 1977)
Préface de François-Xavier Chaboche
(voir notes en fin d'article)
Plusieurs émissions de télévision, dont le film de Guy Sartboulet présenté à l’Événement, sur TF 1, ont familiarisé le public français avec les guérisseurs philippins. En fait, si cette découverte du grand public est assez récente, le monde occidental a commencé à s’intéresser aux faith healers [1] dès 1966, à la suite du voyage d’étude de l’Américain Harold Sherman [2]. Le rapport de celui-ci fit l’effet d’une bombe et inaugura une période encore inachevée de polémiques fébriles et de voyages systématiquement organisés, tant pour les malades que pour les scientifiques et journalistes désireux de comprendre le phénomène, pour les uns, ou de le démystifier, pour les autres. Plus de six cents guérisseurs, plus ou moins sérieux et compétents, exercent aux Philippines, et le champ d’investigation était vaste.
C’est un fait que la méthode de soins employée par les Philippins dépasse toutes les bornes de la compréhension rationnelle – bien que la physique avancée ait découvert qu’il existe des énergies non matérielles qui peuvent intervenir dans le monde matériel en en bouleversant les lois habituelles. Les opérations d’apparence chirurgicale qu’ils pratiquent, sans aucun instrument, sont parfois plus réalistes que nature, le sang et les substances organiques apparemment extirpées du corps du malade apportant une touche de spectaculaire à laquelle nos guérisseurs « conventionnels » ne nous avaient pas habitués. Simulacre ? Opération véritable ? Matérialisation ex nihilo des substances ? Phénomènes ectoplasmique ? Toutes les hypothèses, des plus fantastiques aux plus dédaigneuses, se sont affrontées et s’affrontent encore.
Il existe d’autres sortes de chirurgie dite psychique que celle pratiquée aux Philippines.
Au Brésil, José Pedro Freitas, dit Zé Arigo, opérait les malades à l’aide d’un couteau de cuisine, sans anesthésie, ni hémostasie, ni antisepsie. Il fut l’ami du Dr Juscelino Kubitschek – ancien chef d’État brésilien – dont il avait guéri la fille. Le Dr Mauro Godoy, directeur de l’hôpital de Congonhas, devait lui rendre cet hommage : « D’un point de vue médical, je suis un grand admirateur de son habileté et de son intuition. Je me considère comme un assez bon chirurgien et je peux réaliser une opération de la cataracte en 18 ou 20 minutes. Cependant, Arigo a effectué la même opération sous mes yeux en deux minutes et d’une manière irréprochable ! Pour cela il a employé un couteau de poche non stérilisé, sans aucune suite préjudiciable [3]. » La méthode d’Arigo était une véritable chirurgie, au sens conventionnel du mot. Il agissait directement sur le corps physique – ce qui ne semble pas être le cas d’autres formes de chirurgie « psi » – mais il créait auparavant une intense ambiance de spiritualité sans laquelle il n’aurait rien pu faire. Tout le monde dut reconnaître l’efficacité de sa pratique, même s’il fut condamné à dix mois de prison pour exercice illégal de soulagement de la misère humaine... Trente mille personnes l’accompagnèrent, lors de ses obsèques, en 1971.
Encore différente est la méthode de George Chapman, en Angleterre. Celui-ci n’opère pas sur le corps physique mais sur son « double », le spirit body (corps subtil), qui correspond à peu près au corps-énergie de l’acupuncture et au corps éthérique de la physiologie occulte, siège de la vitalité. (Ce qui distingue un corps physique vivant d’un corps physique mort est la présence ou l’absence de cette vitalité.)
Le point commun de tous les chirurgiens « psi » est qu’ils ne se considèrent en général que comme des instruments, des médiums d’une force spirituelle supérieure qui s’exprime à travers eux – parfois en état de transe, parfois consciemment – et qu’ils n’agissent sur le corps humain qu’indirectement par l’intermédiaire de plans vibratoires plus subtils.
Et puisque nous parlons de médecine médiumnique, il nous faut citer l’exemple le plus extraordinaire, dans ce domaine, celui d’Edgar Cayce, ce natif du Kentucky, totalement ignorant des choses médicales, dont les diagnostics et les traitements, donnés en état de transe profonde, approchaient une exactitude et une efficacité de 100 %. Après sa mort, un Institut s’est créé à Virginia Beach pour l’étude systématique des 15 000 dossiers médicaux laissés par Cayce, dont la recherche thérapeutique a pu, dans bien des cas, s’inspirer...
Pour revenir à la méthode des guérisseurs philippins, son originalité consiste donc dans la production de substances, considérées comme la matérialisation du principe morbide qui encombrait l’organisme et induisait la maladie. Cette matérialisation n’est pas indispensable à la réussite de l’opération, mais elle fait partie du scénario – les, malades en ont parfois besoin, pour que leur imagination, ainsi frappée, et leur attention, ainsi soutenue, participent au processus de guérison. Dans le contexte de religion dans lequel travaillent les guérisseurs philippins, cette matérialisation s’apparente à un exorcisme : extirpation et matérialisation du mal.
La méthode des faith healers a une double origine historique et culturelle récemment combinée : le chamanisme traditionnel avec ses initiations et ses symboles, d’une part, et le spiritisme chrétien importé d’Occident, d’autre part. Ceci explique en partie pourquoi les substances prélevées se révèlent parfois, à l’analyse, d’origine animale ou végétale. Dans le chamanisme, comme chez les guérisseurs de tradition shinto, le principe morbide de la maladie est symbolisé par un « esprit animal », Comment, dès lors, s’étonner s’il se matérialise sous forme animale ? Naturellement, cet argument ne vaut rien pour la « raison », Les anthropologues savent pourtant qu’ils ne peuvent comprendre certaines civilisations dites « primitives » qu’en s’intégrant à leur système de références, en pénétrant dans l’âme de ces peuples , en un mot, plus prosaïque : en jouant le jeu.
Quoi qu’il en soit, l’important de toute l’affaire, c’est évidemment la question : y a-t-il guérison ou non ? Qu’il s’agisse de manipulation énergétique ou de suggestion, l’important n’est-il pas le bien-être des malades ?
Les véritables guérisseurs sont d’ailleurs ceux qui soignent par compassion, Rien n’est plus étranger à la compassion que la vénalité. On ne peut, à ce propos, que regretter la commercialisation effrénée du phénomène philippin, avec la complicité ou, du moins, la complaisance de certains guérisseurs dont les intentions étaient peut-être pures au départ mais qui se sont laissés subjuguer par les mirages de l’argent et de la puissance.
Le débat sur les thérapeutes non orthodoxes n’est pas nouveau.
Il a toujours suscité les passions par le fait même de l’importance que représentent les phénomènes de maladie, de souffrance et de guérison. Quant à la polémique sur les « chirurgiens psi », elle est à peine plus violente que celle qui entoura naguère l’acupuncture. La pratique et les conditionnements imposent une distinction absurde, parce qu’artificielle, entre médecine « officielle » et médecines « hérétiques », entre médecine « reconnue » et médecines « parallèles », distinction dans laquelle la médecine conventionnelle et l’organisation médicale apparaissent en fait comme les derniers bastions d’une féodalité jalouse de ses privilèges et de son autorité factice. Ce n’est pas un hasard si, en Chine, une synthèse des médecines moderne et traditionnelle a été réalisée, sous l’impulsion de Mao Tsé-toung : « La solution de nos problèmes, déclarait-il, exige que les médecins de formation occidentale étudient la médecine traditionnelle et que les médecins traditionnels étudient la médecine occidentale avec le même sérieux. Sur ces bases pourra s’élaborer une médecine chinoise avancée empruntant aux deux écoles ce qu’elles ont de meilleur. » Faudra-t-il, chez nous, une révolution culturelle, pour retrouver un pareil bon sens ?
De plus en plus, l’être souffrant revendique la liberté de guérir, dans l’autonomie, par les moyens qu’il aura choisis et non par ceux que les technocrates de la médecine lui auront imposés. Car ce que cherche le malade qui souffre c’est – faut-il vraiment le rappeler ? – la santé et le bien-être. Le médecin qui a étudié en Faculté l’étiologie, la pathologie et la pharmacologie, et qui ne voit, dans son cabinet de consultation, que trop de malades, est incapable de vous donner une définition positive de la santé. Pour ce médecin formé à l’école moderne, la santé n’est que l’absence d’état morbide. C’est tout juste s’il ne considère pas, comme le docteur Knock, que « la santé est un état précaire qui ne présage rien de bon »... Il est à l’ affût du moindre trouble pour, à la première manifestation, l’écraser de chimie ou de rayons, sans se préoccuper du fait que le symptôme n’est que le signe d’un organisme somme toute plein de vitalité, donc en bonne santé, qui se défend et se réajuste.
Pour les médecines traditionnelles, psychiques et naturelles, ainsi que pour les guérisseurs dignes de ce nom, le point de vue est radicalement différent. Pour ceux-ci, le critère fondamental est celui de l’harmonie qui règne dans la nature. Tout, dans l’univers, est rythme et vibration. Ce sont d’ailleurs ce que symbolisent le caducée d’Hermès, emblème du corps médical, et le bâton d’Esculape, dieu de la médecine, bâton autour duquel s’enroule également un serpent, qui figure l’énergie maîtrisée par la conscience. « Au commencement était le Verbe... », dit saint Jean. Et Zoroastre, avant lui, affirmait : « Lorsque le médecin réussit par le verbe, c’est la plus sûre des guérisons. » Il n’y a perturbation de l’harmonie cosmique que lorsqu’une volonté indépendante et libre décide d’aller à son encontre. C’est, à l’échelle humaine, l’origine de toute maladie. Les symptômes sont les signes extérieurs d’une disharmonie intérieure, et la souffrance est la dimension subjective de cette disharmonie provoquée consciemment ou inconsciemment par le malade lui-même. Guérir, retrouver la santé, c’est retrouver l’harmonie. Cela exclut toute thérapeutique qui ferait violence à la nature.
La santé, innée ou recouvrée, est l’harmonie spontanée et naturelle des éléments qui composent l’être humain sur tous les plans: physique, affectif, mental et psychique. (La santé ou la maladie n’affectent pas la dimension spirituelle proprement dite, puisque celle-ci échappe, par définition, à toute contingence.) Le bien-être est un équilibre intérieur à l’individu et un équilibre entre l’individu et son environnement.
« La maladie est un message », affirme le Dr Guirdham, et Hippocrate, bien avant lui. Un message qui oblige à un retour sur nous-mêmes, qui nous oblige à dévoiler l’épaisseur de notre entendement obscurci, de notre ignorance ou/et de notre mauvaise foi, qui nous oblige à reconnaître et à assumer nos responsabilités dans le concert de la vie universelle. La maladie est une des grandes bienfaitrices de l’humanité, une grande pédagogue, dure mais juste. Car il n’y a, à l’échelle universelle, ni hasard ni arbitraire. Et la nature elle-même recèle plus de science, d’intelligence et de sagesse que dans n’importe quel cerveau humain... Tel est du moins le point dé vue de ceux qui se réclament d’une médecine « différente ».
On voit donc qu’une thérapeutique « différente » ne constitue pas du tout une opération magique qui guérirait le malade presque à son insu. Au contraire, elle est une invitation à la prise en charge du malade par lui-même, ce qui est très différent de la condition d’assisté que lui impose le système médical actuel. Le malade est invité à changer ses habitudes de vie, sa philosophie de l’existence, et à transmuter son hérédité congénitale et socio-psychologique, a s’extraire totalement de ce joug que le Dr Murphy [4] appelait « l’entendement racial [5] », Chacun devrait être son propre médecin. Mais comme tous n’en trouvent pas la force en eux-mêmes, bien que cette force soit toujours présente, il est bon que d’autres soient présents pour les aider à découvrir leurs ressources intérieures. Tels sont, dans l’idéal, les guérisseurs.
S’il y a magie, et même très mauvaise magie, c’est d’un autre côté qu’il faut la chercher. Certains médecins (pour ne pas dire l’ensemble de la corporation) possèdent les réflexes de la sorcellerie, ce que démontrent les points suivants :
– dépendance psychologique totale du patient-« ignorant » envers le médecin-« sachant », donc : manipulation du libre arbitre et de la conscience d’autrui ;
– empirisme quasi général des techniques médicales, sous des apparences de sérieux et de compétence liées au mythe de la science toute puissante et infaillible ;
– sacralisation de la démarche médicale, dans laquelle le sacré authentique est absent ;
– pseudo-ésotérisme du jargon médical : incantations du diagnostic et de l’ordonnance ;
– croyance abusive dans la responsabilité d’un facteur invisible, en l’occurrence : le microbe ;
– croyance aveugle dans ce que le Dr Carton appelait, en 1925, déjà, les « idoles pharmaceutiques », à savoir toutes les potions que l’industrie pharmaceutique concocte dans ses laboratoires, pour son plus grand profit, dans le plus grand mépris des malades et pour le plus grand dommage des finances publiques.
On peut ajouter encore que l’utilisation courante de rayonnements dangereux, dont on ne connaît pas encore les effets à long terme, est typique d’une mentalité d’ « apprenti-sorcier »...
Nous n’insisterons pas ici sur les errements de la médecine moderne […]. Il ne s’agit pas non plus d’être bêtement manichéen : il y a de bons médecins et il existe des aspects positifs incontestables dans la: recherche médicale, sous réserve de la façon et de l’esprit dans lesquels on utilise certaines découvertes. Mais il faut faire justice de cette mauvaise querelle entretenue par l’establishment médical contre les guérisseurs. On reproche à ceux-ci d’exploiter la misère humaine. Mais de quoi vivent donc les médecins ? On leur reproche d’utiliser des méthodes non conformes ou non approuvées. Mais quel est le seul critère, en matière de guérison, sinon celui de l’efficacité ?
En fait, je crois que le grand scandale, le grand reproche que l’on puisse faire aux guérisseurs, c’est qu’ils guérissent ! Et, lorsque non contents de soigner par des moyens simplement naturels, ils se mettent a employer des moyens paranormaux, ils aggravent considérablement leur cas !
Dans ces conditions, étant donné le nombre incroyable de guérisons miraculeuses qui se produisent dans les hauts lieux de spiritualité, tant en Occident qu’en Orient, il est vraiment étonnant que personne n’ait encore songé à poursuivre Dieu et ses saints pour exercice illégal de la médecine !
Tant en France qu’à l’étranger, de nombreux guérisseurs ont dû subir les foudres des tribunaux saisis par l’« autorité » en matière médicale. Rares sont ceux qui en sont sortis sans dommage et encore plus rares ceux qui ont gagné leur procès, bien que cela arrive. Il est vrai que la plus grande incohérence règne au niveau de la jurisprudence en cette matière... Il serait temps d’accorder aux guérisseurs le statut légal qu’ils réclament depuis des décennies !
Ceci a déjà été fait, notamment au Brésil et en Angleterre. Dans ce pays, le Witchcraft Act, qui justifia pendant des siècles la persécution de médiums et de guérisseurs, fut aboli en 1951. Depuis lors, les guérisseurs ont acquis droit de cité et collaborent même avec des médecins à l’intérieur des hôpitaux. De plus, comme les médecins ils prononcent le serment d’Hippocrate dont on devrait, à l’usage de certains médicastres, rappeler le texte original, qui dit notamment : « Je conserverai jusqu’au bout ma vie et mon art dans la pureté et la sainteté... »
Signalons encore que l’Organisation mondiale de la santé, que l’on ne peut soupçonner de manque de sérieux, encourage la collaboration entre médecins et guérisseurs locaux, dans certains pays, notamment dans le domaine psychiatrique.
Mais, et c’est presque devenu un lieu commun de le dire, hélas, la France est, dans presque tous les secteurs de pointe – sauf, comme par hasard, dans celui des industries dangereuses, nuisibles ou inutiles – en retard de plusieurs décennies par rapport à la communauté internationale. Dernier bastion d’un « ordre établi » scientifique hérité du xixe siècle...
Ainsi la France est l’un des rares pays où un médecin peut être poursuivi pour « complicité d’exercice illégal de la médecine ». Un médecin n’a pas le droit de consulter un non-médecin sur une matière médicale.
En allant jusqu’au bout de cette étrange logique, on ne devrait. trouver aucune trace, ni dans les études, ni dans les recherches, ni dans les méthodes médicales, des travaux d’un certain non-médecin nommé Pasteur. Mais celui-ci fut soigneusement « récupéré» et, d’une hypothèse de travail (la morbidité des microbes), on a fait un dogme, pour le plus grand profit (mais je me répète) des fabricants d’antibiotiques et autres gentillesses mortelles ...
Les « dissidents» de la médecine, récusant le totalitarisme d’un système clos, sont d’authentiques défenseurs des droits de l’homme : droit à l’autonomie, droit à la santé, droit de choisir, droit de naître, de vivre et de mourir sans intervention extérieure systématique et imposée.
Michel Carayon est l’un de ceux-ci. L’autonomie, la liberté et la prise en charge du malade par lui-même constituent l’essentiel de son « combat pour une médecine plus humaine ». Ce combat, il l’a engagé face aux attaques, aux procès d’intention et au procès tout court qu’on lui fait. Ses connaissances qu’il met en application au service du malade ne viennent certes pas de la Faculté, mais d’une source de savoir et de sagesse autre dans laquelle ont puisé tous les grands inspirés, tous ceux qui ont fait avancer un tant soit peu l’humanité, qu’ils soient poètes ou thaumaturges, savants, philosophes ou prophètes. Cette source est essentiellement spirituelle, et chaque être humain, donc chaque malade, la porte en lui. Machel Carayon considère son intervention de guérisseur comme le « coup de pouce » qui aide le malade à découvrir ses propres ressources intérieures. Les différentes méthodes qu’il emploie – chirurgie « psi » – par laquelle il s’est fait connaître, étant le premier Français à la pratiquer –, acupuncture, réforme alimentaire, jeûne –, ont largement prouvé leur efficacité […]. Il se distingue nettement de certains de ses aînés philippins par la simplicité de ses moyens et de son accueil : il se refuse à tout spectacle inutile et ne vise que le bien-être des malades.
Ainsi qu’il le raconte dans son livre, c’est plus ou moins à son corps défendant que Michel Carayon s’est fait connaître du grand public, lors de sa prestation télévisée de Toulouse, organisée par Jean-Louis Victor en janvier 1977. L’improvisation et le désordre de cette manifestation n’excusent certes pas l’étroitesse d’esprit, à nouveau révélée à cette occasion, de certains membres du corps médical et de certains journalistes, décidant a priori qu’ils avaient affaire à un manipulateur et à un escroc, sans aucun examen approfondi.
Mon attention avait été attirée sur les guérisseurs philippins, dès 1972, par Eugenio Siragusa. Lorsqu’en 1974 Gérard Méchoulam et Jean-Louis Victor m’ont demandé de collaborer à l’Univers de la Parapsychologie et de l’Ésotérisme (œuvre collective en sept volumes) et m’ont confié la tâche de traiter des médecines parallèles, le thème des faith healers [des Philippines] s’intégrait tout à fait au sujet. C’est ainsi qu’en préparant mon plan, l’expression « chirurgiens aux mains nues » – par analogie avec les « médecins aux pieds nus » de Chine – s’est imposée à mon esprit. On connaît la fortune de cette expression, qui recèle d’ailleurs un pléonasme, chirurgien signifiant déjà, en grec, opérateur manuel. Néanmoins, les « mains nues » évoquent bien non seulement la sobriété des moyens mais aussi la vulnérabilité apparente du guérisseur face à la machinerie juridico-médicale ...
C’est donc particulièrement sensibilisé à l’injustice flagrante dont Michel Carayon était victime que j’envoyai à la rédaction du journal Le Monde, le 18 janvier 1977, une lettre où j’écrivais notamment :
« Ce n’est pas à votre journal que l’on apprendra ce qu’est l’objectivité de l’information, laquelle consiste à donner tous les points de vue qui permettent de se faire une opinion éclairée, et non pas seulement des informations “officielles” à sens unique. [Comme c’était le cas dans Le Monde du 18 janvier.]
« Une pléiade de savants de réputation internationale, médecins, physiciens – ayant étudié le problème – sont convaincus de l’authenticité du phénomène que représentent les guérisseurs philippins, phénomène qui s’apparente à la rubrique des faits dits “paranormaux” dont l’étude se poursuit notamment aux USA et en Union soviétique.
« Le fait que l’on ait constaté, dans ce domaine, un certain nombre de fraudes, et le fait que des prestidigitateurs puissent, avec trucages, reproduire (imparfaitement) la plupart des phénomènes paranormaux, n’impliquent pas l’inexistence de ces derniers.
« Les prestidigitateurs, qui sont professionnellement des amuseurs et des marchands d’illusion, ne sont pas particulièrement qualifiés pour se faire, de façon sérieuse, les champions de la vérité, notamment dans le cas de M. Carayon dont la bonne foi a été un peu trop rapidement mise en doute. [...]
« Le réflexe qui consiste à rejeter sans examen approfondi tout ce qui est inconnu ou troublant, ou ce qui remet en cause nos conceptions, n’est pas une attitude scientifique. Mais, heureusement pour elle, la vérité n’a pas besoin qu’on la défende : elle se manifeste, un jour ou l’autre, avec évidence, par les faits. »
C’est donc confiants dans une sagesse et une justice qui transcendent les opinions humaines, que nous livrons aujourd’hui au public le passionnant témoignage de Michel Carayon, guérisseur aux mains nues.
François-Xavier Chaboche
7 octobre 1977
Document à écouter (suivre le lien) : Michel CARAYON, chirurgien aux mains nues - Audio Ina.fr (entretien avec Jacques Chancel, « Radioscopie », France Inter, 27 avril 1977).
[1] « Guérisseurs par la foi. »
[2] H. Sherman, Wonder bealers of the Philippines, Los Angeles, 1967.
[3] Cité par A. Stetler, Guérisons Psi, Éditions Robert Laffont.
[4] Joseph Murphy (1898-1981) est une des grandes figures de la « pensée positive » aux États-Unis. [note de 2017]
[5] Au sens de la « race humaine », avec ses dépendances et pesanteurs psycho-héréditaires. [Note de 2017]