Un système de simulation n’est jamais neutre : il porte en lui une vision du monde. Les règles traduisent inévitablement les partis pris de leurs concepteurs et orientent, parfois subtilement, parfois très directement, les comportements des joueurs comme ceux du meneur de jeu. Incarnation ne fait pas exception à ce principe.
Ces choix prennent racine dans l’univers qui sert de cadre au jeu : Valis. Monde baroque et périlleux, Valis est traversé par une magie omniprésente, tandis que le pouvoir des prêtres s’y manifeste de façon tangible, jour après jour. Si l’homme domine les territoires connus, il n’est pas seul : d’autres races intelligentes coexistent, parfois alliées, parfois rivales.
Dans cet univers, Incarnation privilégie une forme de réalisme — imparfait, assumé — quitte à sacrifier l’équilibre strict entre personnages ou entre races. Les personnages incarnés par les joueurs peuvent être exceptionnels, mais ils ne sont ni invincibles ni nécessairement héroïques. Le ton du jeu oscille ainsi entre la poésie tragique des récits antiques — que l’on songe à l’Iliade —, l’atmosphère grave et tendue d’œuvres comme Le Nom de la Rose, et le souffle de la fantasy classique, dans la lignée d’Howard, de Leiber ou des premiers romans de Vance. Incarnation ne cherche donc pas à être un système universel : il est indissociable de l’âme de Valis.
Le système repose sur quelques principes fondamentaux.
Le premier est celui du réalisme. Il ne s’agit pas de reproduire fidèlement le réel, mais d’en donner une impression crédible. Dans cette optique, les personnages ne sont pas conçus pour être parfaitement équilibrés dans une confrontation directe. Leur intérêt ne réside pas uniquement dans leur efficacité martiale, mais aussi dans leur statut, leur rôle narratif, leurs relations et leur place dans l’histoire.
Vient ensuite la rapidité. Les règles ont été pensées pour s’effacer autant que possible derrière l’action, afin de préserver le rythme du jeu et la fluidité des scènes.
La flexibilité constitue un troisième pilier. Malgré la contrainte imposée par la recherche de rapidité, le système offre une palette suffisamment large de compétences et de mécanismes pour permettre l’incarnation de personnages très divers : du jeune ambitieux encore inexpérimenté au prêtre-mage chevronné, du barde charmeur au moine errant, du bailli fidèle à son seigneur à l’archimage solitaire, de l’artisan aventureux au noble désœuvré, sans oublier le soldat, le forestier ou encore l’héritier d’un sang divin, puissant mais maudit par la déesse de la Passion. Débutants, vétérans ou héros peuvent ainsi coexister au sein d’un cadre de règles cohérent.
Un autre principe essentiel est celui de l’inné et de l’acquis. Les personnages évoluent : leurs attributs — force, aisance sociale, perception, etc. — ne sont pas figés, mais se transforment en fonction des compétences qu’ils développent et des expériences qu’ils traversent, souvent à la hausse, parfois à la baisse.
Enfin, il convient de rappeler que les règles ne sont jamais qu’un outil. Elles servent le jeu, et non l’inverse. Le meneur de jeu est libre de les adapter, de les infléchir, voire de les transformer, à condition d’en informer les joueurs et de veiller à préserver la cohérence de l’ensemble.
Dans cet esprit, seules les mécaniques générales sont destinées à être connues de tous. Les informations plus spécifiques — pouvoirs magiques, techniques de combat, secrets particuliers — ne sont révélés qu’aux personnages en mesure d’y accéder, par l’apprentissage, la découverte ou l’enseignement d’un mentor. Un joueur n’a donc pas vocation à maîtriser l’ensemble des arcanes de Valis s’il ne les a pas explorées en jeu.
Ce choix est délibéré.
LE FAIT QUE CERTAINS ÉLÉMENTS NE SOIENT PAS DÉTAILLÉS DANS CE MANUEL N’EST PAS UN OUBLI, MAIS UNE COMPOSANTE ESSENTIELLE DE L’EXPÉRIENCE DE JEU. Il permet de limiter les approches purement optimisatrices, de préserver le mystère et de recentrer l’attention sur ce qui se déroule autour de la table.
Car Valis est avant tout un univers d’atmosphère, où priment l’enquête, la découverte et l’exploration des mystères. Ceux-ci peuvent prendre mille formes : reliques oubliées au cœur d’une jungle imprégnée de magie ancienne, intrigues politiques aux frontières de royaumes ennemis, alliances secrètes entre figures de pouvoir, ou encore secrets plus intimes, enfouis dans l’âme même des personnages. Rassurez-vous tout de même : ça castagne sévère !
Bon jeu.