C’est le visage le plus sauvage du parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu. Façonné au fil des millénaires par la rivière Bellós dans la roche calcaire, ce profond canyon réunit parois verticales, forêts humides, cascades et sentiers historiques, au cœur de l’un des paysages les plus spectaculaires des Pyrénées aragonaises. Face à l’immensité d’Ordesa, Añisclo se dévoile plus intime et plus sombre, avec une atmosphère presque primitive où l’eau règne en maître dans les moindres recoins.
L'accès habituel se fait depuis la localité d'Escalona jusqu'au parking de San Úrbez, porte d'entrée naturelle de ce secteur du parc. De là partent certains des itinéraires les plus emblématiques du Sobrarbe, qui permettent de découvrir aussi bien de petites balades familiales que de longues randonnées jusqu’au cœur du canyon.
Boucle de San Úrbez : porte d’entrée du canyon
Cet itinéraire facile et accessible rassemble une grande partie des éléments qui font la singularité de cette vallée : l’eau, la roche, la forêt et le patrimoine historique. Il débute du célèbre pont médiéval de San Úrbez, suspendu au-dessus des eaux turquoise de la rivière Bellós. Depuis ce belvédère naturel, on découvre la rivière qui se resserre entre les parois calcaires avant de s’enfoncer dans le grand canyon. Tout près se trouve l’ermitage rupestre de San Úrbez, creusé dans la roche et associé à la figure légendaire du berger et ermite qui a donné son nom au lieu.
Le sentier se poursuit entre passerelles, escaliers en pierre et petits belvédères couverts de mousse. L’humidité permanente favorise une forêt luxuriante peuplée de hêtres, de pins et de végétation riveraine. Le murmure constant de l’eau accompagne le randonneur tout au long du parcours, jusqu’aux cascades et à l’ancien moulin d’Aso.
De San Úrbez à la Fon Blanca : vers le cœur de la vallée
Le sentier s’enfonce pendant plusieurs heures au cœur du canyon, en suivant le cours de la rivière Bellós, jusqu’à atteindre l’un des phénomènes géologiques les plus surprenants des Pyrénées. Le parcours débute lui aussi au parking de San Úrbez et remonte la vallée à travers des forêts ombragées et d’étroites gorges. La rivière accompagne les pas du randonneur, prise entre deux parois vertigineuses, formant des bassins, des rapides et de petites cascades qui font de ce parcours une succession ininterrompue d’eau et de roche.
L’itinéraire est long – plus de vingt kilomètres aller-retour – mais ne présente pas de difficulté technique particulière. À mesure que le sentier prend de l’altitude, le paysage s’ouvre et laisse apparaître des prairies de montagne, comme celle de la Ripareta, qui offre une halte naturelle avant le dernier tronçon.
À la Fon Blanca, une source spectaculaire jaillit directement de la paroi rocheuse, sous les sommets du Mont-Perdu. L’eau surgit des profondeurs du massif karstique pour former une cascade verticale qui se déverse dans la vallée. Au-delà de la beauté des paysages, cette randonnée permet de mieux comprendre la géologie de la vallée et le rôle de l’eau dans la formation du canyon.
Añisclo Superior : la montagne la plus sauvage
La troisième proposition mène vers la partie la plus alpine et la moins fréquentée de la vallée. Ici, le paysage change à nouveau : le caractère encaissé du canyon s’efface et le sentier se rapproche des hauts sommets qui entourent le Mont-Perdu.
C’est un itinéraire plus exigeant, destiné aux randonneurs habitués aux longues journées en montagne. Il s’élève progressivement depuis le fond de la vallée vers les cols et les hauteurs, où dominent les prairies d’altitude, les lapiaz calcaires et les panoramas dégagés sur le massif. Le sentiment d’isolement est total et le silence n’est troublé que par le grondement des torrents ou le vol des vautours et des gypaètes barbus.
L’un des grands attraits de l’Añisclo Superior réside dans les panoramas qu’il offre sur la géographie du parc national. Depuis les hauteurs, on mesure l’ampleur du système glaciaire et karstique qui a façonné ce territoire, ainsi que la continuité naturelle entre Añisclo, Pineta et Ordesa. Et pour garder un souvenir impérissable de cette randonnée, un magnifique panorama s’offre au regard, avec les Tres Sorores en toile de fond, veillant sur le parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu.
Le repos
Le Parador de Bielsa, au pied de la vallée de Pineta et entouré des grands sommets pyrénéens, est l’un des meilleurs refuges pour découvrir le visage le plus sauvage d’Ordesa et du Mont-Perdu.
Construit en 1968, il arbore une architecture moderne. Son esthétique, inspirée des refuges de montagne, se caractérise par l'utilisation prédominante de la pierre et du bois. Sa gastronomie, véritable référence dans la région, met à l’honneur les viandes de gibier, Ternasco de Aragón et des desserts artisanaux comme les pasteras et les teresitas.
Paradores