Nous étions à l’école ensemble ! … Tant de fois avons-nous entendu cette phrase qu’elle nous est devenue familière. C’est en effet un lieu de socialisation extraordinaire ou se nouent des camaraderies essentielles pour la vie future du village. Cependant, selon les époques, la possibilité de fréquenter l’école devient plus qu’aléatoire. De nos jours nous avons du mal à imaginer ce qu’était l’école de nos grands-parents ou pire de leurs parents, car toutes les facilités nous sont maintenant offertes.
En ce qui concerne Saint-Michel, les enfants ont la chance d’aller à l’école dès la maternelle, une cantine peut les restaurer à midi, un car peut les déposer devant la porte s’ils habitent le village voisin. Ils ont pour les réchauffer en hiver, un chauffage sans odeur ni fumée (cela rappellera des souvenirs à certains), des sanitaires convenables, une aire de jeux, etc…
Cela s’est amélioré au cours des siècles et finalement il n’y a pas si longtemps que de telles facilités existent. Autrefois, il était très difficile aux petits villages de financer un établissement scolaire, d’autre part beaucoup de parents avaient également des difficultés matérielles. Dans nos campagnes, alors que l’on apprenait les travaux des champs très tôt, ne pas savoir lire et écrire était chose courante.
Une école mixte (ou simplement une classe), dirigée par les religieux, fonctionnait bien avant toutes celles que nous connaissons. Cependant nous manquons de précisions quant à l’endroit où se trouvait ce premier lieu d’enseignement scolaire. Il ne fait aucun doute, vu les indices qui apparaissent, que ce dernier existait dans le village voici des siècles. Quant aux enseignants autres que des religieux, l’un des premiers, sinon le premier maître d’école, est mentionné en 1677 dans les registres paroissiaux. « …Sieur MOULIN, maistre d’escole à Saint-Michel… ».
Jean SENOUILLET est précepteur des écoles en 1680, Jean BES en 1691. Jean CHAIX régent d’école en 1722 et en 1725 Guillaume DAMOUR, clerc tonsuré est précepteur des écoles également. Jean-Baptiste LABALME, clerc tonsuré est régent en 1742. En 1751, J.B. ROUCET - en 1753, E. CHAMBOLEYRON - en 1755, J. CHAMPETIER et dans les années 1770 et 1771, Laurent BOULOGNE .
Dans un manuscrit de 1784, relatant les dépenses de la communauté, il est fait mention de 150 livres pour les gages du maître d’école et 10 livres pour le loyer de la chambre des écoles (sans doute le local d’hébergement que la communauté met la disposition de l’enseignant). Nous pensons qu’il s’agit là d’une mesure de commodité car ce n’est qu’après novembre 1794 qu’une loi oblige la commune à loger l’enseignant. En 1792, pendant la Révolution, Joseph BRUNIER est « instituteur de la jeunesse ».
Ne possédant pas de maison pouvant servir d’école pas même de maison commune, la municipalité loue depuis de très nombreuses années, des bâtiments pouvant servir à l’une ou à l’autre de ces fonctions. Avant 1839, une vieille maison rue du jeu de boules, fait office ‘‘d’école’’ et de mairie. Il s’agit à ce stade de nos recherches, de la plus ancienne ‘‘école’’(peut-être une simple classe) dont nous connaissons l’emplacement dans le village.
En ce temps là, la commune possède déjà un terrain vague situé au nord de cette maison (l’actuel jeux de boules).
Dès la première moitié du XIXe siècle, la municipalité soucieuse de l’instruction des nombreux enfants de la commune qui travaillent à l’étroit et dans de mauvaises conditions, loue une autre maison dans le village qui, dans un premier temps, fait office d’école puis d’école et de mairie. Nous connaissons le coût de cette location, puisque dans un manuscrit de 1847, la municipalité prévoit une somme de 106,57 F, pour les arriérés de loyers des années : 1839, 1840, 1841 et 1842. Cette location ne peut en aucun cas, être une solution d’avenir et la municipalité qui en est consciente sait qu’il faut créer une école communale. Aussi depuis quelques temps, elle a un projet que seul le coût en freine la réalisation… Acheter la maison de monsieur ROBERT que la municipalité loue, pour y installer en toute propriété l’école et la mairie. Le bâtiment possède au nord un grand terrain planté de jeunes mûriers que la mairie a déjà incorporé dans ses comptes. Ce terrain entouré d’un mur en pierres sèches est toujours visible, il s’agit de la propriété privée au sud de la rue Jean Moulin.
L’idée suit son chemin et le premier devis est fait en 1839 par un architecte de Bagnols, Monsieur JEAN, après une délibération du conseil le 10 mai de cette même année. En attendant l’instruction des enfants doit continuer et le 1er octobre 1840, après avoir examiné les titres de moralité et de capacité, la municipalité installe dans ses fonctions comme instituteur communal, Monsieur Pierre LAMURE, habitant la Bastide d’Engras.
En 1841, avant d’acheter le bâtiment, le conseil municipal avec à sa tête monsieur MICHEL, fait encore appel à monsieur Jean JEAN, pour qu’il étudie la « …possibilité et convenance de faire une école de petites filles en même temps que celle des garçons. »
Monsieur J. JEAN est bien connu dans la région, il a notamment fait en 1838, les plans pour la restauration de l’église de Bagnols, s’élevant à 45000 francs.
Le 11 octobre 1841, l’architecte répond favorablement et accompagne sa lettre d’un plan et d’un devis. Il décrit les travaux à effectuer pour la réalisation et précise qu’on accédera aux classes par un escalier mitoyen, vu les moyens financiers de la commune. « Il me paraît Monsieur le Maire, que la chose est possible et convenable, comme il est signalé sur le plan en faisant la classe des petites filles dans la chambre Nord-Est, laquelle est suffisamment grande, etc… ». Puis monsieur JEAN poursuit en évoquant la classe des garçons laquelle dit-il « …quoique rétrécie se trouverait avoir quatre mètres de largeur et six de longueur ce qui produira encore une espace suffisante pour la classe des garçons de votre petite commune, ainsi que pour les audiences du Conseil Municipal. »
Le montant total des nouveaux travaux indispensables, s’élève à la somme de 101 francs. Mais la commune, comme très souvent tout le long de son histoire, a les caisses vides.
Monsieur Auguste ROBERT, propriétaire de la maison en question, habite à Nîmes. Le 10 octobre, monsieur ROBERT est en visite à Saint-Michel ou il rencontre le maire, monsieur MICHEL. Que se disent ces messieurs ce jour là ? … Est-il question des loyers non payés par la municipalité depuis le début de la location, le 1er juillet 1839 ?
Sans doute pour le faire patienter le maire promet à monsieur Robert que sous quinzaine il pourra le régler, ou mieux, lui préciser la volonté du conseil de vouloir acheter sa maison. Une lettre du propriétaire du 25 octobre 1841, nous en apprend d’avantage. Voici ce que monsieur Robert écrit au maire : « Monsieur, voilà déjà quinze jours expirés et rien encore de ce que vous m’avez promis ne s’est réalisé, je ne puis rester dans pareille incertitude, si vous ou la commune ne prenez pas un parti je le prendrai moi-même, veuillez bien je vous prie, vous expliquer afin que je sorte de cette incertitude et quand définitif je sache à quoi m’en tenir, honorez-moi de votre réponse et faites moi connaître si la pièce demandée est partie, ou si vous ou le conseil avez changé d’avis, et rompu nos conventions.
Par la même occasion je suis bien aise de vous faire l’observation suivante que probablement vous ne connaissez pas. Il existe à la préfecture dans le dossier relatif à la maison une pièce en règle que j’ai vu qui autorise la commune de Saint-Michel-d’Euzet à s’imposer extraordinairement pour une somme de 1333,34 F pour son acquisition, ce qui change tout à fait votre position puisque c’est le tiers qu’on vous paye. Dans le même dossier j’ai vue le procès verbal de commodo incommodo qu’on croyait perdu, je vous prie de réfléchir à cela, il paraît que tout est fini et qu’on attend que le plan que vous avez en mains.
Moi-même pour cette affaire j’ai écrit un mémoire à monsieur le Préfet dans les nombreuses et justes observations, j’ai fait entrevoir le triple but de l’utilité de ma maison ; maison commune, maison d’école, et même cimetière par la position géographique du jardin qui se prolonge au nord du village…
Je le répète encore répondez-moi courrier par courrier une chose ou l’autre, si vous ou le conseil municipal violez vos engagements, incontestablement vous aurez lieu à me payer des dommages et intérêts, l’état dans le quel vous avez abandonnée ma maison…le moindre retard peut vous occasionner des choses encore beaucoup plus importantes.
J’ai l’honneur de vous saluer. Auguste Robert »
A la lecture de cette lettre on s’aperçoit que l’affaire est très engagée et que le propriétaire qui n’a pas l’air commode, bien qu’il paraisse dans son droit, veut vendre au plus vite. La commune qui n’a pas un sou hésite à s’engager, consciente de l’onéreuse opération que représente l’achat sans compter les réparations.
L’année 1841 se termine avec péripéties et graves problèmes, notamment une énorme épidémie mortelle qui va sévir jusqu’en 1842.
Le 28 avril 1842, monsieur JEAN remet son dernier devis. Le 11 août le projet est approuvé par le sous-Préfet d’Uzès et le 17 août par le Préfet de Nîmes.
Par ordonnance royale en date du 31 juillet 1842, le maire est autorisé à acquérir, pour la commune, des bâtiments pouvant servir d’école primaire. La municipalité, bien que désargentée en fait tout de même l’acquisition, le 5 octobre 1842, pour un montant de 2000 F hors frais. Me COTTON notaire à Bagnols enregistre l’acte. Dans un manuscrit de l’époque on fixe le prix réel de la maison ROBERT à la somme de : 2500 F capital et intérêts, plus frais pour la purge de l’hypothèque légale, 80 F.
Le 5 mai 1843, le conseil vote le traitement de l’instituteur qui se compose de deux parties : un fixe de 200 F par an plus un taux de rétribution payable mensuellement. Le coût de l’enseignement est fixé d’une façon qui peut nous paraître surprenante de nos jours.
Pour les élèves apprenant à écrire, à lire et à chiffrer : 1,50 F par élève.
Pour les élèves n’apprenant qu’à lire : 1 F par élève, etc.
Venant de la commune d’Allègre certificat de moralité et diplômes en poche, monsieur Antoine RIEU est installé dans ses fonctions d’instituteur du primaire. Une délibération du 6 novembre 1843, nous renseigne sur cette nomination.
En 1845, les finances vont au plus mal et le conseil fait évaluer par monsieur JEAN le prix de certains biens communaux, tels que des bâtiments et diverses parties des remparts, qui selon lui pourraient être cédés pour la somme de 758,34 francs.
Pour ne rien arranger, au tour du 20 septembre 1846, la commune subit des inondations catastrophiques. Démuni, le conseil se tourne vers le gouvernement pour trouver un appui afin de venir en aide aux victimes de la forte crue.
A la même époque, en 1846, Mademoiselle DEYDET crée à ses frais dans la commune de La Roque, une école ‘‘gratuite’’ dirigée par les frères Maristes. Une lettre est envoyée aux communes de Saint-Michel et Saint-Laurent pour les informer que cette école sera ouverte non seulement aux habitants de La Roque, mais aux villages voisins. Bien entendu les communes participeront aux frais de fonctionnement. Faute de moyens financiers et de locaux, ne pouvant scolariser tous les élèves convenablement à la maison Robert, on trouve provisoirement une solution satisfaisante. On décide d’envoyer les garçons à l’école des frères, à La Roque et de garder les filles à Saint-Michel.
Dans la délibération du 27 mai 1849, il est toujours question de payer les loyers que l’on doit à monsieur Robert pour les quatre années de location, c’est à dire depuis le 1er juillet 1839 jusqu’au 5 octobre 1842, date de l’acquisition.
Le 26 mai 1850, une délibération présidée par le maire monsieur Joseph AUBANEL, nous apprend que la commune est encore plus endettée et que pour y remédier il faudrait envisager de vendre certains biens communaux. On ressort l’estimation de l’architecte monsieur Jean JEAN, faite en 1845. En ce qui concerne les biens communaux en question, il s’agit de vendre aux riverains une partie des remparts et une ruelle adjacente, qui dit-il « …ne peuvent être d’aucune utilité à la commune. » Cela permettrait à la municipalité, non seulement de ne pas faire les réparations nécessaires et obligatoires de ces biens communaux, mais au contraire occasionnerait des ressources supplémentaires à la commune en ces temps de grand besoin. En effet, il faut soutenir les procès en cours, faire face aux dépenses municipales et rembourser l’emprunt fait pour l’achat de la maison ROBERT.
Sous la municipalité de Jean-André GUIGUE, le premier août 1858, le conseil délibère en vue de la création d’une école Communale de filles « Le conseil après avoir délibéré a été d’un avis unanime qu’une école communale des filles soit établie dans la commune de Saint-Michel-d’Euzet, que la direction de cette école soit confiée à un ordre religieux. »
Au cours de la même séance, est voté une somme de 125 F pour payer à l’école privée la part communale du dernier trimestre de l’année 1858. En outre il prévoit une somme de 500 F pour le traitement des deux sœurs à venir. Tout cela occasionne des frais et la commune cherche sans cesse des ressources, on va même jusqu'à voter le 15 août 1858, une taxe sur les chiens.
En 1864 la situation continue à être aussi critique et il faut se résigner à vendre une terre appartenant à la commune pour couvrir les dépenses.
En 1867, la circulaire préfectorale du 30 juin relative à la loi du 10 avril 1567 sur l’instruction du primaire, invite le conseil à délibérer sur l’opportunité de faire un local pour l’enseignement des enfants. Le conseil après avoir délibéré, estime qu’il « …n’y a pas lieu d’ouvrir un local pour les garçons, car pour la somme de 175 F, les enfants de la commune sont reçus gratuitement à l’école des frères de la Roque, village voisin de St-Michel. » Grâce à cette circulaire, on apprend que depuis vingt ans, on s’est contenté de la solution provisoire.
Pour résumer, depuis l’achat en 1842, de la maison de monsieur ROBERT, qui devait servir de locaux à l’école, on n’avait pas pu faire tous les travaux faute de moyens financiers. On s’était donc installé depuis cette date, dans la situation provisoire. Une classe pour les filles avait tout de même été ouverte, comme nous l’avons vu précédemment, tandis que les garçons allaient toujours à l’école de La Roque. En 1866 dans une délibération, il est mentionné l’école de La Roque, comme étant une école mixte.
Cette situation restera figée jusqu’à ce que l’on décide en 1877, d’acheter un bâtiment que les villageois appellent : la maison BALMELLE. Curieusement, cette acquisition permettra à l’histoire de se répéter et trente cinq ans plus tard la situation et les problèmes seront à peine différents.
Évoquons donc cet établissement que beaucoup connaissent pour l’avoir fréquenté et qui se trouvait dans les locaux de l’ancienne mairie. Nous prendrons ainsi connaissance de la longue histoire qui se rattache à ces vieilles pierres.
Donc, après avoir obtenu les autorisations préfectorales nécessaires, (28 mai 1877) la municipalité fait l’acquisition de ce vieux bâtiment, appelé ‘‘maison Balmelle’’. On s’installe tant bien que mal dans les pièces qui sont habitables, tandis que le reste de la bâtisse demeure dans l’état de délabrement d’origine, exactement comme il y a 35 ans à la maison Robert. Ainsi, la mairie et l’école laïque des filles, cohabitent depuis ce temps là de manière très difficile. Le 20 juillet 1879, monsieur F. DEGAN, architecte à Bagnols, fait parvenir un devis à la mairie intitulé ‘‘Projet des menus travaux à faire pour améliorer l’École Communale des Filles’’
Le 10 août 1879, au cours d’une séance municipale, le conseil évoque cette fameuse opération immobilière en ces termes : « Lorsque la commune en 1877 fit l’acquisition de la maison Balmelle pour y installer la mairie et l’école des filles, elle épuisa toutes ses ressources et il ne fut pas possible de songer à aménager les nouveaux locaux … ». Plus tard on s’y installa par obligation, mais les travaux administratifs et l’école ne pouvaient cohabiter dans ce compromis plus que précaire sans se gêner mutuellement. Monsieur Henry de PRESOLLE, le maire de l’époque, dénonce donc la situation ce jour là, fait remarquer également qu’un préau couvert est nécessaire pour servir de refuge aux élèves des granges, et propose une solution : « Il y a donc lieu de signaler à l’autorité supérieure, la situation que l’on vient d’exposer et de demander eu égard à l’absence pécuniaire de la commune, une subvention suffisante pour pouvoir payer les travaux dont le devis dressé par Monsieur DEGAN, architecte à Bagnols, s’élève à la somme de 541.72 frs, tout compris. » Le conseil approuve le projet et charge monsieur le maire de poursuivre auprès des autorités préfectorales, les aides nécessaires. Dans la même séance il constitue une commission pour passer les marchés voulus sous la présidence de monsieur le maire.
Le temps passe et le 20 juin 1881, arrive en mairie un courrier sans aucun rapport avec l’école. Il s’agit d’une circulaire de l’autorité supérieure, en d’autres termes de monsieur le Préfet, demandant à monsieur Henry de PRESOLLE, ni plus ni moins que de faire « …voter une somme pour la célébration de la fête nationale du 14 juillet. La réponse ne se fait pas attendre et dans une délibération « Le conseil municipal regrette (les ressources de la commune étant nulles) de ne pouvoir voter aucune somme pour la célébration de cette fête. »
Devant cette situation qui perdure, les parents mécontents du trajet que doivent faire les enfants par tous les temps pour se rendre à l’école de la Roque réagissent. Une pétition des habitants demandant la réalisation dans la commune d’une école publique de garçons, arrive quelques mois plus tard en mairie. La municipalité se réunit le 16 octobre 1881 pour en délibérer : « Le conseil municipal après avoir pris connaissance de la dite pétition, est unanimement d’avis de rejeter cette pétition vu que le manque de locaux et la situation financière de la commune s’y opposent. »
Il faut se rappeler que nous sommes en plein conflit entre écoles laïques et privées.
Le 5 janvier 1882, l’inspecteur de l’Académie, un certain DELEPINE, de Nîmes, fait un rapport à monsieur le sous-Préfet pour qu’il impose à la municipalité, par les moyens réglementaires, l’obligation de faire un groupe scolaire. Ce que fait monsieur le sous-Préfet, le 24 février 1882, par un courrier dans lequel il prouve à monsieur le maire qu’en faisant une école la municipalité ferait faire à la commune des économies.
Pour mémoire il faut préciser comme nous l’avons vu dans les précédents paragraphes, qu’à cette époque Saint-Michel dépendait de la Sous Préfecture d’Uzès et tout comme de nos jours de la Préfecture de Nîmes.
« Monsieur le Maire,
En date du 11 janvier dernier j’ai l’honneur de vous communiquer un rapport de Mr l’inspecteur d’académie, concluant à ce que la commune de Saint-Michel soit pourvue d’office de deux écoles. Elle en a actuellement qu’une et les jeunes garçons vont à l’école de la Roque. Vous payez de ce chef une somme de 200 francs par an à cette commune …».
Le sous-Préfet énumère les avantages pour la commune ainsi que les subventions possibles et conclut : « La situation me paraît-elle, monsieur le maire, que le refus de doter la commune de Saint-Michel d’écoles communales, serait de la part du conseil municipal, un acte d’évidente mauvaise volonté. »
Peut-être à l’image de la capitale, doit-on y voir au cours de cette période de 1881 – 1884, dans notre petit monde politique local, l’influence de Jules FERRY et sa réforme de l’enseignement, ainsi que sa révision constitutionnelle. Toujours se fait-il que le 13 juin 1884, le préfet force un peu la main au conseil et a son maire, Monsieur H. de PRESOLLE, en faisant supprimer l’indemnité que la commune accorde aux frères de la Roque pour l’instruction des garçons. (Ce n’est pourtant qu’en 1886 que les écoles publiques seront laïcisées et ce n’est qu’en 1902 que se fera la fermeture des écoles religieuses non agréées). Donc après cette décision préfectorale qui bouleverse la situation depuis longtemps établie, tous les garçons scolarisés chez les frères Maristes de La Roque, se retrouvent sans école.
Monsieur le maire prend acte de la décision de monsieur le Préfet et, ce même 13 juin, après avoir exposé les faits en plein conseil, « …propose qu’une sœur soit accordée à l’école mixte de la commune pour être chargée de l’instruction des garçons. »
Le 20 juin 1884, le maire prend une décision et pour la faire appliquer il convoque le conseil, qui délibère ce jour et approuve : « Monsieur le maire propose à cette assemblée de voter la somme de 42 francs prise sur les fonds de la commune de l’exercice 1884 pour être employés à la distribution de pains le jour de la fête nationale du 14 juillet (pour les pauvres).»
En classe on s’est serré un peu et fait quelques travaux, mais, conséquence de la décision préfectorale, le mobilier scolaire est insuffisant pour le nombre d’élèves qui fréquentent désormais l’école communale. Pour finir de le compléter, la décision est prise le 19 octobre 1884, d’acheter pour la somme de soixante trois francs, une autre table bureau, deux bancs et un tableau noir.
Lorsque monsieur le maire parle d’une sœur pour instruire les enfants, il fait certainement allusion à une sœur enseignante comme celles qui exercent dans un autre établissement ; ‘‘l’école congréganiste’’, dirigée par les Sœurs de la Sainte-Famille de Vagnas qui est logée tout près du château. Cette institution privée dirige une école financée par les parents avec la participation de la municipalité, qui fixe les tarifs. En 1871, l’institutrice se nomme sœur Placide et son adjointe sœur Marie de Jésus, elles reçoivent les filles du primaire en deux catégories ; 1ere catégorie : enfants de moins de 7 ans, 1 franc par attribution mensuelle et 6 francs par abonnement annuel. 2e catégorie : enfants de 7 ans et plus, 1,50 franc par attribution mensuelle et 10 francs par abonnement annuel. Les enseignantes perçoivent un traitement fixe et un supplément s’il y a lieu. En fonction de la situation des parents et d’après la liste fournie par la mairie, certains élèves sont reçus gratuitement à l’école.
En 1869, huit filles qui bénéficient de cette mesure sont admises à l’École Primaire Communale dirigée par Mlle AMBLARD (sœur Placide).
Cette école catholique de filles, reçoit également des dons, ainsi en 1881, madame Françoise LAVILLE, outre un don à l’église, laisse par testament ses terres à la commune qui est chargée de les louer par adjudication. Les revenus de chaque année, devront servir à l’entretien de la dite école pendant une durée de neuf ans. (Commencée le 15 novembre, cette volonté testamentaire se terminera, le 29 septembre 1890).
Le 27 août 1888, Mademoiselle Julie JOUVE, institutrice, âgée de cinquante ans, propose dans un courrier à monsieur le maire, sa candidature à la direction de l’école libre congréganiste en remplacement de sœur Placide, à dater du jour ou elle cessera d’exercer ses fonctions.
Seize ans après, en 1904, interdiction sera faite en France au personnel des congrégations d’enseigner.
En effet, la conjoncture locale semble plus intéressante à tous points de vue et ce, malgré que l’on commence déjà à parler chômage. En 1894, Saint-Michel compte environ 510 habitants et les finances se portent un peu mieux. Monsieur Amaury de PRESOLLE, le maire de la commune, obtient la promesse de monsieur le Préfet :
« … qu’il serait accordé à la commune de Saint-Michel, un ménage d’Instituteur et d’Institutrice pour les écoles laïques de garçons et de filles ». Pour que cette promesse puisse prendre effet il est indispensable que la commune fasse quelques aménagements et prépare un logement de fonction pour le couple d’enseignants. Pour les garçons pas de problème ils sont déjà installés dans une grande salle avec cour et jardin*. Pour les filles, ainsi que pour le logement des instituteurs, l’architecte monsieur TOURGON de Bagnols, proposera son devis.
En prévision, une demande de crédit pour un montant total de 1100 F avait été votée précédemment, puis renouvelée et inscrite au budget de 1893. La municipalité avait prévu 500 F pour les travaux de réparation du logement et 600 F pour le local des filles. Monsieur le maire précise dans le compte rendu de la séance : « Tous les travaux ne pouvant être effectués à la journée seront donnés à la tâche …à des spécialistes du pays ce qui leur procurera du travail en ce moment de chômage ou bien mis en adjudication. » (1)
Finalement le 5 avril 1893, monsieur TOURGON établit sont devis comme suit : le montant des travaux pour le logement s’élève à 380 F, tandis que pour le local des filles les 600 F prévus sont insuffisants aussi on y ajoutera les 120 F qui sont en excédant sur la somme prévue pour le logement des enseignants. Les réparations à faire à la salle d’école des filles et à la salle de la Mairie sont très urgentes. En ce mois de juin la municipalité se trouve sans mairie ayant par mesure de sécurité, cédé sa salle aux élèves.
La promesse de monsieur le préfet suit son cours et la municipalité délibère le 1er octobre 1894, pour l’installation de monsieur et madame MELY, instituteurs titulaires, pour enseigner à l’école publique du village. Monsieur Louis-Pierre MELY prendra ses fonctions, le 7 octobre et madame MELY née ROUSSEL, le 20 octobre.
Un inventaire de 1892 nous renseigne sur le mobilier que la commune fournit aux enseignants, ainsi que sur le mobilier scolaire de l’école des garçons.
- 2 lits en bois en mauvais état, 2 matelas également en mauvais état et une table ‘‘passable’’.
- 4 tables avec banc pour les élèves, 1 armoire et 2 tableaux noirs, 1 poêle, le tout en bon état.
- 1 mappemonde portative, 1 système métrique, 2 cartes en relief (France et Europe), le tout passable.
- 1 bureau de maître, 1 chaise, 5 cartes de France - Europe,
1 manuel scolaire, 1 pendule, 1 croix, le tout en mauvais état.
Mais si en 1894 on a tout fait pour moderniser l’école en la dotant d’un local pour les filles, d’un logement pour les enseignants et d’une salle pour la municipalité, tous ces travaux de restauration n’ont été que des demi-mesures d’urgence. Six ans plus tard, en cette fin de siècle, il s’agit cette fois de faire l’acquisition d’un véritable groupe scolaire fonctionnel et d’une mairie en y mettant les moyens.
Le 28 avril 1899, le maire monsieur MICHEL, fait part à son conseil d’une lettre importante, datée du 15 avril, qu’il a reçu de monsieur le Sous-préfet d’Uzès.
« Monsieur le maire de Saint-Michel-d’Euzet, j’ai l’honneur de vous informer que par décision en date du 7 courant, Monsieur le Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts, a donné son approbation au projet d’appropriation d’un groupe scolaire à Saint-Michel-d’Euzet et fixe à 3200 francs le montant de la subvention de l’état allouée à votre commune en vue du paiement. La dite subvention sera versée dans la caisse municipale lorsque la commune sera en mesure d’en faire régulièrement emploi. »
Le projet d’appropriation présenté évalue la dépense totale à 6924 francs, répartie comme suit : Groupe Scolaire : 5924 francs - Mairie : 1000 francs. La subvention de l’état s’élevant à 3200 francs, la commune devra trouver le financement de la différence soit : 3724 francs. Monsieur le maire proposera de voter pour un emprunt amortissable en 25 ans, à la Caisse des Dépôts et Consignations à Paris. C’est ainsi que le village pu prétendre à un véritable groupe scolaire que l’on pourrait classer de fonctionnel pour l’époque.
Cet établissement aménagé en 1899, sera entretenu au fil des ans et restera encore en fonction pendant 61 ans.
En 1960, le bâtiment de cette école publique est abandonné au profit de nouveaux. Les anciens locaux seront employés par les associations et la Maison Commune.
Côté municipalité, on s’accommode de cette situation jusqu’à la construction de la nouvelle mairie et la ‘‘Salle des Rencontres’’, quelques dizaines de mètres à côté.
Cette école mixte, aménagée à l’emplacement actuel quartier La Font, côtoie de précieux vestiges du passé, dont tours et remparts se dressent fièrement pour en témoigner. Remparts et école face à face, passé et avenir, se présentent au visiteur comme des symboles défiant le temps.
Tout commence dans les années 50, où la nécessité de faire de nouvelles classes et des logements de fonction, devient impérieuse. Après avoir bien mûrit le projet les années précédentes et après l’acquisition des terrains, la municipalité de monsieur BONNAUD se lance dans l’aventure. Le 10 septembre 1957 elle passe un marché de gré à gré avec l’entreprise ROUX et fils de la ville d’Apt. Le projet consiste en la construction d’une école à deux classes avec dépendances et deux logements.
L’arrêté ministériel du 4 juillet 1957 met à la disposition de monsieur le Préfet, un crédit global de 70 millions de francs, pour permettre de subventionner sur le plan local les constructions scolaires d’un coût inférieur à 50 millions de francs. Le projet de la commune entrant dans ce cadre, une subvention à hauteur de 85 % (9.149.000 F) lui est accordée, le 12 septembre 1957. La réception définitive des travaux ne se fait que le 6 décembre 1960.
Dix-neuf ans après, en 1979 sous la municipalité de monsieur GRAFFAND, on aménage une troisième classe, et, au cours des années suivantes, 1980 - 1981, on construit le préau et la cantine. Plus tard, en 1989, c’est le tour de l’aire sportive qui se trouve à côté des écoles. Une quatrième classe est créée en 1994 complétant ainsi le petit complexe scolaire et sportif.
Sous la municipalité de monsieur MICAELLI, en 2001, le dortoir sera réaménagé et entièrement mis aux normes de sécurité et d’hygiène. Un trottoir, des barrières et un éclairage moderne finiront de sécuriser et de rendre plus agréables les abords de l’école, ainsi que le trajet jusqu’à l’arrêt des cars qui se trouve devant l’entrée.
Depuis sa création il y a eu des périodes de hausses et de baisses d’effectifs, comme en 1989 où les élèves tous âges confondus ne dépassaient pas le nombre de quarante. Actuellement, en 2005, l’école est fréquentée par 86 élèves, dont une partie vient des villages de la Roque et dans une moindre mesure et sur dérogation de Saint-Laurent. Elle comporte des classes mixtes allant de la maternelle au CM 2 avec un dortoir et une cantine. Malheureusement, à moins que ce village puisse s’agrandir sans cesse, la fermeture de classes est une menace constante.