En se promenant dans la campagne de notre commune et en observant les tessons de cette céramique caractéristique, nous pouvons nous rendre facilement compte, du grand nombre de dolia qui à un moment donné de leur existence ont servi aux habitants qui exploitaient les terres ou nous vivons.
Un de ces énormes récipients était exceptionnellement encore intact il y a quelques années au château de St-Michel. Il s’agit certainement de celui dont parle l’abbé Béraud dans son récit concernant les tuchins. Mais s’il est clair qu’il a vu un dolium au château, est-ce le même qui à servit au moment des événements du tuchinat ?
Le problème est que la découverte de ce dolium est postérieure à ces événements. Comment avait-il pu servir en 1382, s’il ne fut découvert qu’en 1832 ?
S’agit-il du même dolium antique ? - L’abbé Béraud aurait-il émis des conclusions trop hâtives ? ... C’est les questions que l’on peut se poser.
Ce que nous savons c’est qu’au 14e siècle un habitant dénommé Borgogne se servit d’un récipient semblable et forcément en bon état, pour cacher le blé pillé dans les greniers du Château d’Aiguèze...
... Un extrait du journal de B. de Barème, témoignage précieux, qui nous permet de retrouver sa trace.
« Au mois de novembre 1832, en faisant travailler le terrain dit ‘‘Le Manège’’ pour y planter des mûriers on découvrit une urne très ancienne et qui était sous terre a plus de deux pieds. On tâcha de la dégager avec précaution et l’on chercha si elle ne contenait rien de précieux ; mais elle était simplement remplie de terre cendrée. Dans ce moment, on ne continua pas à sortir cette pièce intéressante, on la laissa recouverte. Ce n’est que le 3 octobre 1834 qu’elle a été tirée de cette place et amenée dans le vestibule du château. On a eu beaucoup de peine à y parvenir tant à cause de son volume, de son poids, que du manque d’une machine propre à remuer une pareille masse. Enfin elle a été placée sans incident grâce aux soins de Mr L’abbé Faillou qui se trouvait à cette époque au château de Saint-Michel. »
Dans la ‘‘Carte archéologique de la Gaule’’ - n° 3, éditée en 1999, on fait référence à notre dolium et a cette découverte, en ces termes : « Près du village, en 1834, on aurait trouvé un très grand dolium : Gr. Charvet, 1873, p. 118, n° 126 ; - E. Espérandieu, 1934, p. 75. »
Placé en 1834 dans le vestibule du château, il fut plus tard remisé dans la cour entre deux arbres. Une photo aimablement prêtée par Mesdemoiselles de Pressole, nous prouve qu’il n’y a pas si longtemps il était encore intact. C’est le vandalisme et le gel qui finirent par avoir raison de ce précieux monument qui ne méritait pas une telle fin. Un amoureux d’histoire et des objets antiques, en recueillit avec respect les restes. Une partie fut déposée en l’église de La Roque-sur-Cèze et participa ainsi à une exposition culturelle. Après avoir encombré bien malgré eux un recoin de l’église, les restes de notre dolium finirent, voici quelques années, dans la benne d’un brave maçon qui venait de restaurer le toit du saint édifice. Seuls quelques morceaux subsistent encore, nous mêmes en possédons un bout de la lèvre.
Il devait être impressionnant et plusieurs auteurs en soulignent sa grande taille.
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Voici en quelques lignes les faits dramatiques de cette époque 1382 – 1384, concernant l’aventure des Tuchins et la raison pour laquelle le village y fut hautement mêlé. A noter qu’une rue du village porte ce nom. Sans doute à juste raison, ces événements furent jugés importants pour la commune.
Les Tuchins pour la plupart, ne sont que des gens simples, des paysans pauvres qui décident un jour de se révolter pour faire cesser dans notre région, une injustice. Ils sont accablés d’impôts, notamment celui qui nous intéresse ‘‘la gabelle du sel’’ dont l’origine remonte en 1341 à Philippe de Valois, mais que Charles V a pourtant supprimé.
Pons Biordon, visiteur général de la gabelle de l’époque, ne tient pas compte de la volonté du monarque. En effet notre gabelou, obéissant plutôt aux puissants seigneurs qui sont contre cette suppression, continue à percevoir injustement l’impôt.
Persuadés d’avoir raison, les membres de ce mouvement de ‘‘Compagnons’’*, (Tuchins) sont bientôt rejoints par près de mille rebelles. Une jaque blanche, serrée à la taille par un cordon rouge, leur sert d’uniforme et de signe de reconnaissance. Ils sont commandés par quatre chefs tous originaires de la région : Verchière; Ferragut, du Pin ; Vachon, de Pont-St-Esprit et Bernard Régis dit ‘‘Hannequin’’ *, de St-Michel-d’Euzet. Parmi les hommes constituant la troupe, deux autres Saint-Michelois ; Raymond Petit et surtout Bourgogne (Borgogne - Bourgonho) se font également remarquer.
Par leurs manières rustres et violentes, ils font peur à la bourgeoisie de la région de Bagnols où ils entrent un jour, trompettes et cornemuses en tête et s’y installent un laps de temps. Cependant, on les voit faire des menus travaux ici et là et collaborer avec les autorités au maintien de l’ordre. Ils se distinguent notamment en faisant arrêter un criminel qui vient d’assassiner un marchand dans les combes de Valliguières. Certains se comportent bientôt en terrain conquis, troublant l’ordre public et se livrant à la boisson du matin au soir. L’abbé Béraud, dans son livre ‘‘Histoire de la Ville de Bagnols’’, ouvrage dont nous nous sommes inspirés pour les détails des aventures des Tuchins, nous révèle qu’ils n’hésitent plus à s’attaquer aux personnes.
« Un jour de marché, devant la boucherie à bagnols, Tholorgon et un autre tuchin blessèrent à la tête un notaire de Connaux, et au bras la belle-mère de celui-ci, parce que ces deux bourgeois critiquaient le tuchinat. Jean Coq, nouveau capitaine les fit arrêter aussitôt et expulser de la ville. Ils se vengèrent peu après, en essayant de démanteler l’une des portes et d’y tuer un charpentier qui en avait la garde. »
Tout commence lors d’une émeute, sans doute préméditée, à Pont-Saint-Esprit (Saint-Saturnin-du-Port) ou demeure le grenier à sel.
En septembre 1382, après avoir attaqué le château d’Aiguèze, une centaine de Tuchins dont un de leurs meneurs n’est autre que Bernard Régis, pillent les greniers et se partagent le blé. Bourgogne de Saint-Michel, se sert de grosses jarres, pour entreposer une partie du butin. L’abbé Béraud, y fait allusion lorsqu’il évoque le Tuchinat en citant ses sources puisées pour la plupart des archives municipales de Bagnols : « … Maistre de Saint-Gervais et Borgogne de Saint-Michel en logèrent chez eux de grandes quantités ; Borgogne en gardait une grande urne pleine, d’une capacité de sept à huit salmées. Et il ajoute : « On y voit encore ce magnum dolium antique, de dimensions extraordinaires, au château de Saint-Michel ».
Le Tuchinat va durer chez nous deux ans, de 1382 à 1384 et la terreur se propagera empêchant le travail dans les champs, les paysans ayant peur des représailles. En ce temps là, Saint-Michel-d’Euzet, avec ses huit feux, n’est pas encore ce que l’on appelle de nos jours un village. Il ressemble davantage à un gros bourg avec une chapelle fortifiée et sans doute déjà des remparts primitifs, cela lui évite pendant le conflit, de partager le sort de Saint-Gervais, autre village abritant des rebelles. Dans ce village voisin, Jean Maistre, a les oreilles arrachées par les bourreaux du chevalier Gourdonnet. L’église prend feu, sans doute à la suite de l’incendie de plusieurs maisons provoqué par les seigneurs, mécontents de cette révolte et de l’attaque de l’un des leurs. A Saint-Michel, les Tuchins se rendront maîtres du château sans causer de dégâts, sans doute pour la simple raison que l’un de leurs chefs est du village et surtout parce que beaucoup de blé y est entreposé. Un Bayle se fait Tuchin, il est capturé par les gendarmes du sénéchal et pendu à un amandier.
Le château d’Aiguèze est récupéré par la force fin 1383, puis les châteaux de Sabran et de Cornillon, occupés par les Tuchins tombent également. Les autorités, aussi bien le Pape d’Avignon que le Roi Charles VI, dépêchent des émissaires dans la région pour terminer cette affaire. En 1384, ils traitent avec les chefs ; Ferragut, Régis, Verchière et Vachon, lesquels promettent, contre l’abandon des poursuites, de faire cesser les actes des Tuchins et de les faire rentrer chez-eux.
Après ces évènements, le visiteur général de la Gabelle demande justice et elle s’abat de façon implacable. De nombreux témoignages et dépositions sont conservés aux archives municipales de Bagnols. Toujours d’après le même auteur, nos Saint-Michelois rebelles et leurs complices, sont certainement exécutés, pour la plupart, de façon très expéditive. Les écrits qui relatent l’instruction du procès Biordon qui fait suite à cette période mouvementée, parlent déjà de la veuve de Verchière et de ‘‘Mélina’’ * la veuve de Bernard Régis.