J4 : Lundi 4 juillet 2022
Le week-end étant achevé, c’est le moment idéal pour envisager un parcours incontournable du massif vosgien : trois lacs (Blanc, Noir, Forlet) en une seule randonnée que l’on peut débuter soit au lac Blanc, soit au lac Noir. Comme je me suis inspirée d’une page Visorando préconisant le départ au lac Noir, nous avons adopté le même point de départ.
Pour y arriver depuis Trois-Épis, le GPS de notre voiture nous a cependant joué quelques mauvais tours, nous envoyant dans des chemins vicinaux jusqu’à l’extrémité d’une piste fermée pour travaux juste devant le lac. Heureusement, en faisant les yeux doux au conducteur d’engin, j’ai réussi à le convaincre de déplacer sa machine, nous évitant ainsi un détour conséquent. Ouf !
A part l’équipe du chantier, personne autour du lac à cette heure (9 heures) !
Bordé de sapins et de rochers, le lac Noir d’origine glaciaire est blotti au cœur d’un cirque granitique à 935 mètres d’altitude sous une crête du massif vosgien. Il est situé en aval du lac Blanc auquel il est relié par un ruisseau et des canalisations aménagées entre les deux guerres afin de préserver un niveau d’eau suffisant au fonctionnement d’une centrale électrique construite sur la rive nord dans les années 1930, arrêtée en 2002 et démolie en 2014.
Le lac Blanc, c’est justement notre prochain objectif. Nous le regagnons par le sentier Cornelius, dont le nom fait référence à la fontaine Cornelia que nous trouverons sur notre passage. On peut se rafraîchir à la source, mais pour se désaltérer, il vaut mieux avoir prévu sa boisson, l’eau n’étant pas potable. En revanche, si l’on a oublié son pique-nique, on peut récolter les feuilles de ces laitues de Plumier pour les accommoder en salade comme les laitues cultivées tandis que, si l’on souffre d’un œdème, on peut se soigner grâce à cet épilobe en épi qui est un excellent anti-inflammatoire.
Laitues de Plumier
Epilobe en épi
Dans la forêt entre les deux lacs, les conifères sont toujours aussi majestueux. Celui-ci, légèrement penché comme s’il voulait faire la révérence, nous rappelle quelque cocotier, sous d’autres latitudes, dans une position semblable.
D’une curiosité à l’autre, nous finissons par atteindre les berges du lac Blanc au bout de trois quarts d’heure. Situé à 1000 mètres d’altitude, il doit son nom à la couleur du sable, opalin, qui en tapisse le fond.
Après avoir longé la route vers le col du Calvaire sur quelques centaines de mètres, nous nous engageons sur le sentier Freppel qui suit d’abord la rive du lac avant de se redresser fortement en direction de l’arrivée d’un téléski sur la crête.
Depuis le sentier Freppel, vue sur le rocher Hans sur la rive opposée, un site d’escalade renommé coiffé d’une statue de la Vierge.
Cherchez le petit point blanc au sommet du rocher Hans, c'est la statue de la Vierge !
Depuis la crête, vue plongeante sur le lac Blanc. A l’arrière-plan, la chaîne des Ballons d’Alsace et à l’horizon les Alpes suisses.
Il reste encore un petit bout de forêt à traverser avant d’atteindre un haut-plateau dénudé, tapissé d’herbes hautes et parsemés de quelques arbustes rabougris. Nous sommes au cœur de la réserve naturelle du Gazon du Faing protégeant une vaste étendue de chaumes et de tourbières remarquables. Il faut alors imaginer un bon demi-siècle en arrière les charrettes à bœufs emmenant leur cargaison de tourbe dans les vallées environnantes pour servir de combustible. Une activité économique qui a perduré jusqu’en 1953.
Dans cet environnement très spécifique, à plus de 1200 mètres d’altitude, peu de végétaux résistent aux conditions climatiques (froid, vent, humidité, neige…), mais quelques variétés florales s’y sont parfaitement adaptées : grandes gentianes, orchis tachetés et renouées bistortes, entre autres.
Grandes gentianes
Orchis tachetés…
… bien à l’abri des pins !
Renouée bistorte
Il est presque midi quand nous approchons du sommet du Gazon du Faing, en bordure d’un vaste cirque rocheux à 1300 mètres d’altitude. On ne le voit pas encore, mais le lac du Forlet se niche au creux de cet amphithéâtre glaciaire. A 1061 mètres d’altitude, c’est le plus élevé des lacs des Vosges.
A partir de là, le sentier plonge littéralement dans la pente. Avant de plonger à notre tour, nous nous accordons une pause casse-croûte en compagnie d’un troupeau de vaches, les pierres d’un amoncellement de cairns nous servant de sièges.
Une fois bien sustentés, nous pouvons attaquer la descente avec, en ligne de mire, les eaux sombres du lac Forlet, les forêts touffues qui l’encadrent, les parois rocheuses vertigineuses qui l’enserrent et la chaîne des Ballons qui le domine.
La pente est rocailleuse et les genoux très sollicités. Attention de ne pas écraser les petites fleurs qui ont réussi à se développer sur ce terrain difficile.
Campanules (au premier plan)
Pensées des Vosges (Viola lutea)
Sur les bords du lac, la ferme-auberge du Forlet tombe à pic. Certes, nous avons déjà déjeuné mais un café et une part de tarte à la myrtille ne sont pas de refus. Le Forlet est un lac naturel converti en barrage en 1835. Il doit son nom à une confusion : en allemand Forelle signifie truite, c’est pourquoi on le connaît aussi sous le nom de « lac des truites ». Quant au mot « Forelle », il est devenu par déformation Forlet en français.
Plus au sud, il y a un quatrième lac, le lac Vert, mais ça, c’est une autre histoire. Nous, on s’en tient là pour aujourd’hui ! Enfin, pas tout à fait là encore, puisqu’il nous reste à regagner le lac Noir.
Dernière ligne droite, pas vraiment droite, puisqu’elle sinue entre forêts et pâturages. Au passage, ce troupeau de vaches nous gratifie d’un harmonieux concert de cloches.
Chut, tendez l’oreille !
Et pour finir en beauté, rencontre toute en délicatesse avec ce très joli papillon butinant des fleurs de chardons.
Petit collier argenté ?
C’est sur cette note colorée que se termine cette magnifique randonnée dans des paysages très variés entre lacs, forêts, chaumes et tourbières. Nous avons adoré ce parcours de 11,8 kilomètres et 511 mètres de dénivelé, réalisé en 4 heures (sans les pauses) que nous avons sans doute déjà effectué en 1998 comme en témoignent nos photos de l’époque. Le lac du Forlet y est clairement reconnaissable tout comme le lac Blanc.
En tout cas, cela n’a rien enlevé à notre plaisir puisque nous ne nous rappelions absolument pas être déjà passés par là.
Lac Blanc (1998)
Lac du Forlet (1998)
Cette sortie nous ayant occupés jusqu’en début d’après-midi, nous avons le temps de rentrer aux Trois-Épis pour nous reposer avant de ressortir en soirée pour une petite promenade jusqu’au jardin de la Spiritualité en jetant, au passage, un coup d’œil à l’intérieur moderne de la basilique, juste avant l’heure de fermeture.